‹ Iconographie romaine (volume 4)Chapitre 47 sur 94 · APULÉE · texte numérisé non relu

APULÉE

Les études philosophiques, depuis la renommée dont avoit joui Apollonius de Tyane, se proposoient souvent pour objet la mysticité et la théurgle. Si l'on continuoit encore à observer la nature, les recherches se dirigeoient de préférence vers les sciences occultes, et tout au plus vers la médecine. Un jeune Africain, fils d'un magistrat de la colonie romaine de Madaure, devint célèbre sous les Antonins, en approfondissant la doctrine platonicienne, et il se rendit encore plus recommandable à la postérité par l'art d'écrire en prose latine, art dans lequel il surpassa tous ses contemporains'.

(i) Ce que nous connoissons de la vie d'Apulée est puisé presque entièrement dans ses écrits, principalement dans son jipolo^ie. C'est de ces sources que sont tirés les détails biographiques qu'on lit à la tête des éditions de ses ouvrages, et l'article Apulée^ dans le Dictionnaire de Bayle. Une critique un peu trop sévère tend à réduire le nombre de ces documents, en nous engageant à renoncer à la plupart de ceux qu'on trouve dans les Mclaniorphoses j c'est-à-dire dans r./'/we d'or. On prétend que ces particularités se rapportent, non pas à Apulée, mais à Lucius de Falres , qui est le véritable personnage dont on raconte les aventures. 11 est vrai, dit-on, que ce Lucius, se donnant dans le dernier livre pour «aiif de Madaure, a pu être pris

pour Apulée lui-même. Mais ce n'est là, suivant les mêmes critiques, qu'un manque d'attention, ou une inconséquence volontaire de l'écrivain, qui, pour cette fois seulement, s'est écarté de son système (voyez les Commentaires d'Elmenhorst et d'Oudendorp, au commencement du F'" livre de VAne , ou des Métamorphoses d'.\pulée). Cette opinion ne me semble pas assez fondée. Je vois par tout le contexte que jamais l'autour n'a prétendu jouer le rôle do Lucius de Patres. On sent au premier abord que le Lucius du roman n'est ni un Grec ni un Romain, puisque, dès sa première ■AàoXcscencc ., primis pncritiœ stipeniliis (Mctainorpli., liv. I, pag. 3 et 4 de l'édition de Deux -Ponts), il ajiprcnd le grec à Sparte, à Corinthe et à Atlicues, et

ClIAV. IV.

Romains PI. XIV.

3io ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

Après avoir fait ses premières études à Cartilage', il se trans- ^''"""""6';^ ''• ])orta , bien icime encore, dans la Grèce, d'où il tiroit son

istresdansl lus- I ' J

toire liiiér. dis Qj>i(r[ne par sa mère, et alla puiser l'atticisme du langage à Athènes mt'me^ Passant de là en Italie, il y apprit le latin; et, s'ctant aperçu de la décadence où étoit tombée la langue des maîtres du monde, et du mauvais goût des littérateurs ses contemporains, il remonta aux sources de Tautiquité; et la lecture des écrivains surannés lui fit adopter un style que les arcliaïsmcs rendent souvent précieux et recherché; mais qui ne manque ni de clarté ni de noblesse, et s'élève souvent presque au niveau des bons modèles.

puis la langue latine à Rome: circonstances qui conviennent parfaitement à la vie d'Apulée, né en Afrique, mais qui ne seroient guère applicables à un Grec de nation, tel qu'on suppose Lucius de Patres. Ajoutez que, dans l'énumération des contrées où le Lucius d'Apulée a séjourné, on ne parle jamais de cette ville, l'une des plus considérables de l'Acbaïe ; et que l'auteur le désigne comme fils d'un certain Thésée, tandis que, dans Lucien, le Lucius de Patres est fds d'un autre Lucius. Ce n'est donc pas de Lucius de Patres qu'a voulu parler l'auteur du roman, mais de lui-même; et c'est à lui seul qu'on doit rapporter ce qu'il dit de sa mère Salvia, et de sa parenté avec riutarque et avec Sextus de Chéronée. Lucius, dans le roman , est le prénom même d'Apulée ; et cette opinion est confirmée par les manuscrits qui donnent à Apulée le prénom de Lucius dans le titre non seulement des onze livres des Métamorphoses, mais aussi de quelques uns de ses écrits philosophiques ( voyez Oudendorp , loco citato). Ceux qui seroient étonnés de cette homonymie entre l'auteur grec de XAne et

l'écrivain latin delà même fable, doivent considérer que les prénoms latins dont on faisoit usage au second siècle de l'ère vulgaire, se réduisent à quatorze ou quinze tout au plus, et qu'ainsi le nombre des personnes qui portoientle même prénom étoit infini. Quant à Lucius de Patres, Suidas reconnoît qu'il a existé, quoiqu'il ignore à quelle époque; mais Wieland le croit de l'invention de Lucien, et il pense que le loman grec qui portoit son nom n'étoit qu'une imitation postérieure et anonyme de Vyine de Lucien (Harles, dans la nouvelle édition de la Bihliotheca grœca de Fabricius, tom. V, p. 34o). Je m'al)stiendrai de discuter cette question étrangère à mes recherches ; et je la laisserai intacte au savant et ingénieux écrivain qui nous a donné la traduction du fragment de Longus et de deux traités de Xénophon , et qui nous fait espérer celle de l'opuscule de Lucien , dont nous venons de parler.

(i) Apulée, Florida, pag. 142 et i43 de l'édition de Deux-Ponts.

(2) Apulée, Metamorplu, 1. 1, p. 3 et 4.

PERSONNAGES ILLUSTRES

3ii

La fortune que son père lui avoit laissée se trouva fort dimi- chap. rv . nuée par les dépenses qu'il avoit faites pour ses études, pour if^^t^'j^^Xn^rbî!' ses voyages, pour les cérémonies et les offrandes qu'exigeoient *°''^'= ''""• '*"

/ 5^ ' ^ . Romains.

de lui les sacerdoces dont il fut revêtu, et les rites et les mys- pj ^^i^ teres auxquels sa curiosité religieuse Tavoit porté à se faire initier". L'exercice du barreau fut sa seule ressource à Rome; mais, de retour dans son pays natal, il en trouva une autre à laquelle il ne s'attendoit pas. Une riche veuve, sur le retour de l'âge, fut éprise du jeune philosophe, que les charmes de sa figure ne rendoient pas moins agréable que ses manières et ses qualités '. Elle l'épousa. Cet événement éveilla contre lui la jalousie de ses compatriotes, et lui suscita, de la part des parents de sa femme, une persécution violente, qui aboutit enfin à une accusation formelle de sortilège; comme s'il avoit eu besoin, dit-il avec raison, d'autres charmes que de ceux de la nature, pour qu'une femme qui n'étoit pas encore vieille, impatiente d'un long veuvage, tournât ses regards et ses désirs vers un jeune homme aimable, dont les circonstances l'avolent rapprochée^. Le plaidoyer qu'il prononça devant le proconsul Claudius Maximus à Carthage, capitale de la province, sous le règne d'Autonin Pie, est, pour la diction, le plus beau monument qui nous reste de l'éloquence d'Apulée et de la prose latine de cette époque'*.

(i) Apulée, Oratio de Magi'a, p. 9,7; Mctamorph. , 1. XI, p. 277, et ailleurs.

(2) Elle s'appeloit Ptuletitilla, et étoit établie dans la ville d'Oea, de la province Tripolitaine.

(3) De Alagia, pag. 3a.

(4) Parmi les arguiiieuts tirés des écrits d'Apnh'e, pour constater tl'une manière précise Tépoipie où il a lleuri, je ne choisirai

fpie les suivants. La harangue de Itfagia a été prononcée devant le pi'oconsul L'.huuiius Maxin)us, qui fut consul l'an i'|4 do Tore chrétienne (voyez ïillemont, Histoire des Lmpercurs , Titus Antom\ , note 5), et sous le rogne d'Antonin Pie, comme on peut le conclure de la phrase, Ante lias iniperatoris PU statuas [deMagia, p. 88). Si Antoniu Pic avoit clé mon , l\uatcur

Itomains.

PI, XIV

3i2 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

Cuir. IV. L'innocence de l'orateur sortit triomphante d'une attaque

irsIrcrSlî!^ *^*^P ^^*^1 conçue. Depuis ce temps, sa réputation alla toujours tûiie litttr. des gjQ crolssaut j et l'agréable imitation de X Ane deLucius de Patres ou de Lucien vint y mettre le comble. Ce fut le roman à la mode, un livre d'or'. Plusieurs villes et Cartilage même s'empressèrent de décerner à l'auteur des statues de bronze ^

Apulée fut heureux dans son mariage , qui ne semble pas avoir été infructueux, puisqu'un de ses ouvrages est adressé à son fils^.

Nous ignorons le reste de sa vie , et quelle en fut la durée : nous apprenons seulement de quelques écrivains chrétiens que la tradition populaire, d'après l'opinion qu'on avoit de la science théurgique d'Apulée, liu attribua des miracles'^,

N-e. Nous devons une image d'Apulée, je n'ose dire son portrait, à un médaillon contorniate qui existe au cabinet de la Biblio-» theque du Roi (n° 6). Le buste du platonicien de Madaure y est représenté de profil. La légende, APVLEIVS, Apulée, le désigne^ assez clairement, On peut y reconnoitre cette longue

auroit dit, Ante lias divi PU statuas. Son cius, loco citato. action de grâces pour la statue de bronze (2) Apulée, Florida, pag. i36. que la ville de Cartilage lui avoit décernée (3) Le second livre de habitudine docest adressée au proconsul Scipion Orphi- trinarum, qui est intitulé de Philosophia <u^ .-or, l'arc de Tripoli (Spon,itr2VceZ/a«., niorali. Ce fils s'îippeloit Faustinus. On sect. VIII ), dont l'inscription présente le voit par V Apologie d'Apulée, pag. gi, nom de ce proconsul, a été élevé en l'iion^ que , malgré les quarante ans dont sa nouneur de Marc-Aurele et de Lucius Vérus, velle épouse étoit âgée, il ne désespéroit à une époque où ce dernier prince n'avoît pas de sa fécondité.

que le titre d'^r/Kt'/2«rt<7«e, et qui répond (4) On peut voir cette tradition, ap-

à peu près à Tan 164 de l'ère chrétienne. puyée sur des passages de Lactance et de

(i) C'est dans ce sens que ce roman fut S. Augustin , dans l'article cité de Bayle,

appelé VAiic d'or. L'empereur Clodius note L.

A Ibinus en faisoit ses délices. Voyez Jules (5) André Morel a publié le premier

QA^hoVin, Clodius All'inus,c.\ii;TàhTi- ce contorniate {Spécimen rei numariœ ^

PERSONNAGES ILLUSTRES. 3i3

chevelure et ces contours délicats et arrondis dont ses adver- cbap. iv. saires lui faisoient une espèce de reproche, et qu'il a lui-même, ]f/,"°d3Vit quelque part, décrits avec complaisance". Le bandeau qui lui to'^e •'»". de* ceint la tête est celui des prêtres , des initiés , et des hommes pj xiv. divins; et nous avons vu que ces titres se réunissoient dans la personne d'Apulée. Le type du revers représente un guerrier près d'entrer dans un petit temple dont la façade est décorée de trois bustes formant les acroteres du fronton. Aucune légende ne désigne le sujet de ce type; et, comme l'observation nous a prouvé que dans les contoi'niates les revers n'ont presque jamais de rapport avec les têtes empreintes sur l'autre côté , nous ne pouvons fonder de conjectures sur le revers du médaillon d'Apulée.

Le type, par lui-même, n'en fournit aucune. Un guerrier et un temple n'offrent qu'un sujet vague, et peuvent se rapporter à un grand nombre de faits différents. Il n'y a que les trois bustes de la façade qui paroissent donner à ce temple un caractère particulier; mais, comme ils ne présentent aucune espèce d'emblème, on retombe dans l'incertitude. Je lis dans Pausanias que le petit temple des Euménides, qu'on disoit fondé par Oreste près de Cérynée en Arcadie , reufermoit d'anciennes statues en bois de ces trois déesses infernales, qu'on les voyoit très rarement, et que cependant la façade étoit décorée de leurs images (ùkôvcç) sculptées en marbre et d'un bon Ira-

trb. m). C'est de là qu'on a emprunté le sam dixere ; et Mctamorphos. , lib. II,

portrait d'Apulée pour tous les recueils i^ag. ^5 ; cetera corporis inexplicalulàcr

d'iconograpliie. Mais ces dessins sont tons ad rcgulam congruentia , iiwnormis pro'

inexacts. Le nùlie est copié sur l'oiiginai ccritas , sitcculcnta gracilitas , jhnum et

même avec la jihis grande fidélité. innffcctatum capilUtiuin ; ocnli cœsii (jui-

(i) De Magia, pag. 7 : Cnpillus ipse dem , sed vigiles, et in asptictu tnicantcs

qitein isli ad Icriocitiium decoris promis- prorsus aijuiliiio , etc.

ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

Hoiiiaiiif.

l'I. XIV.

CàiAP. IV. vaii' : ces images pouvolent fort bien n'être que de simples lusireTZ^nii!' î^ustcs. Il ne scroit pas plus étrange de voir Orcste sur ce type, """ ''"*'^- ''" qu'il ne l'est de retrouver sur ceux de plusieurs contorniates Belléropliou , Thésée, Léandre, Ancliise, Penthésilée, etc.

Ce profil d'Apulée a été sans doute imité, quoique grossièrement, d'après une des statues qu'on avoit élevées en son honneur, et dont une étoit encore exposée à Constantinoplc, aux regards du puhlic, à la fin du V siele\

(i) Pausanias, lir. VII, c. xxv : K«t« }t

T>]v tc-oacv E? Ta lî^ov y yvyatKùDi É/xsvef xlèov re

(2) Christodoie tle Copte l'a décrite eti trois vers qu'on lit dans toutes les éditiotis de Y Anthologie grecque, et dans le IP vol. des Analecta de Brunck, à la page f^G"].

Bottari a prétendu reconnoître pour un portrait d'Apulée un hermès du musée du Capitule (3Iuseu7n Capilolinum , toin. I, tab. 1) ; mais les traits du philosophe sont trop incertains sur le contorniate pour justifier de semblables comparaisons.

NOTE

Spanheim avoit cru trouver une tête d'Ovide empreinte sur une médaille de Césare'e de Bithynie (^de U.

etP.Numism., tom. I, pag. 54); mais Jean Masson découvrit l'imposture.

Le noiu du patron de cette ville , Vedius (oTHiAioz) Pollio, se prètoit facilement à l'équivoque ; et celui de la ville, KAizAPEaN, mutilé et altéré par le burin d'un faussaire, fut transformé dans le surnom de Nason , NAzaN. V. Eckhel , Num. Anecd. , p. 176. Cependant Bellori prétendoit avec assurance avoir découvert un autre portrait de ce poète dans une peinture du tombeau qu'il appelle tombeau des Nason i^Pitt. ant. del Sepol. de Nasoni disegn. da P. S. Bar-

toU, tav. 5 ), On voyoit dans le principal tableau de la chambre sépulcrale un personnage portant une couronne et accompagné d'une muse , recevoir danslElysée une ombre que Mercure y conduit. Comment se refuser à reconnoître avec Bellori l'image de ce poète aimable, tracée dans le tombeau de ses parents , et caractérisée par la couronne qu'il porte, et plus encore par la muse qui l'accompagne?

INIais l'assertion que le mausolée aj> partenoit à la famille d'Ovide est gratuite, ou, pour mieux dire, est erronée. Le poète de Sulmon étoit issu d'une branche de la famille des Ovidius, qui étoit distinguée des autres branches par le surnom de Nason. Or le

PERSONNAGES ILLUSTRES

tombeau découvert sur la voie Flaminienne , dont Bellori a publié les peintures, n'a ppartenoit à aucune branche des Ovidius. C'etoit le tombeau de la famille des Nasonius qui n'avoit rien de commun avec celle d'Ovide. En admettant même qu'un Nason eût été la première souche des Nasonius, ce surnom ne caractérisoit pas la famille d'Ovide plus qu'une autre : les médailles et les inscriptions nous offrent des Axsius Nason, des Antonius Nason, etc. Un surnom comme celuici, qui a dû commencer par un sobriquet, tiré de quelque particularité dans la conformation du nez (^nasus), pouvoit appartenir, comme il appartenoit en effet, à plusieurs personnes et à plusieurs familles. Et les Nasonius, quelle qu'ait été leur origine , n'étoient pas les Ovidius. Ce dernier nom dérive, ainsi que plusieurs autres, de la vie agricole des Romains, du soin des troupeaux, et particulièrement de celui des brebis (ovw) ; par la même analogie que les noms des Thorius, des Suilius, des Vacceius, etc., sont tirés de taurus, sus , vacca, etc. Les monuments nous font connoître plusieurs familles qui portoient le nom de Nasonius ( Fabretti , c. 1 1 1 , n° 57.1; Maffei , Muséum f^eronense, pag. iSy, n° 4); et le tombeau orne de peintures qu'on a , pour le rendre plus intéressant, attribué nux Nason, et nommément aux Ovidius, appartenoil à Nasonius Âmhrosius et à sa famille. La figure (ju'on a prise pour celle d'Ovide est celle d'une anic de

l'Elysée, couronnée comme Pindare Chap. rv'. a décrit ces âmes fortunées , et comme Personnages ilon en voit plusieurs autres dans les lustres da.ulhis-

^ toire litter. ae>

peintures du même tombeau. La i(o,naiiis. femme jouant de la lyre n'est pas une muse , c'est une habitante du séjour des bienheureux , qu'elle charme , comme l'ont raconté les poètes, par les sons de sa musique (Properce, liv. IV, élég. VH , V. 59 à 62).

Le portrait de Tite-Live, publié par le même antiquaire et adopté par plusieurs éditeurs de cet historien , n'est pas plus authentique que celui d'Ovide, quoique l'opinion vulgaire des Padouans eût précédé celle de Bellori. Le monument, examiné avec plus de critique , se trouve appartenir non H Tile-Live, l'historien célèbre, iriais à un affranchi, Titus Livius Halys , qui avoit servi peut-être dans la famille de l'historien (voyez Gruter, Thés. Inscript., p. 877, n" 9, et Gronovius , Tlies. anliq. g/cec. , tom. III , tab. vvv).

Winckelmann , dans V Histoire de VArt, liv. XI, c. III, §. 7 (tom. II, pag. 237 de l'édit. de M. Fea), a déjà réfuté une opinion adoptée par Fui- ^

vins Ursinus, sur une tête en profil, sculptée en bas-relief, et portant une couronne de lierre. D'après une coujecturc du cardinal Sadolet, on vouloit que ce marbre de la collection Albani représentât Perse le Satyrique (Faber, Imag. illustr. ex Biblioth.

Fuh'ii l'rsini, n" io3 ; Indicazionc antiquaria délia villa Albani , n"Gi3 de la i"^ et u" 58,4 de la a'" édil.). Per-

ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.

Chip. IV. sonne , je penso , ne reclamera ce Personnages il- portrait pour l'iconograpliic. Mais il

lustresdansl'liis- ^„» - •. . . . ,,

,„. ,. , , est nécessaire que i cxainuie ici 1 au-

toire litter. tics 1 J

Buraaiju. llienticitë d'un portrait de Se'neque,

trouvé à Rome, il y a trois ans, dans une fouille ouverte à la vi//a Mattei, sur le mont Celius. M. le professeur Lorenzo Be l'a publié dans un opuscule italien intitulé Seneca e Socrate , Erme bicipile ; Rom a , 1 8 1 G , i n - fol . Je n'avois aucune connoissance de cette découverte que je viens d'apprendre par le n° xiv de la Bibliotheca italiana , journal littéraire imprimé à Milan. C'est un hermès à deux têtes, dont l'une est celle de Socrate; le nom est gravé en lettres grecques sur la poitrine de l'hermès , COKPATHC ; l'autre est la tête sans barbe d'un personnage romain qui porte sur la poitrine le nom SENECA.

n. XVI. Je l'ai fait graver, au simple trait, '^" ^- sous le n° 5 de la planche xvi.

Cette particularité des inscriptions qu'on voit gravées sur la poitrine des hermès, et non sur la gaîne , poiirroit les faire considérer comme apocryphes.

Toutefois l'illustre antiquaire suédois, M. Akerblad, qui s'est trouvé à Rome lors de cette découverte , ne croit pas que les inscriptions aient été ajoutées récemment aux bustes.

Il pense qu'un marin ignorant, logé dans la caserne des Misénates {castra Misenatcum) , où ce morceau de sculpture étoit placé, avoit fait ajouter de son propre caprice , et non à la place convenable , les noms qui désignent

les deux portraits. » Rien de plus «simple, m'écrit ce savant, le 20 « avril 1817, que de supposer que le « buste aura appartenu à quelque ca- « pitaine barbare qui y aura fait gra- « ver le nom des deux philosophes.

« Je ne crois pas ces noms , ajoute- « t-il, du même âge que la sculpture, « mais inscrits très postérieurement ».

Dans ce cas , il me paroît probable que l'auteur des inscriptions avoit bien reconnu le portrait de Socrate, mais qu'il s'étoit trompé sur l'autre.

J'ai indiqué, dans le Museo Pio Clementino, tom. II, pag. 83, plusieurs exemples de ces méprises des anciens :

nous venons d'en voir d'autres sur un contorniate de Solon (ci-dessus, pi. XIII, pag. n° 6), et sur un médaillon en marbre de Cicéron (pl.xii, n" 5 et 6). Le fondement de cette conjecture est dans l'opposition extrême qu'on découvre entre ce prétendu portrait de Séneque et tout ce que ce philosophe a écrit lui-même sur l'habitude et la conformation de son corps. Jeune , il étoit réduit ad siimmam maciem , à une maigreur extrême; vieux, et cette vieillesse fut en lui prématurée {EpisL xxvi), son corps étoit exténué par un régime excessivement sobre , senile corpus parvo victu tenuatum. Le portrait qui est réuni, dans l'hermès, à celui de Socrate, a la tête chauve; et il est étonnant que Séneque, lorsqu'il fait le détail de plusieurs circonstances propres à prouver qu'il est déjà dans la décrépitude avant d'avoir atteint la

PERSONNAGES ILLUSTRES

vieillesse , ne fasse aucune mention de la perte de ses cheveux. D'ailleurs ce portrait, décoré du nom de Séneque, est celui d'un Romain d'environ cinquante ans, qui, malgré son front chauve, a de l'embonpoint et toute l'apparence d'un homme vigoureux et en bonne santé. En conséquence il semble que cet hermès ne peut pas appartenir à Séneque ; et si l'inscription que l'on a , contre l'usage , gravée sur la poitrine, est véritablement antique, il me paroît raisonnable de conclure qu'elle est le résultat d'une méprise.

Le nom du personnage représenté a été quelquefois tracé sur la poitrine des bustes proprement dits, tant de ceux de bronze que de ceux de marbre. On en trouve plusieurs exemples dans \ Iconographie grecque (voyez les planches iv, n° 3 ; xix, n" i ; xxiv, n** I ; XXX, n° 3 ; et xxxiir, n° 2). Mais

il n'en est pas de même des hermès ç-^p jy qui se terminoient par une gaine faite Personnages ilexprès pour porter des inscriptions, lustresdansl'lus-

, ff , .1- toire littér. des

t,n eiiet , on les y voit gravées ordi- Romains, nairement sur le devant, quelquefois sur les côtés, jamais sur les parties sculptées.

Je ne terminerai pas cette note sans avertir le lecteur d'une particularité qu'on a omise dans le dessin du contorniate d'Horace, planche xiii, n° 3.

Une palme d'argent est damasquinée dans le champ en -devant du buste.

Comme le dessin de ce médaillon précieux a été exécuté à Paris, d'après l'empreinte que M. le prince Stanislas Poniatowski m'en a envoyée , la palme n'ayant aucun relief, n'y avoit pas laissé de trace. Au reste nous avons eu plusieurs occasions de faire remarquer ce même accessoire sur des médaillons du même genre.

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