LÉPIDE, TRIUMVIR
CuiP. U.
liomines dclat
et de guerre sous
le gouvernement
républicain.
Fils crun consul et issu d'une des plus illustres familles pa- pj ^.^ triciennes, Marcus Emilius Lepidus, connu plus communément sous le nom de Lépide, em}3rassa, dès le commencement de sa carrière politique, le parti populaire dont César étoit le chef. La conduite de son père, qui avoit péri victime de son imprudente opposition au sénat et à S} lia , sembloit lui avoir tracé la route qu'il devoit suivre; et César, qui avoit craint de se compromettre en prenant part aux menées séditieuses du père, fut bien aise de s'attacher dans le fds un personnage de la plus haute noblesse". Lépide étoit parvenu à la préture, lorsque la guerre civile entre César et Pomj)ée éclata l'an 49 avant l'ère vulgaire. Partisan du premier, il ne quitta pas Rome, où il le servit de tout le crédit de son nom et de sa magistrature. Ce fut par son influence que César, étant en Espagne, où il combattoit contre les lieutenants de Pompée, fut déclaré dictateur à Rome\ Il récompensa Lépide de ce service en lui donnant le gouvernement de l'Espagne pour l'année suivante. Le dictateur ne borna pas là sa reconnoissance ; en l'an 46 il rappela Lépide à Rome , où il le choisit pour son collègue au consulat; et à tant d'honneurs il ajouta bientôt celui du triomphe , quoique Lépide n'eût vaincu
(i) Suétone, Jiilius Cœsar, c. m. Nous avons parlé du consul Lepidus, pcre du triumvir, au §. i4 de ce même chapitre. M. de Saint-Réal, qui nous a laissé un//-ag'ment sur Lépide (OEuurcs, t. II, p. ()8 1) , dans lequel il a fait de vains elïorts pour relever le caractère de ce triumvir, a confondu Lepidus, le consul de l'an j8 avant
Tere vulgaire, avec son fils le triumvir. Les matériaux de cet article sont tirés principalement de Velleïus Paterculus, liv. II, §. 63 à 88; dAppien, Civil., liv, II a. V ; et de Dion , depuis le livre XLI jusqu'au livre LIV.
{i) César, de Btllo ci\-ili, 1. II, J. 21.
i89. ICONOGRAPHTE ROMAINE. Part. L
CiAP. II. anc'iiii des ennemis de la rcpiiblirjLie'. L'année suivante il le .•iaru.Ticso'u.! <J^'^'l'iï"''i niaitre de la cavalerie, et il lui conserva cette place en legouveinement j'jjjj ^/ tiuoiau'il l'cût dcstinc à "ouvemer la Gaule Narbonoise
républicain. -11 ? 1 1 ^ ^ r>
p, y^j et ri'spagne, et qu'il l'eût mis à la tête d'une armée assez forte pour achever de détruire le parti du fils de Pompée, qui venoit de rallumer la guerre dans cette contrée.
L'armée de Lépide étoit campée à Rome même, lorsque la mort du dictateur offrit à l'ambition du maitre de la cavalerie une perspective beaucoup plus vaste. Il ne se proposa rien moins que de venger César et de se mettre à sa place; mais il n'avoit ni le génie ni l'énergie nécessaires pour exécuter seul ces deux projets. Marc-Antoine, alors consul, le secondoit de tout son pouvoir dans l'exécution du premier; mais désirant succéder lui-même à l'autorité de César, et se voyant gêné par l'armée dont Lépide avoit le commandement, il lui fit apercevoir une foule d'obstacles qui s'opposoient au succès de ses desseins. En même temps, pour donner le change à sa vanité, il lui fit déférer la dignité de grand 2>ontife, vacante par la mort de César; et, en lui promettant de travailler de concert avec lui à venger leur bienfaiteur, il lui persuada d'aller, en attendant , gouverner et pacifier l'Espagne.
Cette province, ainsi qu'on l'a dit, u'étoit point paisible; Sextus y avoit une armée et un parti puissant. Lépide , d'accord avec Antoine, négocia et conclut un traité avec le fils de Pompée, qui se retira, comme on l'a vu, moyennant les sommes immenses qu'on lui paya, et la promesse qu'on lui fît d'un com-
(i) Il n'avoit fiiit qu'interposer son auto- quelles des commandants romains , ses su-
rité, et employer la force des légions qu'il balternes, avoiont donné occasion et pris
commandoit, pour mettre fm à des sédi- part (César, de Bello Alexandrino, §. 59,
tiens qui troubloient la province, et aux- G3 , etsqq. ).
PI. VII
HOMMES D'ETAT ET DE GUERPvE. i83
mandement maritime extraordinaire. Le sénat, qui avoit tout cmp. n. à craindre des Césariens , content d'avoir recouvré le fils de """""" 'i^'"
et de guerre sous
Pompée, se montra très reconnoissant envers Lépide. Pour '«'S''"^""*"'"'^"'
répab!icaia.
essayer de le détacher de Marc-Antoine , il lui décerna une statue équestre de bronze doré, et lui accorda les honneurs d\ui second triomphe , qu'il obtint comme le premier , sans avoir lait la guerre'.
Cependant le proconsul, persuadé avec raison que son crédit auprès de l'armée, qui faisoit toute sa force , et dans laquelle il mettoit toute son espérance, dépendoit de sa fidélité au parti de César, eut soin de se rapprocher de lltalic, et vint s'établir dans les Gaules. Malgré son alliance avec Brutus, dont il avoit épousé la sœur, et quoique entouré de républicains zélés, il servit si mal leur parti dans la guerre de Modene, qu'au lieu de se déclarer, suivant les ordres du sénat, contre Marc- Antoine , déjà battu par Octave et par les consuls , il l'accueillit dans son camp , et écrivit au sénat qu'il n'avoit pu se refuser aux aocux de son armée'. Cette excuse n'étoit pas, à la vérité, sans fondement: Marc-Antoine avoit trop d'ascendant sur les légions qui avoient servi sous César, pour qu'il frit possible à leur nouveau général de les faire marcher contre l'ami du chef qu'elles rcgrcttoient. Alors le sénat, excité par Cicéron, déclare Lépide et ses adhérents ennemis de la république : mais Octave, qui , après la mort
(i) Cicéron, Philippica'W ^ §. i4 et i5; cette cJroonstnnce tlt-licatp, il faiitlroit pou-
et P/iilip/>ica\lll,^\.^. L'orateur romain, voir coniioître Je iiioiiu'iit prùcis ou il ma-
dans le pifiiiiior de ces passages, fait un nifesta ce sentiment; car (^csar, voyaiii que
nii'rite à Lt'pide de n'avoir piis dissimulé le peuple ne sicondoil pas Antoine, (il scm-
soniniprobation, lorsque Antoine, dans la Liant lui-même tlètre indigné de celte
fôte des Lu|icri'.des , t)llril au dictateur le otïre.
bandeau royal. Pour pouvoir api)récier à (a) Sa lettre existe parmi celles de Cicé-
sa juste valeur la conduite de Lépide dans ron ud Familiares , I. V, ep. x.w.
i84 ICONOGRAPHIE PiOMAINE. Part. I.
CuAr. II. «les deux consuls, se trouve seul à la télé de trois armées , ne Hommes d'ctat J('.oi^iise olus ul ses seiilimeuls, ni son ambition: il court à Rome,
et dt' guerre sons O 1 * i
legouvr.n.mint qù il s'cmparc du consulat. Les assassins de César sont condam-
républicaiii.
pj yjj nés, et Marc-Antoine et Lépidc réconciliés avec la république. Les sénateurs éperdus voient leur constitution aristocratique renversée de nouveau; ils entendent déjà la foudre gronder sur Icuis télcs. Elle ne tarda pas à éclater. On a vu comment Marc- Antoine , Octave, et Lépide, se saisirent, sous le titre de triumvirs , d'une autorité plus que dictatoriale, dont ils voulurent bien limiter la durée à un lustre, et comment ils publièrent, à l'imir talion de S)lla, des tables de proscription.
Lépide n'eut d'autres titres pour arriver au pouvoir suprême qu'une armée entièrement dévouée à la mémoire de César qui lui en avoit donné le commandement. Ses dignités et la noblesse de sa race purent le faire paroitre moins déplacé dans ce poste éminent ; mais, sans ses troupes, il n'auroit osé aspirer à la suprême puissance. Les titres de ses collègues étoient bien plus solides et plus respectables aux yeux de la multitude. L'un étoit le fils adoptif, le petit-neveu, et l'béritier du dictateur; l'autre avoit été son ami et son compagnon d'armes ; ses talents militaires et sa conduite dans les camps lui avoient d'ailleurs concilié la confiance des soldats, et l'avoient rendu l'idole des armées. Lépide n'ayant au contraire donné aucune preuve ni de sa valeur personnelle, ni de son liabileté dans le commandement % ne put être considéré par ses collègues comme étant toutà-fait leur ég;il ''.
Ils le laissèrent à la garde de l'Italie, lorsqu'ils partirent pour aller combattre au-delà des mers; et la victoire qu'ils rempor-
(i) Vellpïus, I II, §. 68. comme plus ancien dans la dignité consu-.
(a) Cependant il avoit le pas sur eus , laire.
HOMMES D'ETAT ET DE GUERPvE. i85
tarent à Philippes , en leur assurant l'empire du monde, mit aussi chap. n. Lépide dans leur dépendance. Celui-ci, dont on ne se dissimuloit etaTgrenesous ni la présomption, ni le mécontentement, fut soupçonné d'avoir '//^"JJ,^,''^^"^"'''"' entamé des négociations avec le fds de Pompée; et ce soupçon, pi.vii. bien ou mal fondé, servit de prétexte aux deux triumvirs pour diminuer de plus en plus sa puissance. Au lieu de la Gaule Narbonoise et de l'Espagne, qui avoientété son partage, il fut obligé de se contenter de l'Afrique : il fut même privé de toute influence sur la distribution des terres accordées aux soldats; et, n'ayant pas bien défendu Rome contre les tentatives de Lucius Autonius, on l'obligea de renoncer au foible reste de pouvoir qu'on lui avoit conservé sur la capitale et sur Tltalie, et d'aller, à la tête d'une armée composée de soldats qu'Octave étoit bien aise d'éloigner de Rome, gouverner des régions lointaines, dont ses colleiTues vouloient bien encore lui confier l'administration.
Leur jalousie mutuelle fit qu'ils le laissèrent tranquille dans son gouvernement pendant plusieurs années, et qu'il fut confirmé avec eux dans le triumvirat pour un second lustre. Mais, l'an 36 avant l'ère chrétienne , Octave étant en guerre contre Sextus, et ayant invité Lépide à faire une descente en Sicile, celui-ci s'y transporta avec une armée considérable; et quoiqu'on eût pu lui reprocher plusieurs fautes graves dans la maniera dont il fit usage de ses forces , il étoit près de Messine lorsque la flotte de Sextus fut détruite, et que Sextus lui-même fut contraint de prendre la fuite. Alors l'ambition de Lépide, comprimée depuis long-temps, se développa de nouveau; il accepta seul la capitulation de Plennius , qui commandoit l'infanterie des Pompéiens, et permit à cette troupe, qu'il réunit à ses légions, le pillage de la ville. Se croyant le plus fort, il osa même rompre avec Octave, et réclamer la possession de la Sicile comme un r. 24
i86 TCONO GRAPHIE ROMAINE. Part. I.
CiMp. II. déJonimagement qui lui ôtoit dû pour le partage trop inégal
ïlonniieïï d'état '' I • • • '
.targnenesous 4" ^" '"' ''^VOlt aSS.gllC.
le gouvernement j y ])ruit tlc rcllo viiptiirc Cil 11116 impressioii fâclieuse sur les
réj)ublicain. ^ '
p, yji armées, fatigTitos depuis long-temps des guerres civiles; et, comme Lépide n'avoit point de considération parmi les soldats, ils ne tardèrent pas à se déclarer pour Octave. Les Pompéiens, qui s'étoient rendus à Lépide , furent les premiers à le quitter : la résistance des autres troupes ne fut pas longue. Ce triumvir, abandonné de son armée, déposa les marques de sa dignité; et, en habit de suppliant, il se jeta aux pieds de son collègue, qui lui laissa la vie, et n'exigea pas qu'il renonçât à la dignité de grand pontife : il se contenta de le dépouiller du triumvirat et de toute autorité politique, et lui permit d'aller vivre en particulier dans une ville du Latium'.
Lépide survécut vingt-trois ans à son abdication ; mais sa vie pendant cette période fut sans cesse abreuvée d'amertumes.
La surveillance soupçonneuse des ministres d'Octave obligea Lépide à rentrer dans la capitale, où son abaissement étoit d'autant plus pénible, que tous les Romains en étoient les témoins. Il y éprouvoit des persécutions de tout genre, qui devinrent encore plus fréquentes lorsque son fils , à l'époque de la bataille d'Actium, trama contre Octave une conspiration, et périt victime de son attentai. Ce fut dans cette circonstance que Lépide se vit forcé d'implorer en faveur de sa femme, qu'on soupconnoit de complicité avec son fils, l'indulgence du consul Balbinius dont il avoit lui-même inscrit autrefois le nom sur les tables de proscription. Il mourut à Rome l'an i3 avant l'ère vulgaire, et
(i) A Circeii, près de Terracine. Èpilome de Tite-Live, 1. CXXXIII.
(2) Appien, Civil., IV, §. 5o; Florus,
eut Octave , alors Auguste , pour successeur dans le souverain chap. ii.
• f> Hommes d'état
pOntinCcll. et de guerre sous
le gouvernement
Les médailles frappées sous le triumvirat nous ont conservé pj yu le portrait de Lépide. Celle dont le dessin est gravé n" 7 de la jj, ^ planche VIP présente la tête de ce triumvir vue de profil, et désignée par la légende, LEPIDVS • PONT • MAX • III • TIR- R- P • G-, Lepidus, poiitifèx maximiis, triumvir reipublicœ, constituendœ; « Lépide , grand pontife , triumvir pour Parrange- « ment de la république ». On voit de l'autre côté la tête d Octave avec la légende, CAESAR • IMP • 111 • VIR • R • P • G', Cœsar, imperator , triumvir reipublicœ constituendœ ; « César, impera- « tor, triumvir pour l'arrangement de la république ». Sur d'autres médailles de Lépide on voit la tête de Marc-Antoine à la place de celle d'Octave*.
(i) Morellius, Thés, famil., AEmilia, pi. II, n" I.
(2) Sur quelques médaillons de bronze, frappés à Ces sous l'autorité de Nicias, on lit auprès de la tête de ce tyran les noms MAPKOS AEniAOS, yl/rt/cw5 Lepidus. Cette légende est, sans aucun doute, l'ouvrage d'un faussaire , qui a cru découvrir quelque
rapport entrela tête qu'on y voit empreinte, et qui lui étoit inconnue, et celle de Lépide : il aura voulu probablement rehausser le prix de la médaille, en y ajoutant cette légende. Nous avons remarqué l'absurdité de cette imposture dans \ Iconographie grecque., part. II, c. x, §, 4- Voyez aussi Eckhel,Z?.iV.,t.II,p.5oi.
NOTE
Les antiquaires qui, avant Winckelmann , ne cherchoient sur les monuments que des sujets de l'histoire romaine, ont rempli leurs livres de portraits apocryphes. Les artistes italiens du XVI"' siocl(',qui, connue nous l'avons remarque dans V Iconographie grecque {V" partie, c. i, §. 5), se plai-
soient à composer des médailles fausses, et à graver des pierres fines qu'ils faisoient passer pour des ouvrages antiques, ont multiplié encore le nombre de CCS portraits.
Il est inulile et il seroit trop long de faire renumcratiou de toutes ces impostures, ou de toutes les interpré-
ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.
Cil vp. H. talions arbitraires qu'on a données de
Hommes d'état quelques monuments authentiques :
et (le guerre sous j^. „„. bomemi à désigner quelques
Irgouvernemeut in • i i
républicain. ""*'« ''^ celles qu. semblent aj)puyees sur quelque aulorité.
Pierre Seguin avoit publié une médaille debronze sur laquelle il croyoit reconnoître la têtede Scipion Nasica, indiquée par la b-gende NASSICA, dont elle étoit aceompagnée (5<:Vec/a Numismata, c. m, §. 7). La comparaison de celle médaille avec d'autres monnoies sur lesquelles on trouve joints à cette légende les mots CALA- GVRIS IVLIA, désignant une colonie romaine de l'Espagne Tarragonoise , qui avoit pris le surnom de Nassica , prouve que ce dernier nom a rapport à celui de la ville, et non à celui de la tète empreinte sur la médaille , et qui est le jK>rtrait d'Auguste (Eckbel, D.N.,t.l, p. Sg).
Une pierre gravée du cabinet de Florence, présente, auprès d'une tète romaine s;ins barbe, deux monogrammes dans 1 un desquels on peut distinguer les trois lettres POB. Gori n'a pas hésité à les expliquer par le surnom de 31. Valerius Poblicola, collègue de Lucius Lrutus, et à reconnoître sur la cornaline le portrait de cet ancien consul ( Gori , Muséum Florentinum, Gemmœ, tom. I, tab. xlii, n" 1 1). La légèreté de cette conjecture se décelé d'elle-même. Outre que le second monogramme n'a aucun rapport avec le sujet indiqué, plusieurs autres noms romains commencent par POB , tels que ceux de Pohlicius,
Pohlilius, etc. ; et on trouve dans l'ancienne Rome un assez grand nombre de personnages qui ont porté le surnom de Poblicola, ou plutôt de Poplicola , dans des temps postérieurs à cet illustre républicain. Ce portrait, sans barbe, appartient sans doute à un Romain moins ancien , dont le nom commenroil par la syllabe POB , et dont cette pierre étoit probablement le cachet.
Plusieurs groupes antiques , dont l'un existe à Rome dans la collection du Capitole (i1/«jeo Capitolino, t. III , tav. xx), un autre à Paris, dans le musée du Roi {Sculture délia villa Borghese, t. II, st. vi , fig. 3), représentent une femme cjui caresse un guerrier. Dans une peinture des thermes de Titus on voit trois femmes , dont l'une, plus âgée que les autres, semble adresser la parole à un guerrier armé. Tous ces monuments ont été expliqués par l'histoire de Coriolan.
Les groupes représentent sans doute des personnages romains ; mais , au lieu de les rapportera cet ancien événement , il faut y reconnoître des époux du lie siècle de l'ère chrétienne, où le costume de la barbe et de la coiffure , qu'on remarque dans ces groupes, étoit en usage. Ils sont représentés sous les attributs allégoriques de Vénus et de Mars , à limitation de quelque groupe célèbre de ces divinités, qui existoit à Rome , et qu'on a copié sur le type d'une médaille de Faustine la-Jeune. Quant à la peinture qu'on voit encore, quoi-
que presque effacée , dans la voûte des souterrains des thermes de Titus, il faut remarquer que la copie qu'Annibal Carrache en avoit exécutée, et le dessin que Pierre Santi Bartoli en a gravé dans XAdmiranda, différent beaucoup de la composition originale. La femme qu'on a prétendu rcconnoître pour la mère de Coriolan, Véturia, est, dans la peinture antique , une jeune femme , comme l'a bien remarqué Winckelmann qui a cru apercevoir dans ce sujet la dernière conversation d'Andromaque et d'Hector ( Monumenti inedili , pref. , p. xxiu ).
A une époque où l'on examinoit avec moins de critique les monuments des arts, on avoit cru voir Cincinnatus dans les belles statues qui représentent un héros attachant sa chaussure , et aux pieds duquel on a sculpté une charrue (Maffei , Statue di Rome, tav. Lxx); on le retrouvoit aussi sur plusieurs pierres gravées, où l'on distingue un guerrier qui s'arme , aidé par une femme (Ficoroni , Festigia di Borna antica , j). i83 j : mais la jeunesse et la nudité du héros représenté par ces statues excluent au premier coup d'oeil toute idée deCiucinnatus, et j'ai tâché de rendre plus probable la belle conjecture de Wiiiclvclmann , d'après laquelle nous devons y rcconnoîtie Jason {^Musée François, livraison 5i*). Quant au sujet représenté sur les pierres gravées, roj)iiHoii des antiquaires (jui y ont vu Achille se rovctissant des armes divines , que su
mère vient de lui apporter, me paroît c^^^, u. préférable à la première , sous tous Hommes d'état
les rapports. et de guerre sous
^^ .. legouvernement
Je ne parlerai pas des medaïUistes républicain. qui ont cru reconnoître Varron , et Faustus le fils de ."^ylla, dans les tètes empreintes sur des médailles frappées par des magistrats de leurs familles ou par eux-mêmes ( voyez Imagines virorum illustrium ex bihiiotheca Fulvii Ursini, par Lafrérie; Romœ, iSyo, p. 8 1 ; Joh. Fabri, Imagines illustrium, etc., n° 61 ) : ces tètes, mieux examinées, représentent, sans contredit, des divinités ou des personnages mythologiques. La prétendue tète du vieux Caton-le-Censeur, gravée sur une pierre fine, ne doit cette dénomination qu'au caprice de quelques antiquaires du XVl^ siècle ( Gronovius, Thesaur. anliq. grœc, t. TU, tab. x).
C'est à la même époque qu On a fabriqué les médailles de Tiberius Gracchus et de Tillius Cimber, qu'aucun antiquaire ne recevroit aujourd'hui dans ses collections comme des antiques. On peut voir celle de Tiberius Gracchusàla bibliothèque du roi. Le faussaire, qui avoit quelque habileté, mais qui connoissoit peu les usages de l'antiquité, .s'est trompé jusqu'au point décrire T •GHAt>CllI ( ([u"t)n devroit lire Titi Gracchi), au lieu de TI • GRACCUI , ou Tiberii Gracchi.
I/impostine de la médaille de Cimber est encore plus gro.ssiere (Cronovius, loco ci lato , tab. ddd). D'autres, sur lesquelles on voit omprein-
ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.
Ch\p. II. *^^ '*'■'' ^'If'S cl'Asinius Pollio , df Li-
Ilomines dVtat vius Drusus, de N()rl)aiiii.s Flarciis ,
ctde guerre sous gj ^\^ ValeHus Messala , ne imhilcnt
rq.uWioain. ?='» pli'« •^<- f'»' ' quoiqiu' kl première ait été publiée parmi les portraits tirés de la eolleetioii de Fulviiis Ursimis : le reste n'a de garant que Goltziiis.
Le Curtius qui semble se précipiter dans le gouffre ouvert au milieu du forum n'est qu'un fragment de sculpture antique, arrangé par la restauration de manière à pouvoir représenter ce sujet (^Sculture délia villa Borghese, tom. I, st. i, fig. 18). Un autre bas-relief, sur lequel Gronovius a cru que ce même persoiniage étoit représenté, est authentique ; mais le sujet est incertain ( Thesaur. antiq.
grœc, t. II, pi. Lxxxix) : il est plus probable qu'il appartient à un Curtius plus ancien , dont le cheval s'enfonça dans les marécages du Velabrum , au moment où Romulus dëfendoit Rome contre les Sabins ; mais, quel que soit le véritable sujet de ce monument, il suffit d'en voir le dessin pour se persuader qu'il ne peut être d'aucune utilité à l'iconographie.
J'ai la même opinion des tjpes de quelques médaillons fort précieux d'Antonin Pie et de Fausline la mère, qu'on remarque au cabinet de la bibliothèque du roi ; on voit sur l'un AttiusTVavius, augure, qui coupe une pierre avec un rasoir, en présence du premier Tarquin ; sur l'autre Horatius Coclès qui a fait couper le pont du Tibre pour empêcher lesToscans d'en-
trer dans Rome, et qui, tout armé, se sauve à la nage. Le type du médaillon de Faustine représente la vestale Claudia , qui , pour prouver son innocence , tire avec sa ceinture, vers le bord du fleuve, le vaisseau qui apporte à Rome l'image sj ndjolique de Cy bêle. Tous ces monuments sont authentiques ; mais, par la petitesse des têtes et par l'état de corrosion du bronze, ils sont toul-à-fait inutiles pour le but de cet ouvrage. On peut dire la même chose de deux autres monuments qui concernent Claudia; l'un est un basrelief du musée du Capitole (Maffei, Muséum Feron. , p. go et aSa) ; l'autre, une médaille frappée par C. Clodius (Morellius, Thés, fam.il. , Claddia, pi. XI, n" 3), dont le type représente une femme assise, ayant à la main un instrument de sacrifice, et désignée par la légende VESTALLS.
Ces traits d'histoire romaine, ainsi que le dévouement de Mucius Scévola, la continence de Scipion, etc., ont exercé l'habileté des graveurs en pierres fines du XVI* siècle; et leurs ouvrages font partie des collections d'antiques des cabinets les plus célèbres. Gori et Mariette en ont publié un certain nombre comme antiques; l'un dans le Muséum Florentinum , l'autre dans son Traité des pierres gravées. Mais il n'y a pas de connoisseur qui puisse s'y tromper.
On voit dans le même ouvrage de Mariette ( Têtes, n° l\o ) le dessin d'une cornalinesur laquelle est gravélebuste d'un jeune héros, avec peu de barbe,
armé d'une cuirasse et coiffé d'une peau de taureau : une inscription le désigne pour P • SCIP • AFR% Publias Scipio Africanus : c'est sans doute Scipion-le-Jeune , ou Scipion Émilien , destructeur de Carihage. La dépouille dont il est coiffé fait allusion à cette ville , dont la peau d'un taureau découpée avoit marqué la première enceinte, et avoit fait donner à la citadelle le nom de Bjrsa. J'ai vu une empreinte de cette cornaline , et je me suis persuadé que l'ouvrage , ainsi que l'inscription , ne remontent pas
au-delà du XV^ siècle. Chap. II.
Voilà des monuments dont je n ai Hommes d'état point cru devoir tenir compte dans etdeg""resous
le gouvernement
mes recherches, qui ont pour but de républicain. recueillir les portraits authentiques des Romains illustres. Les monuments antiques, étrangers à ce but, ne doivent pas trouver place dans mon ouvrage ; et j'ai dû, à plus forte raison, en exclure tous ceux que l'erreur ou l'imposture avoient fait admettre et classer jusqu'ici dans l'iconographie romaine.
ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. 1.