VIRGILE
Dej)uis le siècle presque mythologique d'Hésiode et d'Homère , aucun autre n'a vu l'art d'écrire aussi florissant c|ue celui
(i) Le monogramme, composé des lettres P etE, qu'on voit incrusté en argent en avant de la tète, est une marque qu'on retrouve sur plusieurs contorniates, et dont on n'a pas encore une explication probable (Eckhel, loco citato, p. 279). L'autre incrustation présente l'aigle des Gonzague, et prouve que le médaillon a fait autrefois partie de la collection de Manloue. On le trouve publié, mais avec peu d'exactitude, dans le Tliesaurus Morcllianus J'uniiliaruin, Sallvstia , tab. 2. L'un et l'autre ont été répétés dans la planclie que i\I. Dcbrosses a jointe à sa f'ie de Salluslc ; mais le grand portrait qui la précède n'est que le
buste inconnu d'un philosophe grec à longue barbe , qu'on voyoit autrefois à Rome , dans le palais de la Farnesina.
(2) Clément d'Alexandrie , Stromat. , I. V, c. vu, p. 670.
(3) HorapoUo, IlieroglYph., 1. II, So.
M. Zoëga a reconnu le crocodile dans la main de Saturne, divinité allégorique du temps, sur le type d'une médaille d'.\ntonin Pie, frappée .à k\e\Am\v\e{Numi^Egj-ptii, tab. X, ylntonius Pins n" (h ).
(4) y.^otii iiixiau TTUfiS^^cf. Je lis et je corrige dans les Oracles Cbaldaïqucs, recueillis par Stanley.
i-jo ICONOGRAPHIE ROMAINE. Faut. I.
CiiAP. IV. dont nous passons en revue les grands écrivains. D'un côté, Personnages il- J'élofi ucucc , Li pliilosopluc , riustoirc, le style épistolaire: de
lustrcsclaiisi lus- l'I 1' ' J l '
toire littér. des j'autrc , répopcc, l'ode, la poésie didactique, la pastorale, l'élé-
Bomains.
PI XIII %^'^-> ^^ satire, atteignirent toutes ensemble le plus haut degré de perfection.
Il n'en avoit pas été de même dans la Grèce : les monuments du génie d'Homerc étoient dt^a d'une haute antiquité, lorsque les poètes lyriques, et. un peu plus tard, les poètes tragiques, commencèrent à fleurir; les écrivains philosophes ne parurent qu'ensuite , et l'éloquence alors sortoit à peine du berceau : la comédie nouvelle se perfectionna dans la génération suivante; et, plus tard encore, l'école d'Alexandrie porta dans le style poétique, et plus particulièrement dans l'idylle et dans l'élégie, l'élégance et la grâce , qui supposent une littérature depuis long- , temps cultivée.
A Rome , qui avoit puisé principalement dans les auteurs de cette dernière école le goût de la littérature grecque , à Rome , Lucrèce, Cicéron, Salluste, Catulle, étoient encore vivants; et Virgile, Horace, Tibulle, Varius, Ovide, Tite-Live, et ProjDcrce, faisoient déjà les premiers pas dans le chemin qui devoit les conduire à l'immortalité.
Virgile, le plus admirable de tous, puisque c'est la poésie épique qui excite le plus vivement l'admiration', naquit l'an 684 de la fondation de Piome (70 avant l'ère chrétienne), dans le village d'Andes , près de Mantoue , de parents honnêtes , mais d'une fortune médiocre , cjui , sur les bords verdoyants du Mincius , cultivoient de leurs mains leur petit héritage. Quoiqu'ils eussent plusieurs enfants, ils ne négligèrent point l'éducation de Virgile,
(1) Plures hodie reperies qui Ciceronis l'auteur du dialogue de Oratoribus, attri-
gloriam qiiam qui Virs,ilii detrectent, dit bue à Tacite, §. 12.^
CiiiP. TV.
Pcrsonnoges il-
PERSONNAGES ILLUSTRES. 271
qu'ils envoyèrent, fort jeune encore, aux écoles de Crémone et
de Milan'. lustresdanslb;.-
La fortune, qui semble avoir voulu donner dans Virgile Texem- ^"'""^ ''"^'- "^^ pie d'une vie aussi heureuse que celle d'un homme peut l'être, pi. xui. lui fit éprouver, dans sa jeunesse, quelques alarmes et quelques revers, pour lui faire mieux sentir le prix de la tranquillité et des succès dont il jouit par la suite jusqu'au tombeau.
L'an de Rome 71 3, on exécutoit par la violence la promesse que les triumvirs avoient faite à leurs armées de leur distribuer en récompense les territoires de plusieurs villes de l'Italie. Celle de Mantoue fut du nombre; et le patrimoine de Virgile étoit assigné à un soldat. Heureusement Pollion, chargé de l'administration de la Gaule Cisalpine, aimoit les lettres; les talents naissants du jeune Mantouan^ ne lui avoient jjoint échappé, et il s'intéressa pour Virgile auprès d'Octave, qui lui conserva ses propriétés paternelles. Mais la licence du soldat ne lui permit
(i) Les vies de Virgile, écrites dans la décadence de la langue latine, et dont une est attribuée à Donat, m'ont fourni des matériaux pour cet article. De fréquentes interpolations de copistes ignorants, ayant par- tout altéré les traditions qui étoient consignées dans ces écrits, je ne les ai employés qu'après l'examen qu'en ont fait des critiques illustres, et entre autres le célèbre Heyne. La vie de Virgile, disposée par ordre de consulats, que le même savant a placée à la tête des éditions excellentes qu'il a données du poëte, m'a étéaussi d'une grande utilité. Les faits dont je ne doime pas les preuves s'y trouvent discutés.
(2) Crescentorn poëtarn : c'est ainsi que Virgile se désigne lui-même dans la vu'' églogue (v. 25), une des trois premières
qu'il ait composées, et peut-être la plus ancienne de toutes. Faute de n'avoir pas reconnu Virgile dans le Thyrsis de cette églogue,les interprètes n'ont pu expliquer pourquoi ce berger succomboit dans la dispute : la modestie du poëte, qui se cachoit sous ce personnage, ne lui a pas permis de s'adjuger le prix du chant. Tout lecteui- attentif se persuadera sans peine que ce morceau , un des moins parfaits des Bucoliques, est aussi un des premiers ouvrages certains du poète, et qu'on a eu tort de le consitlérer comme une de ses dernières églogues, ce qui en transporte la composition vers l'an 'ig avant l'erc chrétienne. Virgile, à trentedeux ans, ne pouvoit plus être le crescens pocta de l'églogue.
CHAr. IV. P'is cle jouir en paix tics bienfaits du triumvir; et ayant même /''"""'"'""''■ <^ouru des danirers pour sa vie, il se retira avec son père et
Justrcsflaiisl hi.s- îD l ' i-
toire iitt<îi. des toute sa famillc dans Tltalie méridionale, près de Tarente, doù
Eoraains.
PI xm ^^ alloil de temps en temps à Rome visiter ses protecteurs, et où il semble avoir mis la dernière main à ses Bucollrpies'.
Mécène, Gallus, et quelques autres amis d'Octave et des lettres , conçurent de grandes espérances d'un jeune poëte dont les talents croissoient de jour en jour : il devint leur favori, et ils prirent soin de sa fortune tant par leurs propres libéralités que par celles qu'ils obtinrent pour lui de leur prince. Les beautés sans nombre dont Virgile reliaussoit la poésie pastorale a voient déjà flatté le goût des Romains et mérité leurs suffrages; mais sa quatrième églogue, composé l'an 40 avant l'ère cbrétienne, à l'occasion de la grossesse de la nouvelle épouse d'Octave % s'élevoit si fort au-dessus de toutes les poésies de ce
(i) Ni les savants qui se sont occupés de la vie de Virgile, ni les commentateurs de Properce , ne semblent avoir fait assez d'attention à cette circonstance très remarquable. En effet, Properce assure d'une maniera très claire que les Bucoliques ont été composées près de Tarente :
Tu cariis uinbrosi suhter pinela Galesi Tliyrsin et attritis Daphniii arundinibus , etc. Liv. II, eléy. xxxiv,ou, auivumd'aulies, XX v, v. 67.
Virgile lui-même parle, dans le IV* livre de ses Géor^ifjues , de son séjour dans les environs de cette ville d'origine lacédémonienne ( v. i25 et sulv. ):
Namque sub Oehaliœ memini me turribus arcis, Qua niger humectât flaventia culta Galesus,jitc.
La petite campagne de Syron, que Virgile avoit choisie pour sa retraite et pour celle
de sa famille, et dont il parle dans une épigramme très naïve, insérée dans ses Catalecta, n" 10, étoit, je n'en doute pas, située dans cette région de l'Italie ou de la Grande- Grèce. Quant au passage de Properce, il seroit inutile de remarquer, si quelqu'un de ses commentateurs l'avoit fait avant moi , que l'expression altrith Daplmin arundînibus a trait au vers i3 de la iii*^ églogue. (2) Je suis étonné du ton d'hésitation avec lequel les meilleurs commentateurs de Virgile ont conjecturé que la grossesse de Scribonia, qui , peu après, accoucha de Julie , fille d'Auguste, est le sujet de cette églogue. Comment ont-ils pu penser à Marcellus , qui , étant mort à l'âge de vingt ans, en ■-3i de la fondation de Rome, ne pouvoit être né sous le consulat de Pollion en 7 1 4- LYige de ce jeune prince est bien constaté par Properce, qui en parle en ces
PERSONNAGES ILLUSTRES
genre dont il reciiloit les limites sans en sortir, qu'on dut regar- chaf. iv.
-, ,, , . T • i 1 1 ■ r *v^ ,1^.-.+ Personnages il-
der 1 auteur comme un génie extraordniaire; et les Dieuiaits dont l„5^rg3d3„,l.l,i5. le combloit le triumvir furent complètement justifiés '. '°'"' .''"^'' "^''
l J Komains.
Mécène, qui étoit constamment son protecteur, et qui doit a p, ^ui cette protection la plus grande partie de sa renommée , l'engagea, peu de temps après, à composer un poëme sur l'agriculture. Il étoit indispensable de réparer les dévastations causées par tant de guerres; et, pour y pars'cnir, il falloit inspirer 1 amour de la paix et des travaux des champs à ce mélange de soldats de différentes nations, devenus tout d'un coup propriétaires
termes (1. III, élég. xvin, al. xx, v. i5);
Occidit, el misero steterat 7'ige<irnus anrius.
M. Heyne doute si c'est véritablement de la nouvelle épouse d'Octave, ou de la nouvelle épouse de Marc- Antoine, l'une et l'autre enceintes , cpie Virgile a chanté dans cette églogue l'enfant souhaité. Cependant M. Heyne avoit prouvé, par le témoignage de Dion Cassiiis , qu'Octavie, qui avoit épousé Marc-Antoine, étoit enceinte de son premier mari; et il y auroit eu de la maladresse à complimenter ce triumvir sur la naissance d'un enfant quin'étoit pas le sien, et à laquelle on attachoit le bonheur du monde. D'un autre côté, comblé des bienfaits d'Octave, beau-frere à la vérité, mais rival de son collègue, comment Virgile auroit-il pu prédire au fils de ce dernier le domaine du monde?
Pacatuinque reget paliiis virtutibui oibein ! Ed. IV, V. 17.
Et remarquons encore que cet enfant n'auroit été (jue le !)ean-(ils de Marc- Antoine, et qu'il auroit hérité tic cet inuncn.se empire au préjudice des enfants légitimes que ce
triumvir avoit déjà, et de ceux qu'il attendoit de son nouveau mariage. Comment des hommes doués d'une excellente critique n'ont-ils pas aperçu cet amas d'absurdités qui devoit écarter leurs doutes , et ont-ils semblé se refuser à admettre que ce morceau de poésie a été écrit pour la grossesse deScribonia, nouvellement m.»riée à Octave, seulement parceque l'événement ne confirma pas les souhaits du poète, et que l'épouse du jeune César, au lieu d'accoucher d'un garçon, accoucha d'une fille? (i) Quoiqu'on ait lieu de se défier des exagérations des grammairiens, qui portent les richesses de Virgile à près de centics sestertium (dix millions de sesterces), ce qui fait 2,5oo,ooo denarii , et plus de 2,000,000 de francs, il est certain qu'Auguste avoit mis le poêle à son aise. C'est à quoi Juvénal fait allusion au vers (iy de sa vii« satire ; et Horace , dans ces couiplimcnts qu'il adresse à .\uguste lui-même ( 1. H, ép. I , v. 2 j5 sqq) :
.4t neqtic dedecorant tua de sejiidicia atque Mtinera , qitœ muUa dantis ruin Initde Vilcrunt DiUxti tibi Firgilius Fariusijue poëtœ.
274 ICONOCRAPH:^ romaine. Part. T.
Chap. IV. en Italie. Virgile ne ])alança pas à entreprendre celte tâche diffi-
ilSanfni ^"^^^'5 et, sept ans après, il publia ses Géorgiques.
toire litiér. .les XJn ouvraç^c si iiarlaiL dut exciter l'admiration des contempo- PI XIII rains. Tout ce que les Grecs nous ont laissé dans ce genre, comj)aré avec le poëine de Virgile, paroît maigre et décoloré; et, quoique Lucrèce par ses belles digressions morales eût enrichi et élevé le poëme didactique , les digressions de Virgile , plus nombreuses, et souvent politiques, ont quelque chose de plus noble et de plus touchant. Dans un cadre bien moins vaste, la composition des Géorgiques semble offrir plus de richesses : on n'y trouve dans aucune des parties ni monotonie ni sécheresse j et le rhythme de l'hexamètre, extrêmement varié et imité des morceaux les plus harmonieux de Callimaque et de quelques autres poètes de la même école, donne à ses vers un charme, inconnu jusqu'alors aux oreilles latines.
Cependant un plus grand dessein semble avoir occupé déslors les pensées de Virgile : il méditoit un poëme épique, dont le sujet, heureusement choisi, se rattachoit aux sujets des éj3opées d'Homère; mais il vouloit y célébrer Rome, son origine, sa religion, ses fastes, ses vicissitudes, sa grandeur, et particulièrement Auguste qui venoit d'y organiser la monarchie. Les traditions qui faisoient descendre d'Ascagne et d'Enée le fondateur de Rome et la famille de César lui indiquèrent le héros qu'il devoit chanter. Ceux qui conuoissent les théories de la poétique ont dû remarquer que le poète latin a su, avec un art surprenant, fondre ensemble les deux poëmes d'Homère, en former un seul tout, y ajouter, en l'imitant, de nouvelles beautés d'un ordre supérieur, et que, si le père de tous les poètes est pour toujours au-dessus de toutes les rivalités par l'abondance, là douceur et la noblesse de la langue, la grandeur de ses inven-
PERSONNAGES ILLUSTRES
tions, ainsi que par Li majestueuse simplicité de son plan et de chap. iv. ses caractères , Yirgile s'est placé après lui, en donnant un poëme i,f,3dansrhi!. cpii ne languit jamais, qui est plus varié et plus pathétique J'^'|^"j^''"'- **" que son modèle, où la rapidité des récits ne nuit ni à la vérité pi. xin. des peintures, ni à la force des expressions passionnées. Formée par les poètes de la scène grecque, postérieurs à Homère , Famé sensible de Virgile s'est emparée des plus beaux mouvements de la poésie dramatique' ; et son esprit et son goiit, perfectionnés par l'étude de tout ce qui étoit beau dans les deux langues , ont enrichi l'Enéide d'une multitude de réminiscences de ces antiques beautés'' c|ui séduisent l'imagination du lecteur, et ne lui permettent jjlus de regretter la naïveté sublime de l'Iliade et de l'Odyssée. Les circonstances favorisèrent complètement les études du poète. Les libéralités de ses protecteurs Favoient mis dans un certain degré d'opulence; il habitoit presque toujours les climats les plus heureux de la Grande-Grèce et de la Campanie', et changeoit de séjour à son gré. Eloigné ordinairement de la cour et ne s'occupant jamais de politique* , les bontés continuelles du prince qui s'intércssoit à son entreprise et qu'il charmoit par la lecture de quelques morceaux de son poème ^, le soutenoieut
(i) Macrobe , Satiirn. , 1. V,p. xviii : Est ingens ci cum tragœdiantm scriploiibus fainiliariias.
(2) C'est à ces réminiscences, ce me semble, rjt\e se rapporte principalement l'cpilliete dodus (docte) , que le même auteur donne à Virgile (/oco citato) , vir tam anxie doctus.
(3) Outre sa campagne de Tarente, il en avoit une à Noie, dans la Canipunie; et lu ville même de INaples, qui conservoit encore ses mœurs grecques , étoit un de ses séjours favoris.
(4) ^on res Romance , perituraquc régna.
Giioigiques, I. II, v. 4u^.
(5) Servius {ad JEneid., 1. V, v. 68a ) et Donat {f^ita firgilii, §. xvi), parlent de la lecture que Vii-gile fit de son VI' livre de l'Enéide à Autruste et à Octavie sa sreur. Ils ajoutent que celle-ci fut si touchée du morceau où le poète parle de Marcellus et de la perle récente de ce jeune prince, que cette inere éplorée lui (It catleau de dix mille sesterces ( environ cent louis ) par vers; et il y en a vingt-cinq.
i»76 ICONOGRAPHIE PtOMAINE. Part. I.
Chap. IV. dans ],i carrière difficile qu'il parcoiiroit. Los poètes ses contem-
Personnages il- ' • • ■ I' 11 1
lusirosfjansiilis- poi^'^'^^s, vaincus poiiT auisi (lirc par la doiiceur de son caractoire iiitér. des jgpg g^ pjjp g^^j jn^^oiir Doiir la retraite, parloient de lui comme
Jiomaiiis. ^ ' '■
Yixiu. ^" dcvoit parler la postérité'; ainsi sa mauvaise santé seule inlerronipoit par intervalles ses travaux et ses jouissances.
IMais CCS jouissances ne dévoient pas être de longue durée, il venoit de terminer son poëme, et, avant d'en commcïîcer la révision, il voulolt s'y préparer par un voyage dans la Grèce. Il se proposoit, dit-on, de se livrer ensuite entièrement à l'étude de la philosophie, dont il avoit pris le goût dans sa jeunesse à l'école du piiilosophe épicurien Syrou. Il étoit à Athènes l'an 19 avant Jésus Christ, et étoit allé visiter Mégare, lorsque ses indispositions augmentèrent d'une manière si alarmante , qu'il prit le parti de retourner sans délai dans sa patrie et dans sa demeure ordinaire. La fatigue du voyage aggrava tellement sa maladie, qu'à peine avoit-il atteint le rivage de la Calahre, que la mort termina une si helle vie. Il étoit âgé de cinquante-deux ans : ses cendres furent transportées à Naples, où l'on révère encore aujourd'hui sou tombeau^.
(i) Properce, 1. II , Eleg. ullima , v. 65 :
Ccdite, Romani sniptore.i, ceclite , Craii; Nescio quid majus iiascitur Iliade.
Ovide, Amoi\ 1. 1, c'iég. xv, v. 25:
Tityriis, et segeles ^■Enciaque arnui legenttir Romti tiiuinpluiti duin ccipiit oibis erit.
Nous avons cité plus haut l'opinion d'Horace sur Virgile. La bonté de son caractère est pein'e avec soin par Donat, fiui Virgtlr'i , § XVII. Sa céKiiiité étoit devenue populaire: il étoit obligé de se soustraire à la curiosité du public (toco cilato, §.v),qui, si nous en croyons un ancien auteur, à l'en-
trée du poète dans un théâtre, se leva spontanément pour l'honorer, connue .i l'arrivée de l'empereur (voyez le Dialogus de Oratoribus , attribué à Tacite, §. i3).
(a) Pline-le-Jeune, 1. III, ép. vu; Stace, Sjli>., 1. IV, IV, v. 5i ; et Martial, 1. XI, épigr. xLix et l, nous assurent que le tombeau de Virgile étoit à Naples , et qu'on le révéroit comme un temple. Une tradition non interrompue semble nous le faire recoruioître dans le monument qui se voit encore près de cette ville à l'entrée de la grotte de Pausilype (Gratta di Pausilipo), ou du chemin excavé dans la montagne qui
PERSONNAGES ILLUSTRES. 277
Suivant une ancienne tradition, \irgile avoit ordonné en cmp iv. mourant uue Ton brûlât son Enéide, parcequil la trouvoit en- P^'^^«n°ages ii-
A -'11 lustresdansl lus-
core au-dessous du lîoint de perfection auquel il auroit voulu t"'"^^ ''"'^'^- '^«^
Romains.
la porler : une autre tradition contradictoire lui f;iit recoin- pj xm. mander à ses amis délaisser son poëme tel qu'il est, sans y rien ajouter. Ces deux traditions ne sont probablement que des contes j^opulaires ; et, si l'événement a paru accréditer la seconde, c'est que le public de son temps avoit assez de goût pour ne pas souffrir qu'une autre main osât retouclier l'ouvrage de Virgile.
Sa renommée ne fit que s'accroître après sa mort : on ne l'appeloit plus que le Poète; et ce titre devint sa seule désignation'. L'admiration pour ses ouvrages lit rendre une esjiece de culte à sa mémoire, qui fut en vénération même dans les siècles de la barbarie. La persécution que la folie de Caligula fit éprouver aux écrits et aux images de Yirgile ne fut que passagère et sans effet^ Nous les voyons révérées dans le même siècle, et placées dans les siècles suivants dans les larariwn des empereurs^. Ses œuvres, transcrites par mille mains, présentoient, au temps de JVIartial, à la tête de la première colonne, le portrait du poëtc*. Un seul de ces manuscrits sur vélin nous l'a conservé; c'est celui qui, de la bililiotlieque de l'abbaye de Saint-Denis, avoit
conduit de Naples à Pozzuolo. La vue de On peut voir d'autres autorités sur le
ce nionuuient a été gravée dans plusieurs même usage dans M. Heyue, f^i'e de Vir-
ouvrages cités par M. Heyne, au §. xiv de g'^e, distribuée par années, à Tan 684 de
la vie du poète par Donat, et dans les Se- la fondation de Rome.
pulcrcs de P. Sanli Bartoli, pi. i.xxm, ou- (i) Justinien, InstitutioniiTn , I. I, tit. n.
vrage inséré dans le XII' volume du Tré- (2) Suétone, Caiiis, c. xxxiv.
jor de Gronovius. Le culte rendu à la mé- (3) Lanipride , j-Ilexander Sevenis ,
moire de Virgile n'étoit pas horné à son c. x\xi.
tombeau, on f'ètoit aussi dans ranliquiléle (4) Liv. XIV, épigr. clxxxiv:
1 5 octobre, jour de sa naissance : Ç„„,„ i^„ •,. ,„„„,,„,„„, ^,,^,v nwmbrana
Octobres Maro consecravil idus, Maronein !
Mabtiai , XII, G;. Ipsius vultus prima tabella gerii.
c.i*r. IV. passé aulrcfois dans celle du Vatican : il paroît avoir été tracé
l'ersoniugos il- pendant Je IV%siecle de l'ère clirétienue". On y trouve au haut
loire liitéi. des (\q plusicurs dos paj^cs la figure de Virgile en miniature, tou-
Boniains.
PI. xiir.
jours exactement répétée, telle que je Tai fait graver sous le n" i delà pi. Xin, de la même grandeur que la peinture originale.
Virgile y est représenté encore jeune : il est vu de fice, assis sur un large siège sans dossier, garni d'un coussin. Son habillement est dans le costume grec , et consiste dans une tunique et dans une draperie qui est \c paîlium. L'une et l'autre sont blanches; mais le manteau est orné de petites bordures , prœtextœ , et de quelques pièces de rapport, tesserco, de couleur de pourpre'. Il a pour chaussure des sandales, ou crepidœ, qui laissent voir les pieds nus'. On remarque auprès de lui un pupitre sur lequel est posée une feuille de papyrus , ou de parchemin; de l'autre côté est une boite ronde ou écriu, scriniuin , fermée de sa serrure , meuble dont on se servoit pour renfermer les livres en rouleaux. Le poëte a dans ses mains une tablette, cirée sans doute, piigillar, sur laqvielle ou tracoit, avec une pointe, des vers, des lettres, des pensées, ou des souvenirs. Sa coiffure est précisément la même qu'on remarque dans les portraits des hommes de son siècle. Sa physionomie a un air tranquille' : ses
(i) C'est le manuscrit que M. Ileyne cite sous la dénomination de Codex Ro/uanus Pierii ( voyez Y Elciichus Codkiun, à la tête de ses éditions de Virgile). Montfaucon, Diar. Ital., p. 277, et les auteurs du nouveau Traité de Diplomatique^ t. III, pi. XXXV, p. 61 et 62, en ont parlé.
(2) Sur ces tesserœ palliorum , ou r«- Zxthi ^ dont riine a fait mention , voyez les Académiciens d'Herculanum , dans l'explication d'une peinture antique sur laquelle
on les voit représentées [Pitture d'Ercolario , t. II, pi. III ).
(3) Aulugelle, N. A. , 1. XÎII, c. xxi.
(4) D'anciens grammairiens ont cru que le nom de Partheiiias (virginal), qu'on lui donnoit dans les villes grecques de l'Italie, avoit rapport à la douceur de sa physionomie autant qu'à celle de ses mœurs. A présent les savants sont plus portés à croire que Parthenias n'étoit que le nom même de l'irgilius grécisé.
PERSONNAGES ILLUSTRES. 279
yeux sont petits et à fleur de tête. Les grammairiens qui nous ch.i. iv. ont laissé des détails sur la vie de Yirgile nous font entendre if^'J^X^i'ht qu'il n'y avoit rien de fort remarquable dans sa physionomie ' ; '^l^lTs"' ^" qu'il n'étoit pas éloquent dans la société ; mais qu'il récitoit ses pj xm. vers avec beaucoup d'art et de grâce.
Quoique cette miniature soit de beaucoup postérieure au siècle du poëte, la célélirité dont il jouit pendant sa vie, et qui le suivit au. tombeau, ainsi que les faits que j'ai rapportés cidessus , ne permettent pas de douter que ses portraits ne fussent généralement connus, et que, copiés l'un d'après l'autre, ils ne se soient perpétués jusqu'au temps où l'on a exécuté la peinture que nous examinons. Elle présente aussi des indices propres à nous convaincre qu'elle a été copiée d'après un original plus ancien : tel est le scrinii.ini , pour contenir les livres qui, au temps de la peinture , étoient des volumes carrés et non plus des rouleaux : d'autres détails qui ne peuvent s'appliquer au costume usité dans le siècle de Constantin et de ses successeurs prouvent aussi cpie la peinture originale est antérieure à ce siècle. Comme Virgile faisoit son st^our habituel dans les villes grecques de l'Italie , il est naturel qu'on l'ait représenté avec le costume qu'il portoit ordinairement.
Quant à ces prétendus portraits qu'on attribue à Virgile, soit dans les éditions de ses poèmes, soil dans les recueils d'antiquités , il y a déjà long-temps qu'ils sont reconnus pour apocryphes : leur lontruc chevelure est étrangère au costume romain. Ces têtes représentent des êtres mythologiques , et, presque toutes, quelqu'une des muscs dont le masque scénique éloit l'attribut. L'iicr-
(1) Corporc fait, grandi , c.'iuilo colore, « brun: il avoli nue figure coninumc, et
facie nislicana, Talciiuù'ne varia (Do- « une santé inégale. » Voyez aussi les $. xi
nat, f^it. Fii'g., §. v): «Il etoit giauil et et xvni.
28o ICONOCRAPIITE ROMAINE. Part. I.
Cmvp. IV. mes anlH[iic dans lequel les Manlouans se plaisent à reconnoitre Prrsom,ag« il- l'j^j^jigpg (jg |gyj, inimorlcl compatriote n'est pas un portrait; les
Justnsdaiisl lus- a A IL'
toirr littér. des fomics CD sont Itléales : c'est un de ces termes qu'on plaçolt au PI \iii ^^"^ ^^^ ^'"^'' °" *^^^ carrefours, et qui représentoient les lares vialeSj les lares ou les bons génies des grands chemins".