CNÉUS ET SEXTUS, FILS DE POMPEE
Ces deux frères, issus de Pompée et de Mucia sa troisième femme, s'efforcèrent pendant quelque temps de soutenir le parti
Chap. u.
Hommes «l'état et de guerre sous le gouvernement républicain.
PI. V
rieurs , et qu'on les ait placées dans les mêmes édifices où se trouvoit déjà son ancienne statue.
Quant aux objections qui sont tirées de la prétendue différence de caractère entre la tête et le corps de la figure, et de la manière dont la tête a été replacée sur le buste, ces objections ont plus d'apparence que de réalité. Plutarque a déjà répondu à la première, lorsqu'il a observé que les artistes habiles, soigneux d'imiter exactement dans les portraits en pied le caractère de la tête, sont très peu scrupuleux dans l'imitation du reste du corps ^Alexandre , §. 1). Ils y mettent toujours de l'idéal pour donner plus de beauté à leurs ouvrages. On peut en effet remarquer des différences semblables dans d'autres figures, et même dans des chefs-d'œuvre de la sculpture antique. Il me suffira de citer la statue dite de Germanicus, la plus parfaite des figures faisant portrait qui nous soient parvenues. Plusieurs connoisseurs ont trouvé que le corps de celte statue semble appartenir à un personnage plus jeune que la tête ne l'annonce. En admettant que le statuaire a pu prendre la même liberté dans l'exécution du Pompée, afin de donner plus de perfection à son ouvrage, il faut convenir que cette disparate n'est point choquante, et que la statue offre dans son ensemble un aspect agréable et même imposant.
A l'égard de la maladresse avec laquelle
on a rattaché la tête sur le tronc , en râpant les bords des cassures , ce qui a dû raccourcir un peu le col , on peut reprocher ce défaut d'habileté et de soin au sculpteur qui a été chargé de cette ancienne restauration , soit au temps d'Auguste , soit au temps de Philippe ou de Théodoric, sans que l'authenticité du portrait soit atteinte par ce reproche. Malheureusement des négligences semblables ont eu lieu dans plusieurs autres restaurations importantes , quoique exécutées après la renaissance des arts , et à des époques où l'on faisoit le plus grand cas des ouvrages antiques. Mais le marbre de Paros, dont est la tête de Pompée, et qui est pareil à celui du reste de la figure, permet d'autant moins de douter que la tête n'ait toujours appartenu à la statue , qu'il est plus rare de trouver des figures colossales exécutées avec ce marbre précieux.
Quant à quelques autres suppositions par lesquelles M. Fea cherche à atténuer les preuves de l'authenticité de ce monument, on est frappé, au premier examen, de leur défaut de vraisemblance. Nous avons déjà vu combien est peu probable la conjecture sur laquelle M. Fea veut établir que la statue de Pompée et le monument sous lequel elle étoit placée furent élevés par Auguste au milieu de l'orchestre ou du parterre du théâtre. Suivant une autre supposition qui n'est pas mieux fondée, la statue de Pom.-
GiiP II. de leur père en prenant les armes contre ses ennemis' : ils suciiommes (l'état comljerent tous les deux dans cette lutte, et ne purent résister
Pl (le cueiTosous ^
Jc'godVLTiK ment ré|)ul)ii(aiii.
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pée, ainsi (jue il'aulres figures colossales qui, ir(jiivc-es dans le même endroit, ont ornc' auircfois le palais élevé par le cardinal Riario près de la basilique de Saint- Laurent, auroient appartenu à un atelier dont M. Fea croit avoir découvert des vestiges, et où un sculpteur du moyen âge se serolt occupé de la restauration de statues antiques. On a découvert, à la vérité, des ateliers semblables dans d'autres fouilles, et toujours dans la proximité des grands édifices, tels que les thermes de Caracalla, le temple de la Paix, etc. , mais ces ateliers appartenoient à un temps où ces édifices subsistoient encore, et ils servoient probablement à leur entretien, et à la réparation des ouvrages qui en faisoient l'ornement. Si M. Fea veut parler d'un atelier destiné à la restauration des monuments de Pompée , et qui étoit en activité, tout au plus tard, sous le règne de Théodoric, on peut admettre sa conjecture sans que l'on en puisse rien conclure contre l'opinion reçue sur la statue de Pompée. Mais il ne faut pas attribuer ces établissements à des temps postérieurs où il n'y avoit plus ni ateliers pour la restauration des antiques, ni artistes qui s'occupassent de cette restauration : tout le monde sait qu'au contraire on brisoit et on détruisoit les statues, qu'on les employoit comme des pierres dans la construction d'édifices barbares, ou qu'on les brùloit pour en faire de la chaux. Cet état de choses, qui n'a fini qu'à la renaissance des arts, a duré plus de huit siècles. M. Fea, par une dernière supposition, voudroit que le corps de cette statue eût appartenu autrefois à une figure de Domilien ; et il croit
que le Domitien de la villa ^Ibani (Morcelli , Indicazione délia villa Albani; Roma , 1785 , n" 8) est dans la mijme pose. 11 n'avoit cependant qu'à examiner les gravures de cette dernière statue, qui se trouvent dans l'ouvrage de Cavaceppi, et dans celui de M. Piroli, pour se convaincre qu'il se trompoit; et lui-même d'ailleurs doit sentir toute la frivolité de cette conjecture.'
De ces observations je conclus que, si l'on regarde la tète de la statue en question comme le portrait d'un personnage inconnu, on ne pourra proposer sur cette figure aucune conjecture probable ; mais que si l'on reconnoît dans cette tête la physionomie de Pompée, commej'en suis persuadé, et comme les monuments réunis sur la planche V semblent le prouver, il sera difficile de se refuser à la conviction que cette statue est celle mên>e que nous connoissons par l'histoire, et qui fut élevée dans ces mêmes lieux où elle a été retrouvée après l'intervalle de seize siècles.
Les collections d'antiquités nous offrent d'autres portraits de Pompée sculptés en marbre ou gravés sur des pierres fines. Aucun de ceux qui me sont connus ne me semble présenter des preuves d'authenticité assez frappantes pour que je doive faire mention de ces monuments: plusieurs sont évidemment l'ouvrage de l'imposture, tel que celui qu'on a gravé dans le recueil de M. de Caylus , tome I , planche lxvii.
(i) Pompée eut cinq femmes, dont la première fut Antistia qu'il fut obligé de répudier pour épouser Emilie, belle-fille de Sylla. Celle-ci étoit alors enceinte de son premier mari , et mourut en couche. Mu-
ni à la valeur de César, ni à la politique d'Octave, ni à la for- CH.r. ir.
1 l, T T Hommes d'état
tune de lun et de 1 autre. et de guerre sous
Cnéus, Fainé des deux frères, au commencement de la guerre "e gouvernement
' ' "-^ républicain.
civile , s'étoit transporté à la cour d'Alexandrie, où il obtint une p, y flotte auxiliaire de Ptolémée Dionysius, et, à ce qu'on prétend, les faveurs de la jeune Cléopàtre, sœur et femme du prince La-
gide'
Le fds de Pompée commanda lui-même cette flotte, et fit voile vers les parages de l'Epire, afin d'inquiéter les villes qui s'étoient déclarées pour César \ Il avoit déjà signalé sa valeur et reçu d'honorables blessures lorsque la nouvelle funeste de la bataille de Pharsale, la mort de son père, et la défection des Egyptiens, le déterminèrent à se réfugier en Afrique, où les vaincus se rallioient sous Scipion^. Avant de partir, il auroit donné à Dyrrachium des preuves d'une humeur hautaine et féroce, s'il étoit vrai qu'il fut sur le point de percer Cicéron de son épée, sur le refus que celui-ci faisoit de se placer à la tête des partisans de Pompée*. Ce caractère fougueux fut probablement la cause pour laquelle, quand il fut arrivé en Afrique, Catonlui insinua
cia, fille de Scévola, fut sa troisième femme : à son retour de la guerre d'Asie , il s'en sépara par un divorce, à cause de son libertinage. Julie, fille deCésar, fut la quatrième; et la cinquième fut Cornélie, fille de Metelliis Scipion , et veuve du jeune Crassus. Cnéus et Sextus étoicnt nés de Mucia. Appien et Dion le témoignent expressément par rapport à Sextus ; et Cnéus , le frère aîné , ne pouvoit avoir une autre mère , puisqu'il paroît certain que Pompée n'a- •voit point eu d'enfants d'Antistia , et qu'il ne put pas en avoir d'Emilie.
(i) Plutarque, dans la f^ce de Marc-
Antoine, §. aS.
(a) César, de Bello civili, 1. III, §. 4o.
(3) L'auteur de Bello Africano, c.xxii.
Appien, Civil., 1. II, §. 87, s'est trompé, lorsqu'il assure que Cnéus, en quittant les côtes de l'Epire, s'étoit transporté immédiatement en Espagne.
(4) Ce récit est de Plutarque , dans la Vie de Cicéron , §. Sp. Middleton ( Life ofCiccro, 1. Il, vers la fin) a cepondaiit observé qu'on ne trouve rien de semblable dans la correspondance de l'orateur romain.