‹ Iconographie romaine (volume 4)Chapitre 35 sur 94 · TERENCE · texte numérisé non relu

TERENCE

jNé à Cartilage, dans la condition d'esclave, deux siècles à peu chap. iv.

,, , , . , C ^ rr^ Personnages 11-

pres avant 1ère chrétienne', et vendu, encore entant, a leren- lustresdansihis-

.•T ' ^ •m' t 'Ji* toire litlér. des

tuis Lucanus, sénateur romain, lerence reçut une éducation Romains. soignée dans la maison de son maître, qui le prit en affection, pi. x. et finit par lui donner son nom avec la liberté. Le nouvel affranchi, Publius Terentiiis Afer, ou Térence l'Africain, ne tarda pas à se distinguer par ses talents, et il fut les délices de la jeune noblesse qui aimoit les lettres. Scipion Emilien et Lelius-le-

(i) L'époque de la naissance de Térence est fort incertaine. Fabricius le suppose né l'an 192 avant J.-C. [Eiblioth. lat. , 1. I, c. m , éd. d'Ernesli ) : il n'a d'autres garants de ce point de chronologie qu'un passage de Suétone dans la vie de Térence, où le biographe assure que ce poète n'étoit âgé que de trente-cinq ans, lorsqu'il avoit publié toutes SCS comédies, dont la dernière lie le fut qu'en ifio avant l'ère chrétienne.

Cependant on peut soupçonner, avec raison , l'exactitude de la date consignée dans

ce passage, et qui est en contradiction avec ce que le même écrivain avoit dit plus haut, savoir que Térence étoit né vers la fin de lasecoude guerre Punique, qu'on sait avoir été terminée l'an 202 avant J.-C. Cette vie de Térence, rapportée en entier par Donat à la tète de ses conimeutaircs sur ce poète; quelques passages de ces commentaires, et ce que Térence dit de lui-même dans ses prologues, sont prcsquelcsscidsdocumenfs qui nous restent sur la vie de cet illustre poète comique.

226 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

Ciur. IV. Sage, plus jeunes que lui, lurent clu nombre de ses protecteurs,

Personnages il. ^^ y ^^ y ^^ ^^^ ^^J^

lu'itrcsclaiisl lus- 1

toiic liit,.,. des Tércnce n'étoit Aire que d'environ trente ans, lorsqu'il osa se p, X. livrer à la scène comique'. Très versé dans la littérature grecque, et formé dans la langue latine par la fréquentation habituelle de la meilleure compagnie de Piome, il venoit de composer son Andrienne à l'imitation d'une comédie de Ménandre : mais cette imitation n'étoit point une traduction; le poëte romain s'étoit permis d'enrichir sa pièce de plusieurs détails agréables tirés d'autres pièces du poëte grec*. Le cœur plein d'espérance, il se présenta un jour chez Acilius^, l'un des édiles, magistrats qui avoient à Piome la surintendance de la scène et des spectacles. L'édile étoit sur son lit de repas : on fait asseoir Tércnce sur une simple banquette (subse/lànn) , étiquette observée à Rome, chez les personnages d'un certain rang, à l'égard des citoyens que la simplicité de leur habillement annonçoit comme étant d'une condition inférieure. Acilius lui permet de lire sa composition. Térence eut à peine récité quelques vers, que l'édile le prie de quitter son humble siège et de prendre place à sa table auprès de lui. L'Andrienne fut reçue et jouée; et le succès de cette première pièce assura pour toujours la réputation et même la fortune de Térence, il continua , pendant sept

(i) Le titre de son Andrienne marque le consulat île M. Marcellus et de C. Sulpiciiis comme lépoque de la première représentation (le cette comédie. Leur consulat répond à l'an de Rome 588, i66 avant 1 ère vulgaire.

(a) Voyez Térence , Andria , prolog. , V. 1 4, et le commentaire de Donai à cet endroit.

(3) C'est ainsi que Pighius {Annal, t. II ,

p. 389) a corrigé ce nom, qui, dans Suétone, est Cœriiis, et Cœcilius dans la chronique d'Eusebe. Le fondement de cette correction est le titre même de Y Andrienne , oi\ Manius Glabrio , personnage de la famille Acilia est nommé comme l'un des édiles curules qui firent jouer cette comédie. Le poëte Coecilius étoit déjà mort à cette époque.

PERSONNAGES ILLUSTRES

ans, à donner de nouvelles comédies. On en avoit déjà repré- chap. iv.

.'• 1 ,11 1* •«'.' '• '^ 7-, -,',' r Personnages il-

sente six, dont lune lui avoit ete payée jusqua 2000 aenarii , ius„.esdansrhisprix alors fort considérable à Rome, lorsque le poëte , comme «o"^e utter. des les hommes qui ont le sentiment de leur art et de leur talent, pi x. désirant donner plus de perfection à ses ouvrages, et étendre la spliere de ses connoissances, partit pour la Grèce. Il s'y occupa sans relâche à recueillir et à traduire en latin un grand nombre de pièces, la plupart de Ménandre, encore peu connues à Rome, et qui dévoient lui servir de modèles pour d'ingénieuses imitations: mais la mort le surprit à Stymphale dans l'Arcadie, Tan i55 avant Jésus-Christ '': il étoit encore à la fleur de son âge, et il ne laissa qu'une fille aui fut mariée ix un chevalier romain'.

(1) L'Eunuque: le prix fut de 8000 numi^ somme d'environ 1800 francs.

(2) J'ai préféré ici la chronique de MarianusScotus, qui place la mort deTérence sous le second consulat de Scipion Nasica et de Claudius Marcellus, c'est-à-dire à l'an de Rome Sgg, 1 55 avant J.-C. D'autres, suivant Suétone et la chronique d'Eusebe, le font mourir quatre ans plus tôt: mais cette supposition ne laisse pas assez d'espace entre le départ du poète et sa mort, pour qu'il ait pu s'occuper de la traduction d'un aussi grand nombre de pièces que le biographe semble le supposer. jMarianus, écrivain du XI° siècle, a pu voir des exemplaires de la chronique d'Eusebe, traduite par S. Jérôme, beau<:oup plus riches en remarques que ceux qui sotit parvenus jusqu'à nous.

Quelques écrivains anciens donnoient pour cause de la mort de Térence la triste nouvelle qu'il avoit reçue du niuifrage d'un bàlimeiil oii il avoit embarqué tous ses écrits.

(3j Suétone nous a transmis des traditions

contradictoires sur la fortune que Térence a laissée à sa mort: quelques uns le faisolent propriétaire d'une belle campagne non loin de Rome sur la voie Appienne; d'autres le supposoient mort dans la misère :

Nec domurn qtiidein hnbiiit conductitiam , Saltein ut essel quo leferret obituin Domini servulus.

Mais le poëte Porcius, qui nous a laissé ces vers satiriques surTérence, semble avoir été fort mal informé de ce qui le concernoit. Dans ces vers, que Suétone nous a conservés, il suppose que Scipion et Lelius, amis de Térence, étoient Scipion l'ancien et Lelius le pcre, et qu'ils étoient morts laissant leur protégé dans un extrême dénuement :

Jhus sublalis, ail suinmain irioj>iatn Ri'dactus est.

Or cette supposition renferme un anachronisme évident. Térence étoit encore fort jeune lorsque Scipion l'ancien cessa de vivre lan de Rome 583.

iiH ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

Cm. IV. Les succès de Térencc avoient excité contre lui la médisance

Personnages .1- ^^ j.^ jalousic dc plusicurs poètes: le nom d'un de ses antaijo-

lustresd.insl lus- J 1 1 O

toire littér. dis nistcs , Lucius Lavinius, est parvenu lusqu'à nous'. Ils lui re- PI. X. prochoient de se faire aider par ses illustres amis dans la composition de ses comédies; de gâter, dans ses imitations, les grands modèles qu'il se proposoit de transporter sur la scène latine, en réunissant maladroitement dans une seule pièce des beautés qu'il puisoit dans plusieurs. Le poëte ne dissimuloit pas les secours qu'il recevoit de ses amis , et même il s'en faisoit honneur. Quant aux pièces qu'il imitoit, on ne pouvoit pas l'accuser de plagiat, puisqu'il indiquoit franchement les modèles de ses imitations , et il ne se bornoit point à les suivre pas à pas d'une manière ser- ,

vile; s'il les paroit de quelques beautés étrangères, la simplicité J de ses intrigues le défend assez contre le reproche que l'on pré- " tendroit lui faire de multiplier les épisodes et les incidents.

Au reste les meilleurs esprits de l'antiquité lui ont, depuis long-temps, assigné sa véritable place''. Relativement au style, il est le premier qui ait contribué à fixer la langue latine au point où elle est restée dans son âge d'or, en la dépouillant de cet encombrement de mots et d'expressions surannées qui la déparoient, et lui donnant une élégance et une pureté qu'on pourroit presque appeler attiques. Pour l'imitation de la nature et des mœurs, il l'a saisie avec une vérité et une finesse telles, qu'il semble, sous ce rapport, pouvoir être comparé à Ménaudre; mais il n'a pu l'égaler dans la force que ce poëte inimitable avoit

(i) Le nom de ce détracteur de Térence lingua hitina,ap. Sosipati'um C/tarisium ;

nous a été conservé par Donat dans ses notes Cicéron , ad Auicum, liv. VII, ép. iiij

sur les prologues de \ Andrienne et des Quintilien, J. O., liv. X, c. i; et les au-

deiix Frères (Adelplii). teurs cités dans la vie de Térence par Sué-

(2) Varron , in Parmenone, ap. No- tone. niiim , V. poscere, et dans le V^ livre de

PERSONNAGES ILLUSTRES

su donner aux caractères de ses personnages. Ceux de Térence chap. i\-. ne sont pas tracés avec cette fermeté et ces grands traits que les ,f5"g°d3hùanciens admiroient dans le poëte otcc: ce qui a fait dire que Té- '"'"^•^ ''"^"^ ^"

1 ~ ' l ^ Romains.

rence n'est qu'un demi-Ménandre , et qu'on cherche en vain p, x. dans ses comédies ce qu'on peut appeler la force comique {uLs comica) \

Le portrait de Térence , tiré probablement des Hehdomades de Varron , avoit été copié en miniature à la tête d'un anci-en manuscrit en vélin de la bibliothèque du Vatican''. Mais, quoique ce portrait ait" été publié plusieurs fois et dans les recueils iconographiques et dans quelques éditions de Térence, je n'ai pas cru devoir le répéter ici, parceque, l'ayant examiné lorsque le manuscrit étoit dans la bibliothèque du roi, j'ai reconnu que la figure du poëte est entièrement repeinte^. Je le remplace par

(i) Ce jugement est celui de César, dont les vers ont été conservés par Suétone. Cette expression ,yb7ce comique, qui est devenue une phrase technique, et pour ainsi dire consacrée dans la poétique du théâtre, n'est cependant due qu'à une ponctuation erronée de ces vers de César; les voici, suivant la ponctuation que le sens me semble exiger :

Tu qiioquc, tu in suminis, o diinididte Menander, Poncris, et tnvrilo, i)uri .■tcrinonis ainator; Lenibui atquc uliiiain sciiptis odjuncta foret vis'. Comica ut (Vf/iiato virtus pollcrct honore Ciir/i Grœcis,iiequeinlicicdespeclusi/urtejaceres: IJiiuin hoc maceror, et doleo tibi déesse, Terenli.

César se plaint que les écrits de Térence manquent d'une certaine force, i;t que ce défaut ne lui a pas [)crnii.s d'égaler le talent des Grecs dans la comédie; virtalein coniicam: mais les philologues ne se sont pas

aperçus de l'inversion qui se trouve dans le quatrième vers, et ils ont placé avant ut une ponctuation qui doit se trouver après vis.

(2) J'ai parlé de ce recueil de Varron, d'où l'on tiroit les portraits que l'on copioit à la tète des manuscrits, dans le Discours préliminaire de l'Iconographie grecque.

Quant au manuscrit de Térence, dont il s'agit, il ne faut pas le confondre avec un autre manuscrit du même auteur, encore plus ancien , qui a appartenu au cardinal IJembo, et qui est aussi au Vatican.

(3) Voyez Imagines illustriuin ex lihlioth. lùih'ii C rsini, par I.afrérie, pi. xi.ir; et Fabri, Imagines illnslr., etc., n" rjo. La barbe épaisse que l'on remarque dans ce portrait sulFisuit seule pour en faire sonpçonncr r;nitlienlicilé. Les Romains , du temps de Scipion Africain le jeune, ne laissoient point croître leur barbe.

■230 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

Cnir. IV. une cfn^ie de Tcrencc empreinte sur un médaillon du IV* ou h!sms'<jand'i,!' ^' «iccle, du genre des contorniates, époque où le portrait de ce K.ire iitiér. des poëtc ne Douvoit pas être inconnu. Ce monument unique, que

Romains. ! . I ' T.

p, ^ Morel, Strada, Licbc, et d'autres antiquaires, ont publié, se j^„ conserve dans le cabinet Fridéricien de Saxe-Gotha : j'en ai ob-

tenu une empreinte d'après laquelle a été pris le dessin que l'on voit gravé sous le \\ 3 de la planche X, et qui est plus exact que tous ceux qu'on a publiés jusqu'à ce jour".

Le buste de Térence, en profil tourné vers la droite, est accompagné de la légende TERENTIVS , qui le fait conuoître : il est nu, suivant le costume grec; un bout du palliian est rejeté sur l'épaule gauche; la palme gravée dans le champ, en-devant de la tête, est d'argent incrusté à la manière des ouvrages de damasquinerie : ce symbole est relatif à un vainqueur dans les jeux du cirque, dont le revers présente la figure et le nom; mais ce nom a presque entièrement disparu; on n'en peut distinguer que les trois dernières lettres , lYS \ Le voyant avec un seul cheval orné d'un grand panache, on peut en conclure qu'il avoit remporté le prix dans les courses équestres du cirque , et non dans celles des chars.

Quoique nous ignorions quel étoit précisément l'usage des médailles contorniates, il n'est cependant pas douteux qu'elles ne fussent exécutées et répandues à l'occasion des jeux du cirque , et destinées pour la plupart à éterniser la mémoire des vainqueurs dans ces jeux. Nous avons remarqué ailleurs , d'après l'examen de plusieurs monuments de ce genre, que les portraits

(i) Morel, Spécimen unîversœ rei nw- (2) Les vestiges de deux autres carac-

mariœ, pi. m; Liebe, Gotha niiniaria, teres presque effacés senibleut présenter ua

p. 439. Ce monument étoit conservé au- 1 et un T; le nom se termineroit donc par

trefois dans le médaillier du comte de les syllabes ITIVS, tels que ceux de Cœrfj»

Schwartzburg. tins, Digitius, Tarquitius, etc.

PERSONNAGES ILLUSTRES. 23i

(les hommes illustres dans les lettres grecques et latines, se re- chvp. iv.

. . .1 i • j. I Personnages il-

trouvent souvent sur les contorniates'. i„stresdansrh,v

J'ai coniecturé que la tête sans barbe, sculptée sur unhermès *""^ .''"'''^- ^^'

J l 'A Romains.

à deux faces, dont j'ai fait graver les dessins sons les n° i , i, pi x. et 4 de cette même planche, pouvoit être un portrait de Té- j{<.i,2,et/ rence. J'ai été frappé de la forte ressemblance que Ton aperçoit entre le profil gravé sur le médaillon n° 3, et celui de la tête à gauche n" 4' La face n° 2 offre des traits qui semblent appartenir à un homme d'origine syrienne ou phénicienne, et tels étoient les Carthaginois, Cette analogie nous frappera davantage, si nous nous représentons ce même personnage avec un teint basané, tel qu'étoit celui de Térence, et si nous nous rappelons cette complexion foible et délicate que son biographe lui attribue, et que nous retrouvons dans rhermès\

Plusieurs hermès à deux faces, comme celui-ci, réunissent sur une seule gaine les portraits de deux hommes illustres que leurs opinions , leurs talents , ou d'autres rapports , peuvent faire placer dans la même catégorie. Ainsi nous avons vu, dans l'Iconographie grecque, les portraits d'Homère et d'Archiloque, de Thaïes et de Bias, d'Hérodote et de Thucydide, d'Epicure et de Métrodore, réunis sur un seul hermès^. La tête qui est adossée à celle que nous attribuons à Térence pourroit nous présenter un des comiques grecs imités par lui; et, comme nous connoissons assez le portrait de Ménandre pour décider que ce buste ne lui appartient pas"*, on pourroit conjecturer que celui-ci nous

(i) Voyez, tl.ins V Iconographie grec- gracili corpore , colore fus co. Suétone,

que, part. I , les planclies m , n° 3 et 4 ; et Fie de Térence.

XVII, 11° 3 et 4 ; et mes observations sur ces (3) Voyez Y Iconographie grecque, par-

planclies. tic I, pi. m, x, xxv, xxvii, et xxx.

(2) Fuisse dicitur mediocri statura , (4) Voyez la pi. vi du luème ouvrage.

Romains.

Ch»p. IV. présente ApoUodorc, soit le Carystieu, soit le Sicilien, que Té- Personn.ges 11. pç^^^ç avoit imité dans le Phormion et dans la Belle-Mere : mais

lustiesdansl liis-

ire iittcr. des \\ fg^jj^ remarquer que cette tête, fort endommagée dans le marp, X l>re original, a été presque entièrement refaite dans la restauration qu'on eu a exécutée au musée du Vatican, où riiermès est maintenant placé.

§. 2. QUINTUS IIORTENSIUS.

La Grèce, par sa politesse, sa littérature, et ses arts, s'assujétissoit, depuis un siècle, ses conquérants; Rome, du temps des Gracques, se déjiouilloit de jour en jour de cette rudesse, pour ainsi dire caractéristique, qui avoit distingué autrefois les mœurs de ses citoyens, et empruutoit aux peuples vaincus ces raffinements dans Fart de vivre que ses ancêtres avoient regardés comme les avant- coureurs ou les suites de la corruption. Le barreau se ressentoit de ces changements; les orateurs, qui montoient à la tribune, commençoient à chercher à plaire. Déjà Antonius et Crassus avoient frappé les Romains par leur éloquence; Cotta, après eux, sembloit les égaler, lorsque Quiutus Hortensius, un peu plus jeune, s'éleva au-dessus de celui-ci et de tous ses devanciers, pour ne céder la palme qu'à Cicéron. Il étoit né l'an 640 de Piome, 114 avant l'ère vulgaire, d'un père issu d'une famille plébéienne , mais illustrée depuis des siècles par la splendeur des magistratures'.

(i) La plupart des documents qui nous romains qui l'avoient précédé, et nommérestent sur Hortensius se trouvent réunis ment sur Hortensius qui les avoit tous surdans le dialogue de Cicéron, intitulé Bru- passés, et qui avoit été son rival pendant ïjw, ouvrage que ce grand écrivain semble quarante années. Ce que d'autres auteurs avoir composé pour constater définitive- anciens nous ont laissé sur le même crament sa propre supériorité sur les orateurs teur se trouve réuni dans un excellent ar-

PEPtSONNAGES ILLUSTPvES. 233

L'aisance de ses parents lui procura une éducation soignée enip.iv. et peu commune : ils étoient les protecteurs des gens de lettres. i^^^e^danfrhU Archias, poëte de Mytilene, avoit été accueilli dans leur mai- J^'^'^j^""' ^'\ son' : ses leçons inspirèrent à son élevé un goût si vif pour la pi ^r. littérature des Grecs, qu'il le disposa à prendre par la suite un goût également vif pour leurs arts.

Hortcnsius n'étoit âgé que de dix-neuf ans, lorsqu'il débuta au barreau, et son plaidoyer pour les Africains saisit d'admiration ses auditeurs et ses juges : « Son premier discours, dit Cice céron, fut comme un ouvrage de Phidias, qui enlevé, dès qu on « le voit, tous les suffrages des spectateurs*. »

La guerre Sociale appela bientôt notre orateur aux armes. Il servit son pays, la première année, comme simple soldat; l'année suivante, dans le grade distingué de tribun; et, lorsque la paix de l'Italie le rendit au barreau, ses succès appuyant les droits qu'il tenoit de sa naissance, et les belles qualités dont il étoit orné, lui firent jiarcourir rapidement la carrière des honneurs. Il fut questeur en 674, édile en 678, préteur l'une des années suivantes, et enfin consul en 6851 Jusqu'à cette époque, sa réputation, toujours croissante, avoit éclipsé celle de tous les orateurs romains. Suivant l'expression d'un ancien, il régnoit dans

ticle du dictionnaire de Bayle [Hortensias Quintus). M. Louis Gaspar Luza(^ a pid)lié, en i8io, à Leyde, in-8°, une dissertation latine, de Q. Ilortensio oratore Ciceronis œtnulo, où ce jeune jiuisconsultc a fixé, avec beaucoup d'exacliuido , la chronologie de la vie d'Hortensius, et examiné et tiéveloppé d'iuie manière fort intéressante tous les motifs du rivalité ou de mécontentement qui existèrent entre ces deux graniis orateurs et hommes d'étnt dans différentes

circonstances de leur vie politique, (i) Cicéron, Orat.pro Arcliia, §. 3.

(2) Cicéron, Brutus, §. 64.

(3) Son collègue fut Quintus Metellus : en sortant du consulat, le sort avoit destiné Ilorteiisius au commandement dans la guerre contre les habitants de la Crète; Toralenr céda ce commandement à son collègue, qui en remporta le surnom de Creiicits.

toire Romains.

iU ICONOGRAPHIE PiOMAINE. Part. I.

CHiP. iT. le barreau'. Mais celte juste ambition étant satisfaite, l'ardeur Personn.iees 11- (VHortensius pour l'art oratoire parut se ralentir; cependant il

lustresflausl'liis- . i '^

ire iittér. des nc néelififeoit pas de venir au secours de ses amis, lorsqu'ils

PI XL avoient besoin de son patronage et de son éloquence; et, ce qui

lui fit encore plus d'honneur, il ne cessa jamais de soutenir de

toutes ses forces, même contre ses amis, le parti qu'il croyoit

le plus juste dans la répuljlique.

Hortensius étoit persuadé de bonne foi que le système politique établi par Sylla étoit le seul qui pût encore sauver l'état: il y fut fidèle; jamais sa voix ne favorisa les manœuvres de ces hommes puissants qui peu-à-peu le détruisirent pour se frayer le chemin au pouvoir suprême ; et sa conduite sera toujours la critique de celle de Cicéron, qui, pour capter la faveur de Pompée, se prêta souvent aux vues de ce chef qui renversoit les lois de Sylla pour se mettre à sa place.

Pompée, en restituant aux tribuns du peuple leur ancienne autorité, incompatible avec le nouveau système aristocratique, ouvrit la porte à l'anarchie; Hortensius, ami de Pompée, s'opposa , quoique inutilement , à cette mesure , et il vengea du moins les amis de l'ordre, en faisant condamner l'ex-lribun Opimius qui avoit été le principal instrument des manœuvres de Pompée. Cicéron, qui lui étoit dévoué, traita Hortensius d'arrogant "".

Bientôt Pompée commence à briguer des commissions extraordinaires et une autorité illimitée; Hortensius s'y oppose, mais en vain ; Cicéron , au contraire , appuie de son éloquence les desseins ambitieux de ce général^.

(i) Asconius PeJianus /« «/'g', diu. in §. 60, et AsconlusPedianus, dans ses com-

Q. Ccecilium. inentaires au même endroit.

(2) Cicéron, m T^'e/ve/M, act. II, Hv. i, Ç5)Cïcéi-. ,Or.proleg.l}Iajiil.,§.\-jetig.

PERSONNAGES ILLUSTrxES. ^35

Hortensias étoit animé du même esprit, et lorsqu'il poursui- csip iv. voit Tex-tribun Cornélius, qui avoit proposé des lois contraires iu,^r^°j"^fiVi"s. à l'intérêt du sénat, et lorsque, sous le consulat de Cicéron, il '"' '' ''""• '^"

' i- ' ' Romains.

défendoit Rabirius, qu'après un laps de trente-six ans la faction p, x, populaire accusoit du meurtre du séditieux Saturuiuus. Cicéron, qui, pour cette fois, étoit d'accord avec Hortensius, avoit auparavant soutenu Cornélius contre les accusations de cet orateur et du sénat.

Hortensius, qui avoit secondé Cicéron pour réprimer la conspiration de Catilina , le secondoit aussi dans son opposition aux intrigues de Clodius; mais lorsque cehii-ci , amoureux de l'épouse de César, osa s'introduire dans sa maison, en habit de femme, à l'occasion des cérémonies religieuses et secrètes que les dames romaines y célébroient, Hortensius et Cicéron furent d'un avis différent. Le dernier vouloit que Clodius fiit jugé par une commission nommée exprès en vertu d'un sénatus-consuite, Hortensius, plus attaché aux lois, insista pour que rien ne fût innové dans la procédure. Comme les juges, corrompus par Clodius et par sa faction, l'acquittèrent, Cicéron accabla de reproches son antagoniste*.

Le caractère égaleinent ferme et circonspect d'Hortensius se développoit à mesure que les affaires de la république se détérioroient. A l'époque où trois citoyens , les plus puissants de Rome, Pompée, Crassus, et César, se lièrent ensemble, Hortensius se retira des affaires; et Cicéron, qui persistoit dans son attachement à Pompée, se permit de censurer la réserve de son émule^ Mais lorsque la faction la plus séditieuse entreprit de venger Catilina par l'accusation de Flaccus, qui avoit été jiré-

(i) Qi\w.\ox\^Ep.adAtùc.,\.\,^^.\\y (a) Voyez ia dissertation ou spécimen

c' '^^'ï- do M. L. G. Luzac, sect. i, §. xxv el xxvi.

236 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

ciup. IV. teur sous le consulat de Cicéron, et avoit contribué de tout son Personnages,!- pQ^jy^jp >^ dévollcr la cousuiration , et à l'éteindre, Hortensius

lustresdaiisl lus- 1 1 ' /

toire litiér. des j^g manqua pas à la chose pu])liffu< ". ainsi que Cicéron, il défen*

Romains. 1 t ... .

p, XI dit Flaccus, et cette victime lut soustraite au ressentiment des séditieux.

Mais déjà cette faction anarcliique avoit fixé les yeux sur une victime plus illustre. Cicéron étoit devenu importun àPomj)ée, qui l'abandonna à ses ennemis. Clodius, avec rapj)robation des triumvirs, avoit passé, par une adoption irréfifuUere, dans une famille plébéienne, pour briguer le tribunal : lorsqu'il l'eut obtenu, il proposa une loi contre les magistrats (jui avoient fait mourir des citoyens romains sans un jugement du peuple; et cette loi atteignoit Cicéron. Hortensius, qui avoit eu lieu de se plaindre de lui en plusieurs circonstances, prit néanmoins ses intérêts avec icuii de chnlciir, qu'il compromit sa dignité et même sa vie. Sa démarche à la tête des chevaliers romains fut désapprouvée et rejetée par les consuls; et lui-mêjne, exposé au ressentiment d'une populace agitée, fut maltraité dans sa personnel Ne voyant plus d'autre ressource, il tâcha, de concert avec Caton et quelques uns des meilleurs citoyens, de dissuader leur ami de tout projet de résistance, et de l'engager à se soustraire à la persécution par un exil volontaire.

Cicéron intimidé, suivit leur conseil; mais il ne se vit pasplutôt éloigné de sf^ patrie, que le chagrin de sa chute et l'amourpropre qui le domiuoit firent naître dans son esprit les soupçons les plus injustes contre les auteurs d'un conseil si salutaire, et il ne rougit pas d'inculper Hortensius d'une basse et perfide jalousie. Celui-ci s'empressa cependant, lorsque Pompée le permit,

(i) Cicéron , Orat. pm Alilonc, ^. ij\ ; liv. XXXVIII , §. i6 et 17.

Orat. pro liomo, ail pontif., §. 21 j Dion,

toire liltér. des Romains.

PERSONNAGES ILLUSTPŒS. iZ-j

de rendre service à son émule , et de travailler à le faire rentrer chm>. iv. dans sa patrie. Mais la reconnoissance de Cicéron fit bientôt i^^,"',"^,^/;. place à de nouveaux soupçons, lorsqu'il vit quHortensius nap puvoit pas, avec toute la chaleur qu'il desiroit, les poursuites ^^^ qu'il faisoit pour obtenir des dédommagements. Inconstant dans son opinion sur Hortcnsius, il en cliani;eoit suivant que les démarches de celui-ci le contrarioient ou le flattoient. Il lui rendit de nouveau justice quand il le vit prendre la défense de Sextius, attaqué par les ennemis de l'ordre, pour avoir contribué à son rappel : il sembla même pénétré de la plus vive reconnoissance, lorsque cet orateur le fit agréo-er au collège révéré des augures. Sa jalousie alloit néanmoins encore renaître pendant sou gouvernement de la Cilicie, lorsque la mort d'Hortensius, arrivée l'an 704 de Rome ( 5o ans avant l'ère chrétienne ) , y mit fin pour toujours, et lit succéder aux pensées et au lani:jage de la méfiance les regrets et les éloges les moins équivoques'.

Nous avons jeté un coup-d'œil rapide sur la vie politique d'Hortensius, il nous reste à le considérer sous le rapport des connoissances et des talents littéraires, et dans sa vie privée. Hortcnsius fut le plus séduisant de tous les orateurs romains; sou style large, mais sentencieux, acquéroit un tel charme par son débit, qu'il subjuguoit, pour ainsi dire, ses auditeurs; la fidélité étonnante de sa mémoire, qui le mettoit en état de répéter dans les mêmes termes les objections et les raisonnements de sa partie adverse, et de ne jamais hésiter en récitant les tirades les* plus longues et les plus étudiées de ses harangues, ajoutoit à sa supériorité sur tous ses rivaux": son geste, son maintien, et

(i) M. Luzac a suivi et examiné toutes peut servir tl'apolojjic au caracierc de ce

ces variations dans les sentiments de Cicé- dernier,

ron envers lloileiisius dune manière (^ui (2) Cicéron, Brulus , §. 88; Séneque,

238 ICONOGRAPTTTE ROMAINE. Part. I.

Ci.AP. IV. jusqu'à son lial)i]lcment, étoient réglés avec tant de goût, que Personnages il- j^^. j^^^ célebrcs actcurs de la scène romaine assisloient à ses

lustresdansl liis- '

toire litiér. des plaidovcrs pour y étudier les grâces qu'il déployoit à la tribune'.

Romains. '- J l ^ ...,,

p, ^,j Une partie du charme de ses discours disparoissoit a la lecture; et nous pourrions soupçonner Cicéron de quelque injustice à l'égard de son émule, si Quintilien, qui a vécu un siècle après eux, n'eût avoué ingénuement que les oraisons écrites d'Hortensius ne répondoient pas à la haute réputation qu'il s'étoit acquise parmi ses contemporains".

Quant à sa vie privée, elle étoit d'accord avec la philosophie d'Aristippe, dont il sembloit avoir adopté les maximes voluptueuses^. La société des hommes de lettres les plus distingués'*, le goût pour l'acquisition des monuments des arts^, les plaisirs

Controucrs. , 1. I, prcpf., p. j3, t. III de rédition de Gronovitis.

(i) Valere Maxime cite yEsopus et Roschis, les plus fameux de leur temps, 1. VII, c. X, n" 2.

(a) Quintilien, Inst. Orat., 1. XI, §. 3; Cicéron, Orator, §. 38.

(3) Je crois pouvoir déduire cette conséquence de quelques expressions de Cicéron : In omnium rerum abundantia , dit-il d'Hortensius {Briitus,§.^'i) , volait bea- Tivs, ut ipse putabat, remissius certe. vivere. Il plaçoit donc, comme les philosophes cyrénéens, le bonheur dans la volupté. 11 se moquoit, comme eux , des pliilosophes ' dogmatiques et de presque toutes les autres sectes; voyez Cicéron, dejinibus, 1. 1, §. i, qui, dans ses questions académiques, 1. IV, §. y, fait voir qu'Hortensius professoit celte acutalcpsie {nihil percipi passe ) , « Tim- « possibilité de rien comprendre dans la « nature des choses «; opinion qui appartenoit à la même secte ( Diogene de Lac» te ,

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