‹ Iconographie romaine (volume 4)Chapitre 40 sur 94 · SALLUSTE · texte numérisé non relu

SALLUSTE

L'émule de Thucydide' et le rival de Démost^iene étoiciit contemporains. Salluste ( ou Caius Sallustius Crispas ) éloit né Tan 86 avant Jésus-Christ, à Amiternuni, colonie romaine du pays des Sabins\ Issu d'une famille considérable, la carrière des honneurs lui étoit ouverte par sa naissance.

Nous ignorons à quelle époque il fut élu questeur pour la première fois , et prit le rang de sénateur : on sait seulement que l'an 702 de la fondation de Rome ( Sa avant l'ère chrétienne) il exerçoit les fonctions importantes de tribun du jieuple. Mais, deux ans après, les censeurs l'exclurent du sénat, en le notant d'infamie, à cause du dérèglement de ses mœurs. Ses galanteries avec la fille de Sylla, épouse de Milon, avoient fait un éclat scandaleux, et lui avoient coûté assez cher pour le dégoûter des matrones romaines'.

(i) Velleïus, 1. II, c. xxxvi, yEmuliun- (]uc Thucydidis Sallustiiun. Voyez aussi Quintilieii , /. O. , 1. X , c. i.

(2) L'an de Rome 668. Eusebe, Chronicon Oljuip. CLXXIII, an 3; Vossius, de Historicis latinis, 1. I, c. xv; Fabricius, Bihl. lat. , édit. d'Ernesti, 1. I , c. ix; et dans ses notes sur Dion, liv. XL, $. 63; liv. XLII, §. 5ii, et liv. XLIII, §. 9, ont cité presque toutes les autorités qui concernent cet historien. Le président Debros-

ses a inséré une vie de Salluste très diffuse dans le II I"^ volume de son Histoire de la République romaine, etc. , par Salluste, p. 307 et suiv. La ville à^j4initei-num répond aujourd'hui à la terre de San Vittojino , dans l'Abruzze, non loin de la ville de YAquila. Voyez la dissertation de feu l'abbé Giovenazzo sur Aveja de' P^estini, pag. 129.

(3) Milon, ayant surpris sa femme avec son amant, le fit battre sévèrement, et ne

Personnages illustres dans l'Listlér. des

PERSONNAGES ILLUSTRES. 265

Mais ses disgrâces n'arrêtèrent ni ses dissipations ni ses dé- chap.iv. hanches : d'ailleurs cette humiliation ne fut pas de longue durée. L'année suivante, César qui veuoit de renverser Poniiiée, et qui toiTe liné

^ Romains.

sans doute apprécioit les talents de Salluste, qui même avoit peut- p, ^^ être de l'amitié pour lui, en le nommant à une seconde questure, le rendit à son ancienne dignité'. L'an 708 il le fit préteur. Salluste, dans cette magistrature, courut risque de la vie, en s'efforçant de calmer dans la Campanie l'émeute d'une soldatesque emportée, qui sentoit tout ce que son chef lui devoit, et qui l'exigeoit hautement, sans re^le et sans mesure : il fut contraint de se soustraire au danger par la fuite ^. Plus heureux l'année suivante , il eut un commandement dans la guerre d'Afrique , et il fut chargé par César d'une expédition dont le but étoit de surprendre, dans la petite lie de Cercina, les magasins immenses des Pompéiens. Sa conduite et son succès l'avancèrent si fort dans les bonnes grâces du dictateur, qu'après la défaite de Scipion et de Juba il le nomma proconsul de la Numidie\

Salluste put satisfaire, dans la province conquise, trois pas-

le laissa sortir qu'après qu'il eut payé une forte somme (Aulugelle, 1. XVII, c. xviii). Je ne crois pas toutefois qu'Horace ( 1. 1 , sut. II , V. 4i) 5 pai" la phrase,

Ille Jlagellis , Ad inortein cccsus,

ait voulu désigner Salluste, quoique ce soit l'opinion des anciens scholiastes. Le poète le désigne par son nom dans les vers suivants, oii il le cite comme un honmie qui se pcriloit auprès de ces femmes avec lesquelles les lois romaines permetloient tonte licence ( ibid. , v. 46 ) :

Tiitior (H qiiatilo mcrx est in classe secunda!

Libcrtinaruin clico, Sal/ustius in quas

Non minus insanil qiiam qui mœcluUur, etc.

Il est au reste probable que son opposition à Milon et à Cicéron, dans le jugement du premier, étoit une conséquence de cette aventure scandaleuse. Toutefois, comme l'a remarqué Asconius dans ses commentaires siu" la Milonicnne, Salluste ne fut pas un des plus acharnés persécuteurs de Cicéron.

(i) Pighius , ^«7z«/t'.ï, t. III, p. 4-^3, où cependant il tombe dans un anacluotiisme par une conjectiu-e qui placeroit Salluste dans les affaires publiques dès le temps de Sylla.

(a) Appien, Civil., 1. II, c. xcii.

(3) Hirtius, de Bello Africano^ ^. 8, 34, et 97.

'266 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

CHiP. IV. sions dont il ctoit également esclave, Tamonr des richesses, Personnag.sii- ç.ç[^^[ jg j.^ (lépensc , ct cclui du plaisir. On dit que les plaintes

lustresilaiisl lus- l ' ^ ^ '^

toire littéi. <ics Jcs Africaius parvinrent à l'oreille du dictateur; mais qu'il aima

Romains.

pj ^j mieux partager leurs dépouilles avec le proconsul, que de venger les opprimés'. Ce qu'il y a de certain, c'est que Salluste , jouissant paisiblement à Rome de ses dignités et de son opulence, n'eut par la suite d'autres occupations que de se livrer à son goût pour les lettres et pour les arts', qui étoient devenus nn des principaux objets de son luxe. Ses jardins, plantés aux portes de Rome, sur le revers du Quirinal, s'étendoient jusqu'à la colline opposée , qiii prenoit le nom de la mojitagjic des jardins [collis hortuloriini), et ils couvroient une grande partie de la vallée qui sépare les deux collines^. Ce lieu de délices étoit orné et disposé avec tant de goût, qu'après la mort de Salluste il fut trouvé assez beau pour servir de séjour aux empereurs. Il nous reste encore quelques monuments de l'ancienne magnificence de ce lieu'*. 11 nous en reste aussi, et de bien plus précieux,

(i) Voyez la déclamation contre Salluste, attribuée à Cicéron. Cet écrit, quoique apocryphe, est véritablement ancien, et peut attester l'opinion des contemporains sur ces événements.

(2) Suivant une tradition rapportée par S' Jérôme {Adv. Jovinian., liv. I, t. IV, part. II, p. 190, operum de l'édit. de dom Martenay), Salluste se maria, vers cette époque, avec Terentia, que Cicéron avoit répudiée. Les auteurs plus anciens se taisent là-dessus, quoiqu'ils parlent d'autres mariages de ïerentia, qui avoit alors cinquante ans, et de l'extrême vieillesse à laquelle elle parvint. Il n'est pas invraisemblable que quelque équivoque de nom aura induit en erreur S' Jérôme, ou les gram-

mairiens dans lesquels il avoit puisé. Salluste, qui probablement ne s'eioit jamais marié, adopta avant sa mort un neveu fils de sa sœur, personnage d'un grand mérite, qui fut l'ami d'Auguste et de Tibère, et dont Horace, Séneque, Tacite, et Pline, ont fait mention. Voy. Tacite, Ann.^lW, 3o.

(3) Nardini, JRoina vêtus, 1. IV, c. vu, dans le IV* volume du Thcauriis , A. R. de Grœvius.

(4) Le groupe de Silène et du jeune Bacchus, dit le Faune à t enfant , ainsi que le grand vase en forme de cratère, dit le vase Borghese , l'un et l'autre dans le Musée Royal, furent déterrés autrefois dans les jardins de Salluste , dont l'emplacement portoit encore, au commencement du XVI*

PERSONNAGES ILLUSTPtES. 267

de l'emploi que Salluste y faisoit de ses loisirs ; ce sont deux chap. rv. morceaux d'histoire qu'on peut mettre au rang de ce qu'il y a de ,u,^"p°'dai.t7h!splus parfait dans ce genre; la Conjui^ation de Catilina^ et la J^°j|^^.'^"^'' "^^ Guerre de Jiigiirtha\ Le temps nous a dérobé d'autres produc- pj ^i. tions non moins importantes de son génie, entre autres une histoire , divisée en six livres , qui commençoit à la mort de Sylla , et embrassoit une période de douze anuées% Il nous en est parvenu quelques fragments qui nous mettent en état d'apprécier l'étendue de la perte que nous avons faite. Dans une histoire aussi variée, quel champ pour les talents d'un auteur dont la véracité et l'exactitude dans les recherches éijaloient la sao-acité et la pénétration nécessaires pour démêler les faits et remonter à leurs causes \' d'un auteur qui savoit allier à la noblesse de la diction et à la profondeur des pensées cette incomparable rapidité de style que Quintilicn ne peut se lasser d'admirer'". Salluste ne vécut que cinquante-deux ans ; il mourut quatre ans avant la bataille d'Actium*.

La fortune de cet homme célèbre et son amour pour les arts n° 3 et 4. ne nous permettroient pas de douter que les artistes contemporains n'eussent transmis son portrait à la postérité, quand même aucun fait ne viendroit à l'appui de cette opinion. Mais les médaillons contorniates , sur lesquels nous avons trouvé plusieurs

siècle, le nom de Salustrico. Le président Hicen't, ut [>erhibeiU dortorum corda virorum,

Debrosses a confondu André Fulvius, qui Ciispus Rowana primas in historia.

nous A conservé celte tradition dans son (2) Auson., P rotrepticon , vcl Eid. IV,

ouvrage intitulé ylntiijultaics urbis, avec v. (ia , 63.

Fulvius Ursinus , autre savant italien du (3) V. Vossius, iYp //«f. lnt.,\, xv, p. 7 5.

même siècle. (4) /• O. , 1. X , c. i : Iinmortalein illani

(i) Maillai préféroit les histoires de Sal- Sallustii vclocitatcin.

luste à celles de Tile-Live (1, XIV, épigr. (5) Euscbe, t'/i/07i.,0()7"/>.CLXXXVI,

CLXxxix) : an a.

2G8 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

ci..vr. IV. portraits criiommes illustres, nous ont conserve aussi celui de Personnages il- f,^ oTaud liistoricu : \c n'assurcral pas qu'il soit parfaitement res-

Juslresdansl lus- o •' x i x

toiic liitéi. (les semblant; car on sait que ces médaillons ont été frappés dans

Humains. ^ . i r i i ...

„, ,, nii temps oii les arts étoient en décadence. J en ai lait irraver

PI. XI. 1 o

deux sur la planche XI, n" 3 et 4 ; ils ajipartiennent l'un et l'autre au cabinet de la blbliollieque du roi. Le premier (n°3) représente le buste en profil de Salluste dans la fleur de l'âge; on remarque un peu de barbe sur la partie inférieure de ses joues, conformément à la mode usitée parmi les personnages qui se piquoient d'élégance au siècle de Cicéron'. La légende, SALYS- TIVS AYTOR^, Salluste , auteur , fait connoitre le sujet. On a vraisemblablement ajouté au nom le titre di' auteur, pour mieux désigner l'historien , et en même temps pour faire allusion aux épithetes de Jloreutissimus auctor'% «auteur d'une renommée « florissante >? , et de certissimus auctor'', « auteur très véridique », que des écrivains connus lui avoient données. Le type du revers a rapport aux spectacles, à l'occasion desquels on frappoit et on distribuoit les conlorniates : il représente trois musiciens debout, dont l'un, celui qui est au milieu, tient dans la main un instrument, soit un petit orgue, soit plutôt une syrinx composée de chalumeaux inégaux^ La légende, PETRONI PLACEAS , o Petronius, puisses-tu plaire! contient un souhait, ou, si l'on veut, une acclamation adressée à cet artiste par ses amis et ses partisans.

(i) CÀcéion, ad j4lticum,\.l, ép. xiv : incrustée en argent, suivant l'usage observé

Co/icursabant barbatiiUjuvenet, totus ille clans ce genre de médaillons. i^rex Catilinœ. (3) Tacite, Annal. , 1. III, §■ 3o.

(a) Le nom de Salluste est écrit ici avec (4) Vibius Sequester, de Fluminibus.

une seule /, contre la véritable orthographe (5) Ecthel , D.JY., t. VIII ; Havercamp,

fixée parles inscriptions d'un meilleur sie- de Niimo Alexandrie etc., p. 249. clc. La palme gravée en avant de la tête est

Le médaillon n" 4 présente le même portrait sans barbe, sui- CHiP. iv. vant le costume des Romains d'un sleg plus mûr. La légende P"'onnag«ii-

01 o lustresdansl'his-

est la même. Le revers n'en a aucune; mais le type représente toire littér. des

n > -t • Romains.

le Soleil vu en face, couronné de rayons, et porte sur son qua- . drige; au-dessous on voit un crocodile'. Je crois que, pour les monuments de cette dernière période du paganisme , à laquelle appartiennent les contorniates, il est à propos de chercher les explications de plusieurs symboles et de plusieurs accessoires dans les allégories égyptiennes. Le crocodile étoit, dans les hiéroglyphes, le symbole du temps', probablement à cause de sa voracité^ ; or cet emblème est très convenable au type que nous examinons , puisque c'est au soleil et à ses mouvements apparents que nous devons les jours, les années, et la mesure du temps ^.

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