P). IV
76 ICONOGRAPIIIi: JIOMAINE. Part. T.
rite; Marius s'en effaroueha, et plus encore lorsqu'à l'insinua- Hon.rne, dv.a, , j^^^ j^ S\\h, lîocelius, loi clc Li Mauritanie, qui lui avoit
ot de fjucrro sous 1/ ' ' ■■■
' livré Ju<jfurtlia, consacra sur le Capitule un groupe de statues qui représentoient cet événement'. Le chef de la faction populaire ne put réussira faire disparoître ce monument des regards N'8. du public; et cependant son rival, dont le crédit s'augmentoit de jour en jour, ne cessoit d'avancer dans le clicmin des honneurs.
Sylla, lieutenant de Marius dans la guerre contre les Teutons, y avoit fait briller sa valeur. Commandant sous Catulus, dans la guerre contre les Ciinbres, il y avoit également montré la prévoyance et les talents d'un grand général. Il avoit obtenu la préture; et l'amitié de Bocchus, qui lui envoya à cette occasion un grand nombre de lions pour les faire périr dans l'arène, lui avoit concilié de plus en plus la faveur d'une populace féroce et passionnée pour ces spectacles sanglants. La guerre Sociale venoit de s'allumer; Sylla et Marius y commandèrent; et c'est au premier, presque seul, que le sénat et les anciens citoyens furent redevables du succès de cette lutte longue et opiniâtre.
(i) La médaille que j'ai fait graver sous le n° 8 représente probablement le type de ce cachet : on y voit Bocchus , roi de Mauritanie, qui, en attitude de suppliant, un genou à terre, et levant dans sa main droite une branche d'olivier , présente à Sylla Jugurtha captif. Celui-ci est dans la même pose que Bocchus; ses mains sont attachées derrière son dos. Le questeur romain , assis et revêtu de la toge, semble accepter le rameau qu'on lui offre comme symbole de paix. De l'autre côté est empreinte la tête de Diane, caractérisée par l'arc et le croissant : c'est Diane Tifatine, vénérée sur le
mont Tifate , près de Capoue. Sylla de retour en Italie, ayant défait dans ces environs une armée du parti contraire , en marqua sa reconnoissance à cette déesse, faisant don à son temple de vastes campagnes et de plusieurs sources d'eaux thermales (Velleius, 1. II, §. aS). La légende de la médaille présente d'un côté le surnom de FAVSTVS, Faustus , fils de Sylla, et magistrat romain , qui , après la mort de son père , fit frapper ce dciiarius ; on lit de l'autre côté le surnom FELIX, Félix, qui est celui de Sylla lui-même.
Le consulat lui fut déféré, par les suffrages de tout le peuple, c,,.,.. ii. Tan de Rome 666, 88 avant Fere vulgaire : il étolt alors âgé de J|i7gl"resoul
. p Ifi gouvernement
quarante-ncui ans. ." ,,
1 républicain.
Sans l'inimitié de Marins, peut-être Sylla, élevé à la première p, ,v dignité de la république, se seroit-il contenté des lauriers qu il alloit moissonner dans la guerre d'Asie , et n'auroit-il pas songé à chanoer le e;ouvernement: mais son rival lui enleva le commandement de l'armée dans la guerre contre Mithridate, et ses moyens pour Fob tenir furent la sédition, la violence, et le meurtre. Le consul eut recours à la force; il sut mettre l'armée dans ses intérêts, et, le premier des Romains, il marcha contre Rome, la prit , et proscrivit douze des citoyens les plus séditieux , du nombre desquels étoit Marius.
Le vainqueur jeta à la hâte quelques uns des fondements de la réforme qu'il méditoit; mais, jaloux de surpasser par la gloire de ses exploits celle que Marius s'étoit acquise à la guerre, il se pressa de passer la mer. Sylla, en quittant Rome et le consulat, partit revêtu de l'autorité de proconsul; mais il n'avoit pu réussir à s'assurer ni de la plus grande partie des citoyens, ni même des magistrats qui lui succédoient. L'un des consuls , Octavius, étoit de son parti; mais Cinna, l'autre consul, étoit du parti contraire, et favorisoit l'anarchie et la révolte. Bientôt l'ordre établi par Sylla est renversé; Marius est rappelé; les amis du proconsul sont massacrés; sa femme et ses enfants parviennent à peine à s'échapper et à s'enfuir dans la Grèce, et il est lui-même déclaré ennemi de la république. Cependant S} lia ne songe qu'à vaincre l'ennemi de Rome: ses actions militaires sont au nombre des plus brillantes qu'on admire dans l'histoire romaine. Il lutte à la fols contre la supériorité du nombre des ennemis, contre le découragement et l'indiscipline de ses propres
ICONOGRAPHTE PtOMAINE. Pvr.x. I.
(MU-. H. soldais, contre la disette de tous les moyens : il (ait des pro- ";""'"" ''■'"' dines : les armées de Mithridate sont détruites à Cliéronée et à
>•( (le guerre sons o
L-ouvortuinem Orclioménos ; Athènes et le Pirée ont opposé une vaine résis-
lépublicaiii.
p, jy lance; rcnnenji consterné offre au vainqueur une paix honorable (!t des secours pour soutenir la guerre civile. Sjlia les refuse; il exige que Mithridate souscrive à des conditions si dures, que Rome, quand elle n'auroit pas été agitée par des discordes in- N" ç). tcstines, eût à peine osé les lui imposer". Sylla trouve en Asie des llomaius qu'il croyoit avoir à combattre ; son nom et sa gloire les avoient gagnés d'avance à son parti : il aborde en Italie, et ne se voit pas moins inférieur en forces au parti contraire qu'il Tavoit été à Mithridate. Mais la haine que la faction dominante à Ptome s'étoit attirée rassemble autour de lui la partie la plus saine de l'état; les armées de l'ennemi passent sous ses enseignes. Sylla, vainqueur du jeune Marins, livre, sous les murs de Rome , la plus sanglante peut-être de toutes les batailles où il se soit trouvé. Telesinus, cbef samnite, en se rangeant dans le parti de Marins, s'étoit flatté de venger sa patrie par la ruine de Piome; il combattoit près des portes en désespéré; la troupe qu'il commandoit étoit formée de vieux soldats, restes redoutables de la guerre Sociale. La fortune de cette jour-
(i) Sylla, ayant accordé à Mithridate qui demandoit la paix une entrevue sur les côtes de la Troade, ne se laissa toucher la main que lorsque celui-ci l'eut assuré qu'il acceptoit toutes les conditions qu'on lui avoit imposées. La médaille gravée sous le n" 9 est un monument de cette entrevue, que les numismatistes n'avoient point encore reconnu : on y voit le proconsul descendu de son vaisseau, ]e parazoniiirn, ou épée de commandant, dans sa main gau-
che, tendant l'autre au roi Mithridate qui la lui serre. Ce prince a la tête ceinte d'un diadème : la pique dont il est armé a la pointe en arrière, pour indiquer qu'il ne se présente pas en ennemi. La légende , SVLLA IMP- , Sullii iniperator, « Sylla , « empereur (ou général en chef) », prouve que cette monnoie a été frappée par son autorité. Le type de l'autre côté est le buste de Minerve, ou plutôt celui de Rome couronnée par la Victoire.
née fut loiii^-temps en balance; enfin elle se décida pour Sylla, cha,- h. qui fut tellement enivré de son bonheur, qu'il prit dans ses "°'""'« «'éiat
l -'il et (le guerrcsoiis
actes iniblics le surnom d'Heureux. iegouvernein<-nt
^ républicain.
ce Heureux, en effet, Sylla, s'écrie un historien romain, s'il p, ,^, « avoit cessé de vivre au moment où il cessa de combattre et de « vaincre' ! « Le proconsul, assuré par ses actions et par ses succès de l'immortalité de son nom, ne songea plus qu'à signaler sa reconnoissance envers ses amis, et à se venger de ses ennemis. En satisfaisant ces deux passions de son ame, il crut réussir plus facilement à établir cette constitution aristocratique qui étoit l'objet de tous ses vœux, et que les excès de Marins et de sa faction avoient fait désirer à un grand nombre de bons citoyens. Le sang des ennemis de son parti devoit la cimenter, et des torrents de sang coulèrent dans Rome. On commença par le carnage des soldats qui s'étoient rendus prisonniers; c'étoit le reste des troupes de Telesinus et des esclaves affranchis par Marius et Cinna. bientôt les personnages les plus considérables qui avoient favorisé le parti de Marius furent immolés. La terreur étoit répandue dans tous les ordres de l'état. Quelqu'un ayant demandé à Sylla quel seroit le terme de ses vengeances , il répondit froidement qu'il l'ignoroit lui-même. Cependant ce fut alors qu'il fit afficher sur la place publique une table de proscription, premier exemple que l'histoire nous présente de cette mesure terrible et cruelle. Un îrrand nombre de sénateurs et de chevaliers romains, y a^ant trouvé leurs noms^, essayèrent de s'enfuir; leurs tètes furent mises à prix, et leurs biens confisqués : quiconqne les auroit recelés , même parmi leurs
(i) Velleïus Paterculus, liv. H, ^. o.y. lesquels quinze consulaires; et deu.i mille
(a) Appicii ,1.1, Civil. , §. loj , compte six cents chevaliers.
([uati'f-vingt-ilix sénateurs proscrits, parmi
8o ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.
(H.,.. II. Jimis ou leurs parents, eût été compris dans la proscription. Hommes d'crat j^g^j^s HJs et Icurs desccnclaiits furent déclarés incapables d'exer-
«t .10 guerre son 9 '■
!ego..vornomrnt ^cr oucunc maîristrature. L'insouciance de Sylla sur les abus qui
lôptjbliraiii. "
PI. IV. au£rmentoicnt prodigieusement les ravages de cette loi cruelle et le nombre des victimes, furent une nouvelle preuve de son mépris pour les hommes, et de sa cruauté. Il permit à ses partisans d'inscrire sur la liste fatale les noms de leurs ennemis particuliers, ou même des personnes dont ils convoitoient les richesses. Ce fléau se propagea par toute l'Italie; tout prétexte fut bon pour faire proscrire un riche ou un citoyen quelconque qui avoit un ennemi. Des villes entières furent enveloppées dans la proscription; elles perdirent leurs propriétés et leurs privilèges, ou payèrent des sommes considérables. Les biens confisqués furent mis à renchere, ou distribués par Sylla à ses soldats, à ses amis, à ses flatteurs, aux compagnons de ses débauches. Il se fit nommer dictateur pour un temps illimité '.
Quand il fut revêtu de cette magistrature toute puissante, il fit adopter un grand nombre de lois, dont la plupart concernoient le droit public et la justice criminelle. Ces lois changèrent la constitution de l'état. Les comices ne furent plus convoqués que par centuries , et les propriétaires y eurent presque toute l'influence. Les lois durent être approuvées par le sénat avant d'être présentées à la sanction du peuple. On interdit à ses tribuns l'espérance de parvenir à aucune autre magistrature ; ils n'eurent plus la faculté ni de haranguer le peuple, ni de proposer des lois. Les tribunaux ne furent formés que de sénateurs; les magistratures ne pouvoient être demandées que suivant uu certain ordre. Des lois de majesté prévenoient les abus d'auto-
(i) L'an de Rome 671, 83 avant l'ère chrestienne.
HOMMES D^ÉTAT ET DE GUERRE. 8i
rite dont les gouverneurs des provinces et les commandants des chu-. ii. armées pouvoient se rendre coupables; elles foudroyoient les m°'""'" «^ ^'^'
L L ' J et de guerre SOUS
séditieux et même les calomniateurs'. De nouvelles lois crimi- le gouvernement
républicain.
nelles furent portées contre le crime de faux, le meurtre, et p, jy l'empoisonnement; elles en atteignoient les complices, et étoient sévères sans être cruelles \
(i) Montesquieu a censuré ces lois de majesté, ou de lese-majesté , comme si elles eussent été tyranniques ( Esprit des loiSj 1. XI, c. XVI ). Je soupçonne qu'il a été trompé, ainsi que Sigonius {de Jiidiciis , 1. II , c. XXIX ) , par une fausse leçon du passage suivant de Cicéron {Epist. adjamil., 1. III, ep. II ) : f^eruvitanien est majestas, et sic Sjlla volait, ne in (juenn>is impune àeclamare liceret. Cet article de la loi regardoit les accusations calomnieuses. Dans quelques éditions, on lit moins correctement, suivant l'opinion des meilleurs critiques : Ut in (jiieinvis impune declamare liceret. De ce passage , ainsi corrompu , l'auteur de l'Esprit des lois a inféré que « Sylla apprit aux Césars qu'il ne falloit « point punir les calonmiateurs ». Les lois de majesté, portées par le dictateur, celles mêmes que l'auteur cite dans la note sur ce chapitre , n'ont pour but que le maintien du bon ordre dans ce qui concerne le commandement des armées : elles défendent aux gouverneurs des provinces de détourner les forces militaires qui leur sont confiées des entreprises auxquelles elles ont été destinées par la république; elles condamnent le général qui s'attribue la propriété particulière des captifs faits à la guerre, et les rançonne à son profit ; elles sont sévères contre ceux qui excitent les troupes à la désertion ou à la révolte; mais rien d'odieux ni de tyrannique n'est établi par ces lois.
(2) Les lois Cornéliennes ont été jugées trop sévèrement par le même philosophe {Esprit des lois, I. VI, c. xv) , qui reconnoît cependant que presque toutes ces lois ne porroient que l'interdiction de l'eau et du feu ; mais il prétend que, par elles, « Sylla « tendit des pièges, sema des épines, ouvrit « des abîmes sur le chemin de tous les ci- « toyens »; et que, «qualifiant une infinité « d'actions du nom de meurtre, il trouva « partout des nieiu'lriers ». Si nous examinons ce qui reste de cette législation dans les collections de lois qui nous sont parvenues, nous n'y trouverons que des dispositions très sages. Si l'homme qui se présente avec des armes dans les assemblées publiques est qualifié non de meurtrier, mais de sicairc, l'histoire romaine de cette époque nous prouve à chaque page la nécessité d'une pareille mesure; et il suffit de parcourir les plaidoyers de Cicéron pour reconnoître jusqu'à quel point l'impunité presque entière des crimes, dont jouissoient les citoyens romains, avoit nudtiplié l'assassinat et l'empoisonnement, et pour avouer que la fréquence et la facilité de ces crimes sollicitoient une législation encore plus sévère. En général celle de Sylla, tant pour les innovations politiques que pour celles qu'il introduisit dans le code pénal, auroit pu conserver la répid>lique romaine et les citoyens dans un état d'ordre et de tranquillité assez durable, si l'exemple du dic-
82 ICONOGUAPIITE ROMAINE. Part. I.
CiiAP. II. Le diclalciir lal.ssa rlirc des con.suls", et réunit lui-même la
Humimsdctat jjo-nité ciiinuelle du consulat à la puissance extraordinaire de la
et de guerre sous D
icgoiivrinemciit diclalure.
Quel fut rc'tonncment du monde romain lorsque S} lia , après
PI. IV
quatre années de domination, se démit lui-même de cette maiçistrature', parut sur la place publique seul comme nn simple particulier, et, coiq)able de tant de meurtres, s'offrit à en rendre raison à qui voudroit l'accuser ! Mais le sénat qu'il avoit mis à la tête des affaires, mais cent vingt mille soldats devenus par lui les nouveaux propriétaires des plus belles terres de l'Italie, mais dix mille Cornéliens choisis parmi les esclaves des proscrits, et devenus par ses bienfaits citoyens de Rome, le garantissoient contre toute tentative de la part de ses ennemis, auxquels son nom seul et sa vue inspiroient reffroi\
Sylla ne fut pas dans le cas de ces hommes qui, après avoir abdiqué l'autorité suprême et laissé passer de leur vivant la puissance en d'autres mains , ont terminé leur carrière dans la dépendance. Sylla avoit renoncé aux détails du gouvernement et aux travaux ordinaires de l'administration; mais, quoiqu'il ne parût être qu'un simple citoyen , il s'étoit réservé le pouvoir suprême. « C'est de lui seul «, disoit en public Lépidus, l'un des consuls qui furent élus après son abdication, «c'est de lui seul
îateur n'avoit enflammé l'ambition de tous les généraux, et si l'excessive corruption des membres du sénat leur eût permis de montrer plus de zèle, ou du moins plus de respect, pour l'autorité d'un corps auquel ils appartenoient, et que les lois de Sylla avoient rendu le véritable souverain de l'empire romain. Le même Montesquieu, dans ses Considérations sur la grandeur et la décadence des Romains, c. xi , rend
plus de justice à cette législation.
(i) L'an de Rome 674, 80 avant l'ère chrétienne.
(2) A la fin de l'année suivante, 79 avant l'ère chrétienne.
(3) Appien, Ciwil., 1. I, §. 104. Il faut voir dans le même historien , loco citalo , §. 106, comment le corps seul de Sylla, quand on le portoit au tombeau , épouvantoit encore les citoyens du parti contraire.
« que dépendent les lois, les tribunaux, les trésors de Tétat : il ch.p. n. « dispose des provinces et des royaumes ; il décide de la vie et .fj^gTerrestul K de la mort des citoyens '. « legouyememem
'> républicain.
Après avoir consacré à Hercule la dixième partie de ses biens % p, ^y il l'employa à donner pendant plusieurs jours, à tout le peuple, des banquets où régnoit une magnificence sans égale. Ayant, dans ces entrefaites, perdu sa femme Metclla, dont il avoit des enfants, il célébra de nouvelles noces avec Valcria, qui étoit issue de la noble famille des Messalla, et qui lui donna une fille postbume; car Sylla ne survécut pas long-temps à ce mariage. Retiré dans ses maisons de plaisance de Tibur, de Préneste, et de Cumes, où il donnoit la plus grande partie de son temps aux plaisirs , et le reste à des affaires dont il aimoit à s'occuper luimême, et à la composition de ses propres mémoires , il mourut subitement, dans un accès de colère, au moment où il faisoit mettre à mort, sans aucune espèce de jugement, un citoyen romain , premier magistrat de Cumes , à cause de sa négligence à ramasser de l'argent qui devoit servir à la réédification du temple de Jupiter, sur le Capitole\ Sylla se proposoit de consacrer lui-même ce monument, et il n'attendoit peut-être que cette occasion pour se revêtir de nouveau de quelque magistrature suprême. Quoique je n'ignore pas que la plupart des écrivains le font mourir d'une maladie pédiculaire, le récit que j'ai adopté me semble beaucoup plus jirobable''.
(i) Leges , judicia, œrnrium , provin- ture, de l'abdiration, et de la mort de Sylla,
ciœ, reges, pênes unum; denique necis ci- (u) C'est à cette action religieuse de son
vium el vitœ licenlia (Salluste, Fragin., père que se rapportent les types des nié-
1. I, Histor.). Ceux qui voudroient attc- daillcs frappées par Faustus, qui présen-
nuer rauiorité de ce passage, dans la per- tent la têie d'Hercule,
suasion que CCS discours ont été composes (3) Plularque , fie de SjUa; \alere
par l'historien , peuvent faire attention que Maxime, 1. IX, c. m , n" 8.
Salluste a été lui même témoin de la dicta- (4) On voit dans U noie précédente la
PI. IV
84 TCONO GRAPHIE ROMAINE. Part. I.
Cap. II. Tous les ordres de TelaL j)rirenL part à la célébration des fu-
Hommps détat ^(^r^^jUcs du réformatciir de la république; son corps, contre
et dtgiicrrf soii» ' ^ ^
logouvciiKiiunt Tusaffc de sa famille', fut brûlé dans le cliamp de Mars, où on lui éleva un tombeau dans lequel ses cendres furent déposées. Cette distinction lui fut accordée comme à un citoyen qui l'avoit méritée par des services extraordinaires rendus à la république : « Le monde, dit Séneque, est encore incertain du jugece ment qu'on doit porter sur Sylla. Quelques uns ont regardé « son bonheur comme le crime des dieux ; mais ses ennemis « mêmes doivent convenir qull a pris justement les armes concc tre sa patrie, et qu'il a bien mérité d'elle lorsqu'il les a dé- « posées '^, 53
N° 10. On avoit dans l'antiquité un assez grand nombre de statues de Sylla. Plutarque en avoit vu plusieurs^, outre la statue équestre de bronze doré qu'on lui avoit élevée , et qui étoit la première de ce genre que jusques à l'époque de sa dictature on eût décernée à un Romain vivanf*. Après la bataille de Pliarsale,
diversité des traditions : mais la maladie pédiculaire de Sylla, que Valere Maxime ignoroit, et qui se trouve déjà dans Pline (L VII, §. 44) j n'est probablement qu'un (yinte inventé par la haine du parti contraire, et suggéré par l'apologue plein d'iniiumaniié, que Sylla lui-même n'avoit point hésité à débiter dans l'assemblée du peuple réuni pour l'élection des consuls ( Appien , Cîyil., 1. I, $. 101 ).
(1) Les Cornéliens patriciens avoient, jusqu'à cette époque, suivi l'ancien usage d'ensevelir les corps , et non de les brûler. Sylla voulut que le sien fût consumé sur le bûcher : on prétend qu'ayant fait disperser les restes de Marias , il craignoit que les
siens ne fussent traités de même (Cicéron, de Leg., 1. II, c. xxii; Pline, 1. VII, §. 55).
(2) Séneque, de Consolatione ad Marciani, c. xii : Deoriim crimen erat Sjlla tain felix. Sed istud inter res nondum judicatas habeatur, qualis Sylia fuerit; etiani inimici fatebuntur bene illuin arma sumpsisse, bene posuisse.
(3) Plutarque, Sjlla, §. 2 et 6.
(4) Cicéron, Philippica IX, §. 6. J'ai fait graver sous le n° 10 une médaille d'or très rare. La statue équestre du dictateur en est le type. Sylla est représenté en habit civil. La légende , L • SYLL • FELI- DIC", Lucio Sullœ Felici Dictatori , «Au «dictateur Lucius Sylla l'Heureux», in-
quelques uues de ses statues avoient été abattues ; mais César chap. n. les fit relever'. Ho„n,es dé.at
et de guerre sous
Nous ne connoissons aujourd'hui d'autres portraits autlieu- le gouvernement
•* républicain.
tiques de Sylla que ceux qui sont empreints sur les monnoies d'argent frappées par un Quintus Pompeïus Rufus, sou petitfils^. Quelques unes sont d'un assez beau travail; de ce nombre N" 5. est celle dont je donne le dessin sous le n° 5 de la planche lY. La légende, SYLLA COS* , Sylla, consul, ne laisse aucun doute sur la tête qu'on y voit gravée d'un côté^. Nous appliquerons à cette tête de Sylla la remarque faite par Plntnrque sur les statues de ce dictateur'*; savoir, que ses traits y étoientbien exprimés; mais qu'en les voyant, on ne pouvoit se former aucune idée de l'air terrible que donnoient à cet homme extraordinaire son teint couperosé et l'éclat de ses yeux jaunâtres. Le biographe semble n'avoir jamais vu aucuns portraits du dictateur exécutés en peinture.
PI. IV
dique le personnage à l'honneur duquel ce denariiis d'or a été frappé par ordre du questeur Aulus Manlius, fils d'Aulus , dont le nom se lit sur l'autre côté de la médaille, qui a pour type la tête de Minerve ou de Rome.
(i) Suétone, Cœsar, c. ixxv; Plutarque, César, §.734; Dion, 1. XLIII, §. 49.
(2) On ne peut pas regarder comme un portrait authentique de Sylla, ni un buste de marbre qui existe à Rome dans le palais liarberini, ni un autre buste de bronze trouvé à Herculanum. La seule raison qui a fait donner au premier cette dénomination , c'est qu'il faisoll le pendant d'un prétendu portrait de Marius ;
et il a suffi pour la donner au second qu'il eût une ombre de ressemblance avec le premier. Voyez Tetius, yiUdes Barberinœ, p. 199; Bronzi d'Ercolano, t. I, pi. xli et xLii; De La Chausse, Mus. Rom., section II, pi. Lvi ; 3Ius. Florent., t. III, pi. i-xxxii. On avoit donné aussi légèrement les noms de Marius et de Sjlla à deux statues que nous avons reconnues pour celles de Ménandre et de Posidippe. Voyez V Iconographie grecque, pi. vi , et le Museo Pio-Clcnientino, t. III, pi. xv et XVI.
(3) Morellius, Thés, famil. , ConyzLix , pi. IV, n" i.
(4) i>jlla,§.6.
8G TCONOGRAPIIIE ROMAINE. Part. I.
ClIAP. II.
Hommes d'état et de guerre sous '^' ■»--'•
le gouvernement répuLIicaln.
^ QUINTUS POxMPEIUS RUFUS.
PI. IV
Le consulat, cet objet suprême des vœux et des espérances d'un ambitieux, ce prix du mérite le plus éminent, obtenu par Quiiitus Pompeïus Rufiis, fut Pavant-coureur de ses revers et de sa perte. Ce plébéien, issu d'une famille ennoblie par les dignités, avoit suivi, ainsi que son père, dans les magistratures, le parti du sénat et de la noblesse'. Elevé au consulat Pan 666 de Piome, 88 ans avant Père vidgaire, et devenu collègue de Sjlla, il se vit en butte aux manœuvres séditieuses de Marins et du tribun Sulpicius, entièrement dévoué à ce clief de parti. Les deux consuls, pour rendre vaines les mesures anarchiques du tribun, eurent recours à un moyen que la religion romaine mettoit à leur disposition : ils proclamèrent àes^éries, pendant lesquelles les lois ne permettoient pas de traiter les affaires publiques. Le ressentiment et la violence de Sulpicius soulevèrent contre cet obstacle une populace furieuse, qui courut aux armes. Le fils de Pompeïus Rufus, jeune bomme qui étoit gendre de S} lia, périt dans le tumulte. Sylla lui-même dut son salut à la suppression des fériés, qu'il prononça; et Rufus son collègue eut beaucoup de peine à s'évader. Quand, par la suite, Sylla marclia sur Rome pour venger ses injures , et pour y rétablir Tordre , Rufus se joignit à lui, et par son accession donna une apparence légale à l'attaque dirigée par son collègue. On a vu que Sylla eut
(i) Nous apprenons d'Orosius (liv. V, le premier s'étoit déclaré contre les Grac-
c. vin et xvn ) que Q. Pompeïus Rufus, ques, et le second en faveur de Metellus
père de celui qui fut consul, avoit été tri- qu'il tâcha de rappeler de l'exil, et que ce
bun du peuple l'an de Rome 622 ( 182 ans fut l'opposition de ses colleijues qui fit dif-
avant l'ère vulgaire ), et que son Gis le fut férer ce rappel à l'année suivante, l'an 655 (99 ans avant la même ère); que
l'avantage; que Marins fut proscrit, Sulpicius massacré, et que chap. 11 les affaires furent arrangées au i;ré du vainqueur. Mais Sylla ^'^"'™" «^''^'a*
00 J. •> et de guerre sous
sortant du consulat se rendit en Asie avec son armée, et Pom- '«^gouvernement
républicain.
peïus Rufus resta en Italie, sans aucune magistrature, exposé n,i\. à la vengeance d'un parti nombreux et mal comprimé. Le sénat voulant le mettre en sûreté, lui donna le commandement d'une armée qu'on laissoit en Italie pour y éteindre les dernières étincelles de la guerre Sociale : mais cette armée avoit pour chef un consulaire qui n'étoit pas disposé à céder son commandement. Pompeïus Strabon, c'étoit le nom de ce général, feignant d'obéir au décret du sénat, se retira du camp, où, le jour suivant, des soldats séditieux et ardents à le servir massacrèrent le nouveau proconsul qui les haranguoit pour la première fois ; et aussitôt après Strabon reprit le commandement'.
Ce fils de Pompeïus Rufus, qui périt à Rome dans le soulè- n°5. vement du peuple contre les consuls, avoit eu de la fille de Sylla un fils qui prit les mêmes noms que son père et son aïeul, et parvint par la suite à des magistratures dans l'exercice desquelles il ne régla pas toujours sa conduite sur celle de ses ancêtres % Préposé à la fabrication des monnoies , il en fit frap23er plusieurs sur lesquelles il consacra leur mémoire. Le denarius dont le dessin est gravé au 11° 5 de cette planche, présente d'un côté la
(1) Appien, Civil., §. 63, et Plutarque, et ayant été mis en liberté, peu de temps dans la Vie de Sylla, sont les principaux après il profita de l'occasion de la mort de garants de ce que je viens d'avancer dans Clodius pour exciter de nouveau à la sédicet article. tion et au désordre une populace effrénée
(2) Il fut tribun du peuple l'an de Rome qui finit par brûler la salle des assemblées 701 (53 ans avant Tcre vulgaire). Il se du sénat. L'année suivante, il fut conconduisiten homme séditieux et turbulent, damné pour cette conduite comme incenau point que, malgré sa magistrature, il diaire (Dion, 1. XL, §-45, Ad^ et 55). fut conduit en prison par ordre du sénat ;
88 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Pvrt. I.
Chai- II. tôtc tlc Syllii, quc lions rivons circrite à rarticle précédent; et iiornuK s d'état ^^^ revers celle de Oninlns rompcïus Rufus , dési^jné par la
Cl de guerre sous ^^ ^ o i
)egoiivcr..cineiit léiTcnde , RVFVS COS-, Pwf'us, consul. La suite de cette lé-
lépubliciiin. " • t\ • r> /-• • t
j,i j^, gende, Q • ]*OM • RVFI, (^uuiti Pompei liiiji , indique le maiiistrat qui a fa il empreindre sur cette nionnoie les têtes de Sylla et de Rufus; le premier étoit son aïeul maternel , et le second son aïeul paternel.
§. i6. LUCIUS CORNELIUS,