‹ Iconographie romaine (volume 4)Chapitre 18 sur 94 · PRÉTEUR · texte numérisé non relu

PRÉTEUR

N" fi. Ce que nous connoissons de ce préteur romain, ainsi que son portrait, dont le dessin est gravé sous le n" 6 de la planche IV, est du uniquement à la découverte d'un buste en marbre, faite dans le XVF siècle à Tivoli, rancienne Tibur.

Dans l'enceinte de cette ville, et précisément à l'endroit où l'on croit qu'étoit situé le palais public du municipe, une fouille rendit au jour ce buste que nous avons sous les yeux. Un anneau, ou plutôt une beliere de bronze étoit insérée dans le derrière du cou , et avoit servi à sceller dans le mur d'une ancienne salle cet ouvrage de sculpture, tout près duquel on trouva une tablette de bronze qui, suivant toute aj)parence, faisoit partie du même monument'.

L'inscription qui est gravée sur cette tablette , et dont je donne la copie et la traduction dans la note au bas de la

(i) Voyez Fabii, Iinag. ex. Biblioth. ensevelis les monuments dont il s'agit, ap-

Fulvii Ursini, n''48, p. 28; Volpi, foetus partenoient au Jhrum de Tibur; mais qui

Latium , t. X, p. 58 etsuiv. , liv. XVIII, ne sait que les salles des assemblées du

c. II. MM. Cabrai et del Re, délie ville di corps municipal et les autres édifices pu-

Tivoli, p. 5 et suiv. , ont cru que les ruines blics étoient placés ordinairement près des

des anciens édifices, dans lesquelles étoient forum ?

page% présentoit la réponse que le sénat, consulté par le pré- ch.p. 11. teur Lucius Cornélius, fils de Cnéus, avoit faite aux députés de .fd^^.'f^tul Tibur, envoyés à Rome pour justifier leurs concitoyens d'une ';.^;^;;^"''" imputation grave qu'on avoit répandue à leur désavantage , et pj ^y.

(i) Voici la copie exacte de l'inscription telle que je l'ai prise moi-même, en 1790, sur la tablette de bronze que je retrouvai

parmi les restes du cabinet des princes Barberlnl, à Rome:

L ■ CORNELFV'S • CN • F PR • SEN. CON • A • D ■ III • NONAS • MAIAS ■ SVB AEDE • KASTORVS

SCR • AUF ■ A • MANLIVS • A • F ■ SEX ■ IVLIVS • L ■ POSTV.MIVS • S • F QVOD TEIBVRTES VF- QVIBVSQVE • DE • REBVS ■ VOS ■ PVRGAVISTIS • EA • SENATVS ANIMVM • AD\ ORTIT • ITA • VTEl • AEQVOJr • FVIT ■ NOSQVE ■ EA • ITA • AVDFV'ERAMVS VT • VOS • DEIXSISTIS VOBEIS NONTIATA • ESSE ■ EA ■ NOS • ANIMVJI . NOSTRVM NON ■ IN • DOVCEBAMUS • ITA ■ FACTA • ESSE • PROPTER • EA • QVOD • SCIBAMA^S EA • VOS • MERITO • NOSTRO • FACERE • NON • POTVISSE • NEQVE • VOS • DIGNOS • ESSE QVEI • FACERETIS • NEQVE • ID • VOBEIS • NEQVE • BEI • POPLICAE ■ VOSTRAE OITILE • ESSE ■ FACERE ■ ET ■ POSTQVAM • VOSTRA • VERBA • SENATVS • AVDIVIT TANTO MAGIS • ANIMVM • NOSTRVM • INDOVCIMVS ■ ITA ■ VTEI • ANTE ARBITRABAMVR • DE • lEIS ■ REBVS • AF • VOBIS • PECCATVM • NON • ESSE QA ONQVE • DE ■ EIEIS REBVS • SENATVEI • PVRGATI • ESTIS • CREDIMVS ■ VOSQVE ANIMVM • VOSTRVM ■ INDOVCERE • OPORTET • ITEM • VOS • POPVLO ROMANO ■ PVRGATOS ■ FORE-

Lucius Cornélius Cneijilius prœtor senatum consuluit , ante diein tertiani nouas maias, sub œde Casloris. Scribendo adfuenint , u4ulus Manlius jluli jilius , Sextus Julius , Lucius Postumius Spurii Jilius. Quod , Tiburtes , vcrba fecistis , quibusque de rébus vos purga\>istis , ea senatus aninium advertit, ita uti œquutn fuit. Nosque ea ita audiweramus ut vos dixistis vobis nuntiala esse. Ea nos animum nostrum non inducebamus ilafacta esse , propterea quod scibamus ea vos nierito nostrojaccre non potuisse , neque vos dignos esse qui Jaceretis , neque id vobis neque reipublicœ veslrce utile esse facere : et postquam vestra verba senatus audivit , tanto magis aninuun nostrum induciinus , ila uti unie arbitrabaiiiur, de

iis rébus a vobis peccatum non esse. Cumque de iis rébus senatui purgati estis , credinius, vosque aniniuni vestruni inducere oportet, item vos populo romane purgatos fore.

« Lucius Cornélius , fils de Cnéus , pré- « teur, a consiJté, le 5 mal, le sénat, (qui « étoit assemblé) près le temple de Castor.

(( Aulus Manlius , fils d'Aulus; Sextus Ju- (dius; Lucius Postumius, fils de Spurius, « ont été présents lorsqu'on a mis par écrit « (le décret qui suit):

« Le sénat, citoyens de Tihur, a, comme «il étoit juste, pris en considération ce « que vous lui avez exposé, ainsi que vos (( justifications.

« Nous aussi nous avions reçu sur ce « fait des rapports conformes à ce qu'on

la-

go ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. L

Ci.Ar. II. qui éloit parvenue à la connoissance du gouvernement. Cette ""'"'"" ''''^"" réponse, faite i)our calmer les Tiburtlns, dont le sénat recon-

et de guerre sous i ' J '

le gouvernement j^QÎt rinnocencc, avolt été gravée sur le bron/.e, et placée dans

réj)ubliiMln. 7 0

p, jy Tune des salles de la Ciir/'a, ou du palais public de leur ville, où l'on avoit aussi consacré un buste, vraisemblablement celui du préteur Cornélius, qui avoit consulté le sénat sur leur demande, cl leur en avoit transmis le décret favorable.

Cet acte ne sem])le point, par le style, être antérieur au TIP siècle de Rome; et les considérations que j'ajoute dans les notes me font regarder comme extrêmement probable qu'il a été fait dans le temps de la guerre Sociale'.

« vous avoit annoncé, comme vous le dites. « Nous ne pouvions pas nous persuader « que la chose fût ainsi , parceque nous sa- « viens n'avoir point mérité de vous une « telle conduite, et qu'il n'étoit ni de vo- « tre dignité, ni de l'utilité de votre com- « mune , de vous comporter de la sorte. «Depuis que le sénat a entendu ce que « vous venez de lui dire, nous nous confir- « nions de plus en plus dans notre première « opinion , qu'il n'y a eu dans cette affaire « aucune faute de votre part. Et, puisque « vous êtes justifiés à cet égard auprès du « sénat , nous pensons ce que vous devez « penser aussi, que vous le serez également « auprès du peuple romain. »

Ce monument, riire et précieux, a été, pour la première fois, publié dans la grande collection de Gruter, page 499» "" 12, et avec une très grande exactitude même dans la distribution des lignes. Je n'y ai trouvé d'autres variantes qu'à la ligne (5 la suppression du point placé par la négligeiKC de l'ancien graveur après l'IN du mot indoacebanins , et l'addition du pronom EA avant le \erhefaceretis de la ligne 8. Ce-

pendant celte répétition rendoit la phrase moins élégante; et nous voyons qu'on n'a pas répété le pronom dans cette phrase sendjlable qu'on lit dans Séneque [de Ira j 1. III, c. xviu): Dignus erat Marins qui illapateretur, Sjlla quijuberet, Catilina qui faceret. M. l'abbé Morcelli a dissipé quelques doutes que le marquis Maffei avoit élevés sur l'authenticité de ce morceau ( de Stylo Inscription. , p. 378). L'hypothèse de quelques autres antiquaires , qui ont attribué à cette inscription ime antiquité trop reculée, a donné naissance à des doutes en apparence mieux fondés, mais qui s'évanouissent d'eux-mêmes d'apiès les conjectures qtu; je crois plus probables , et que je vais proposer sur làge de l'inscription, dans la note suivante.

(1) Les antiquaires qui ont les premiers examiné ce monument se sont empressés de (hercher, dans les fjstes, quelque Lucius Cornélius dont le père ei\t porté le prénom de Cnéus , ou du moins dont le père ne fût point connu par un prénom; lorsqu'ils en ont trouvé quelqu'un, ils ont tâché d'expliquer par l'histoire de son

HOMMES D'ETAT ET DE GUEPtRE. 91

Les Tibuilius, habitants du Latium, et confinant aux Marses cn.p. 11. révoltés contre Rome dont ils demandoient , les armes à la ^f^^glierrlou! main, à être reçus citoyens, ont pu être accusés de favoriser ces le gouvernement

' „ J ' 1. républicain.

rebelles. Le préteur Cornélius, dans fabsence des consuls qui p, jy

temps ce qui avoit pu donner lieu à ce sénatus-consulte, sans considérer si le style de la réponse du sénat , si les personnes qui l'ont vu écrire, si les particularités et les faits qui sont indiqués dans l'inscription, ou supposés par les expressions qu'elle présente, pouvoient convenir aux temps et aux circonstances auxquels ils attribuent ce monument. Ainsi on ne doit tenir aucun compte des opinions qui font remonter cette inscription aux années 292, ou 368, ou 378 de la fondation de Rome, époque où Rome n'avoit point encore de préteurs. Nous ne regardons pas non plus comme étant d'un grand poids l'opinion de Jean Lefebvre, suivant laquelle ce préteur est un Lucius Cornélius Lentulus Lupus, dont le père avoit le prénom de Cnéus, qui fut consul l'an de Rome 598, et qui, suivant Pigliius , étoit préteur en 594, 160 ans avant l'ère chrétienne. Quand même on admettroit cette supposition de Pigliius, l'histoire romaine ne fournit à cette époque aucun événement qui ait pu donner lieu à la réponse du sénat et à l'absence des deux consuls. Je pense que le monument que nous examinons est d'un temps encore moins ancien : le style de l'inscription, net et élégant, ne se ressent point de l'antiquité reculée à laquelle on veut l'attribuer. Le petit nombre d'archaïsmes qu'on y rencontre dans l'orthographe sont pour la plupart les mêmes quon remarque sur les médailles et les monuments du temps d'Auguste, et ceux qui sont plus rares, tels que

KASTORVS pourKASTORIS,etOITILE pour VTILE, se retrouvent encore sur des monuments du Vil* siècle de la fondation de Rome; par exemple dans la loi Thoria ( Gruter, p. 2o3 , 2 ) , où on lit MOINICI- PIEIS pour MVNICIPIIS ; et dans une inscription iiapulitaine (Gruter, pag. 207, col. 2), où l'on trouve AEDEM HONO- RVS pour AEDEM HONORIS. Ce fait admis, il me paroît presque certain que la réponse du sénat a été rendue aux Tiburtins à l'occasion de la guerre Sociale, l'an de Rome GQl^ ou 665. LesTiburtins étoient voisins des peuples rebelles qui faisoient la guerre à Rome poiu- être admis à partager tous les droits de ses citoyens : ils se trouvoient eux-mêmes dans une position pareille, car ils ne jouissoient jusqu'à cette époque que des droits des alliés latins. Ainsi on avoit pu répandre qu'ils favorisoient les rebelles, et on l'a pu soupçonner à Rome. Les consuls avoient quitté Rome pour se mettre à la tête des armées, et, dans cette circonstance, un préteur a pu, à leur défaut , assembler le sénat. Nous ignorons les noms des préteurs de ces années : ainsi il est d'autant plus probable qu'un Lucius Cornélius, fils de Cnéus, a pu exercer cette magistrature, qu'il est cerlain qu'il y avoit alors à Rome des Cornéliens qu'on poiivoit désigner de cette manière. Les noms A\4ulus jMariliiis , fds d'7\ulus, de Sexfus Julius, et de Lucius Postumius, fils de Spurius, désignent de même des personnages de cette époque

ICONOGR^VPHIE ROMAINE. Paut. T.

Cuir. II. étoicnt à la tclc des armces, avoit sans doute réuni le sénat cuTgZrteslll pour entendre les députés des Tiburtins, et examiner leur jus-

J<.gn.,v<..n..ment tiflCalion.

rcjiulilJcaiii.

pj. IV. A quelle branche de la famille Cornélienne appartenoit ce

préteur, qui n'est désigné dans Tinscription par aucun surnom, et à qui la ville de Tibiir avoit cru devoir donner des marques dural)les de sa reconnoissance ? il est maintenant impossible de le découvrir, à moins que quelque nouveau monument ne vienne nous éclairer sur ce point d'histoire'.

§. 17. ANTIUS RESTIO.

Ce magistrat, peu de temps après la dictature de Sylla, avoit

dans Salluste {Jugurlha, c. lxxxvi et xc), dans les fastes , et dans les légendes des monnoies de ce temps (voyez les Annales de Pighius, et la D. JS. d'Eckhel, t. V, p. 67, 188, 189, 190, 228, et 288 ) : enfin il est certain que Tibur garda dans eette circonstance difficile sa fidélité envers le peuple romain, puisqu'elle devint municipe, et obtint pour ses habitants , à la fin de la guerre Sociale , tous les droits des citoyens romains ( Appien , Civil. , 1, I , $. 65 ). Ces considérations semblent presque prouver que la véritable époque du sénatus-consulte dont il s'agit est celle de la guerre Sociale ou des Marses.

(i) Les prénoms de Lucius et de Cnéus étoient usités l'un et l'autre dans la famille Cornelia : mais on peut observer encore que ces noms s'alternoient ordinairement dans la branche des Cornélius Sisenna. Le célèbre historien de la truerre Sociale et de celle de Marius et Sylla étoit im Lucius Cornélius Sisenna , et probablement il étoit

fils ou neveu d'un Cnéus Cornélius (voyez Vossius, de Histor. latin., 1. I, c. x, et les médailles des Cornélius Sisenna dans le Trésor de Morellius). D ne seroit pas impossible non plus que ce Lucius Cornélius, préteur, n'eût eu aucun surnom. Nous voyons , dans les Oraisons de Cicéron , des Quinctius , des Roscius , des Rabirius , qui n'en avoient pas.

Mais une observation encore moins étrangère à des recherches iconographiques est que l'opinion de ceux qui regardent ce buste comme un portrait du préteur Lucius Cornélius, n'est appuyée que sur une simple probabilité; car, quoiqu'on ne puisse guère douter que ce monument n'ait été érigé à un bienfaiteur du municipe de Tibur, la seule proximité du buste et de la tablette qui nous donne le nom de ce préteur, et nous fait connoître ses titres à la reconnoissance des Tiburtins , ne forme point une preuve convaincante que ce buste le représenloit.

HOMMES D'ETAT ET DE GUERRE. gS

porté une loi somptuaire par larpielle il croyoit pouvoir mettre ch^p. n. un frein au luxe de la table, et même faire cesser l'usage où H""™" <î''=t«

' o et de guerre sous

étoient les candidats ambitieux qui brieuoient les maeistra- legouTemement

i ^ <-' républicain.

turcs y de donner des repas splendides pour s'assurer des suf- p, ^ frages'. On ne sait de cpieile magistrature Restio étoit revêtu lorsqu'il proposa cette loi"* : il est vraisemblal)le qu'il étoit édile ou préteur. Quoi qu'il en soit, la loi Antîa étoit à peine sanctionnée qu'elle fut oubliée. Si elle étoit appropriée au genre de vie modeste auquel le nouvel ordre établi par Sylla sembloit devoir assujétir les grands et les riches, elle n'étoit point d'accord avec la licence et la corruption, qui, à cette époque, avoient gagné tous les ordres de la république. Le sévère législateur fut obligé de se condamner lui-même à ne plus accepter aucun repas, pour n'être pas témoin des infractions journalières qu'on faisoit à la loi qu'il avoil portée.

Un autre Antius Restio, qui étoit probablement fUs du pré- n» 7. cèdent, fit frapper, pendant sa magistrature, des monnoies sur lesquelles étoit empreinte la tête de son père. J'en ai fait graver une sous le n" 7 de la planche IV ^. La légende, RESTIO, désigne la tête de Restio père : l'air de son visage et son âge avancé s'accordent très bien avec ce que l'on sait de l'austérité de ses mœurs antiques. Hercule vainqueur est représenté sur le revers : le demi-dieu porte un trophée dans sa main gauche enveloppée

(i) Aulugelle, N. A., 1. II, c. xxrv; rite leur fut rendue par la suite. De ce fait

Macrobe, Saturnal., 1. II, c. xiii. supposé on inféroit que les Antius étoient

(2) On a trop léjjtTement supposé qu'il plébéiens, conséquence aussi peu fondée

étoit tribun du peuple. Suivant les lois de que la prémise.

Sylla, les tribuns du peuple ne pouvoient (3) Morellius, T/iesaur.famil. , AftjiA,

plus proposer des lois (l'Morus, Epitonie n° i, Uist. T. Livii, I, LXXXIX ). Cette auto-

94 ICONOGRAPIÏTE ROMAINE. Part. I.

Cuvr. II. crunc poan de lion, cl une massue dans la droite". La légende, Hommes av.a, ç^ . j^^^y . (. . j. (j^^^^^^. AiiUus , fils clc Caïus , présentc Ic nom

et de guerre sous ' ' ,/ ' 1

le gouvernement j^ mafrlstrat (fiii a l'ail frapper ce denarius. Si ce ma<ïistrat étoit,

républicain. . , . .

comme il semble probable, le fils du législateur, on peut dire

n. IV.

qu'il ne dégénéroit pas des vertus paternelles. Cicéron,dans ses lettres à Atlicus, loue la noble franchise de ce sénateur": peu s'en fallut qu'elle ne lui coulât la vie. T^orsqu'il fut proscrit par les triumvirs, il ne fut sauvé que par la généreuse fidélité d'un de ses esclaves qu'il vcnoit de maltraiter^.

§. i8. POMPÉE.

Elevé dans les camps de Strabon son père. Pompée fit ses premières armes dans la guerre Sociale , oii il apprit de ce général l'art de commander les armées ; mais il ne dut qu'à luimême l'apprenlissagc d'un art encore j^lus rare, et que son père avoit négligé, celui de se faire aimer de ses compagnons d'armes''. A la mort de Strabon, son fils se vit exposé à des persé-

(i) On peut croire que l'un des Antius avoit, pendant son édilité, fait restaurer l'autel d'Hercule, qu'on appeloit ara inaxinia. C'est l'opinion de quelques antiquaires qui ont tâché de la rendre probable par les types d'une autre médaille de la famille Antia (Eckhel ,D.N., t. VI, p. iSg).

11 ne seroit point non plus sans vraisemblance qu'à une époque oîi les Mamilius prétendoient descendre d'Ulysse , les Jules d'Eiiée, les Antoine d'Hercule, les Antius voulussent rattacher leur origine à la race de ce héros divinisé, dont l'un des nombreux enfants portoit, dans la mythologie, le nom iHAritiade (ApoUodore , 1. Il, c. vii,n°8;.

(a) Ep. ad. Attic, 1. IV, ep. xvi.

(3) Il l'avoit stigmatisé. L'esclave, qui avoit peut-être mérité ce traitement, n'en voulut point à son maître. Il le suivit dans sa fuite à la campagne , où , informé de l'approche des satellites , il tua un malheureux vieillard ( esclave peut-être ) qui se trouva sous sa main , lui coupa la tête , et fit croire aux sicaires que c'étoit celle de son maître qui étoit à peu près du même âge. Antius se sauva en Sicile ( Valere Maxime, liv. VI, c. viii, n" 7; Appien , Civil., liv. IV, %. 43; Macrobe, in Somn, Scip. , liv. I, c. II ).

(4) Cnéus Pompeïus Strabon (ou le Louche) étoit détesté , principalement à cause

HOMMES D'ETAT ET DE GUERRE. g5

entions auxquelles il échappa , protégé par la bienveillance et Ch.p. ii. l'estime de ses concitoyens qu'il avoit déjà su se concilier'. ^f™J^'^'^^"Jl Pompée n'étoit âiré crue de vini^t-trois ans, lorsque la ejuerre legouvernemeut

i r> 1 ~ j. o républicain.

civile et l'arrivée de Sylla en Italie lui ouvrirent la carrière de puissance et de gloire qu'il ne cessa de parcourir juscju'aux derniers jours de sa vie. Quoique simple particulier, il réussit à rassembler dans le Pice7ium, où son père avoit exercé le proconsulat , ime armée composée d'anciens soldats qui avoient servi sous ce général, et de volontaires de la province, qui, dans le boule-

PI. V

de son avidité. Son fds se garda bien de prendre le même surnom. Plutarque, dans les ]^ies des Hommes illustres , et principalement dans celle de Pompée; Appien d'Alexandrie, dans les deux premiers livres des Guerres civiles; Dion, dans les livres XXXVI et suivants, jusqu'au XLII, sont les sources d'où j'ai tiré la plupart des matériaux de cet article, sans négliger les écrivains contemporains de Pompée, tels que César, Cicéron , Salluste, et autres de différentes époques.

(i) Cette bienveillance, Pompée la devoit à la régularité de ses mœurs, et à des talents agréables joints à des qualités solides. Dans sa jeunesse, il ne fréquentoit point les bains , et il avoit coutume de prendre ses repas assis et non touclié ( Diodorc de Sicile, Excerpta, édition de Wesseliiig , pag. 6i5 ). Salhisle parle de son adresse dans tous les exercices de la gymnasti(pie [Frug. ex tib. Vi, Jlistor. ap. Ve^etium ,1.1, c. ix 'i. A l'époque où il se préparolt à la guerre civile, quoique âgé de plus de cinquante ans, il se livroit à ces exercices , dans le champ de Mars , sous les yeux des Romains: ce fut alors probablement, ou à l'occasion de sa convalescence

à Naples, qu'on inventa, pour son amusement au jeu de la paume, une espèce particidière de petits ballons connus postérieurement sous le nom àefolliculi (Athén. , 1. I, p. i4, r). Il avoit cultivé son esprit par l'étude de la littérature grecque et latine: ses entretiens avecl'infortimé Quintus Valerius dans l'expédition de Sicile (Plutarque, Pompeïiis , §. lo), et ses rapports avec Théophane de IMytilene, en sont des jireuves , sans parler de plusieurs autres faits que l'on pourroit citer. Dans l'oraison de Cicéron pour la loi Manilia (particulièrement aux §. 1 3 et i4) on trouve im éloquent panégyrique des vertus de Pompée, où, malgré l'exagération que le genre et l'occasion de ces discours semblent justifier, on ne peut s'empêcher de reconnoître les traits d'un noble et grand caractère. Le même orateur rend un témoignage encore plus positif a la parfaite intégrité, à la retenue, et à la gravité lie ses mœurs, et cela dans un temps oii il n'avoit plus rien à craindre ou à espérer de Pompée : c'est dans tme lettre où il ouvre son cœur à son ami Atticus {ad Auic, 1. XI, epist. \i). Les remarques suivantes nous ramèneront encore à ce sujet.

96 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

Chap II. versement de l'état, aimoient à partager le sort du fds de leur Hommes dét.n procoiisul. Biciitùt plusieurs chefs qui combattoient pour le

ri tU'gui'rresoiis ■■■ 1 i i

i(gouvtintmciii parti de Marius et de Cinna furent vaincus par Pompée, qui

réjniblicaiii. on

p, ^ alla à la rencontre de Sylla, et lui offrit trois légions avec lesquelles il venoit de battre ses ennemis. Le rival de Marius, par un de CCS sentiments confus qui font que les grands hommes reconnoissent souvent leurs égaux au premier coup-d'œil, parut prévoir toute la grandeur future de son nouveau partisan: il lui fit un accueil honorable, et, en le saluant, il le nomma Imperator.

Sylla n'est pas plutôt maître de Rome, qu'il charge Pompée de la guerre de Sicile et de celle d'Afrique, dans lesquelles celui-ci détruit les chefs du parti contraire , et soumet les princes barbares qui favorisoient les ennemis du dictateur. Son armée lui défère le titre de Grand, Magnus , et ce titre devient sou surnom.

Le dictateur prend quelque ombrage d'une gloire si promptement acquise. Mais bientôt ses soupçons sont détruits , et il ne s'oppose plus au triomphe du jeune vainqueur j honneur accordé alors pour la première fois à un général qui n'avoit point encore pris place dans le sénat.

La grandeur et la puissîwnce de Sylla sont les seuls objets que dorénavant Pompée trouvera dignes de son ambition ; mais les sentiments honnêtes qui lui sont naturels ne lui permettent pas d'y parvenir parle chemin horrible que le dictateur s'est ouvert. Il commence par se montrer complaisant envers le parti populaire; Sylla , dans ses derniers jours, lui eu fait des reproches. Il meurt; et Pompée témoigne le zèle le ])\\\s ardent pour faire rendre des honneurs extraordinaires aux restes et à la mémoire du dictateur.

PI. V

Sertorlus étoit encore, en Espagne, le chef et l'espérance du CHiP. n. parti vaincu : Metellus Plus, qui le combaltoil, affoilîli par l'âge, ,"°"rrrfsous ne sembloit pas pouvoir le soumettre. Les succès de Sicile et lesouvememeni d'Afrique ont désigné d'avance Pompée pour cette expédition, plus difficile que les premières. Sa valeur, ses talents, et son bonheur, le débarrassent bientôt de ce redoutable adversaire, et lui méritent un second triomphe. Il entre alors dans le sénat, et il y entre consul.

Le caractère politique de Pompée a été tracé en peu de mots par Velleïus Paterculus', et d'après lui par INIontesquieu'. Pompée ne vouloit pas usurj^er la puissance; il vouloit qu'on la lui remit entre les mains. De là cette conduite, à quelques égards incertaine et tortueuse, que Pompée a tenue dans sa vie publique ^ L'aristocratie du sénat avoit été solidement établie par Sylla ; il fallolt la renverser ; il falloit briser les barrières

(i) Liv. II, c. XXIX : Potentiœ qitce honoris caussa ad eum deferretur, non quœ ab eo occupare.tur cupidissimus.

(2) Grandeur et décadence des Romains, c. XI : Pompée avoit une ambition « plus lente et plus douce que celle de Cé- « sar. Celui-ci vouloit aller à la suprême <( puissance les armes à la main , comme « Sylla. Cette façon d'opprimer ne plaisoit « point à Pompée. Il aspiroit à la dictature, « mais par les suffrages du peuple : il ne « pouvoit consentir à usurper la puissance j « mais il auroit voidu cju'on la lui remît « entre les mains. »

(3) Cicéron, après s'être plaint à Atticus de la dissinudation de Pompée à son égard, termine ainsi le caractère de cet homme puissant : « Aucune prévenance, « aucune candeur, rien d'iionnête dans sa « conduite politique; on y clicrclioroit en

« vain du courage, de la grandeur, delà « franchise » ; Nihil corne, ni/til simplex, nihiliv ToTs -rcXiTiKalç konestum, nihil illustre, nihiljorte, nihil liberum [ad yllticuTti , 1. I, epist. XIII ). Quoique l'orateur romain n'ait point osé , en cet endroit , nommer Pompée , il est certain , par les circonstances du temps et des affaires, que cette censure ne peut être appliquée à un autre personnage. J'admets que, dans ces expressions de Cicéron , on entrevoit son dépit contre un homme qu'il regardoit comme un déserteur du bon parti. Toutefois on ne peut pas révoquer en doute cette conduite équivoque et versatile de Pompi'C. iVoMS verrons qu'avant la guerre civile, il quitta le parti popidaire, et se déclara pour le sénat dont il croyoit alors pouvoir disposer à son gré.

98 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

Ci.AP. II. qui contcnoicnl ranarcliie, pour qu'une puissance extraordiiiommrsdYtat j^jjjpj» ^3^ (lictatoriale devînt nécessaire : il ialloit accoutumer le

< t de gufrrisous

le gouvernement pcuplc il cc ffcnre d'autorilc , et pour s'en emparer, il Ialloit

républicain. ■• i c> 7 1 1 '

p, y s'attacher les armées. Pompée, en rétablissant pendant son consulat les droits tribuniliens abolis par Sylla, amoindrit la puissance du sénat', et fit disparoître la tranquillité intérieure de la république. En revanche, le parti populaire et les tribuns reconnoissants s'emjjresserent de lui déférer des commissions extraordinaires qui, se succédant a de très courts intervalles, le niettoient sans cesse à la tête des armées, et l'investissoient d'une autorité bien supérieure à celle d'un magistrat ré2)ublicain.

Par ce moyen Pompée , trois ans après son consulat , fut chargé de la guerre contre les pirates, commandement qui mit à sa disposition presque toutes les forces, et lui donna l'autorité sur la plus grande partie du territoire de la république. Sa prompte victoire rassura le commerce et pacifia la mer. L'année suivante, il fut nommé proconsul pour marcher contre Mitliridate : il conquit l'Orient; il triompha de l'Asie comme il avoit triomphé de l'Afrique et de l'Espagne. Rome n'avoit jamais vu une pompé plus imposante ni plus variée. Ce fut alors qu'on osa comparer Pompée avec Alexandre''; ce fut alors que le vainqueur se vanta lui-même, dans une inscription orgueilleuse, d'avoir pris aux ennemis plus de quinze cents places, et de sept cents vaisseaux; d'avoir battu, détruit ou soumis plus de treize millions d'hommes; enfin d'avoir tout conquis, depuis le Palus Méotide jusqu'à la mer Rouge ^.

(i) Pompée favorisa, presque dans le AscomusVeàianus, ad Ciceronis (iii'inat.

même temps, l'abolition de la loi de Sylla, in Q. Cœcilium, §. 3).

qui n'admettoit que des sénateurs dans les (a) Salluste, Fragm. libri III Histor.,

tribunaux. Les chevaliers y fiu-ent admis, apudNonium, Y. yEmulus.

et même des notables du peuple (voyez (3) C'est Pline (liv. VII, $.27) qui nous

Le proconsul, au retour de chaque expédition, s'empressoit ch.p.u. de congédier ses troupes : cette conduite , cfui inspiroit une «°°>™« dé.rt

j /2 1 , et de guerre sous

grande conliance au peuple et au sénat, les disposoit à lui con- le gouvernement

fô-r>a-r> y-,,,,^„J T • ' r . républicain.

lerer, cfuand 1 occasion s en presentoit, une autorité égale à celle qu il venoit de déposer avec tant de désintéressement et de noblesse. On auroit pu croire que ce grand homme avoit atteint le Lut de ses désirs : sans être monarque, il étoit le premier des Romains ; respecté de tous les partis, dans toutes les conjonctures difficiles il étoit placé à la tête de la république. ^ Mais cette république étoit trop grande pour se ranger ainsi

d'elle même, et volontairement, sous l'autorité d'un seul homme dont le pouvoir n'étoit pas fondé sur les lois. Les moyens mêmes qui l'avoient élevé si haut lui avoient fait des ennemis dangereux.

Le sénat le regardoit comme un homme qui, pour capter la faveur populaire, l'avoit dépouillé de toute la puissance dont Sjlla l'avoit investi; et le peuple, agité par des ambitieux du second ordre, perdoit peu à peu ce respect et cette admiration qu'il avoit pour Pompée. Son caractère même et ses actions étoient l'objet de censures qui paroissoient être justes. Ce héros, qu'on distinguoit par le surnom fastueux de Grand, ne l'étoit devenu, disoit-on, qu'en se parant des exploits et de la

a conservé ce morceau de littérature latine, le plus sublime peut-être qu'on ait jamais produit dans le mênie genre: la noble simpluité de la diction est au niveau de la grandeur du sujet. Le voilà: Cneus Pompeius Magnus, imperator, hcllo triginta annorum confecto,fusis,fugatis, occisis, in dcdiiioitcin acccptis hominum centies vicies seniel , ccntenis octoginta tribus millibus; depressis autcaptis navibus sep-

tingentis quadraginia scx; oppidis, castellis mille quingentis viginti octo ittftdern receptis; terris a Mœoti lacu ad Bubrum mare subactis, votum ruerito ^lincrvœ.

Cette inscription étoit placée d.insun temple de Minerve bâti par Pompée ilans le ch,imp de Mars. Il avoit employé à la construction de cet édifice une partie des richesses qu'il avoit prises sur les ennemis.

loo ICONOGPtAPIIIE ROMAINE. Part. I.

chap. II. gloire tl'aulres généraux. 11 avoit, coaliiiuolcnt-ils, déroJjé son Hommes détat triomphe d'Espa<vne à Metcllus Plus; à Catulus, l'honneur d'à-

<'t (legiidi'e sous lin ' '

logouvfrnrraeni yolr délruit la factïon du séditieux Lepidus; à Crassus, le nié-

p, y rite d'avoir terminé la guerre Servile : il avoit arraché à Lucullus les trophées de Mithritlale et de l'Asie, et à un autre Metcllus les palmes de la Crète. Le sénat indigné ne ralilioit pas les actes de Pompée , et toutes les dispositions de ce général en faveur des soldais et des alliés demeuroient sans exécution. Pompée se vit forcé de reconnoître qu'il y avoit à Rome d'autres puissances que la sienne; il se repentit d'avoir congédié ses armées, et pour s'assurer la prépondérance, il consentit à se coaliser avec deux citoyens qui , par l'étendue de leur considération , pouvoient paroltre les premiers aj)rès lui. L'un étoit Crassus, dont le crédit étoit fondé principalement sur les richesses immenses qu'il avoit su amasser, et que, malgré son avarice, il savoit employer pour servir son amhition : l'autre étoit César, qui sembloit avoir hérité , dans un autre parti , de toutes les grandes qualités de Sylla; mais elles étoient réunies à plus de souplesse, et n'étoient point ternies, comme dans ce dernier, par ini mélange odieux d'orgueil et de férocité. Cette coalition de trois hommes puissants, que les historiens ont distinguée par le nom de premier Triunwirat , fut cimentée à Pvome par le mariage de Pompée avec la fille unique de César, et renouvelée, deux ans après, à Lucques.

Tout céda à cette triple puissance : les actes de Pompée furent ratifiés; l'exil de Cicéron humilia le sénat, et son rappel réprima les excès des démagogues ; le gouvernement de la Gaule Cisalpine et des provinces romaines de la Transalpine fut accordé à César avec une armée : une autre armée fut donnée à Crassus avec le gouvernement de la Syrie ; une troisième à

PI. V

HOMMES D'ETAT ET DE GUERRE. loi

Pompée pour contenir l'Espagne : mais celui-ci y exerça les pou- chip. n. voirs de proconsul sans ffuitter Rome, où il resta le seul des "°">"« '''^'at

i 1 ' et de guerre sous

triumvirs, et où de nouvelles commissions extraordinaires ne '<* gouvernement

républicain.

cessèrent de relever et d'étendre son autorité. Il est au faite de la grandeur, et peut se croire sans compétiteur et sans égal.

Pendant sept années , la république romaine fut constamment soumise à l'influence de ces trois hommes dont Pompée paroissoit être le chef par l'avantage que sa gloire militaire lui donnoit sur ses collègues": mais la fortune, en peu de mois, amené le dénouement de cette longue tragédie , et en précipite la catastrophe. Crassus et son fils périssent dans la guerre des Partlies ; Julie meurt en couche , et le fruit de son hymen la suit bientôt au tombeau.

Les deux collègues délivrés d'une crainte commune , et affranchis des liens mutuels de la parenté , commencent bientôt à se regarder comme deux rivaux. Pompée est effrayé de la grandeur à laquelle il a laissé parvenir son beau -père, et il appréhende d'avoir un égal. César, de son côté, prétend ne devoir pas être au-dessous de son gendre ; la conquête des Gaules peut se comparer aux conquêtes de l'Asie; cette gloire récente efface en cjuelque sorte le souvenir des victoires de Pompée; les trésors ramassés par César au-delà des Alpes lui donnent des moyens faciles de mettre à sa solde les démagogues, et d'abattre les foibles obstacles qui résistent encore à l'anarchie.

Nous avons vu que Pompée, en rendant aux tribuns du peuple leur ancienne autorité, a fait renaitre ce fléau; les tribuns et les triumvirs ont détruit successivement les institut ion s sur

(i) La coalition de ces trois hommes Crassus périt l'an 701 ( 53 ans avant la

puissants fut formée par César, l'an de uicniecre).

Home 694 (60 ans avant l'cre vulgaire); et

I01 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

Chap.ii. lesquelles rcposoient le pouvoir du sénat et l'ordre puLlie. Céiiommes d'état ^^^ , ^^^ lihcTali tc's saus Ijomes , s'est rendu plus populaire

et «le guerre sous ' l X 1 1

icgouv-rnenuiii q,jg Pompôe; et à Rome le désordre est tel qu'il n'y a plus d'as-

K'publicain. '^

p, Y semblée du peuple sans effusion de sang, que l'administration est entravée dans ses moindres oj^érations, que l'élection même aux magistratures ordinaires est suspendue , que Rome au renouvellement de l'année n'a plus de magistrat pour la gouverner'.

Dans cette crise, Pompée, pour affermir son autorité, prend enfin le parti du sénat contre les chefs populaires , et dément ainsi la conduite politique qu'il a tenue depuis son premier triomplîe\ Il n'ose cependant accepter la dictature qui lui est offerte : il craint de se décorer du titre d'une magistrature que Sylla a rendue trop odieuse, et de grossir par là le parti de César; mais il consent à être nommé seul consuP, et, quelques mois après, il se fait donner pour collègue Metellus Scipiou, dont il a épousé la fille. Il flatte César de l'espoir d'un second consulat, et cependant il fait désigner pour consuls des années suivantes des sénateurs entièrement dévoués à son parti, qui s'empresseront d'ôter à son rival ses armées et ses provinces. Ces manœuvres durent encore deux années, pendant lesquelles on réussit à engager César à céder deux légions; mais on essaie en vain de l'amener à se démettre de son gouvernement et de son autorité proconsulaire. Les flatteurs qui entourent Pompée prennent trop de crédit sur son esprit; ils le portent à se dissimuler les forces et les ressources de César; et, lorsque Pompée veut le pousser à bout, il est tout étonné d'apprendre que son compétiteur a déjà passé le Pvubicon, et qu'il marclie vers Rome.

(i) C'est ce qui arriva l'an 702 de Rome (2) Dion, liv. XL, §. 5o.

( 52 ans avant l'ère chrétienne). (3) La même année 702.

HOMMES D'ETAT ET DE GUERRE. io3

Pompée ne se croyant pas en état , faute de sV être préparé, de cbap. n. lui opposer une résistance assez prompte et assez forte , cruitte "°'"™^' '*''*"

11 11 '1 cl de guerre sous

Rome, et se fait suivre par presque tous les magistrats, et par '^ gouvernement

républicain.

la plus grande partie du sénat, qui l'avoit déjà investi, sous le pj y titre de jDrocousul, de cette autorité extraordinaire que la république confioit à ses chefs lorsqu'elle se croyoit en danger. Ses contemporains, et les historiens qui ont partagé leur opinion, ont condamné cette fuite qui livroit sans défense la patrie à son. ennemi '. Mais le parti de César étoit trop nombreux à Rome pour que sou adversaire pût y rester avec sûreté; et Pompée en gagnant du temps pour ses préparatifs , et transportant le théâtre de la guerre au-delà de l'Adriatique, pouvoit raisonnablement croire qu'il disposeroit plus librement de ses moyens, n'ayant que des amis dans son camp , et étant maître de la mer.

En effet, malgré la promjDtitude et l'activité de César, Pompée s'embarqua à Briudes pour l'Epire, avec ses forces et sous les yeux, pour ainsi dire, de son ennemi. Cette retraite habile fut la dernière opération remarquable de sa carrière militaire. Arrivé dans l'Epire, où César le suivit, il obtint d'abord des avantages si considérables , que l'unique sollicitude des sénateurs réunis sous ses draj^eaux étoit de chercher les moyens de se soustraire par la suite au pouvoir monarchique de celui qu'ils reconnoissoient pour leur chef''. Vaines sollicitudes. Pompée,

(i) Voyez les tléclamation.s de Cicéron les sentiments de ce sénateur dans une telle

sur cette retraite, qu'il appelle une fuite circonstance. Ces sentiments animoient de

honteuse, dans ses Lettres à ^tticus, no- même tous ceux qui se vantoient d'aimer

tammeiit dans les m'', vu"', et viii' du la liberté, et qui n'aimoient véritablement

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