T • T" 1 les empereurs
désirer dans le ministre, le gênerai, et 1 ami d un grand souverain, que celui que les historiens d'Auguste nous offrent dans le portrait qu'ils font d'Agrippa'.
Cet homme, d'une naissance obscure, fut, sous les plus heureux auspices, destiné, presque enfant, par sa mère, au métier des armes\ Il se lia dès-lors d'amitié avec Octave, encore moins
(1) Les époques et les faits indiqués dans cet article sont tirés pour la plupart des histoires de Dion, de Velleïus Paterculus, et d'Appien d'Alexandrie. Quelques autres autorités seront citées plus particulièrement. Dans ï Histoire de l'Acadcuiie des belles-lellrcs, toni. XL , on trouve l'extrait d'un travail de M. l'abbé Le lUond sur la vie d'Agrippa. A quelques inexactitudes près, les laits y sont bien rangés dans leur ordre. (2) La preuve est dans JVIanilius , i. I , V. ygT), qui , faisant l'énumération des âmes des grands hommes dont il suppose peuplée
au ciel la voie lactée, place l'ame d'Agrippa après celles de Metellus et de Galon. « Agrip- « pa est là, dit-il, Agrippa qui rlevint sol- (( dat, séparé à peine des bras de sa mère » :
Matrisque sub armii
Miles Agrippa suœ.
Wernsdorff a déjà réfuté l'erreur de quelques commentateui's du poète astronome, qui ont voulu lapporter à Agrippa Postumus ces expressions, oii l'on doit recounoître son père ( Wernsdorff, Poeitc latiiii minores, t. II yExc. adCalpurii., p. 3i4).
Quant à la naissance obscure de ce grand
101 ICONOGRAPIin: nOMATNE. Part. I.
CiiAP. iir. âgé (juc lui'; cl ccliil-( i le /it connoilrc à Ccsar, son grand-oncle,
Hommes d'état J\ " ' 1T~» '/~<rj.l 'A' •'
.ta. guerre sou, "^J'^ vaHUjueur de Pompée, (.e tut alors qu Agrippa, ffui n avoit its<ii.prr...,s. p.,jj encore alleint sa dix-liniliemc année, o])linL du dictateur
PI. VIII. I -, r , , . . . ^ , ,
ta grâce de son Irere aine, (pu avoit servi sous Calon dans la guerre ci\ile d'Arrique\ Il est vraisemblable que l'an 709 de Rome, 45 ans avant Tere chrétienne, il accompagna Octave, qui alla rejoindre son grand-oncle en Espagne, où il faisoit la guerre contre les fds de Pompée; et il est certain que l'année suivante il étoit en Epire avec son jeune ami qui achevoit ses études dans la ville d'Apollonie. L'estime d'Agrippa pour les hommes de lettres, et son amour pour les arts, furent probablement les fruits de cette retraite. Ils attendoient l'un et l'autre l'instant où Octave seroit appelé à Rome, pour remplir auprès du dictateur la place importante de maître de la cavalerie, lorsque l'assassinat de César, qui sembloit devoir renverser leurs espérances, et arrêter leur fortune, donna une maturité précoce à l'esprit et aux projets de son héritier, et ouvrit au jeune Agrippa cette longue et glorieuse carrière dont le terme fut la seconde place de l'empire du monde.
On peut douter qu'Octave, s'il n'avoit pas été encouragé et soutenu par l'amitié et l'anie forte d'Agrippa, eût osé se déclarer aussitôt le fils adoptif et l'héritier de César, se faire chef d'un parti, et lever des armées pour combattre les partisans de Brutus et un consul tout-puissant : mais il est certain qu'A-
homme , et à la foiblesse qu'il avoit de dis- le mois de septembre de l'an 63 avant l'ère
.«innilerle nom de la famille Vipsania dont chrétienne, et Agrippa étant mort l'an 12
il étoit issu, voyez Sénèque, Controvers., avant la même ère, âgé de cinquante-un
n'^ 12. ans, celui-ci a dû naître l'an 64, ou au com-
(i) Nicolas de Damas, dans le Frag- mencement del'anôS (Dion, l.LIV, §. 28;
ment sur réduvation d'Auguste, p. 254 de Pline, 1. VII, $. 6 ).
l'édition de M. Coraj. Octave étant né dans (2) Nicolas de Damas, loco citato.
HOMMES D'ETAT ET DE GUERRE. 2o3
grippa fut, clans ces circonstances mémorables, Famé des cou- chap. m. seils d'Octave, et contribua puissamment à lui gagner les vété- ^f,,'',"™"^^,^^^] rans qui avoient servi sous son père". La fortune sourit aux ven- '" empereurs. geurs de César; et Agrippa , toujours dévoue aux intérêts du jeune triumvir, qu'il avoit servi d'une manière brillante dans la guerre de Pérouse , fut fait préteur à Tàge de vingt-cinq ans. En sortant de cette magistrature, il se transporta dans les Gaules, y apaisa des mouvements séditieux, soumit les rebelles, mit en fuite les ennemis de l'état, et les poursuivit jusqu'au-delà du R^liin. Consul en Tan 87, il forma des armées, créa des flottes et même des jDorts, pour réprimer la puissance de Sextus Pompeius, et assurer à Rome et à lltalie la paix sur terre et sur mer. Rientôt il commanda lui-même ces flottes et ces armées; ses victoires navales près de Myles et de Naulochus, ses succès sur terre auprès de Messine, détruisirent les forces naguère si formidables des Pompéiens , et délivrèrent son chef d'un rival dangereux. Mais il lui en restoit un plus estimé, plus puissant, plus grand capitaine, que le fils de Pompée : JMarc-Antoine régnoit à Alexandrie, et il causoit à Ptome des inquiétudes qu'il importoit de faire cesser.
Pendant qu'Agrippa se préparoit à cette nouvelle lutte, il jouit d'un honneur extraordinaire. Octave le décora d'une couronne rostrale d'or^ Une course qu'il fit dans la Dalmalie, pour mettre fin à des incursions de barbares et à des troubles qui agitoient les peuples soumis à l'empire, ne l'empêcha pas de s'occuper des embellissements de Rome; d'y faire élever des temples
(i) Vellcïiis Patcrculii.s, 1. II, c. i.xix. voient d'un vaisseau ennemi. Voyez Sclief-
(2) Celte (•ouroiine tloiii Aj^rippa fut fer, de milit. na'vali , l. IV, c. m. Cette
honoré difléroit, soit par la iiiallore, soit même couronne orne la tète d'Agrippa sur
par la l'orme, dus touromius na\ales qu'on ses médailles, u" 3 et 5 de la planche viii.
avoit l'usage de donner à ceux qui s'cmpa-
TCONOGRAPIIIE ROMAINE. Pari. T.
cinr. III. plus niagni(if|ucs que tous ceux ([iron y voyoit auparavant'; d'y Hommes avut eonstruirc des aqueducs, des fonlaincs , des thermes, qu'il dé-
ot de guerre sous 1 ' '
les empereurs, cora dcs plus bcaux ouvrogcs des arts; nouveau genre de luxe ^'" auquel la monarchie naissante aimoit à accoutumer les Piomains\ Ce fut sans doute à cette occasion qu'il déclama contre régoïsme de quelques riches particuliers qui ornoient de ces chefs-d'œuvre leurs campagnes et leurs maisons de plaisance. Il jugeoit que ces nobles productions du talent des Grecs, exposées au public dans la capitale, charmeroient le loisir et formeroient le goût d'une multitude qui devoit désormais renoncer à ses habitudes anarchiques, et à son penchant pour la sédition et la guerre civile^. Cette guerre alloit cependant recommencer, mais pour la dernière fois. Les flottes et les armées de Marc -Antoine se rangeoient sur les rives de l'Epire, et infestoient la mer Ionienne. Agrippa , nommé général de terre et de mer, s'élève au-dessus de sa propre renommée, et montre, par la prise de Méthone, qu'il n'est aucune espèce d'opération militaire dans laquelle il n'égale les capitaines les plus célèbres. Enfin la bataille navale d'Actium, qui assure la fortune d'Octave, et met dans ses mains l'empire du monde, porte Agrippa au comble de la gloire. Un étendard couleur de mer est la nouvelle marque d'honneur que la reconnoissance du prince décerne à
ses services*.
(i) Séneque , de Beneficiis , liv. III, c. XXXII ; Tôt in urhe maxima opéra ejccitavit, quœ et priorem magiiijicentiam vincercnt et nulla postea vincerentur.
Il écrivoit cela avant les Flavius et les Trajan.
(2) Les fontaines qu'il fit construire à Rome étoient au nonibie de plus de cent: trois cents statiies de bronze ou de marbre,
et quatre cents colonnes de marbre, en faisoient l'ornement, Pline, 1. XXXVI, §.24. Le même auteur parle de tableaux achetés à grands frais par Agrippa pour en décorer ses thermes, dont le service fut assuré dans son testament par une dotation en terres (Dion, 1. LIV, §. 29).
(3) Pline,l. XXXV, f 9.
(4) Dion, 1. LI, 5> 21. Suétone, par mé-
HOMMES D'ETAT ET DE GUEPtr^E. 2o5
On prétend que ce fut alors qu'Agrippa osa donner à son
I iiAP. m.
Hommes cl'éljl.
maître le conseil hardi de renoncer à l'enipire , et de rétablir la
i •' et do guen-ê sous
république. Un historien a paru si persuadé de la vérité de ce les empereurs. fait, qu'il a voulu en accréditer le récit en rapportant le discours même que dut faire Agrippa, et le discours contraire qu'on attribuoit à Mécène. Que l'on parcoure attentivement le premier, et l'on sera sur-le-champ convaincu qu'il ne peut être d' Agrippa. D'ailleurs ce jugement solide, qui a dirigé sa conduite pendant toute sa vie, ne lui permettoit pas de hasarder un conseil qu'il savoit bien qu'Octave ne pouvoit plus adopter. Ce prétendu conseil d' Agrippa n'a eu probablement d'autre origine que les rumeurs artificieuses et les anecdotes controuvées que faisoient circuler les courtisans d'Octave sur sa disposition à se démettre du pouvoir suprême, et les déclamations des jeunes rhéteurs, qui se sont avidement saisis d'un sujet tout-à-fait dans leur goût'.
prise, parle de cet étendard, à l'occasion des victoires remportées sur Scxtus Ponipeïus [Augustus, c. xxv).
(i) Dion, 1. LU, in principio. Comment Agrippa aiiroit-il pu craindre qu'après les guerres civiles éteintes , et après la conquête de l'Egypte, les revenus d'un si grand empire ne pussent pas suffire pour l'entretien d'une armée convenable? Comment, après soixante ans de guerres civiles, auroitil pu dire que le pouvoir des chefs auxquels il faut confier une partie des forces de l'état est dangereux sous un monarque, et ne l'est point dans une répidjliquei' Comment, avec les sentiments qu'on lui suppose, auroit-il pu représentera Octave, qui régnoit effectivement depuis douze aimées , tpie , s'il avoit seulement jionr (pielqucs motiieiits touché à la principaiilé, il courroit des risques à s'en dessaisir ? Agrippa , qui paile de
la sorte, est bien différent de celui qui fut toute sa vie le plus zélé serviteur d'Octave , qui savoit obéir, à ce que dit Velleïus, mais uniquement à un seid lionmie, et (jui prétendoit commander à tout le reste du monde : Parendi sed uni scientissinius, aliis sane imperandi cupidus \.\\,§. 5i)). On sait d'ailleurs que, dans les écoles de déclamation, on aimoit à traiter des sujets semblables à celui sur lequel Dion nous a donné ces deux discours. Juvénal parle d'un discours (pi'il a voit lui-même composé à l'école, pour donner à S) Ha le conseil d'abdiquer:
Et nos Omsilium dedimus Sjila;, ptifatus ut alttiin norinircl.
Sat. I, V. i5.
Suétone, qui a écrit dans un temps plus rapproché du règne d'Auguste, dit bien que ce prince délibéra (sans doute par bv-
2o6 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.
cinp m. Octave prit Ai^ii|)j)a pour son coUci^ue dans les fonctions
Hommes dciat extraordinaiics de censeur, qu'il exerça l'an iq avant l'ère chré-
et <ir guerre SOUS 'I ^ «-^
ksim,..reurs. ticmic, Ic fit noninicr consul pour la seconde fois l'année suivante, cl lui fit épouser sa nièce. Pour contracter ce mariage, A<^i|)pa fut obligé de répudier la fille d'Atticus, dont il avoit des enfants '. Il fut nommé consul pour la troisième fois l'an 27; et, durant son considat, le sénat honora Octave du titre sacré d'Auguste. Deux ans après, celui-ci donna Jidic, sa fille unique, en mariage à son neveu Marcellus, beau-frere d'Agripj)a, qui se vit ainsi attaché par un double lien à la famille régnante. Mais l'harmonie entre les deux beaux-freres ne tarda pas à être troublée. Auguste, se voyant en danger de mourir l'an i3, montra de la préférence pour Agrippa en lui donnant sa bague, comme Alexandre avoit donné la sienne à Perdiccas: le jeune Marcellus en fut choqué, et se conduisit de manière qu'Auguste, après sa guérison, pour le ménager, mit quelque réserve dans son intimité avec Agrippa, Celui-ci, peu accoutumé à être traité avec froideur par son maître, s'éloigna de la cour, et se retira en Orient, oii l'empereur s'empressa de l'investir de pouvoirs sans bornes. Il fixa sa résidence à Mytilene. La Grèce et l'Asie se ressentirent de ses bienfaits et de sa magnificence \ Mais, une mort
pocrisie ) s'il devoit garder ou déposer le pouvoii' suprrme; mais il ne dit pas qu'Agrippa lui donna le conseil de s'en démettre
(^^éugUStUS, C. XXVIII ).
(i) La fille qu'il eut de Poliiponia fut Tipsnnia, la première femme de Tihere, qui éprouva dans ce mariage le même sort que sa mère.
(2) Témoins les inscriptions en son honneur, qui sont parvenues jusqu'à nous, et qui attestent la rcconnoiasance des Corcy-
réens, des Lesbiens, et des Athéniens , envers Agrippa. Voyez Maffei, 3luseuin Weron., p. XL, n° I ; Chishul, Anliq. Asiat., p. 186; Stua^d, Antifj. of Athens, t. II, c. V. Cette dernière ville avoit été décorée par lui d'un nouveau théàti'e qui porta le nom d' A grippèani (Philostrat. , f'itœ Sophist. , 1. II, c. V, ^. 3 ). Le silence de Pausanias sur ce monument est digne de remarque : on ne peut pas l'attribuer simplement à un oubli , lorsque l'on compare cette
PI. VIII
HOMMES D'ETAT ET DE GUERRE. loj
prématurée ayant enlevé Marcellus cette même année, Auguste, chap. m. qui, peu de temps après , étoit allé en Sicile, pour régler le gou- ^^^^Zll^tTns vernement de cette province, sévit obligé. Tan 21, de rappeler '«-s empereurs. Agrippa, et de l'envoyer à Rome, avec l'autorité la plus étendue, pour y rétablir l'ordre, et calmer l'effervescence populaire. Ce fut alors que, voulant s'attacber ce grand homme par des liens encore plus étroits, il lui donna en mariage sa fille, veuve de Marcellus. Agrippa l'épousa , après avoir fait une seconde fois divorce, et en eut des enfants qu'Auguste adopta solennellement par la suite. Cependant la baute faveur dans laquelle étoit leur père ne faisoit qu'augmenter son dévouement au service de son maître et à celui de Rome. Il court rétablir la tranquillité dans les Gaules; il vole en Espagne soumettre les Cautabres. Auguste le regarde plutôt comme son collègue que comme son parent et sou ministre. Il le fait revêtir avec lui pour cinq ans du pouvoir tribunicien, qui rend leurs personnes inviolables et saci-ées. Agrippa jouit, pendant deux ans, à Rome, des honneurs accumulés sur sa tête; mais, l'an 16, il passa de nouveau dans l'Orient, qu'on pouvoit regarder comme son partage. Il étoit décoré de la dignité sacerdotale des quindécemvirs; et, comme membre de ce collège, il fit, quoique absent, la dépense des jeux solennels qu'on célébroit tous les cinq ans à R.ome, en mémoire de la bataille d'Actium". L'an it\ il fit la guerre en Asie, chassa
omission avec une autre non moins ini|)or- cette statue avoit été élevée (1. I, c. xxu \
tante (1. 1, c. m et xxii). lAuie des deux Je ne saurois expliquer l'aversion de ce
statues é(jueslres i|ui décoroient la montée voyageur jiour la mémoire d'Agripj)a ijue
des propylées d'/Vtliencs étoit celle d'A- par un ressentiment contre ce Romain qui
grippa. L'inscription que l'on lit encore sur avoit dépouillé la Grèce d'un grand nom-
le piédestal en est une preuve irréfragable; hre de chefs-d'œuvre des arts , pour en dé-
on l'y lisoit, sans contredit, du temps de corer les monuments dont il embellissoit
Pausanias,qui ccpundani fait scmMaiit d'i- Home (Siiahon, I. Xill, p. 5i)o). gnorer le personnage à l'honneur duquel (i) M. l'abbé Le Blond ne le fait partir
'io8 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.
CiA,.. m. <-]u Irôiic du lîospliorc un usiiipalciir , el y rétal)Iit la fille de Hommes «ivi.n i^l^ju-nj^cg fju'j[ Joniia Cil maHafije à Polémon. Son pouvoir tii-
<"t de guerre sous '1 î" l
les empereurs, bunicicii cxpiroit l'an i3; on le lui prorogea, ainsi qu'à son "■^'" hoau-perc, pour un autre lustre. Il étoit revenu à Rome; mais la menace d'un grand mouvement daiis la Pannonie l'appela dans cette province éloignée, qu'il mit en état de défense. L'an i?. il étoit de retour en Italie, et il se trouvoit dans la Campanie, probablement dans une de ses maisons de plaisance, lorsque la mort le surprit à l'âge de cinquante-un ans révolus. Auguste, qui, à la nouvelle du danger, étoit accouru pour le revoir, ne le trouva plus vivant : il lui fit rendre des honneurs extraordinaires, et prononça lui-même l'oraison funèbre, ayant un voile suspendu entre lui et le corps d'Agrijipa. Celui-ci s'étoit préparé d'avance un tombeau dans le champ de Mars; mais Auguste voidut que les cendres de son gendre chéri fussent déposées dans son propre mausolée.
Parmi les qualités et les vertus que les historiens du temps ont remarquées dans Agrippa on distingue particulièrement sa célérité dans l'exécution de ses vastes et nombreuses entreprises', et la modération par laquelle il sut se conserver la bienveillance d'Auguste, à qui il avoit rendu tant et de si importants services. Trois fois il avoit mérité les honneurs du triomphe, trois fois il les refusa. Auguste aimoit que les grands de l'empii-e contribuassent à l'embellissement de la capitale; Agrippa les surpassa tous pour le nombre, l'utilité, et la magnificence des monuments qu'il fit élever. Mais, plus jaloux de la gloire
pour rOrient qu'apiiL-s la célébration tle de la phrase précédente ê'ià rZv <rvvn(im.
ces jeux. Le lexle de Dion prouve le con- (i) Fer oviiiia extra dilationein posi-
traire,liv. LIV, §. 19, où je p(-nse que le tiis , consultisque facta conjungens (Vel-
participe wa/airavr^f ne doit pas être séparé leïus Paterculus, 1. II, §. 79 ).
HOMMES D'ETAT ET DE GUERPvE. 209
de son maître que de la sicDue, il lui fit honneur d'une grande chap. m. partie de ses ouvrages', et il ne s'en attribua quelques uns que "°™"«^ <^ <■'=*
JT t5 " 11 1 et de guerre sons
par son ordre exprès \ Protecteur des arts et des lettres , il donna '«^s «'"pleurs.
1 • A 1 T • * i- -4. • ' PI. viii.
lui-même des preuves d une instruction aussi vaste que variée ,
et dans les mémoires de sa vie, monument historique que nous
regrettons', et dans un grand travail géographique dont Pline
a profité. Cet ouvrage , qui embrassoit tous les pays du globe,
servoit d'explication aux peintures cosmographiques dont le
j)ortique d'Octavie étoit embelli'^.
Le j3ortrait d'un homme qui jouit constamment toute sa vie n° 4 et s. de la faveur et de la familiarité du maître du monde , dont le peuple romain et la plupart des nations soumises à l'empire avoient admiré la valeur, éprouvé la sagesse et la bienfaisance, ne pouvoit pas rester dans l'obscurité.
La monnoie romaine, frappée par la reconnoissance de l'empereur ou par celle du sénat, nous l'a transmis, et nous l'a fait recounoitre dans plusieurs excellents ouvrages de sculpture qui nous sont parvenus, foiblcs restes de tant de statues élevées eu son honneur'.
Les n° 4 6t 5 de la planche VIII présentent le dessin d'une médaille de bronze de moyen module, frappée par ordre du sénat romain, avec l'effigie d'Agrippa. On l'y voit empreinte de profil et ceinte d'une couronne rostralc; la légende offre les
(i) yhjua Julia, Sœpta Jiilia , ouvra- (4) Pline, 1. III, §. 3.
ges d'Agrippa, qui portèrent le nom ilc (5) Les inscriptions grecques dont nous
son maître. avons fait mention ci-dessus ont été "ra-
('?.) Le panthéon : voyez Dion , liv. LUI, vées sur les piédestaux (jui portoieut les
§. 27. statues d'Agrippa. Les Lesbieus lui donne-
(3) Voyez Vossiiis , <lc Hisioricis Lati- rent le titrcdeyj/"ea.j(ji/t^eH/', et deKj-fimiî,
nls, 1. I , c. xviii ; et Pline , 1. VII , §. .\6. fonilaleur ou édijicalcur de leurs villes.
2io ICONOCRAPIITE ROMAINE. Part. I.
dur III. noms tic M • ACjRIPPA • L • F • COS • III-, Marciis Ai^rippa , Hommes ci'éMt J^uq u {{Uus , cousul teitiuin ; « Marcus Airrj])r)a, fils de Lucius,
et de guerre sous ./ ' O 1 1 ' '
Jet empereurs « tiols fols consul' "• Lc rcvcrs a pour type la figure de Neptune ' ^ "' debout, ayant pour attribut le trident et le dauphin. 11 n'y a pas de légende; on y voit seulement les sigles S • C*, senaliis consuUo; « par décret du sénat ». Les rapports entre le dieu de la mer et le destructeur des flottes de Sextus Pompeïus et de Marc-Antoine sont faciles à saisir; mais Agrippa lui-même avoit donné un témoiffnaire éclatant de sa reconnoissance envers cette divinité favorable, en lui consacrant dans le champ de Mars un superbe portique qui fut distingué par le nom de portique de Neptune, ou de portique d'Agrippa, jusqu'au temps ou les peintures qui fornoient et qui représentoient le voyage et les exploits de Jason et des héros qui raccompagnèrent lui firent donner vulgairement la dénomination de portique des Argonautes , qui fit presque entièrement oublier les premières'. N" 3. Une autre médaille d'argent, gravée sous le n° 3 de celte même planche, n'a pu être frappée que par l'ordre de l'empereur, <à qui l'autorité sur la fabrication de la monnoie d'or et d'argent étoit réservée^. On y voit d'un côté le même profil; mais la tète d' Agrippa est décorée de deux couronnes. On a ajouté la couronne murale à la couronne rostrale. Entre les nombreux exjîloits d'Agrippa il pourroit sembler difficile d'indiquer celui qui lui avoit mérité la couronne murale ; mais je pense que la prise de Méthone lui ayant fait plus d'honneur que celle d'aucune
(i) Voyez Morellius, Thes.fàvi. rom., cace de ce temple. Depuis l'époque de ce
ViPSANiA, n" 4- M- Agrippa ne prend aucun consulat, qui fut l'an 11 avant l'ère chré-
autre titre dans l'inscription de la façade tienne, Agrippa a toujours pu s'intituler
du panthéon. On a mal conclu de la men- consul trois fois, COS- III. tien de son troisième consulat que ce fut (2) Nardini, Roma i>etits, 1. VI, c. ix.
durant cette magistrature qu'il fit la dédi- (3) Slorellius, loc. cit., Vipsania, n"^.
HOMMES D'ETAT ET DE GUERPiE. an
autre ville, il la dut h ce succès'. La légende, M- AGRIPPA- ch.pIii. COS • TER • COSS • LENTVLYS, ajoute aux noms de Marcus ^f~;^^i^ agrippa, trois Jbis consul^ ceux de Cossus Lentuliis ^ magistrat ics.mpereurs.
•11 • 1 1 p 1 • • 1 • ' 1 PI. vui.
qui siu'veilloitsans doute la fabrication des monnoies a quelque époque du règne d'Auguste. Cette époque n'est cpie très vaguement déterminée par la légende AYGYSTYS • COS -XI -, « Au- «guste , onze fois consul» , écrite autour de la tête de ce prince , que Ton voit gravée de Pautre côté de la médaille, et couronnée de lauriers. Le onzième consulat d'Auguste a pu être marqué sur les monuments publics duiant l'espace de vingt-six ans, puisqu'il fut consul pour la onzième fois Pan ^3 avant J. C. , et ne prit son douzième consulat que l'an 5 de l'ère vulgaire.
II me semble probable que ces médailles d'Agrijipa n'ont été frappées qu'après l'an 12 avant cette ère, qui est l'époque de sa mort. Elles firent sans doute partie des honneurs funèbres que la douleur d'Auguste décerna à la mémoire de son ami. La plupart des antiquaires pensent qu'elles ont été frappées du. vivant d'Agrippa. La modestie de ce grand homme et les égards délicats par lesquels il sut éviter toute sa vie d'exciter la jalousie de son maître , et ménager sou amour-propre , m'empêchent d'adopter cette opinion qui n'est appuyée sur aucune preuve'.
Sous le n° 6 j'ai fait graver une autre médaille sur laquelle n °6. on voit la tête d'Agrippa au revers de celle d'Auguste. Elles ne sont décorées d'aucime espèce de couronne : on 3' lit d'iui côté, CAPSAR- AVGVSTVS;de l'autre côté, M • AGRIPPA • PLATO- RIINVS: ce dernier nom désigne un Sulpicius Platorinus, autre
(i) Dion, 1. T>, ^. 1 1; Oïdsiiis, 1. Vf, §. 19. de Nisnios, sur lesquelles la tête d'Agi ippa
(2) \.ii Mm di' fxitr paLiia' , (|ui ne fut est i'in()ifiiilc;iii|>iè.sdecelliMli'IVm|i(.Teiir,
dérenié ;i Auguste (jiie l'an 2 ;ivniil VV.. (]., pfoiiveau roiitriiii(M)ne ces inoniioies n'ont
et qu'il prend surles rnéduiUus de la colonie été frappées qu'après la mort du premier.
PI. VIIl.
N" I ft 2.
212 TCONOGR APHTE ROMAINE. Part. î.
Chvi. m. magistrat (jiii, sons le rcgiic d'Auguste, a eu pendant quelques Hommes dY.,«t ^^^j^^,.^ ^^ dirccliou de ln monuoie'.
l't de guerre sous
lesempei.urs. jy^^ ^(^{6 dc Maix'us Agrippa, dessinée sous deux aspects, n° i et 2, fut trouvée dans les fouilles de Gabies , et on la voit maintenant au Musée Pvoyal'. C'est un ouvrage en marbre grec d'un travail excellent : les trails d'Agrippa s'y reconnoissent d'après les médailles que nous venons d'examiner; mais les formes sont ici mieux développées. Ou y remarque ce front sourcilleux et ce regard sombre indi(piés dans Piine par le seul mot torvîtas^, apparence de sévérité que le caractère d'Agrippa démentoit à cliaque instant. Dans la galerie de Florence on voit une tète parfaitement semblable à celle-ci ; mais elle est un j)eu moins bien conservée.
«•7. La tête d'une statue célèbre qui existe à Venise dans le palais de Grimani'' offre encore la même pliysiouomie (n° yj; on l'a toujours reconnue pour être celle d Agrippa, en la comparant avec les têtes empreintes sur les médailles. Le daupbin , attribut de Neptune, que nous avons vu sur d'autres monuments devenir le symbole du béros de Salamiue et du destructeur des pirates^, est aux pieds du vainqueur d'Actium. La tête, qui n'a jamais été détacbée du corps, offre les mêmes traits que les deux têtes en marbre dont nous avons fait mention , et dont l'une est gravée sur cette plancbe. Il est probable que cette belle statue a été apportée de la Grèce, où tant de monuments, dont les inscrijjtions nous restent encore, furent consacrés à la mémoire de cet illustre romain*^.
(i) Morell., 7'/!P5.yam. , ViPSANiA, n'' 3. rient, a fait graver le premier ce nionu-
(■j) J'en al parlé dans mon ouvrage sur ment insigne, II, pi. xcvii. les 3Ioniimenli Gahini, p. 3 1 , pi. 2 et la'. (5) Iconographie grecque, pi. xiv, n" i ;
(3) Pline, 1. XXXV, §. 9. et ci- dessus, pi. v, n" 11.
(4) Pococke , dans ses Voyages dCO- (6j Nous avons déjà pavlé de ces menu-
§. 2. COPxBULON.
Cuip. iir.
Hommes d'état et de guerre sous les empereurs.
La vie de Cnéiis Domilius Corbulo, ou Corbulon , présente
lin citoyen illustre, comme magistrat et comme guerrier, et digne d'être placé à côté d'Agrippa par sa fidélité inébranlable envers son souverain, ainsi que par l'éclat de ses vertus militaires".
La famille dont il étoit issu lui avoit ouvert la carrière des honneurs. Il fut élu préteur l'an 20 de l'ère chrétienne'', et il ne tarda pas à donner en plein sénat des preuves de cette sévérité qui a été son caractère distinctif. Il accepta volontiers , et il exerça avec uue dureté remarquable la commission fâcheuse de rechercher les malversations et les négligences dont les magistrats et les entrepreneurs s'étoient rendus coupables dans la construction et dans la réparation des grands chemins de l'Italie : son inquisition fut si minutieuse qu'elle sembloit a^oir plutôt
ments. Dion fait mention d'une statue d'Agrippa qui étoit placée dans le portique du pantliéon , et qui faisoit pendant à celle d'Auguste (1. LUI, §. 27 ). Il semble que l'une et l'autre y avoient été placées de leur vivant: aussi n'y étoietit-ils pas représentés en divinités, honneur qu'Auguste n'avoit point permis à Agrippa de lui rendre. Je pense que ces deux statues ont été figurées dans le type d'une médaille d'argent frappée par Marins Trogus avec la tête d'Auguste (MovcWiii^ , Tfie.taiir. J'am., Mahia, pi. i, 11° 4 )• t)n y voit au revers ileux ligures en pied, l'une et l'autre revêtues de la toge romaine, une cassette d'actes ou de placets (scn'iiiiini") à leurs pieds, ainsi qu'on le voit ordinairement au pied des statues romaines
en toge. Mais celle d'Auguste , qui est à droite, est distinguée par luie couronne de laurier: celle d'Agrippa , par une couronne crénelée. J'ai fait graver un dessin de cette médaille sous le n° 8 de la planche viir.
(i) Tacite, dans ses yJniitiles, liv. XI à
XV; et Dion, liv. LIX, §. i5; LX, 3o;
^ LXII , 19 sqq. ; LXIII , 6 et i 7 , nous ont
transmis presqiu' tout ce que nous savons
de ce capit.iine célèbre.
(2; Tacite, Annales, 1. III, $. 3i. D'après cette époipie, on peut conclure que Corbulon , qui mourut quarante-sept ans après sa préture, étoit plus que septuagénaire. (^>uant à .sa noble origiire, c'est Tacite lui-inènie qm l'atteste {Ilist., liv. II,