‹ Iconographie romaine (volume 4)Chapitre 23 sur 94 · MARCUS BRUTUS · texte numérisé non relu

MARCUS BRUTUS

Marcus Junius Brutus étoit né l'an 669 de la fondation de

cz7e,n<>49j Morellius, Thesaur. famil., Atia, n" i , a publié une médaille presque semblable où le prénom Marcus n'est point dans la légende.

(i) Pausanias, 1. X, c. xvii, où il indique la statue de Sardus , qui étoit à Delphes.

[i) On le supposoit fils d'un Hercule africain, qui vraisemblablement étoit le même que l'Hercule des Phéniciens :

Mox Libyci Sardus gène roso sanguine fidens Herculls,

a dit Silius Italiens, 1. XII, v, SSg.

(3) Ptolémée, dans sa Géographie , dit qu'il y avoit dans l'île de Sardaigne un temple du Père des Sardes, £«çJ^o5r«Tojo; jeçov.

(4) Strabon , 1. V, p. 2^5. Le peu de progrès des arts en Sardaigne est constaté par d'autres monuments qu'on peut voir cités et décrits par l'abbé Barthélémy, 3/énioires de l\4cad. des belles-lettres, t. XXVIII, p. 679 ; par Winckelmann , Histoire de l'Art ^ 1. III, c. IV, §. 42 et sniv. ; et par M. de Caylus, Beciieil, t. II, p. xvii : ce sont de petites figures de bronze d'un travail barbare.

HOMMES D'ETAT ET DE GUERPvE. i3i

Rome, 85 ans avant Tere vulgaire'. Son père, qui avoit les chip. ir. mêmes noms que lui, étoit plébéien, mais d'une famille enno- Hommes detat

1 ' 1 ' et ae guerre sous

blie parles maoistratures, et qui avoit toujours eu la prétention le gouvernement

* ~ ' •■- '' ^ républicain.

d'avoir la même origine que la famille patricienne des Brutus, pi. vi. de laquelle étoit issu le fondateur de la répuLlique^ Sa miere Servilie desceudoit véritablement d'une des plus illustres familles patriciennes, celle des Servilius Czepion, dans laquelle elle fit adopter son fils qui, dès l'âge de six ans, avoit perdu son père. Pompée dont il s'étoit rendu le prisonnier en déposant les armes qu'il avoit prises après la mort de Sylla pour soutenir la faction de Lepidus , l'avoit fait mettre à mort. Ce malheur, qui fit du jeune Brutus l'ennemi naturel de Pompée, sembloit lui interdire la carrière des honneurs : cependant sa parenté avec Caton qui étoit son oncle maternel, et les richesses qu'il avoit héritées des deux familles auxquelles il appartenoit, lui donnoient trop de considération et de consistance pour qu'il crût devoir se condamner à vivre dans l'obscurité. La sagacité de son esprit et la force de son caractère se montrèrent bientôt par les succès qu'il obtint dans ses études littéraires et philosophiques , ainsi que dans l'exercice du barreau'. Il avoit adopté

(i) Cette époque a été fixée d'une manière certaine d'après deux passages de Cicéron ( in Brtito, §. 64 et 94 ). Velleïus s'est trompé en faisant Brutus plus jeune de six ans (1. II, c. Lxxn). Plutarque, dans la Vie de Brutus; Appien , dans les livres II , III, et IV, des Guerres civiles; et Dion, dans le XLVII'^ de ses histoires, sont les principaux auteurs que j'ai suivis dans cet article, sans négliger de recueillir les témoignages et les faits contenus dans les lettres de Cicéron , dans celles de Marrus Brutus lui-mcmc , et dans d'autres écrivains

anciens que j ai cites.

(2) Les anciens sont partagés sur la véritable origine de cette famille : le savant Eckhel {D. N., tom. VI, pag. 20) a appuyé par une observation nouvelle l'opinion de ceux qui prétendent que Marcus Brutus ne descendoit point de l'ancien Brutus, opinion que Bayle (article Iiriitus .^f.') avoit cependant reconnue comme la plus probable.

(3) Sur les ouvrages et le mérite littéraire de Brutus , on peut consulter le uièiue critique, loco citato, note G.

i32 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Pap.t. I.

ciiAP. II. les dogmes de Fancienne académie , quoique pour imiter son Hommes d'état onclc il parùt auelffuefois pencher vers les maximes du Por-

et de guerre sous l 11 ^

le gouvernement tiquc. Il fît souvcnt admircr son éloquence; mais les principes

républicain.

pj yj qu'il exposa dans un plaidoyer pour la défense de Milon, quil osa rendre pul)lic quoiqu'il n'eût pas osé le prononcer, auroient dû, dans des temps moins agités, appeler sur lui l'attention du gouvernement'. L'orateur y soutenoit la maxime séditieuse qu'il étoit permis à mi citoyen d'en tuer un autre lorsque ce meurtre étoit utile à l'état. La multitude, toujours portée dans les états populaires à exagérer les vertus des personnages qu'elle croit en opposition avec ceux qui la gouvernent, se livra dès-lors à une espèce d'enthousiasme pour Brutus, et le regarda comme un homme d'une grande espérance, et un des modèles les j)lus accomplis d'un citoyen honnête, intrépide, et éclairé.

Brutus a voit déjà trente-six ans lorsque la guerre civile s'alluma. Tout le monde croyoit que le désir de vengeance qu'il avoit été si long-temps forcé de comprimer alloit prendre un lihre essor, et que le fds de Servilie embrasseroit le parti de César. Il arriva tout le contraire : le neveu de Caton, oubliant ses injures particulières et les mânes de son père, se décida pour le parti du sénat et de son oncle. Pompée, qui en étoit le chef, fut touché de la générosité de Brutus, et l'accueillit avec affection. On admira dans le camp de Pharsale ce philosophe guerrier qui trouvoit du loisir pour ses jDaisibles études même la veille d'une grande bataille. Mais les destius de cette journée parurent changer tout-à-coup l'ame de Brutus; on le vit pencher vers le parti du vainqueur; il ne se rallia point aux débris de

( I ) Voyez Asconius Pedianus , dans X argument de l'oraison de Cicéron , pro 3Iilone,

HOMMES D'ETAT ET DE GUEPtRE. i33

celui de Pompée; il ne suivit point Caton en Afrique : au con- chvp il traire , de Larisse , où il s'étoit retiré , il écrivit à César qui , "°™™''' '^'^""^

' ' ' J- ' et de guerre sous

n'ayant pas oublié sa tendresse pour Servilie', avoit eu soin que le gouvernement

" républicain.

les jours du fils fussent respectés. César Paccueillit avec bonté, pj yj le mit au rang de ses amis , lui accorda la grâce de jDresque tous ceux pour qui son nouveau partisan la sollicita. Sa confiance en lui fut telle dès le premier moment, quil lui demanda des conseils relativement à la poursuite de Pompée; et il se reposa sur la loyauté de son caractère, au point qu'il lui confia le gouvernement de la Gaule Cisalpine, la partie peut-être la plus ricbe et la plus importante de ritalie% Brutus remplit dignement cette honorable mission; les peuples de la province furent heureux, l'autorité et le nom de César y furent chéris et respectés.

Après la guerre d'Espagne, il obtint du dictateur la préture, et il eut pour collègue Cassius son beau-frere, qui avoit quitté, comme lui , le parti de Pompée. Ces rapports formèrent des liens d'amitié entre deux personnages qui d'ailleurs ne se rcssembloient ni par les princij^es ni par le caractère. On prétend même que, pour rendre leur liaison moins suspecte au dictateur, ils feignirent de se brouiller par une de ces tracasseries qui sont assez ordinaires dans les cours. La vérité est que des soupçons planèrent sur leurs têtes, et que la franchise qui paroissoit avoir dirigé jusqu'alors toutes les démarches de Brutus put seule calmer le dictateur, que d'ailleurs la grandeur de son

(i) La passion de Servilie pour César que; il les a tirés de quelques époques bien

avoit fourni matière à la chronique scan- certaines, et de rage de César qui n'avoit

daleuse du temps, au point que des écri- (juc quinze ans de plus que ÎVlarcus Rru-

vains anciens ont (ru que Marcus Brutus tus. I,e premier en comptoit quarante-

pouvoit bien être le fruit de ces amours illé- sept, lorsque Servilie étoit éperdument

gitinies; mais cette opinion a été réfutée éprise de lui (Plutarque, Calon le jeune ^

parMiddleton (ZZ/t'o/C/two, 1. III, dans §. i^).

une note) ; ses arguments sont sans repli- (2) C'icéion, F/ulippi(fueUl,§ 5.

i3/î ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

cnv].. H. amc et la ruine de tous ses rivaux rendoient trop peu accessible

Hommes d'olat

, , aux soupçons.

m de guerre sous L j

iego.ive.nciiuMt Mals Cassîus oui ctoit tourmenté par l'ambition, et qui crovoit

républicain. 1 ' ' I .

p, yj ne pouvoir réussir dans le fatal projet qu'il avoit conçu, sans le uoui et la coopération de Brutus, ne laissoit échapper aucune occasion d'échauffer cette ame ardente , ferme , et cependant inquiète. On lui persuada que son nom lui imposoit le devoir de rendre à Rome sa liberté. «Brutus, tu dors. = ..! Tu n'es pas. « Brutus.... tu n'es pas de mon sang!» tels étoient les placards que l'on trouvoit chaque jour, tantôt sur le tribunal de Brutus, tantôt auprès de la statue du vengeur de Lucrèce. Brutus en. fut ému, ou jDeut-étrc feignit- il de l'être, pour avoir un prétexte de suivre les impulsions de son ambition profonde et dissimulée. La consi^iration se forma; les conjurés se herent par leur parole sans aucun serment; aucun d'eux ne la trahit; et le plus grand des Romains fut assassiné, en plein sénat, le i5 mars de l'an 710 de Rome, et tomba sous les poignards sacrilèges de quelques sénateurs ingrats auxquels il avoit pardonné, ou qu'il avoit comblés de ses bienfaits. Ses assassins , affectant de se montrer comme les libérateurs de la patrie et comme des tyrannicides, sortirent de la salle leurs poignards ensanglantés dans la main, et le bonnet de la liberté porté devant eux au bout d'une pique. Ils furent suivis d'une troupe d'autres sénateurs qui, applaudissant à leur forfait et voulant, après coup, s'y associer lâchement, proclamoient à grands cris la liberté de Rome, et tenoient élevés, pour les faire voir, des glaives qu'ils venoient d'emprunter. Les malheureux! l'histoire n'a point inscrit leurs noms parmi ceux des prétendus libérateurs de la patrie , mais la vengeance publique les reconnut pour leurs complices.

Si Brutus j séduit par une fausse idée du bien public, avoit

HOMMES D'ETAT ET DE GUERRE. i35

commis ce crime pour rendre à Rome le gouvernement sous Cha.. ii. lequel durant cinq siècles elle avoit fleuri et s'étoit élevée au- ^fj"guerrestul dessus des autres nations, il dut être frappé d'étounement quand i<"go"verDement

^ ^ républicain.

il vit le deuil, la confusion, et la terreur, dans lesquels son atten- pj ^j tat avoit plongé sa pairie, et quand il sentit que, pour assurer ses propres jours et ceux de ses complices, il étoit indispensable qu'ils se retirassent dans un lieu fort tel que le Capitole, et s'environnassent d'une troupe de gladiateurs que l'un des conjurés, Decimus Brutus, avoit pris à sa solde pour servir aux spectacles. Les sénateurs qui espéroient, par la mort de César, pouvoir jouir de nouveau de cette puissance illimitée dont S} lia avoit investi leur corps, et en abuser pour opprimer les provinces, étoient pour la plupart favorables aux parricides; mais les dispositions de César avoient été si bien prises , et la nature des affaires réclamoit si bautement l'autorité d'un monarque, que, malgré les intérêts contraires, ils crurent devoir respecter les actes, et même les volontés du dictateur. Ils montrèrent en conséquence de grands ménagements pour sa mémoire, et n'accordèrent aux meurtriers, sous le nom d'amnistie, que l'impunité de leur crime; indulgence à laquelle ils donnèrent pour motif le désir d'éviter les mallieurs d'une nouvelle guerre civile. Ces résolutions prises, une réconciliation eut lieu entre le consul Marc Antoine et les conspirateurs : mais aux funérailles de César et à la vue de son corps, le peuple, vivement ému de ce spectacle, et bientôt transporté de fureur, força par ses menaces et ses insultes les conjurés à reconnoitre qu'ils avoient imnu)lé à leur baine particulière non le tyran, mais le père de la patrie".

(i) Cicéron et ceux qui, comme lui, s'é- un parli formé dans la plus vilo populace

tolenl (li'clart's loin- les uieurliiers de ilv- les icgrets (ju'excita la mort de (".ésar, et la

£ar, se faisoient illusion, et altribuoieiil à haine qui poursuivit les prétendus lyranni-

ICONOGRAPIITE ROMAINE. Part. L

Chai. II. Dcs-lors il n'y eut plus cle sûreté pour eux à Rome : le sénat,

Hommes d eia pç^^jj, foumir ù Ihulus et à Cassius un prétexte honnête de s'en

et de guerre sous 1 1

le gouvernement éloiffner, fiuoifiûe Tevêtus d'une d'iPiiité rrui les o])li<jf'oit à v

répul)licain. O ' 1 1 » i !"> J

p, yj, résider, leur donna d'abord une mission extraordinaire, et quelque temps après leur assigna des provinces; Brulns eut la Macédoine, et Cassius la Syrie. Leur crédit à Rome augmentoit ou diminuoit suivant les différents succès des manœuvres du consul Marc- Antoine qui étoit à la tête du gouvernement , ou suivant les divers événements qui, dans le désordre affreux où étoit l'état, arrêtoient ou changeoient le cours des affaires. Leurs provinces leur furent ôtées, et on leur en donna d'autres de moindre importance , la Crète et la Cyrénaïque : l'année suivante , ils reprirent les premières, lorsque par l'arrivée du jeune Octave le jjarti des amis de César parut se diviser et s'affoiJjlir, et le parti contraire se fortifier au point de faire déclarer la guerre à Marc- Antoine qui sortoit du consulat. Mais enfin le fils adojjtif et l'héritier de César se rallia aux amis de son grand-oncle. Le nouveau triumvirat se forma; les meurtriers du dictateur furent foudroyés par la loi Pedia, et tous leurs partisans furent jDroscrits. Brutus et Cassius n'avoient laissé échapper aucune occasion de profiter de la mauvaise intelligence qui s'étoit glissée parmi

• les chefs du parti contraire.

cides. Cependant Brutus et Cassius avolent eux-mêmes tâché de se faire un parti en répandant de l'or dans la lie du peuple ; et ce parti , quoique appuyé par les gladiateurs de Decimus Brutus, fut toujours le plus foible. Les consuls Antoine et Dolabella, qui nétoient point favorables aux conjurés, furent obligés plusieurs fois de réprimer avec une sévérité extrême les excès auxquels se portoitle peuple qui regrettoit

César. La suite des faits et la retraite clandestine de tous les conspirateurs sont une preuve évidente de l'improbation presque générale qui suivit leur attentat. On n'a qu'à examiner la succession des événements, admirablement décrite par Appien [Civil., 1. II et III) , et les aveux que la force de la vérité arrache àCicéron lui-même dans plusieurs passages de ses Philippiques et de sa correspondance.

Hommes d'état

de guerre sous

ment

pu' "

HOMMES D'ÉTAT ET DE GUERRE. iSy

Dès qu ils eurent passé les mers pour se rendre dans la Grèce caiP. ii. et dans T Asie, la fortune sembla les favoriser. En moins de deux J années, ils réussirent à se rendre maîtres de presque tout l'O- i«'go"y"°«"

' ^ -■- républicain.

rient, à équiper des flottes, <à former des trésors, à rassembler pj yi. des armées dont faisoient partie ces légions qui avoient servi sous César, et qui, destinées à faire la guerre auxParthes, avoient précédé leur général au-delà des mers. Pour mieux assurer leur domination sur tant de contrées, et pour en tirer les ressources nécessaires à la multiplicité de leurs besoins et à l'avidité de soldats qui ne servoient que pour la fortune, ils opprimèrent les peuples, ils désolèrent les plus belles contrées de l'Asie : leurs ravages furent tels c[ue les Xantbiens de la Lycie, rebutés de tant de violences, se brûlèrent eux-mêmes avec leurs biens, leurs familles, et leur ville, plutôt que d'eu ouvrir les jîortes à Bru tus.

Cependant l'armée des triumvirs, surmontant tous les obstacles, avoit franchi les mers et traversé l'Epire, la Tbessalie , et la Macédoine : d'autre part , Brutus et Cassius avoient passé l'Hellespont; et leur armée, toujours en communication avec leur flotte, longea les bords de la mer Egée, jusqu'à ce qu'elle fût arrivée en présence de l'ennemi , qu'elle rencontra sur les limites de la Thrace et de la Macédoine, entre Amphipolis et Philippes. C'est là, dans les anciens domaines des successeurs d'Alexandre , que le sort des Romains va être décidé pour la seconde fois. Chaque armée avoit deux chefs; l'une, Marc-Antoine et Octave; l'autre, Brutus et Cassius : mais Marc-Antoine et Cassius surpassoient de beaucoup leurs coHegucs dans la science militaire et dans l'habitude du commandement. On a dit que le parti que l'on appeloit républicain auroit, à IMiilippes comme à Pharsalc , détruit le parti contraire en s'absteuaut de corn-

i38 TCONOGRAPITIE ROMAINE. Part. T.

Chap. II. l)aUre'; mais on peut douter que cette mesure, qui auroit pu Homme, a-érat j-^^yg^ir à l'harsale, eût eu le même succès à Philippes. Il étoit à

et de guerre sons ' ^ ^

le gouvernement cFaindrc quc Ics soldats de Brutus , dont la plupart avoient,

républicain.

pj yj comme nous l'avons dit, servi sous César, placés vis-à-vis de leurs anciens compagnons d'armes, qui venoient venger la mort d'un chef qu'ils adoroient, et qui avoient à leur tête son petitneveu, ne rougissent de servir sous ses assassins \ La bataille ne tarda pas à se donner. On combattit avec tout l'acharnement que l'on peut imaginer entre des guerriers commandés par de tels chefs, et armés pour une telle querelle; entre des armées qui ne se proposoient rien moins que l'empire et les richesses du monde entier pour prix de leurs efforts. Il semble que dans l'armée des triumvirs il régna plus d'ensemble et d'unité dans le commandement; ce qui fit que Marc- Antoine put réparer la défaite d'Octave', tandis que Brutus et Cassius demeurèrent plus long -temps étrangers aux succès et aux revers l'un de l'autre. Cassius, voyant fléchir l'aile gauche qu'il commandoit, désespéra de l'aile droite , conniiandée par son collègue, et qui cependant étoit victorieuse, et il se donna la mort. Cet événement funeste abattit le courage, et rendit nul le succès de l'autre partie de l'armée qui avoit été plus heureuse sous Brutus. Les restes de l'aile gauche, intimidés par leur défaite et jaloux des avantages de leurs compagnons d'armes, jetèrent le découragement et la discorde dans le camp. Brutus ne vouloit pas en venir de sitôt une seconde fois aux mains ; mais la crainte de la défection , le défaut de confiance de son armée dans un chef peu

(i) Montesquieu, Grandeur et déca- et ses conseils de transporter ses forces en

dence des Romains, c. xi. Italie.

(2) Il est probable que des considéra- (3) Suétone, Octavius Ccesar, c. xiii.

tiens semblables avoient détourné Brutus

renommé par ses talents militaires , l'impatience et l'indisci- chap. ii pline des soldats, l'obligèrent à accepter la bataille. Il fut vaincu. ^^~^^'!^^ La nuit suivante, voyant ses troupes abattues, et désespérant le gouvernement

' J 1 ' ^ républicain.

de ranimer leur courage, entendant d'ailleurs qu'on lui con- pj yj seilloit de s'enfuir, «11 faut se sauver, il est vrai, répondit-il; « mais pour cette fuite il faut plutôt se servir de ses mains que « de ses jambes «. Alors il rendit grâce à ses amis de ne l'avoir point abandonné, et il exliala, dans des vers tragiques que sa mémoire lui rappela, ses plaintes contre l'injustice du sort et la vanité de la vertu'; puis se tournant vers Straton, littérateur grec, qui étoit un de ses intimes amis, il lui présenta sa propre épée, et le pria de l'en percer. Straton l'ayant prise, Brutus se précipita sur la pointe, et expira. Son corps, enveloppé, par ordre de Marc-Antoine, dans un manteau de pourpre, fut envoyé à Servilie. Une mort prématurée avoit préservé Porcia son épouse^ de la douleur d'être témoin d'un si triste retour.

(i) « Malheureuse vertu ! que j'ai été « trompé à ton service ! J'ai cru que tu étois « un être réel ; mais tu n'étois qu'un vain « nom , la proie et l'esclave de la fortune. » (Dion, 1. XLVII, §. 49; Bayle, article ^/'utus M., noteC.)

(2) On a cru sur la foi de Nicolas de Damas, de Valere Maxime qui probablement l'avoit copié, et de quelques autres, que Porcia, la fille de Caton , épouse de Brutus , à la nouvelle de la fin funeste de son mari, s'étoit elle-même donné la mort en avalant des charbons ardents; mais ce fait est controuvé. On voit, par la correspondance de Brutus et de Cicéron, que Porcia avoit cessé de vivre peu après le passage de son mari dans la Grèce {ad M. Brittum, epist. ix et XVIII ). En effet , dans les conseils que tiennent entre eux les amis et les parents de

Brutus pour décider s'il seroit utile de l'engager à revenir en Italie avec une armée, on ne nomme que Servilie sa mère. Plutarque lui-même a critiqué Nicolas de Damas pour avoir rapporté le fait que nous examinons (Brutus, §. 53). Une parente de Brutus, la femme de son neveu Lepidus, fils du triumvir, se tua à la vérité par cet étrange moyen , lorsque la conspiration de son mari contre Octave fut découverte et punie par Mécène. Velleïus Paterculus, qui nous a conservé ce fait arrivé presque de son temps , en cherchant des exemples d'autres femmes romaines qui n'avoient point voulu survivre à leurs époux, ne dit pas un mot de Porcie (1. II, c. Lxxxviu); tant il est vrai que le récit de sa mort violente lui étoit inconnu. Il est même probable que ce récit n'a dû son origine qu'à une méprise de Nicolas de Da-

i4o ICONOGR APHTE ROMAINE. Part. 1.

CHAr. II. La l(';te de Brutiis fut envoyée à ilomc pour être mise au plccl ii-.nnnos <ivt.it j^ ] ,^ statiic clc César: mais dans le trajet elle fut cnirloutic par

Jcfjoiivi rncmeiit l-i inpv ' républicain.

p, yj L'opinion des vertus patriotiques de Brutus, répandue ])armi

ses contemporains, a fait illusion à la postérité, d'autant plus que cette opinion étoit celle de deux écrivains qui, ayant laissé des mémoires sur sa vie, ont été copiés par Plutarc^ue; mais on peut sans injustice les soupçonner de partialité : l'un étoit Bibulus son beau-fils; fautre Yolumnius son ami. Marc-Antoine hiimême, s'il en faut croire le biographe grec, étoit persuadé que le chef des conspirateurs contre César s'étoit porté à ce crime par l'attrait que pouvoit avoir un tel attentat pour une ame républicaine ; mais si nous considérons de plus près l'ensemble de ses actions et de sa conduite , ainsi que les temps et les circonstances dans lesquels il a vécu, il sera difficile de conserver des préventions si favorables à son caractère.

Brutus étoit né dans un temps où les guerres civiles et les proscriptions de Sylla n'avoient laissé subsister dans le gouvernement de R.ome aucun système d'ordre et de régularité. Sa jeunesse et toute sa vie se passèrent au milieu d'événements et de troubles qui dévoient convaincre les esprits, même les plus prévenus en faveur des gouvernements populaires, de l'impossibilité de conserver à ce orrand état son ancienne constitution républicaine. Plusieurs des personnages les plus graves de la république avoient reconnu sous Pompée la nécessité d'un pouvoir monarcliique\ Des philosophes même partageoient cette

mas quia pris le change sur cette anecdote, (a) Plutarque, Vie de César, $.36 de

en attribuant à la femme de Brutus ce qui la traduction d'Amyot : « Il y en avoit plu-

ëtoit arrivé à sa nièce. « sieurs qui osoient bien dire publique-

(i) Suétone, Octavius Cœsar, c. xiii ; « ment qu'il n'y avoit plus ordre à remé-

Dion, 1. XLVII, ^. 49- « dier aux maïUx de la chose publique.

opinion'. «Brutns, dit Séneque'', devoit-il craindre la nionar- chap. ii. « chie, qui est la forme de gouvernement la plus heureuse sous "°""""d'état

' 1 o 1 et de guerre SOBS

« un roi juste? Devoit-il se flatter du retour de la liberté, avec legouvemeroe.u

républicain.

« tant d'encourageinents pour l'amhition , et tant de récom- p, yj

« penses pour Tesclavage ? Devoit-il espérer le rétablissement

« de l'ancienne république, après la subversion des anciennes

«mœurs? Devoit-il attendre le maintien de l'égalité primitive

« et des lois fondamentales de l'état, après avoir vu tant de mil-

« liers d'hommes aux prises, uon pour la liberté, mais pour le

« choix d'un maitre? A quel point falloit-il méconnoitre et la

« marche de la nature et l'esprit de sa nation, pour ne pas voir

« que le poste d'où l'on vouloit faire tomber le vainqueur de

« Pompée étoit tellement envié , qu'à mesure qu'on l'ôteroit à

« une personne, plusieurs autres se présenteroient pour le rem-

« jAlT? M

Pour supposer dans Brutus un aveuglement qui lui eût fait sacrifier à des préjugés démocratiques la vie de son bienfaiteur et la foi de ses serments , il faudroit être convaincu que les sentiments d'un égoïsme intéressé n'avoient jamais eu d'accès dans son ame; et voilà précisément ce que l'histoire de la vie privée

« que par le moyen d'un seul auquel on « donnast plein pouvoir, puissance et au- « thorité souveraine. »

(i) Entre autres, Cratippe, le chef à cette époque de l'école péripatéticienne ( Plutarque, f^ie de Pompée , §. y5 ).

(2) De benejiciis, lib. II, c. xx : In hac re vidctur ^leficmenter errasse, iiec ex insLilutione stoïca se egissc : qui aut rciiis nomen exlinmil , ciini optiiniis civitatis status sub rege justo s il; aut ihi speravit liberlatevifulindrn ul>i Icim magnum jyrœmiam erat cl iniperandi et scryicndij aut

existimavit civitateni in prioi'ein Jhrmaui passe revocari, amissis pristinis moribus ; futuramque ibi œr/ualitateni civilis j'uris et staturas suo loco loges ubi viderai tôt viillia hominum pugnantia, non an scrviant sed utri. Quanta vero illum aut reruin naturœ, aut urbis suœ tenuit obliuio, </ui uno inlcrempto dcfuiurum credidit alium qui idem vellet! etc. La version que j'ai insérée dans le texte est en partie celle de M. Lagrangc , en partie la paraphrase que Baylc a faite de ce passage, article Brutus M. , note E.

lAi ICONOGRAPHIE ROMAINE. Pvrt. I.

Chap II. de Rriitus ne permet pas de penser. Ce Romain si vcrlucnx, ce Hommes d.tat p] , j |oso [)li c fiui |)r(''f('Toi t son devoir à ses plus chers intérêts, se

et dcfjufrri- sous l J I I '■

irgouvernemcnt livroit à l'iisurc Li Tjlus sordïdc, et étoit toujours prêt à sacri-

répuhlicain.

pj yj fier à son insatiable avidité le repos et même la vie de citoyens innocents. Nous pourrions croire que des écrivains soudoyés par les Césars Font chargé de ces imputations calomnieuses, si nous ne les tenions pas du plus ardent de ses admirateurs, de Cicéron lui-même, qui nous a révélé ces turpitudes, non dans ^ ses plaidoyers où il montre souvent trop peu de respect pour la vérité, mais dans sa correspondance intime avec Atticus '. Brutus plaçoit son argent à quarante-huit pour cent chez les rois de l'Orient et dans les contrées et les villes soumises à la domination romaine. Sentant lui-même le peu de délicatesse de sa conduite, il empruntoit quelquefois le nom d'un Scaptius qui n'avoit pas autant d'intérêt que lui à cacher son immoralité: mais il ne rougissoit pas de se rendre le complice des cruautés que son prête-nom exerçoit contre ses débiteurs. Appius , le beau-pere de Brutus étoit gouverneur de Chypre et de la Cilicie; et Scaptius, pour forcer la ville de Salam-ine, la plus considérable de l'ile, à lui payer les intérêts et une partie du capital qu'il lui avoit prêté, obtint de ce gouverneur une troupe de cavalerie qui contraignit les magistrats de la ville à se réunir pour aviser aux moyens de satisfaire à son créancier. Sur les remontrances de l'impossibilité où étoient les Salaminieus de payer cette somme, il les tint bloqués dans leur assemblée si long-temps que plusieurs en moururent de faim. Cicéron, qui succéda à Appius danâ ce gouvernement, ne voulant pas per-

(i) Toutes ces circonstances sont rap- revient sur ces affaires dans la lettre xxi du

portées en détail dans mie lettre de Cicéron livre V, et dans les ii* et m* du livre VI,

à Atticus, qui est la première du livre YI : il

mettre que ces mesures se renouvelassent sous son autorité , chap. h. Brutus ne balança pas à prier Atticus d'employer Tamitié qui le Ho"!™" «i^'^*

^ 1 A 1 ./ 1 et de guerre sous

lioit avec Cicéron pour obtenir de celui-ci qu'il voulût bien ac- legouyememeut

républicain.

corder encore à Scaptius des cavaliers pour exercer de sembla- ^^ ^.j blés vexations; et il crut faire réussir sa demande en révélant que l'intérêt et le capital lui appartenoient, et non à Scaptius. Il n'hésita pas même dans cette circonstance à écrire directement à Cicéron; et dans sa lettre, remj)iie d'expressions arrogantes, on apercevoit tout l'orgueil et toute la dureté d'un caractère qui se déguisoit sous le manteau d'une philosophie hypocrite '.

Cet orgueil si peu républicain perce encore dans sa dernière correspondance avec Cicéron, lorsqu'à la nouvelle que Lépide avoit été déclaré ennemi public à cause de sa réunion avec Antoine, Brutus, dont la sœur avoit épousé Lépide, prétend empêcher queja loi de la confiscation ne s'exécute au préjudice de sa sœur et de ses neveux : «Le sénat et toi, dit-il, vous devez « considérer que si ces enfants ont Lépide pour père, ils ont « Brutus pour oncle' 3>. D'ailleurs la promptitude avec laquelle, après la bataille de Pharsale, il quitta le parti de Pompée en abandonnant Caton et les défenseurs de la république , étoitelle une preuve de son attachement constant aux principes républicains ? et les monnoies qu'il fit frapper durant la guerre civile, et sur lesquelles sa tête fut empreinte avec sou nom et

(1) yld me autem , etiam ciim rogat (2) Quid veto viihi tribuere boni pos-

aliquUl ( M. Brutus) contumaciter, arro- sunt, si modo digni sujiius quibus aliquid

ganter, àx-cmamiTat solct scribcre [ad At- tribuatur... si nihil vahicrity apud le reli-

ticum, VI, ep. i); et (^Ibidem, ep. m) quumque scniitum, contra patrcni Lepi-

omuino (soli enim sunius) nullas unquam dum Brutus avunculus? [Epist. ad Bru-

ad me litteras misit Brutus, in quibus non tum, en. xiii). inesset arrogans, cc.KCivùtnrov aliquid.

i44 ICONO GRAPHIE ROMAINE. Part. L

Ci.ir. II. sans aucun dé<^uiscmcnt, avoient-elles cVautre exemple que celui Hommes dVitat j^.^ monnoïcs rrappcos sous la domination de César, les pre-

«ct de guerre sous il '■

Je gouvernement niicrcs à Romc dout Ic type eût présenté la tète d'un magistrat

répuhlicain. . , . . , ,

p, yj encore vivant? Ces traits réunis me paroissent révéler le secret du caractère de Rrutus; et on voit par quelques phrases de César lui-même, conservées par Plutarquc", que ce grand homme, qui devoit bien connoître les ambitieux, n'étoit pas entièrement la dupe de l'hypocrisie de Brutus. Il me semble même que sa dernière exclamation sur la vanité de la vertu n'est que le dernier élan d'un acteur qui ue quitte point son rôle tant qu'il est encore sur la scène.

N°4et5. On pourroit croire que les portraits de Brutus, après sa défaite et sa inort, ont disparu du monde romain : mais l'esprit d'un parti vit encore long-temps après que les événements ont décidé de son sort; et rien d'ailleurs n'est si difficile à détruire que les monuments numismatiques. Nous avons déjà remarqué f|ue des mounoies sur lesquelles la tête de Brutus étoit empreinte furent frappées sous son autorité. Nous en avons présenté une d'or à la planche II, n°47 fp^i nous offre d'un côté sa tête avec un peu de barbe, au milieu d'une couronne civique", et de fautre celle de Lucius Brutus dont il se vantoit de descendre. La légende qui est autour de la première donne le nom de M • BRVTVS • IMP-, Marciis Brutus imperator, et celui de Pedanius Costa son lieutenant , COSTA ULGatus. Sur une autre médaille du même métal, planche VI, n" 4? ou voit la tête de ce chef au milieu d'une couronne semblable; et la légende,

(i) Dans la f^ïe rfe Ce^«7', $.62; et dans marqué ailleurs, est un signe de deuil,

la f^ie de Brutus, §. 8. dont la cause étoit la guerre civile.

{■2] La barbe, comme nous l'avons re-

BR.VTVS • IMP-, Bridas imperator, la fait reconnoitre. Le tro- cuàP. n.

1 t fi f 1 1 * *M.l. 1__« Hommes d'éta

phee eieve sur des proues de vaisseaux, qui est le type du re- ^tj^guerresou vers, fiùt allusion aux succès des flottes crue Brutus et Cassius 'egou^^-^nemen

^ -L républicain.

faisoient commander parleurs lieutenants. La légende, CASCA pi vi. LONGVS , Casca Longiis , désigne Publius Servilius Casca , celui des conjurés qui porta le premier coup à César, et qui périt à Pliilippes". Mais les types dune monnoie d'argent que j'ai fait graver sous le 11° 5 de la planche VI sont encore plus historiques ; on y voit d'un côté la tête de Marcus Brutus avec son nom et celui de Lucius Plœtorius Cestianus qui , par la place qu'il occupoit dans l'armée de Brutus , avoit le droit de faire frapper des monuoies : BRVTVS • IMP • L • PLAET • CEST. Le bonnet de la liherté et les deux poignards de Brutus et de Cassius sont le type du revers, qui n'a d'autre légende que l'époque funeste des ides, ou du i5, de mars, EID • MAPiT • , idus inartiœ. Cette médaille a été décrite par Dion telle que nous la voyons encore". Elle est une preuve, ainsi que la précédente, de l'ambition immodérée de Marcus Brutus. Trois personna^fcs de son parti n'auroient point osé, chacun indépendamment de l'autre, foire empreindre son effigie sur la monnoie romaine , en imitant un de ces abus qu'on hlàmoit dans le gou- A'crnement de César, s'ils n'eussent pas été bien assurés du consentement et de l'approbation de leur chef. Il est même étonnant qu'un pareil exemple n'ait point été imité par les lieutenants de Cassius , et que sa tête n'ait point été empreinte sur les mounoies qu'ils firent frapper.

(i) Cette médaille d'or est tirée du cabi- impérial de Vienne (Eckhcl,CVirrt/og'.iT/Hi'. net du savant abbé San Clémente, à Cre- Cœs. , part. ! I , pi. i , n" S ). Longiis n'est nione. 11 a eu la complaisance de ni'envoyer probablement tju un second surnom du nulun dessin de re monument launismatique. nie Casra.

Il en existe une semblable dans le cabinet i^:>.) Dion, 1. XLMI, §. 25.

CHiP ir.

Ho

et de g

le goiivpriiiineiit

ri'])uljltcai)i.

PI. VI

N» 2 et 3.

14G /CONOCRAPIIIE riOMAINE. Part. I.

La resscinl)lancc de la tête en marLre de Paros, dont le dessin Hommes dYtat ^^^^ orravc SOUS Ics n" 2 et 3 de la même planche, avec la tète de

t de guerre sous O A '

lîrulus, gravée sous le n" f), semble prouver qu'elles représentent l'une et l'autre le même personnage. En effet, les dimensions plus grandes et le travail plus parfait de la première y font encore mieux apercevoir rpic dans l'autre celle physionomie maigre que César appréhendoil dans r)rutus', et cet air concentré et résolu qui convient si bien au caractère d'un conspirateur.

Malgré l'empressement qu'on a pu mettre dans l'empire romain à détruire les statues et les images des meurtriers de César, ce monument de sculpture, caché peut-être dans l'intérieur de quelque maison, à la ville ou à la campagne, aura pu échapper d'autant plus facilement à la destruction, qu'une statue de Brutus, en bronze, élevée sur la jjlace publique de Mediolanum, y existoit encore au temps d'Auguste qui, l'ayant remarquée, ne la fit point abattre^; et nous savons que ce même prince donna des éloges à un ancien questeur de Brutus qui en avoit conservé chez lui l'image^.

Le buste dont je donne ici la gravure est placé à Home, dans le musée du Capitolc*.

(i) Pâle et maigre, dit Phitarque dans la f^ie de Brutus, §. 8; et dans celle de Marc-yi ntoine , §. 11.

(2) Plutarque , Comparaison de Dion avec Brutus.

(3) Appieii, Cifil., 1. IV, §. 5i. La mauvaise habitude qu'ont très souvent les historiens grecs , de ne désigner les personnages romains que par leur prénom , est la

cause que nous ignorons à quelle famille appartenoil le questeur qui aima mieux être proscrit que de trahir Brutus son proconsul et son ami, et qui mérita par la noblesse de ce procédé qu'Ottave lui pardonnât ; nous savons seulement que Pul/lius étoit son prénom.

(4) Voyez les Monuments antiques du Musée du Louvre, t. III, pi. v.

HOMMES D'ETAT ET DE GUERPvE. 147

Caip. n.

§. 22. QUINTUS LABIENUS PARTHICUS. Ho.-dé,at

u. ^^. ~v ^-^ ^-^ et de guerre sous

legouvemement républicain.

Quintus Labienus étoit fils de ce Titus Labienus, un des lieu- pj yj tenants de César, qui, après avoir si bien servi sous lui dans les î^uerres des Gaules, entretint une correspondance secrète avec Pompée, et au premier moment où éclata la guerre civile abandonna, pour le suivre, le parti de son ancien général'. Le iils, après la mort de son père qui périt à Munda en combat! ant pour les jeunes Pom2:>ée, ne semble pas s'être réconcilié avec le vainqueur : ce que Ton sait de certain, c'est qu'il passa sous les drapeaux des meurtriers de César, et quitta la Grèce, par ordre de Brutus, pour se rendre auprès d'Orode, roi des Parthes, et solliciter des secours contre les triumvirs^. La bataille de Philippes et la mort de Brutus étant arrivées pendant l'absence de Quintus Labienus, il trouva un asile dans le palais du prince Arsacidc, et sut tellement s'insinuer dans sa confiance qu'il lui persuada d'envahir l'Asie mineure et la Syrie, tandis que les meilleures troupes romaines se détruisoient les unes les autres dans les dissensions civiles, et que leurs chefs ne s'occupoicnt qu'à se renverser mutuellement. Pacorus, le fils du toi parlhe, se mit à la tête de l'expédition; et Labienus lui-même eut la lâcheté de conduire une armée ennemie sur le territoire de l'empire romain : il en ravagea les provinces frontières; il débaucha quelques troupes qui les gardoient, en défit d'autres, et fit mourir Decidius Saxa qui vouloit défendre la Syrie. Ivre de ses

(1) Dion, 1. XLI, §. 4. tome du livre CXXVII Je Titc-Livc; Plu-

(2) Dion, I. XLVIII, <$. 24 et suiv.,et tarqiie, fie de Marc-.4ntoiiie , §.'iZ, sont )Ç. 39 et suiv. ; Velleius Palerculus, 1. II, lus auteurs il'oii j'ai tiré les faits que je rapc. Lxxviii ; rioi us, 1. IV, c. IX , et dans ÏEpi- porte de Q. I.abiiiuis.

ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

ciup. n. succès cphcmercs, il n'cul pas lionte de prendre le titre dcmpeiiommcs d'état ^^^^^ parthioue : mais l'année suivante, Venlidius, envoyé par

et do guerre sous II ' ' J X.

legouverncnuni MaFC- Autoinc , rattclijnit au pied du mont Taurus : et, après

républicain. ' . . . .

p). vr avoir baltu les Partbcs qui venoient au secours de Labienus, il anéantit son armée. Le traitre, qui s'étoit déguisé pour mieux assurer sa fuite, fut découvert par le gouverneur de Cbypre, et livré à Ventidius qui le fit mettre à mort Tan Sg avant Tere

vuli^aire.

N''6. Une médaille d'argent très rare, que Labienus lui-même fit frapper lors de son expédition en Asie , nous a conservé son portrait'. La légende, Q • LABIENYS • PARTHICYS • IMP-, indique que la tête empreinte sur cette monnoie est celle de Quintus Labienus, empereur partbique. On croit démêler dans l'air de sa pbysionomie quelques marcjues de ce caractère irascible et insensé que Strabon lui reproche \ Le cheval capara-

(i) Morellius, Tliesaur. fainil., Atia, n** 2. Fulvius Ursinus a cru que Labienus étoit un surnom de la famille Atia, et tous les numismatistes l'ont suivi. Spanheim, de U. et P. Num. , t. II , p. II , a fait cependant voir que cette conjecture étoit sans fondement. Je pense que Labienus étoit absolument le nom de la famille {gens Labiena) , et que, par une exception rare, il ne se termine pas en I VS , comme les autres noms de famille ; parceque anciennement peut-être ce nom n'avoit été qu'un surnom, comme il est arrivé dans les familles des Norbanus , des Allienus, des Cœcina, et autres. Ma conjecture est appuyée sur une inscription ancienne dans laquelle Dionysius, affranchi de Titus Labienus, prend les noms de Titus Labienus /)/o/y5iu,« (Muratori, Thesaur. Inscript. ^

p. i6i5, n" in). On sait que l'usage exigeoit qu'on fît prendre aux affranchis le nom et non pas le surnom de la famille de leur patron. Si Labienus avoit appartenu à la famille Atia, son affranchi auroit dû se nommer T. Atius , et non T. Labienus.

En effet, nous trouvons le nom de Labienus suivi de surnoms , et employé comme nom de famille {gens) dans d'autres inscriptions , Labienus Primus , Labienus Paternus, Labienus Renatus , Labienus Proculus, etc. (Muratori, Thés. Inscr., p. i473, n" 7, et p. 1698, n" i ; Reinesius, Sjnt. Jnscj-ipt., cl. XII, n° 53). Les Labienus étoient originaires de Cingulum, dans le Picenum (Silius Italiens, liv. X, v. 34) : aussi Labienus , le lieutenant de César , avoit-il reconstruit et fortifié cette place. (■?) M£(çi«x(«v «wîÇE^ifiiji XM «y«i'«5 !rAÎfe5(Stra-

HOMMES D'ETAT ET DE GUEPtRE. 149

çonné, qui est le type du revers, a rapport aux Partlies, redou- chap 11. tables par leur cavalerie, et fait peut-être allusion au nom de .fj",™,^^"!,'^' cette nation suerriere de laquelle Labienus avoit emprunté son le gouvernement

~ ^ ■■■ lépublicain.

surnom'. pj. vi.

§. 23. CNÉUS DOIVIITIUS AHENOBARBUS.

Le père de Cnéus fut Lucius Domitius Abenobarbus, dont nous avons vu un des ancêtres figurer parmi les hommes illustres du commencement de la république\ Lucius, homme consulaire et attaché au parti de Pompée, commanda l'aile gauche de son armée à Pharsale; il y périt dans la déroute: son fils Cnéus avoit, à la vérité, obtenu son pardon de la clémence du vainqueur; mais il n'avoit pu conserver la magistrature dont il avoit été revêtu avant la défaite de Pompée. Irrité de cet affront, et brûlant du désir de venger son père, il ne put voir d'un œil indifférent la mort de César; il se rangea dans le parti des conjurés, et fut même un de ceux qui cherchèrent à faire croire qu'ils avoient pris part à la conjuration' : cette vanterie pensa lui

bon , 1. XIV, p. 660 ). Les orateurs asiatiques, a ce que le géographe rapporte, trouvoierit ridicule que Labienus prît le titre (Viniperator parthicus , comme s'il avoit battu les Parthes. « Et moi » , disoit Hybréas, sophiste carien, qui s'efforçoit d'empêcher l'in vasiou que Labienus vouloit faire à Mylasa , « et moi , je pourrois aussi m'in- « tiluler imperalor caricus. m

(i) Nous avons indique ailleurs une analogie du moins apparente qui se trouve entre les noms des Parthes et des Perses, et celui qui, dans quehjues langues orientales, désigne un cavalier, Icoiiograpfiie grec-

que, II* part. , c. XV, $.2, sur la fin, où nous avons expliqué une médaille parthique ayant pour type une tète de cheval.

(2) Au §. 3 de ce même chapitre. Yelleïus Paterculus, 1. II, c. lxii, lxxvi, et Lxxxiv; Suétone, Nero, c. xxxiii; Phit.irque, ylntoinc, §. 4o et()3; Apien, Ciyil., 1. IV et Vj Dion, 1. XLVill et XLIX , m'ont fourni les matériaux pour cet artic le.

(Tt) Nous pouvons inférer de la II*" Philip/>i(/in' de Cicéron §. 1 1, que Domitius se plaisoit à être compté au nombre des conspirateurs : ce n'étoient donc pas ses ennemis seulemcnl qui lui imputoient ce crime.

i5o ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

CiiAP. II. coùlci- clier. 01)ligc de s'éloigner de Rome et de l'Italie, àrexcni- Hommes d'état ^q Je ccux aiix(|uel.s il s'assoeioit, il se réfuma dans le camp

cl cip guerre sous 1 1 ' o i

le gouvernement jg Brutus, d'où il SOI lit pouT commandeF une escadre de cin-

JC|)ublic;iin.

p, yj qiiaute voiles > (fui croisa dans la mer Ionienne et dans le golfe Adriatique. Ses exploits furent brillants; il intercepta un grand nombre de transports dirigés vers l'armée des triumvirs; et, le jour même où Cassius'perdlt la bataille de Philippes, Abeno- Larbus et son collègue Slalius Murcus avoient détruit sur la mer Ionienne un grand convoi que Domitlus Calvlnus conduisoit au camp de Marc-Antoine et d'Octave. Des légions entières y périrent ; un nombre considérable de navires furent brûlés ou submergés. Ce fut probablement à cette occasion que les troupes et les marins qu'il commandolt lui déférèrent le titre à' imperator ; et ce succès lui inspira tant de confiance, qu'à la nouvelle de la fin malheureuse des chefs de son parti, au lieu de suivre l'exemple de Murcus qui s'attacha au fils de Pompée, il réunit à ses forces navales celles qui, sous Brutus et Cassius , avoient été employées dans les mers de l'Asie, et continua de faire la guerre aux triumvirs en son propre nom. Il la soutint pendant un an : mais lorsqu'il apprit que le soulèvement excité en Italie contre Octave par Lucius Antonius étoit apaisé, désespérant de pouvoir tenir plus long-temps et cédant aux conseils d'Asinius Pollion, il fit sa paix avec Marc-Antoine, qu'il croyoit ennemi d'Octave. La force des événements ayant amené un accord entre les deux triumvirs, Marc -Antoine envoya Cnéus Ahenobarbus gouverner la Bithynie, pour que son crédit et sa présence ne missent point d'obstacles à la paix; et pendant son

ronime Suétonp et Appien (Civil, 1. I, que César avoit dépouillé Ahenobaibiis de

«. (il ) semblent Tavolr cm. Nous .ippre- qtiehpie dignité dont il avoit été revêtu par

nons du iiièiRe passag« de l'orateur romain Pompée.

HOMMES D'ETAT ET DE GUERRE. i5i

absence, il réussit à le laver auprès de son collègue du soupçon cniP. ii. d'avoir pris part à l'assassinat de César, et à le faire désigner ^^^'"^llf^^^ll consul pour l'an de Rome 72a. '''.^

le gouvernement

rej:

ublicain.

Ahenobarbus jouit paisiblement de son autorité proconsu- p, yi laire sur celte province. Cinq ans après il y étoit encore , lorsque Sextus Pompeius , chassé de la Sicile, fit une vaine tentative pour s'emparer de lui par trahison'. A l'époque de son consulat, comme la rupture entre les deux triuinvirs étoit imminente, il ne voulut point agir contre les intérêts d'Antoine , qu'il regardoit comme son bienfaiteur; et, avant que la guerre fût déclarée, il quitta Rome, malgré la haute magistrature dont il étoit revêtu , pour aller servir sous ce triumvir". Les historiens nous ont transmis quelques traits de sa fermeté à la cour d'Alexandrie, où il se conduisit envers Cléopàtre non en courtisan, mais avec la dignité d'un consul romain. Antoine en parut choqué ; et Ahenobarbus put voir de ses propres yeux les fautes énormes que ce chef, entraîné vers sa perte, commettoit tous les jours contre les intérêts de sa cause. Il en fut si frappé qu'il traita de sa réconciliation avec Octave; et, lorsque les deux armées étoient près de Leucade et au moment de se battre , il passa dans la flotte de ce dernier, porté sur un bateau , presque seul et malade. Marc- Antoine lui renvoya généreusement tout ce qui lui appartenoit; et, se moquant de sa défection, il affecta de dire qu'elle n'avoit d'autre cause que l'amour, et que Ahenobarbus ne pouvoit supporter l'absence de sa maîtresse Nais, femme de basse naissance dont il étoit épris. A peine cet illustre transfuge fut-il jiarvenu

(i) Ce fut dans cet intervalle de temps entieunedesdeux Antonia, filles de Maic-

qu' Ahenobarbus accompagna Marc-Antoine Antoine et d'Octavie, et Lucius, filsd'Alie-

datis sa malheureuse expédition cniitie les nobarbus, avoicnt procuré à ce tlernier de

Parthes. nouvelles relations avec l'un et l'autre des

(2) Les fiançailles qu'on avoit célébrées triumvirs.

ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

Chap. II. au caiii|) (rOclave, qu'il mourut. Suétone le regarde comme "" l'homme le plus estimable de la famille des Alienobarbus , dont ■"« la sj)lendeur s'éclipsa sur !<■ trône lorsqu'il ("ut occupé par Né-

ron , le dernier de leurs descendants.

N° 7. Un monument numismati(jue de la plus grande rareté, dont je présente ici le dessin sous le n" 7, nous a conservé le portrait de Cnéus Alienobarbus'. C'est une monnoie d'or qui a probablement été frappée à l'époque où cet amiral apprit la mort de Cassius et de Brutus, et se regardoit comme le chef du parti républicain. On voit sa tête, entièrement rasée', empreinte sur l'un des côtés de la médaille, dont le surnom AHENOlîAR^w^ fait la légende. On lit de l'autre côté ses autres noms et son titre, CN • DOMITIVS • L • F • BIP-, «Cnéus Domitius, fils de Lucius, imperator». Les lettres NEPT, gravées dans le champ, désignent le temple de Neptune, qui est le type du revers et sans doute l'image de celui qu'un Cnéus Domitius Alienobarbus , un des ancêtres du personnage dont nous parlons, avoit élevé dans le cirque de Flaminius en l'honneur du dieu de la mer, et qu'il avoit rempli de chefs-d'œuvre du ciseau de Scopas^. Cnéus

(i) Le P. Audifredi a été le premier à le faire connoître : il en donna la description à la fin d'une dissertation astronomique écrite en latin, sur la comète de 1761, et imprimée à Rome l'année suivante par Salvioni, in-i2. Il avoit lui-même fait l'acquisition de reite médaille, et Tavoit placée dans le cabinet de la bibliothèque de Casanalta , ou de la Minerve, à Rome. Le dessin a été pris sur une empreinte de la niéilaille qui ne se trouve plus dans cette collection. Eckhel en a cité cependant de semblables ( Z*. iV. , t. V, p. 202) : mais,

comme il n'a point connu la découverte du P. Audifredi, et que lui-même d'ailleurs étoit fort négligent dans la comparaison des portraits, il n'a fait aucune mention de celui de Cnéus Alienobarbus, qu'il n'a point su distinguer du portrait de Lucius Ahenobarbus, que nous avons donné pi. 11, n° 6.

(2) Nous avons remarqué la même particularité dans le portrait de Scipion Africain l'ancien, planche m.

(3) Le P. Audifredi semble croire que le Cnéus Alienobarbus qui avoit fontlé et enrichi ce temple, désigné dans Pline par la

HOMMES D'ETAT ET DE GUERRE, i53

Alienobarbiis semble ainsi attribuer au zèle de ses aïeux pour chap. ii le culte de Neptune le bonheur constant de ses vaisseaux sur J^^^^^ les flots orageux de l'Adriatique.

mes d'état guerre sous le gouvernement républicain.

§. Ii, LUCIUS MUNATIUS PLANCUS.

PI. VI

Un esprit fin et très cultivé , un goût exquis dans la littérature, une conduite prudente mais timide, un caractère souple qui savoit s'accommoder aux temps et aux circonstances , furent les qualiic^s <|ul, a-v-cc une grande liaLilfifé dans les affaires civiles et militaires, et une fortune favorable, portèrent Munatius Plancus au faite des honneurs et des dignités sous Jules César,

phrase deîubrum Cn. Doimlii (\. XXXVII, §. 4, n° 7 ) , est le même dont nous examinons la médaille. Je pense que cette conjecture ne s'accorde pas bien avec l.i chronologie. Lorque Cnéus, chef d'un parti et commandant une flotte, a fait frapper cette monnoie, il n'avoit pas encore pu faire bâtir un temple à Rome, où l'on reconnoissoit l'autorité des triumvirs; et si nous supposons que cet édifice a été élevé par lui après avoir été désigné consul , et avoir recouvré les bonnes grâces d'Octave, je ne vois pas trop comment ce personnage, étant proconsul en Bithynie et soumis à l'autorité do Marc-Antoine , a fait frapper une monnoie dont le type présente sa tète, et dans la légende de laquelle il ne prend pas le titre de proconsul. Mêmes difficultés, et plus fortes encore , dans l'iiypolliese que la médaille a été frappée pendant son consulat ou après. Pourquoi , ilaiis l'un ou l'autre cas, auroit-il omis do s'intituler consid ? Conuiieiit auroil-il osé faire empreindre sa tête sur la monnoie lorsqu'il étoit dans la

dépendance d'OcUve, ou qu'il servolt sous Marc-Antoine? L'opinion que j'ai adoptée me semble plus probable. Un Cnéus Ahenobarbus plus ancien avoit fait élever un temple à Neptune. En effet un Cnéus Ahenobarbus avoit commandé les armées romaines en Asie, dans la guerre contre Antiochus ; il avoit été un des commissaires pour arranger les affaires de la Grèce après la chute de Persée (Tite-Live, 1. XXXVII, c. XXXIV, et liv. XLV, c. xvii ) : il pouvoit avoir tiré de ces contrées les ouvrages précieux de Scopas , dont il orna le temple consacré par lui à Neptune, divinité à laquelle il attribuoit sans doute son bonheur en traversant les mers. Son descendant, le Cnéus Ahenobarbus qui a fiïit frapper la médaille, devenu amiral, attribue ùo même ses succès à la protection île co tlieu, honoré par ses aïeux. Nous avons vu au f . 3 de ce chapitre qu'il avoit réuni surnneautre médaille le monument do ses victoires niaiitimes , à la mémoire de l'auteur do son nuiu.

i54 ICONOGRAPHIE PtOMAINE. Part. I.

cur. II. SOUS Marc-Antoine, et .sous Octave'. Issu d'une famille noble,

Honiiiiis cl'ttat T)l ri''.*'-li 11 I '1 • 1

et <i.. guerre sous ^ '''"^ "S lul inilic a 1 art de la parole et a la science du gouveriépuMic'aïr"'"' "cment par Cicéron lui-mcmc\ Il servit en Espagne et en Afrip, yj que dans les armées de César, où il obtint des grades distingués (;t raflection du chef. Celui-ci l'avoit désigné consul deux années d'avance, lorsqu'il péril victime de la conspiration dans laquelle Dccimus Brutus, destiné à être le collègue de Plancus, fut un des principaux conjurés.

Lors de cet événement funeste, Plancus se trouvoit loin de Rome qui étoit le foyer des factions, et gouvernoit la Gaule Narbonnoise, que le dictateur lui avoit assignée en partage. Là il battit des ennemis peu redoutables : c'étoient les Rœtiens qui cberchoient à profiter des troubles de la république^ Il établit, pur ordre du sénat, une colonie romaine à Lugdunuin , et une autre à Ilaurica'*. Dans ces temjjs orageux, il sut si bien se conduire eu prenant conseil des circonstances, qu'il se con-

(i) La correspondance de Cicéron et de Plancus , qui se trouve dans le X"^ livre des Epistolœ adfamiliares, nous donne quelque idée du mérite de Plancus en littérature , et nous révèle quelques traits de son caractère. Cicéron, tout en le flattant, avoue qu'il avoit la réputation de se prêter un peu trop aux circonstances, nimis serfire temporibus ; et que la fortune avoit favorisé son ambition d'une manière peu commune , fortuna sujfragante videris res niaximas consecutus [Epist. i etv}.

Schœpflin, dans YAlsatia illustrata, per. I, §. 54 et sqq. ; et D. Ruhnkenius, dans ses notes sur Velleius Paterculus, liv. II, c. Lxiii, ont réuni ou indiqué la plupart des passages des auteurs anciens qui ont trait à Munatius Plancus, et à l'histoire de

sa vie. Je me réfère à ces autorités pour tous les faits contenus dans cet article, qui ne sont pas appuyés de citations particulières.

(2) Eusebe [Chronicon ad an. Augus- ?« XIV) parle de Plancus comme d'un orateur du plus grand mérite, qui avoit été disciple de Cicéron. La correspondance que nous venons de citer (1. X , Epist. i , III et IV ) semble confirmer ce fait.

(3) Voyez la lettre de Plancus, qui est la IV* du livre X de celles de Cicéron adfamiliares.

(4) Liigdumiin est Lyon; Raurica, qui prit ensuite l'épithete A^Augusta, conserve encore quelques ruines et les traces de son nom dans celui du village d'Augst près de Bàle.

HOMMES D'ETAT ET DE GUERRE. i55

cilia Testime des différents partis; et quoiqu'il ne dissimulât pas chxp. il

^ 1 » • • J J ' 4- •- Hommes d'état

son attachement a la mémoire et au petit- neveu du dictateur, ^jj^g,„„eso..s il ne se détacha ni de Cicéron ni du sénat , tant que cette con- J;^;™"* duite ne le compromettoit pas à un certain point : mais enfin il p, yi. abandonna Decimus Brutus; et, par l'intermédiaire d'Asinms Polliou, il fit sa paix avec Marc- Antoine , et se jeta dans le parti des triumvirs. 11 avoit su se conserver des liaisons avec les deux collègues d'Antoine; et cette adresse lui j^rocura les honneurs d'un triomphe et lui assura le consulat qu'on lui avoit promis pour l'an 712 de la fondation de Rome, /^i ans avant l'ère vulgaire. Dans cette dignité éminente, il eut la satisfaction de pouvoir obtenir du sénat, avec l'agrément des triumvirs, la grâce de quelques proscrits; mais il ne put réussir à obtenir celle de son propre frère".

Sorti du consulat, il fut choisi entre les amis de Marc-Antoine pour conduire à Bénévent une nouvelle colonie de vétérans qui avoient servi sous ce chef; mais bientôt les troubles occasionnés par la guerre civile que Lucius Antouius, alors consul et frère de Marc-Antoine, avoit rallumée dans plusieurs contrées de l'Italie, furent sur le point de brouiller Plancus avec Octave. Un homme de son caractère , qui vouloit se ménager les bonnes grâces de tous les chefs, dut se trouver étrangement embarrassé

(i) Les détracteurs de Plancus, parmi lesquels il faut mettre au premier rang Velleïus Paterculus, débitoient que ce trioiuphateur avoit été bien aise tle la proscription desonfrere(l. II,c. Lxvii). L'bistorien rapporte un jeu de mots que le peuple répétoit à l'occasion du triomphe de Plancus et de celui de Lépide, qui , l'un et l'autre, avoient un frère dans le nombre des proscrits : c'étoit le vers suivant ,

De Germanis, non de Gallis, duo triumphant

consules :

« C'est des Germains et non pas des Gau- « lois que les deux consuls triomphent ». L'équivoque est dans le mot Gerrnani qui , comme nom propre, désigne les peuples de la Germanie, et connue appellatif les frères germains. Quant aux Gaulois, on enicndoit par ce nom les Rœtiens, habitants du pays où sont aujourd'hui les Grisons , et qui s'é-

rej

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