I. ay
les
2i8 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.
CiiAp. III. A peine Corliuloii cul-il cN'harqué à Cenclirce, que des envoyés
Hommes d'élat ,1„/"'' !• . il'l 1 1 1 xTl
,,. «c Ucsar lui îinportcrcnt 1 ordre de se donner la mort. «Je la
Mcfjiii'rre sous I 1
pmjKnuis „ mérite l)ien », répondit le grand ca|)ilaine, se reprochant sans doute sa fidélité euvers ce monstre; et d'un coup il se perça le cœur.
Ainsi périt, Tan 67 de l'ère chrétienne, ce Corhulon dont tout l'empire avoit admiré les vertus pendant le cours d'une longue vie. L'élévation et la noblesse de sa taille, la vio-ueur de ses membres, sa facilité à j^arler avec éloquence sans avoir besoin de préparation, rehaussoient encore l'éclat de ses qualités morales et de ses talents supérieurs dans l'art de la guerre et dans celui de gouverner les hommes'. Son esprit étoit éclairé par les lettres; et les ouvrages dans lesquels il avoit consigné l'histoire de ses campagnes, ainsi que les observations qu'il avoit eu lieu de faire dans des climats peu connus, étoient des monuments précieux pour l'histoire militaire et pour les nouvelles lumières qu'ils répandoient sur la géogra2)hie\ Il ne laissa pas d'enfants mâles; mais sa fille Domitia, quinze ans après la mort de son père, devenue impératrice, fit revivre avec plus d'éclat la mémoire de ce grand homme.
N«iet2. Le portrait de Corhulon ne nous est connu que par conjectures. Plusieurs têtes antiques , sculptées dans les beaux temps de l'art, nous offroient les mêmes traits que nous retrouvons sur le buste de marbre pentélique gravé sous les n° i et 2 de la
(i) Tacite, Annales, liv. XIII, c. xxxiv, physiques de Corbiilon dans sa IIP satire,
où Corhulon est décrit corpore ingens, v. 23 1 ; Dion aussi les remarque iiv. LXII,
verbis tnagni/iciis, et super experientiam pag. 19.
sapientiatTKjue , etiam specie inanium va- (2) Pline les a cités souvent. Voyez Vos-
lidus. Juvénal fait allusion à ces avantages sius, de Histor. lacinis, 1. 1, c. xxv.
PI. IX
HOMMES D'ETAT ET DE GUEPvRE. 219
planche IX' : la manière dont sont coupés les cheveux de cette chap. m. tète sans barbe ne permettoit pas de douter qu elle ne fût le por- ^f^^^H^l trait d'un Romain qui avoit vécu postérieurement aux premiers le^ empereurs. siècles de la république, mais avant le règne d'Adrien, époque où les Pvomains laissèrent de nouveau croître leur barbe. Ce Romain devoit être un personnage illustre, ainsi qu'on en peut juger par le nombre de ses bustes en marbre qui sont parvenus jusqu'à nous' : cependant il n'appartenoit point à la famille des Césars, dont tous les membres sont connus par les médailles.
La découverte qu'on fit de la ville de Gabies en 1792 jeta sur mes recherches un trait de lumière qui dissipa toute incertitude. La tète dont nous avons sous les yeux les dessins y fut retrouvée dans la même place qu'elle avoit occupée primitivement : elle étoit encore dans une niche ovale creusée dans l'une des parois d'un petit temple consacré à la mémoire de Domitia, fille de Corbulon, et à celle de sa famille ^ Dès-lors je conjecturai que ce portrait devoit être celui de son père, de ce fameux Corbulon dont les images avoient été sans doute multipliées,
(i) Il est exposé au Musée du Roi, clans la salle des Caryatides.
(2) Il y en avoit un dans la collection du marquis Rondanini à Rome: on l'y connoissoit sous le nom de 3farcus Brutus^ et on l'avoit restauré en conséquence. Voyez les Notizic d'anticliità e dard, 1 786, maggio , tav. 4, rédigées à Rome par M. Guaitani. Une tète pareille est dans le musée du Vatican ( Masco Pio Clomciitino , t. VI , tav. 61 ) : d'autres semblables, que le peintre écossois, M. Gavin Hamilton , avoit découvertes à Rome, sont maintenant en Angleterre.
(3) IN • HONOREM • MEMORIAE
DOMVS • DOMITIAE • AVGVSTAE CN • DOMITI • CORBVLONIS • FIL-, etc.
Voyez mon ouvrage sur les Monumend Gabini, p. 26, 36, et 4o, où j'ai publié aussi une autre tète de Corbulon , déterrée dans les mêmes fouilles, et disposée de manière à être appliquée sur une statue, probablement revêtue de la toge ou de la cuirasse. La ville de Gabies , rétablie .sous les Césars du \" siècle de Tere chrétienne, coniptoit parmi ses décurions des affranchis de Domitia. Ces monuments ont été transportés, ainsi que l'autre, à Paris , dans le Musée du Roi.
ICONOGRAriIlE ROMAIJNE. Part. I.
(juAi. m. par les soins de ses amis et tics clients de sa fille, sous le règne ,.,,,„, de JJoinitica, devenu son bcau-lils.
«■t tli'giK riosous '
].s empereurs. Ejj cflel, Ic caractcrc austère de la ])liysiononiie s accorde â merveille avec cette sévérité dont Tliistoire de Corljuloa nous a transmis le souvenir; et, quoique les artistes anciens fussent ordinairement très attentifs à ne pas trop marquer dans un portrait les ravages des années, on retrouve dans ce cou penché eu avant, dans ces épaules tant soit peu élevées, le mouvement d'un homme qui s'affaisse sous le poids de l'âge.
Depuis que j'ai eu l'occasion de publier pour la première fois ces conjectures', et de les développer, le pu])llc a paru les adopter; et les têtes qui offrent le même portrait sont aujourd'hui connues sous le nom de cet illustre Romain.
URSUS SERVIANUS.
Lucius Julius Ursus Serviauus^ étoit à Piome un personnage
(i) Dans l'endroit cité du Musco Pio Clementino , vol. VI.
(a) Le prénom et les noms que je donne au beau-frere d'Adrien sont justifiés par des monuments authentiques. Le prénom Lucius se trouve sur le buste que je publie, et sur le fiagment d'une tablette de bronze que l'on conserve à Rome au cabinet de Kircher, dont leP. Coniucci avoit transcrit riiiscriptiou que Maffei a insérée dans son Museiitn Feronense, p. Sag, n'' 6. Cette même inscription assure à Servianus le nom de Julius, que Pline-le-Jeunc lui a donne dans deux de ses lettres (1. III, ép. vi, et 1. X,ép. II). ^Jdhhé^lAv'i\\i(^l se riziojii délie 'ville e palazzi Albanie n° xxvii) et le P. Oderici (rfe Orcitrigis 72umo, paj. yl)
semblent croire que son nom de famille étoit .'Elius et non Julius : mais l'autorité sur laquelle ils se fondent ne me semble pas pouvoir balancer celles que j'ai alléguées pour le nom de Julius. C'est une Jigulina, ou la marque d'une brique , publiée par Doiii ( I/iscf/pt. Clas. II, n" 142), qui donne à Servianus le nom d'AEL. , ^Elius ; mais , comme Doni a tiré des papiers d'Achille Stalius la copie de cette inscription qu'il n'a pas vue, il est possible qu'on ait mal copié les caractères qui , dans ces sortes d'inscriptions, sont fort souvent liés l'un avec l'autre, et qu'on ait lu AEL au lieu de IVL. Le premier surnom, VRSVS, Ursus, se trouve sur deux des monuments cirés, et sur plusieurs autres, ainsi que le
Je la plus haute distinction à la fin du premier siècle de notre chip. m.
p-,p Hommes d'état
et de guerre sous
Il est vraisemblable qu'il dut en grande partie son élévation 'es empereurs, à son mariage avec Pauline, cousine de Trajan et sœur d'Adrien'. ^ ^^ Lorsque Trajan commandoit sur les bords du Rhin les armées de la Germanie supérieure, Servianus y occupoit une place importante ; et il se servit de l'autorité qu'elle lui donnoit pour empêcher qu'Adrien, son beau-frere, ne fût le premier à porter à Trajan, leur parent, la nouvelle de son adoption par l'empereur Nerva, adoption qui lui assuroit l'empire. Les manœuvres odieuses de Servianus furent cependant inutiles; mais, si nous en croyons Spartien, sa jalousie ne se borna pas là: il fit encore tous ses efforts pour décréditer son beau-frere dans l'esprit de l'empereur désigné"*.
Lorsque, après la mort de Nerva, Trajan fut assis sur le trône, Servianus parcourut sans obstacles la carrière des honneurs. Il obtint le gouvernement des Pannonies^, et parvint deux fois au consulat". Son crédit étoit très grand à la cour, et il paroit en avoir fait un noble usagée II n'avoit qu'une fille unique, qu'il donna pour épouse à Fuscus Salinator, jeune homme, suivant le témoignage de Pline, encore plus recommandable par ses vertus et par ses talens que par sa haute noblesse^'. De ce mariage
dernier surnom Scivianus, qui, suivant (4) Il lut consul supplémentaire (siif-
l'nsage de ces temps, étoit devenu son nom fectus) Tan 102 et l'an iii de l'ère chré-
propre par excellence. Quant au prénom tienne.
Caïus et au nom Sriviliiis, (ju'il porte dans (5) Une lettre écrite a Trajan par Pline-
les Fastes de Panvinius, et ailleurs , ils sont le-Jeune nous prouve que Servianus s éioit
tirés des sources suspectes dans lesquelles intéressé pour lui auprès de l'empereur
ce dernier antiquaire a U'op souvent puisé. (1. V, ép. 11). Cet écrivain avoit pour Ser-
(1) Spartien, Adrianus, c. 11. vianus une tcnilre amitié.
(2) Spartien, /oc. cjV. (6) Pline, 1. Vi, éji. \nvi {?>) Pliue-le- Jeune, 1. VIII, ép. xxni.
222 ICONOGRAPIITi: ROMAINE. Part. I.
Chap.iii. naquit un autre Fuscus, qui, dans Tâge avancé de son grand- Homraes d'état pej-g f\it \q soulicu dc sa vieillesse et l'espérance de sa famille.
ri de guerre sous *■
icseinpcKurs. Jl n'est ])as vrai, comme quelques historiens l'assurent, que PI. IX. Trajau, n'ayant pas d'enfants, ail jamais pensé à nommer Servianus pour son successeur'. Cette haute fortune fut réservée à Adrien; et Servianus , son heau-frere , fut comhlé des faveurs les plus signalées, et ohtint l'honneur d'un troisième consulat% Il jouissoit à un si haut degré de l'estime de l'empereur, que celui-ci, sentant sa santé s'affoihlir, parla de lui de manière à faire croire qu'il le jugeoit digne de lui succéder \
Ce hruit qui se répandit hientôt, et qui n'étoit pas sans fondement, alluma dans le cœur de Servianus une amhition qu'il ne put tenir secrète, et dont la manifestation le perdit.
Adrien, qui s'étoit déterminé à adopter Elius Verus, et qui, dominé par une humeur mélancolique causée par sa maladie, voyoit avec envie son heau-frere, plus âgé que lui de trente années , se préparer à le remplacer, et travailler à se faire un parti dans le palais et dans l'armée, ordonna qu'on le fit mourir. Ce vieillard nonagénaire, en se préparant à la mort, demanda quelques momens pour accomplir vme cérémonie religieuse à l'autel de ses dieux domestiques; alors ilhrùla de l'encens en leur honneur; et, après avoir protesté devant eux de son innocence, il
(i) C'est cependant ce qu'on Ut clans YHistoire des Empereurs, de Tillemont, t. II, à l'art. XXIV de l'empereur Trajan ; mais le texte de Dion, que l'on y cite pour autorité, étoit corrompu, et Fabricius l'a rétabli (l.LXIX, p. 17).
(2) L'an de l'ère chrétienne i34. Cette fois Servianus fut consul ordinaire avec Vibius Varus. Quant à son crédit à la cour, on en a les preuves dans ce que dit Spar-
tien : Adrien sortoit de son cabinet pour aller à sa rencontre {^Adrianus ^ c. vm). Flavius Vopiscus nous a conservé une lettre que cet empereur avoitadressée de l'Egypte à son beau-frere, en lui envoyant des verres d'une fabrique égyptienne, qui étoient remarquables par leurs couleurs changeantes, probablement comme de fausses opales , allassontes (^Saturninus, c. viii).
(3) Dion , loco citato.
dévoua l'empereur à leur vengeance : « Qu'il souhaite la mort, ch.p. m. ce dit-il, et que la mort ne l'exauce point! « Cette cérémonie étant ^fj°'"u'erres'ou! achevée, il se présenta au fer des meurtriers, qui l'égorgerent i es empereurs. avec son petit-fils, âgé seulement de dix-huit ans'. Cette scène sanglante se passa l'an i36 de l'ère chrétienne.
PI. IX
Le buste de Servianus, que j'ai fait dessiner de face et de pro- n» 3 eu. fil, sous les n" 3 et 4 de la planche IX, étoit, depuis long-temps, à Rome ; mais il n'avoit point été remarqué. Je l'ai découvert à Paris, où il avoit été transporté dans ces derniers temps. C'est le monument de la reconnoissance d'un affranchi envers son patron. L'inscription, gravée sur le piédouche qui est pris dans le bloc, offre le nom du personnage représenté, et celui de l'affranchi qui a fait exécuter ce monument, L • \TvSVM • COS • III* CRESCENS • LIB-, «Crescens, son affranchi, (rend honneur) « à Lucius Ursus', trois fois consul ». Le verbe (honorât) y est supprimé par une ellipse élégante et fort usitée.
Ce buste, quoique exécuté avec un peu de mollesse, est cependant l'ouvrage d'un artiste qui ne manquoit pas de goût, et il n'est pas indigue du siècle d'Adrien.
La physionomie de Servianus est fine : elle semble cependant annoncer un caractère un peu miiuitieux et chagrin^.
(i) Sparticn, Ailrianus, c. xv et xxiii ; Dion , loc. cit. Ou accusoil l'"uscus d'avoir consulté les devins sur son élévation à l'empire (Spartien, loc. cit.).
{■x) Quoique le siirnom Servianus ne soit pas indiqué dans l'inscriptiuu , 1 autre surnom Ursus désigne assez clairement ce personnage, aucun Romain de ce nom n'ayant été trois fois consul ; et le seul consul, outre Servianus^ qui ait é(é nommé
Ursus appartenant au IV* siècle de l'ère clirétienne, époque qui ne peut convenir ni au slyle de la sculpture , ni à celui de 1 inscription de ce buste.
(3j l'uistpie Servianus mourut nonagénaire en I J(), cl ([u'il n'.ivoit cie lutriurc ilu troisième coiisidat (pi'i'n i34, son portrait a été sculpté lorsqu'il etoil âgé de qn.iirevingt-scpt ou qnaire-vingi-liuit ans. On y voit, en ellet, dci muiqucs de vieillesse j
ninis ou a suivi la méthoilc, presniie géne- Chap. m. . .
,, ,,, raie tics anciens statuaires, de tlissimulcr,
Jloniincs a ctat
ptdfguencsous jusqu'à Un Certain point, l'âge trop avancé les empereurs.
des personnages qu'ils niodeloient d'après nature.
rJ. IX.
NOTIi
Spon (Mùcel/anea, secl. iv) et Gronovius {Tliesaur. antiq. Grœcarum, t. III , fol. dddcî) ont publié une médaille de bronze frappée à Smyriîe , sur laquelle ils ont prétendu reconnoitre, par la légende qui présente le nom du proconsul Frontinus, l'effigie de Sextus Julius Frontinus, magistrat célèbre sous Vespasien et sous Trajan, dont il nous reste encore deux ouvrages; Ilui, Iiistorique, sur les stratagèmes de guerre; l'autre, didactique et administratif, sur les eaux et les aqueducs de Rome.
Des médaillistes doués d'une meilleure critique , tels que Pellerin et Eckhel , ont prouvé que leurs prédécesseurs ont pris la tête d'Hercule,
gravée sur cette médaille, pour l'effigie du proconsul (Pellerin, Recueil, t. II, pag. 84 ; Eckhel, D. N., t. II , pag. 557). Une autre médaille qui offre la même légende, an0ï «tPONTEixn, «sous Frontinus, proconsul », a pour type , au lieu de la tète barbue qui convenoit mal à un Romain de cette époque, le buste delà ville de Smyrne, personnifiée et couronnée de tours; nouvelle preuve, si elle étoit nécessaire, que la légende de ces médailles n'a aucun rapport avec leurs types.
Cette dernière médaille existoit dans le cabinet de M. Cousinery. Voyez IMionnet , Description de médailles, etc., t. III, lonie, n° 1121 et 11 55.
ICONOGRAPHIE PxOMAINE. Part. I.
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