‹ Iconographie romaine (volume 4)Chapitre 42 sur 94 · HORACE · texte numérisé non relu

HORACE

Le premier de tous les poêles du siècle d'Auguste, après Virgile, doit le suivre immédiatement dans l'iconographie. Horace, ou Quintus Horatius Flaccus, fils d'un honnête affranchi% naquit à J^enusia , l'an 689 de la fondation de Rome , 65 avant l'ère chrétienne, cinq ans environ après Virgile. Il se félicite en toute occasion des soins que son père avoit pris pour le Lien élever, soit en s'occiqiaut lui-même de sou éducation morale, soit en confiant, à Rome, son éducation littéraire à des maîtres choisis. Il semble que le goût de la littérature grecque et le désir de s'initier dans les études de la philosophie le déterminèrent, étant encore très jeune, et probablement sous la dictature de César,

(i) Voyez, dans les Monuments antiques du Musée de Paris, dessinés par M. Thomas Piroli, et expliqués par M. L. Petit- Radeljla planche i-xxiii du IV' volume, et ce que M. Heyne a remarqué ad Donat.

Fit. Firg., §.v.

(a) C'est ce que désignoit alors le nom de Libertinus , qu'Horace lui-même donne à son père (liv. 1 , sat. tij; ainsi que l'a prouvé J. Massdn dans son opuscule, intitulé Fila Q. Horatii Flacci; Lu j. Bat. , 1-08, à l'an i" de la vie d' Horace. Dans les temps suivants, on en avoit étendu la signification jusqu'à comprendre les fds

des affranchis. Quant aux détails biographiques de cet article , ils sont tirés de la vie d'Horace, attribuée à Suétone, et d'autres autorités que J. Blasson a citées dans l'ouvrage que je viens d'indiquer. Une autre vie d'Horace, disposée par considats comme celle que Blasson a rédigée , mais plus succincte et avec quelques remarques nouvelles , se trouve à la tète de l'édition de ce poète , soignée à Londres par Wakefîeld. Horace lui-même n'a pas été avare de détails sur sa personne et sur les événements de sa vie.

à se rendre à Athènes. Il est même vraisemblable qu'à cette caip. iv.

' "1 ' . 1 " 1 t »•••! •.! JI„ Personnages il-

époque il avoit deja perdu sou père, et qu ainsi il avoit plus de ,„5„e,<iansiiîis. moyens pour satisfaire ce désir , et moins d'obstacles à sur- '"'"^^ ''""• ^"

>/ I. ' Romains.

monter. pi.xni.

La mort de César vint troubler ses loisirs, et Tesprit du temps l'appela aux armes. Il servit sous Brutus, dans la guerre civile, contre les triumvirs; et, ce qui pourroit étonner, il eut, à Tàge de vino;t-trois ans, le commandement d'une léjrion entière dont il fut nommé tribun'. Comme Horace u'étoit pas d'une naissance assez relevée pour obtenir un grade si éminent, et que d'ailleurs il n'étoit que novice dans le métier des armes, on doit naturellement en conclure que les qualités supérieures de son esprit avoient déjà percé, et lui avoient procuré de bonne heure une réputation propre à justifier le choix de ses chefs. Il remplissoit très bien leur attente'': mais les deux journées de Philippes livrèrent la république aux triumvirs; et il se trouva tout d'un coup fugitif, proscrit, et dépouillé de son modeste patrimoine^.

Les lettres furent alors sa seule ressource*; il s'empressa de se faire connoitre par ses productions poétiques; et la cour d'Octave ne tarda pas à sourire aux talents du partisan de Brutus. Il lui fut permis de retourner à Rome, et il semble avoir,

(i) Horace, 1. I, sat. VI, V. 48: stances de sa fuite, à riinitation de deux

/^ I -7 • , 7 • n .1 poètes <rrecs de la plus jiraude célébrité,

Quod int/ii parerct legio Romana tnbuno. i o i b '

Archiloque et Alcée.

(9.) Mcprimis urhis belU placuisse domique. ^^ Jnopemqiie paterni

Houacf., I. I,q..xx,v. 23. Et laris etfundi.

Ainsi ce que le poule dit de sa déroute Uon.vti , 1. 11, ip. ii, v. 5o.

et de l'abandon de son bouclier {Cann.,

1. I, od. vil, V. ()) ne doit nous faire soiip- (4) Paiiferlas impulit auda.e

çonner en lui aucune lâcheté : il s'esl plu à Utversus/acvnm.

relever, à exagérer peut-être ces circon- Uoiuce, /oeoafuro.

282 ICONOGRAPIIIF ROMAINE. Part. I.

Cmap, IV. comme Virçlle, recouvre ses biens paternels, dont il employa Personnages il- |.^ yalcur ù aclulcr im office dans les bureaux des questeurs'.

lustrcsuansl lus- J

toire littér. des j'àcnlôt il sc lia d'amitié avec Vir<]jile et Yarius, (lui Tintrodui-

Humains. ^ •

PI. xiu. sirent chez Mécène : mais l'amitié de ce protecteur éclairé des grands talents de son siècle' ne se déclara pour Horace que neuf mois après qu'il lui eut été présenté', soit que les affaires et les orages politiques l'eussent empêché de s'occuper particulièrement de son nouveau protégé, soit qu'alors seulement son attention eût été réveillée et son zèle échauffé par quelque nouvelle production du poète. Depuis cette époque, qui fut probablement l'an 39 avant l'ère chrétienne*, Horace fut compté au nombre des amis intimes de Mécène, qui sans doute le pré.senta à Octave, et prit un soin particulier de sa fortune. Un domaine sur les collines de Tibur et aux limites de la Sabine, qui réunissoit aux agréments du site le plus pittoresque l'utilité d'un riche revenu, devint le nouveau patrimoine du poëte^

Le bon esprit et la conduite réservée d'Horace lui concilièrent, autant que son mérite littéraire, la faveur constante de Mécène, et les bonnes grâces du prince. Il fut choisi pour être, en 7I7^ du voyage de Brindes et deTarente, dont le but étoit la réconciliation d'Octave avec Marc-Antoine. Les deux beaux-

(i) J^enia impetrata, scriptuin qucvstorium compara^'it ( Vie d'Horace attribuée à Suétone).

(2) Horace, 1. I, sat. vi, x. 55.

(3) Horace, loco citato.

(4) M. Heyne n'a pas allégué des motifs assez forts pour reculer cette époque ( P'it. P'irgil., an v, c. 7 1 5 ).

(5) Celle terre étoit assez vaste pour être cultivée par cinq familles de paysans ( Horace, 1. 1, ép. XIV, V. 3).

(6) Jean Masson avoit démontré jusqu'à l'évidcnre que ce ne put être qu'a l'occasion de l'entrevue d'Auguste et d'Antoine de 717, et non pas de celle de 7i5, que Virgile et Horace suivirent Mécène dans le voyage de la Lucanie. M. Heyne, loc. cit., n'avoit pas présents les arguments irréfragables de J. Masson, quand il a été induit à soutenir le contraire par le simple silence d'Appien, qui, cette seconde fois, ne fait pas mention de Cocceïus.

PEPvSONNAGES ILLUSTRES. 283

frères se troiivereot environnés des hommes d'état qui jouis- Chap. iv. soient le plus de leur confiance, tels que Mécène, Pollion, Coc- ius"erZ,srh.sceïus, et d'autres; et des esprits les plus ornés du siècle, tels J^°^|^\'^"*'' ^^' que Yirgile, Varius, Horace, qui sans doute furent appelés à pi. xm. cette entrevue afin que l'intérêt et le charme de leur conversation servit de délassement aux entretiens politiques qui dévoient prévenir une rupture entre les deux maîtres du monde. Il paroît c|u'Octave sut apprécier tout le mérite du poëte vénusin, puisqu'il lui offrit hientôt après la place de son secrétaire intime. Celui-ci eut assez de philosophie ou de paresse pour refuser des fonctions aussi délicates qu'honorahles, et l'empereur assez de m^odération et de honte pour n'être pas choqué de ce refus.

Horace, qui le premier avoit fait entendre aux Sept Collines les accords jusqu'alors inconnus de la lyre de Pindare et de celle d'Alcée, qui avoit relevé avec tout l'esprit et les talents d'Archiloque le ton encore un peu rustique de la satire latine, Horace ne pensa plus qu'à jouir le plus agréablement possible du temps qui lui restoit à vivre. Comblé de nouvelles libéralités d'Auguste", quelquefois à la cour, ou près de Mécène, le plus souvent dans sa retraite champêtre, il ne touchoit que par intervalles les cordes harmonieuses de sa lyre; tantôt il soupiroit ses amours volages; tantôt il offroit un noble encens à Auguste et à la famille du prince, ou chantoit ses amis; tantôt, vengeur du goîit et de la raison, il raiiloit les mauvais poètes et les sots, ou réprimandoit les méchants. Ses épîtres offrent, dans un style en même temps simple et mordant , d'excellentes règles de conduite qui se gravent d'elles-mêmes dans l'esprit. Ce sont plutôt les maximes de la sagesse que celles de la philosophie, à une

(i) Unaque et allera librralitatc locuplcta\'it [Augustus Iforatium^ : \\e d'Uortxce attribuée à Suétone.

ICONOCRAPIITE ROMAINE. Part. I.

CHip. IV. légère teinte d'épicurisme près qui se répandoit alors sur les lustrcsdïnfn.îs! ^^'Cfits de presque tous les ])oëtes de la cour d'Auguste', toire laiér. des jjjjç yjg j^[ doijcc aurolt diï être plus lonmie; mais, à Tâîie de PI. xm. cinquante-sept ans, Horace lut attaqué d'une maladie si violente, qu'il y succomba presque subitement sans pouvoir signer son testament, et ayant à peine la force de nommer Auguste pour son héritier. Suivant ses vœux, il n'a voit survécu que peu de mois à Mécène'.

Horace a fait lui-même son portrait dans ses vers : vous l'y voyez tirer vanité de son petit front, de ses cheveux noirs, de son so-urire gracieux, de son abord agréable, et de la fraîcheur de son teint: mais ses yeux devenoient chassieux; son embonpoint avec sa petite taille donnoient lieu à des plaisanteries^. Les médaillons contorniates, malgré l'incorrection du travail, nous donnent encore la même idée de sa physionomie'^. J'en ai fait

(i) Le lecteur -verra avec plaisir ce qu'a écrit à ce sujet M. de Méiian , dans son quatrième mémoire de Vinjluence des Sciences sur la Poésie ^ sect. ii*; particulièrement aux pages 385 et 891 des JVoiiveaux Mémoires de l'Académie royale de Berlin, année 1778.

(2) Ah! te meœ si partern onimœ rapit Malurior vis, qiiid inoror alleraiii Nec carus œque, nec superstes Intcger? llle dirs utramque

Ducet ruinarn : non ego perfidnin Di.ri sacramentum. Ibiinus, ibimus, Vtcuinque prœcedes , supreinum Carpere iter comités parati.

Carin. , I- Il , o(I. XVH.

Mécène mourut dans le mois d'août, et Horace dans le mois de novembre de la mèineannée, 74^ ''^ la fondation de Rome,. 8 ans avant Jésus-Christ (voyez J. Henr.

Meibomius de 3Iœcenatis vita, c. xxix).

Les cendres d'Horace furent déposées sur le mont Esquilin , près du tombeau de Mécène.

(3) Horace, 1. I, ép. vu, v. 2 5.

Reddef Forte latus, nigros angmtnfronte copillos; Reddes dulce loqui, reddes ridere décorum, etc.

Et 1. 1, ép. IV, v. i5:

Me pinguem et nitidum, hene curata cute vises.

Voyez aussi 1, I, sat. v, v. 3o, et Carm., 1, IV, od. II, V. 32. Auguste comparoit Horace à une chopine , sexlarioluin ( fie d^ Horace attribuée à Suétone).

(4) Fulvius Ursinus avoit fait dessiner un médaillon semblable, et on le voit gravé dans la première édition de ses Imagines, pag. 45. Galléus, en copiant ce dessin pour la collection de Lefebvre, l'avoit un peu

PERSONNAGES ILLUSTRES

dessiner deux sous les n° 2 et 3 de la planche XlII. Le nom, c»..-. iv. HORATIVS, Horatias, fait reconnoitie le poëte dans le buste p~"s« ;'-

' ' 1 lustresdaiisl his-

en profd empreint sur Tune des faces du premier. Le revers a "''■^'' /'"^'- ^"'^

Romains.

rapport aux courses du cirque, à l'occasion desquelles on fabri- p, ^^^^ quoit ces médaillons, ainsi qu'on l'a déjà remarqué".

Le contorniate dont le dessin est gravé sous le n" 3 de la planche XIII étoit inédit : on l'a découvert à Rome , où il est

altéré. Cependant ce dernier dessin étoit devenu le type des portraits d'Horace qu'on inséroit dans les éditions de ses œuvres, et dans les recueils d'iconographie. J. Masson avoit remarqué que le front large et élevé de cette tète étoit contraire à ce qu'Horace dit de lui-même, et qu'ainsi on ne devoit pas regarder ce portrait comme authentique. Mais cette critique ne peut pas s'appliquer aux deux contorniates qui se trouvent dans le cabinet de hi Bibliothèque du Roi : le poëte, sur ces médaillons, n'a pas un front élevé. Le dessin n° 2 est pris sur celui des deux qui avoit appartenu à la collection des Gonza^ue : l'aigle incrusté en argent en arrière du buste en est la preuve: la palme que nous avons remarquée sur d'autres médaillons, ainsi que le type du revers , sont relatifs aux jeux du cirque : voyez la note suivante.

(i) On y voit représenté un cheval orné d'un panache et conduit par un écuyer. La léeende ALSAlNa* donne le nom de l'écuyer vainqueur, ou , ce que je crois plus probable, celui du cheval. Nous trouvons sur des médaillons semblables «l'autres noms de chevaux qui ne sont point équivoques : voyez Eckhel , D. N., t. VllI, p. 298 et 299. Quant à ce nom , je suis porté À croire (ju'il dési^iioit déjà dans le V' siècle, époque de la plupart des contorniates,

un alzan ou ah'zan, cheval dont le poil est d'une couleur fauve. Ce nom général a pu devenir le nom propre d'un cheval , comme y-iax-la.-, , qui désigne en grec un cheval de la même couleur, est, dans Pausanias, le nom propre d'un des chevaux de Cléosthene (1. VI, c. x); et je pense que l'étymologie du nom latin ^dlsanus vient d'a/ec ou alex , nom d'une salaison dont la couleur ressemble .à celle des chevaux alezans. Il me semble que cette dérivation est confirmée par l'analogie de quelques mots parallèle» dans la basse latinité ainsi que dans la langue italienne. Un alezan est, en italien, un cavallo sauro; cljcilcosorrus est , dans le latin du bas siècle, un faucon de la même couleur. Or tout le monde sait que saure ou sor est, même aujourd'hui, l'épitliete d'une salaison enfumée (hi genre de Valec des Latins, et de la mémo couleur à peu près que celle des alezans. Voyez dans le Lexique de Du Gange, et dans son Suf'plcrnent, les articles. //fciiz/M, Ifaleciu Sorriis, Saurits, Saurrtus, Sorrus, dont la lecture m'a fait renoncer à l'étymologie donnée par Ménage au nom des alezans, qu'il tire de l'arabe; d autant plus que le terme espagnol aluziiii ne semble pas, suivant l'avis des Orientalistes, justifier par son orthographe la dérivation indiquée par ce savant.

liomaiiis.

286 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

ch*p. IV. encore'. Le buste qui est sur l'une des Aices représente le même i..stics(ia„si'i.is. poitinit exécute avec plus (Iciinessc, et clesi<^ne par la légende toiie Intel, des ORATIVS. Le graveur a orne la robe du poëte d'une broderie : PI. Mil. il a < 1(1 sans doute que les costumes de la cour d'Auguste ne pou voient pas être plus simples que ceux de la cour des successeurs de Coustanlin. Le revers de ce médaillon est encore intéressant pour l'iconographie : il nous offre l'image d'un ancien poëte latin que la légende ACCIVS, Accius , fait reconnoitre pour ce Lucius Accius ou Attius, auteur célèbre de tragédies, qui florissoit au commencement du VIF siècle de la fondation de Rome''. Horace a parlé de lui et de ses vers avec éloge^. Cet écrivain avoit de son vivant mérité des honneurs extraordinaires. Nous le voyons, sur ce médaillon, représenté dans un costume grec, revêtu d'une simjjle draperie [palliiun)^ assis, et tenant un volume. Cette pose et ce costume me font conjecturer cjue la figure empreinte sur le contorniate est l'imitation d'une statue antique, probablement de cette statue colossale de bronze qu'Accius lui-même avoit consacrée, à ses frais, dans le temple des Muses. Le contraste que formoit la petite taille du poëte avec la grandeur de sa statue, n'avoit pas échappé aux plaisanteries de ses contemporains ^

(i) s. A. M'' le prince Ponialowski a eu tèle des fr.igments d'Accius, et dans soa

la bonté de m'envoyer, sur ma demande, ouvrage de Historic. latinis, 1. 1, c. mi. une empreinte de ce médaillon , dont il (3) In Acci

vient d'enrichir son cabinet. NohUiUus trimelns.

(2) Voyez, sur Lucius Accius et sur ses ^'^ l""''- '■ '^^•

écrits, ce que Vossius a réuni dans l'édition (4) Pline, 1. XXXIV, $. lo.

des Fragnienu des Tragiques latins , à la

PEPtSONNAGES ILLUSTRES.

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