MITHRIDATE II CALLINICUS, ROI DE LA COMMAGENE
Antioclius le Commagénien avoit fait la guerre à Pompée; mais, en abandonnant Tigrane, il mérita que le vainqueur lui conservât ses états. Ses deux fils, ainsi qu'on peut le conclure des fragments qui nous restent de leur histoire, avoient partagé entre eux le petit royaume paternel; mais leur jalouse ambition
(i) Ce monogramme ne peut pas indi- JM. Mionnet dans la Description de Mé~
qiier la ville do Sidon , ainsi que le prétend dailles, etc., t. \, Rois de SjriCy n" 7j4-
SUPPLEMEl\T. , i5
l)iisa les liens du sang, et les fit ennemis. L'un de ces princes p,. a, se uommoit Milhridate; l'autre, Antioclius. Ce dernier dressa à son frère des embûches dont il fut la victime , et , comme un serviteur de Mithridate sollicitoit à Rome la vengeance de cet attentat, Antioclius le fit périr. Ce second crime commis dans la capitale, et, pour ainsi dire, sous les yeux de l'empereur, ne fut pas regardé comme un de ces forfaits dont la punition tardive est réservée au droit des gens; les tribunaux s'emparèrent du procès, et Antioclius, qui se trouvoit à Piome, y fut jugé et condamné à mort. Auguste disposa de sou royaume, dont il investit le fils de Mithridate , qui portoit le nom de son j^ere. Celui-ci régna sur la Commagene; et il transmit le sceptre à ses descendants, qui en jouirent jusqu'à la troisième génération \
Je crois que la médaille gravée sous le n" 8 de cette planche n» s. appartient à ce dernier prince, qui s'appela Mithridate Callinicus. Voici c|uels sont mes motifs.
La fabrique de cette moniioie de bronze, ainsi que le surnom de Callinicus et la tiare qui orne la tète du prince, doivent faire attribuer ce monument à un roi de la Commagene. Nous savons que cette même épithete désigna Antioclius IV, roi de cette région, et devint le nom projM^e d'un de ses fils. La léte d'Anliocluis II, frère de Milhridate l\ est coiffée aussi d'une tiare. S'il (\st dilTicilc de ne pas rcconnoitre le Mithridate Callinicus de la médaille pour un prince de Commagene, il ne l'est pas moins de ne pas la croire phitùt frappée sous le règne du second que sous celui du premier des deux Milhridate
(i) Nous avons touche a ce trait d'histoire dans V Iconographie grcajuc, part. 11, c. \ii , §. b ; et c. XIV, ^. 4.'
i6 ICONOGRAPHIE GRECQUE.
pi. A connus à celte époque. En effet, Mitliridate I", frère d'Antiocliiis II, prend, sur une médaille unique qui porte son nom, . le tllre de grand roi et l'épitliete de Philad(Aphe , ami de son frère'. L'autre ne prend que le titre de roi et le surnom de CaUiiiicus y surnom qui, connne nous l'avons vu, est usité dans la famille des Séleucides, à laquelle ces princes se vantoient d'appartenir. Celui-ci n'est donc pas Mithridate I"; et puisque le fils portoit, suivant Dion", le même nom que le père, il est naturel de penser que le roi de la Commagene , auquel appartient la médaille, est Mithridate II. Il transmit le sceptre à un Antioclius III, dont le fils, Antiociius IV, prend aussi, sur les médailles , le surnom de Callinicus.
Les types de cette monnoie présentent d'un côté la tête du roi vue en profil, et coiffée d'une tiare dont la forme a quelque ressemblance avec celle d'un casque; et au revers, la figure de Minerve, avec la légende en trois lignes, BASIAEilS MI0PlAATou KAAAlNlKou , du roi Mitliridate Callinicus , ou le victorieux^.
§. 8. ARSACE IV PRIAPATIUS.
N° Q. Je dois à la complaisance d'un savant Anglois des plus dis-
tingués , M. Richard Payne Ruight , la médaille que j'ai fait dessiner sous le n° 9 de cette planche, et qui remj)lit une lacune dans la suite des Arsacides.
Sur l'un des côtés est empreinte la tète du roi, ceinte du
(1) Iconographie grecque, c. xii,§. 8. médaille semblable: il en a fait mention
(2) Liv. LU , §. 53 ; et 1. LIV, §. g. dans ses notes sur les médailles des rois de
(3) Cette médaille appartenoit au cabi- Commagene, insérées dans le Tesoro Brinet de feu M. d'Hermand. Le dessin a été tannico de Haym, t. I, p. 112.
pris sur l'origiriai. J. Masson avoit vu une
Landeau royal. Sa physionomie a beaucoup d'analogie avec pi.. a. celles de Pliraate 1" et de Mitliridate I"; la ressemblance est sur-tout sensible dans la forme du nez '.
Le revers représente le prince partlie assis sur un siège conique , dont la forme imite celle de la cortine sur laquelle Apollon est assis dans les types des monnoies frappées par les premiers rois de Syrie.
La légende, extrêmement simple, ne contient que ces trois mots : BASlAEflS MEFAAOY AP2AKOY, du grand roi Arsace.
Ce revers ne diffère en rien, soit pour le type, soit pour la légende , de celui que nous avons remarqué sur la seconde médaille d'Arsace II Tiridate ^.
La drachme que nous examinons appartient ccjiendant à un autre prince. Tiridate est sans barbe, suivant le costume grec, et il est coiffé d'une tiare: notre Arsace a une longue barbe, et il est décoré du bandeau des rois; d'ailleurs sa physionomie n'a aucune ressemblance avec celle de Tiridate. De plus, les légendes d'Arsace V Phraate I" et d'Arsace VI Mitliridate I" joignent toujours au nom du roi une épithete honorifique ^: la simplicité de la légende de la médaille que nous avons sous les yeux semble donc prouver que FArsace qui Ta fait frapper appartient à une époque antérieure; et j'en conclus qu'il ne peut être que le troisième ou le quatrième Arsace , c'est-à-dire Artaban I" ou Priapatius ^
(i) Iconographie grecque, pi. xnx, les commentateurs de Justin, 1. XLI, c. v,
n° 3, 4» 5, et (5. n° 8, les variations de ce nom, que quel-
(2) Iconograph. grecq., pl.xi.ix, n" 2. qiies savants voudroient lire Phriapitns;
(3) Iconogrtipli. grccq., part. II, c. xv, d'autres, Phrapatius, etc. J'ai conservé la §. 2 et 3. leçon qu'offrent unanimement les textes de
(4) On peut voir dans les Annales Ar- Justin. sacidaruin de Longuerue, ainsi que dans
i8 ICONOGRAPHIE GRECQUE.
P). A. Je rattribiie à ce clernicr, à cause de la plus lonj^ue durée de
son règne, et encore plus à cause de la rcssenil)lance facile à saisir, qui existe entre ses traits et ceux de Phraate I" et de Mitliridate I", ses fds et ses successeurs.
Justin, le seul auteur ancien cpii ait fait mention de Prlapatius, nous apprend seulement la durée de son règne, qui fut de quinze ans, et les noms des princes ses fils".
L'époque de ce règne doit répondre à la fin de celui d'Antiochus III, dit le Grand, et s'étendre aux années suivantes, oii la Syrie étoit gouvernée par Sélécus IV Philopator '.