‹ Iconographie romaine (volume 4)Chapitre 39 sur 94 · PATRONO · texte numérisé non relu

PATRONO

(4) Tout ce qui a rapport à ce sacerdoce et à ce type a été fort bien éclairci par l'abbé San Clémente {loc. cit., p. laS et siiiv. ).

PERSONNAGES ILLUSTPtES.

empreinte sur la médaille semble représenter Cicéron clans un cmr. iv. âee moins avancé que celui du buste: et il est vraisemblable ^'^^'""■"S'^s '>-

01 ' lustresdansl his-

que les Magnésiens du Sipyle Vont copiée d'après un portrait de ^°'"'^ ''"^"^ ^es Cicéron , qu'ils possédoient dans leur ville , et qu'on avoit exé- pj ^jj cuté sous le gouvernement de son frère , lorsque l'orateur n'étoit âgé que d'environ quarante-sept ans. Au reste, les portraits romains que l'on reconnoit sur les médailles grecques ne sont jamais tracés avec cette précision dans les détails que nous retrouvons souvent sur les médailles des rois, ou dans les têtes des empereurs, gravées sur la monnoie romaine. Cependant, si l'on compare le profil de Clcéiuu avec les profils du buste, rien n'empêche de croire que les deux portraits représentent la même personne à un âge différent'.

J'ajouterai seulement que les symboles des divinités étoient, dans les mains de leurs prêtres, un des attributs les plus solennels et les plus anciens des dignités sacerdotales. Ainsi Clirysès, prêtre d'Apollon, se présente à Agamemnon dans VIliade, a por- <c tant dans ses mains le sceptre et la cou- « ronne de cette divinité » ( I.I, v. i4 ) : et, même dans la religion judaiijue, les mains, remplies ou d'offrandes ou des instruments sacrés , étoient l'emblème caractéristique de la prêtrise du vrai Dieu; et j-ernph'r les mains, 3^1 p"t?^T2î signifie, dans les livres saints, initier au sacerdoce.

(i) M. Cousinéry, habile niédailliste dont j'ai eu d'autres occasions de faire mention dans le cours de cet ouvrage , a avancé une opinion tout-à-faii singulière sur cette médaille, et il l'a soutenue par des oisen'ations imprimées dans le Magasin Encyclopédiquo, an 1808, tom. I, p. 1 à 48. Il pense que, malgré la légende, qui offre le nom de Cicéron , la tête est celle do Jules

César; que les Magnésiens du Sipyle ont frappé la médaille en son honneur, et que le nom de Cicéron s'y trouve parceque l'orateur éloit leur protecteur, ;3afro«Hj, et qu'il a voidu faire avec eux sa cour au dictateur. 11 y a plusieurs considérations qui m'empêclient d'adopter cette conjecture.

1° Il existe quelques exemples, d'ailleurs fort rares, de monnoies sur lesquelles la légende placée auprès d'une tète, indique, non le sujet du portrait, mais le personnage qui a fait frapper la monnoie, ou (jui exerçoit quelque autorité dans la ville où on l'a frappée: ce sont des exceptions. La règle ordinaire, suivie dans la numismatique et fondée sur une infinité d'exemples et de preuves, est que la légetule gravée autour d'im portrait désigne le persotnuige (ju'il représente. On ne s'en écarte pas sans de fortes raisons; et ces raisons n'existent pas dans le cas actuel , oii nous avons jni , avec une extrême probabilité, assigner une épo- (jue à ce monument île la reconnoissance

OiAr. IV. Le troisième j)Oilrail, que j'ai iail i^ravcr sous les n" 5 et G,

p<rsonn.,g,s il- g^j molns nutliciuiquc que les précédents, sans que cependant

iistrcsclansriiis- '■ ^

toire littcr. des Qu puissc mcttrc en doute qu'on ait voulu représenter Cicéron*. C'est une image en bouclier (imago clypeata), comme disoient les anciens; genre de portraits usités pour les hommes illustres, et dont j'ai donné différents exemples dans l'Iconograpliie grec-

Romains.

PI. XII

N» 3 et C.

lies Mairnésiens envers la mémoire do Cicéron. 2° S'il y a des médailles où l'on voit la tôto d'un enipcrcur avec une lé^'onde qui présente le nom d'un autre personnage , ces médailles appartiennent à nne époijue où l'usage de frapper la monnoie à l'effigie du prince avolt prévalu généralement, où tout le monde reeonnoissoit ce portrait, Lien ou mal gravé, enfin oii personne ne jiouvoit tomber dans l'erreur. Au contraire, sous Jules César, c etoit pour la première fois que l'on gravoit sur la monnoie le portrait du chef vivant de la puissance romaine ; et si les villes de l'Asie, pour flatter César, vouloient imiter en cela l'exemple de Rome, elles étoient dans la nécessité de désigner par la légende le nom du dictateur, pourquecetactede leur dévouement, acte qui navoit pas encore d'e.\emple, ne demeurât pas équivoque. 3° Le personnage dont le nom est gravé du côté de la tête de l'empereur est ordinairement celui qui a fait frapper la monnoie ou qui exerçoit dans la ville une grande autorité : cette circonstance ne convient pas à. Cicéron. L'orateur n'avoit alors aucune autorité ni sur Magnésie du Sipyle, ni sur aucune autre ville de l'Asie: il n'en étoit pas le protecteur; car, en parlant de cette ville à ses amis, il ne le dit pas, et ce silence ne seroit pas dans son caractère , ni dans les habitudes de son style; et, en supposant même qu'il l'eût été, il n'est pas vraisemblable que les Magné-

siens aient eu la maladresse de croire qu'ils feroient leur cour à César en réunissant son portrait sans nom au nom de Cicéron ; de Cicéion, [)our qui le dictateur a voit sans doute des ég.irds; mais qu'il ne comptoit pas au nombre de ses partisans. Il n'est pas plus probable que Cicéron ait voulu se recomuiander à César par un moyen si obscur et si recherché, en s'associant, dans cet acte, à un maj^istiat i;'noré d'une ville delà Lydie. 4° Enfin, quoique sur les monnoies des villes grecques, frappées sous la domination romaine, les portraits des princes soient bien souvent peu reconnoissables, il faudroit toute l'évidence d'une légende qui présentât le nom de Jules César, pour que nous pussions croire que ce portrait lui appartient. Deux personnages contemporains et de la même nation , du même âge et d'une habitude de corps à peu près pareille , peuvent offrir quelque ressemblance dans une empreinte qui représente leur profil en petites dimensions, et qui est tant soit peu usée. Toutefois un curieux qui examine cette tète sans piévention ne peut s'empêcher d'y reconnoîtreun portrait différent de celui de Jules César.

(1) Il existoit à Velletri, dans le cabinet de feu le cardinal Borgia, savant et protecteur distingué des savants. Ce monument, de marbre de Limi, a les mêmes dimensions que le dessin.

toire littcr. des Romains.

PERSONNAGES ILLUSTRES. 263

que'. Le portrait qu'on y voit est celui d'un Romain; et le hou- ch^p iv. ton ou verrue qu'on y remarque au-dessous de la tempe gauche ,f,"'°a3'ht semhle attester qu'on a voulu représenter Cicéron. Suivant une opinion généralement répandue parmi le vulgaire ignorant, un pi.xu signe de ce genre, ressemhlant à un pois chiche, cicer, avoit fait donner à Marcus Tullius le surnom de Cîcero, comme si ce surnom n'eût pas appartenu à ses ancêtres''. Plutarque rapporte cette tradition; mais il sujjpose que le surnom n'étoit dû qu'à une certaine conformation du nez^. Cependant d'autres têtes antiques romaines ont ce houton à la même place, et semblent avoir été faites pour représenter Cicéron, comme celle que nous avons sous les yeux.

L'artiste auquel on doit ce médaillon me paroît l'avoir exécuté de souvenir, d'après de véritables portraits de l'orateur romain; et, pour empêcher qu'on ne s'y méprit, il a cru le faire reconnoitre en y ajoutant la marque distinctive qui, selon lui, le caractérisoit : car, à le bien examiner, on voit que le haut du

(i) Planches iv, vi, et xxx.

(2) Non seulement le père, mais l'aïeul de Cicéron, sont nommés par lui Cicéron.

(3) Le premier de leur famille qui eut ce surnom , dit Plutarque , avoit sur la pointe du nez une espèce de rainure peu profond-e, ùfiSxtlx), ^laiox-zit , pareille à celle qu'on voit sur les pois cliiches ( Fie de Cicéron, §. 1 ). La plupart des traducteurs n'ont point entendu ce passage, qui avoit cependant été bien rendu daus la version latine, ca?crtm incisuaini. Au reste , il semble que les anciens eux-mêmes avoient eu l'idée qu'ime espèce de verrue, non sur le nez, mais sur le roté gauche de la ligiuede Cicéron, avoit été la cause de ce surnom. 11 est certain qu'on trouve la même marque,

non seulement sur la tête antique d'une statue placée dans le palais du magistrat des Conseryatori , au Capitule ; mais encore sur une autre tête qui étoit à Venise. Voyez Fabricius, Bibl. lat., édit. d'Erncsti, t. 1, p. i4o; Aniaduzzi, Moniini. j\[allli(vio~ runi, t. II , p. tg sqq., où cependant il confond la statue du palais des Conserv'atori avec un buste attribué à Cicéron , (pTon voit dans le musée du Capilole. Jai fait graver ici la face et le prolil de ce huste sous les n" - et 8 , pour que 1 ou puisse apercevoir le peu de rapport quil y a entre ce portrait et celui de Cicéron. Je reviendrai sur l'examen de cette tète à l'occasion du portrait attribué à Mécène ci-dessous, §■!•

264 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

c.iAr. IV. visage a les mêmes formes que nous retrouvons dans le buste Pcrsoniuges il- j^j j^<> ^ mais fiue la bouche a d'autres contours; que les joues

lustresrlaiisl'liis- ' i ' 1 J

toirc littcr. des sout dIus majgrcs, et que l'air de la figure est triste et sévère; pbysionomie tout-à-fail différente de celle de ce grand homme.

Romains PI. XI

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