ARSACE IV PHRAATE II
N" 10. Le médaillon ou tétradraclime d'argent dont le dessin est
£]fravé sous le n" 10, tiré du même cabinet, est un des plus précieux de toute la suite des Arsacides.
Jusqu'ici les plus anciens tétradraclimes de cette suite portoient empreint le portrait d'Orode, le quatorzième de ces rois^; et la plus ancienne époque de l'ère des Séleucides, qu'on eût découverte sur la monnoie des rois parthes , répondoit à l'an 276 (36 avant J. C.)*.
Le médaillon, jusqu'à présent inédit, dont nous avons sous les yeux le dessin, présente une époque antérieure de plus d'un siècle, rOP , 173 (i39 avant J. C), et il apjjartient au septième roi des Parthes, Phraate II.
La figure d'Hercule qu'il a pour type annonce que la ville
(i) Zococ/<«to, dans la note précédente. §. g, pi. xlix, n" i8 et 19.
(2) Voyez Longuerue, Annal. Anaci- (4) Iconograph. grecq., loc. cit. , f . lo , daniin, p. 6. pi. xnx, n° 21.
(3) Iconograph. grecq. , part. II, c. xv,
qui l'a fait frapper étoit une colonie macédonienne '• Le grand monogramme dans lequel on distingue les trois lettres APT me fait penser à Artemita^ ville grecque célèbre de l'Assyrie''.
Mais l'opinion que je viens d'énoncer, savoir que le tétradrachme ne peut appartenir à un autre prince qu'à Pliraate II , a besoin d'être appuyée sur des raisonnements qui en fassent sentir la probabilité.
La légende est fort simple , B \2lAI-^.2 MEFAAOY AP2AK0Y *iAEA.\HNOS , du grand roi Arsace , l'ami des Grecs.
J'ai dit, dans l'Iconograplile grecque, que Pliraate II est le premier des Arsace qui se soit décoré de cette épithete de bienveillance \ Le monument que nous examinons ne me présente aucun motif de rétracter cette assertion ; et d'îiilleurs la date qu'il porte exclut tous les Arsace qui ont régné après ce prince.
A la vérité ^litbridate I'''^ étoit encore vivant lorsque ce tétra- ■draclime a été frappé*. Mais je vais exposer les raisons qui me déterminent à l'attribuer plutôt à son fils , qu'il avoit associé au trône, qu'à lui-même.
Pi. A.
(i) Cette preuve me semble d'autant plus conviiincante que la même figure d'Hercule est le type d'un uiédaillon d'argent de Philippe V, roi de JMacédoine. Voyez Pellerin, Hois, pi. m, n" i; Mionnet, Description de Méduillcs j etc., tom. 1, Rois de Macédoine , n" 91, où il faut lire corne il boire, au lieu de corne d' abondance. Ya\ effet , l'Hercule de la médaille de Philippe ne diffère de celui du médaillon de Pliraate que par cette particularité; il tient dans sa main une corne à boire: l'^Hercule du médaillon parthique tient sa coixçe, scyphus. (2) Plusieurs géographes ont fait mention de celle ville. Strabon , I. X\ I , p. 5 1 a ,
l'appelle vixiv k^ioXcyco, ville considérable ; et Isidore de Charax, dans les Geographi minor., la désigne cemme ville grecipie, 3-oAi» ÉAA»n'^«. Elle étoit la patrie d'ApoUodore, auteur connu ifune histoire des Parthes, dont nous regrettons la perte. Il étoit antérieur à Strabon ( Vossius , de Ilistoric. grœc, 1. lU).
(3) Iconogr. grrcq. , part. H , c. xv, §. 4- (i\) I.a drachme de Pliraate II, que j"ai publiée à Ui pi. xi.ix, n" -, licVIconograp/i. grecq.. prouve que ce prince avoii pris le surnom de Philellcne du vivant de son pcre; car il a sur la même médaille les litres de l'hitopalor et d\Iutovnitor.
p.. A. Milliridate F"^, qui , par l'éclat de ses conquêtes ainsi que par-
la sagesse de son gouvernement, mérita le titre de Dieu, ne paroît jamais sur les médailles sans Tépitliete fastueuse de roi des rois'.
Le fils, devenu collègue de son pcre, a pu se contenter du titre de grand roi. C'est même le titre qu'il a pris de préférence sur la j^Iupart de ses médailles'.
Quant à ce que j'avance, que Phraate II régnoit avec son père l'an i^S de l'ère des Séleucides, je pense qu'on ne peut en douter. Cette année fut la dernière, ou tout au plus l'avant-derniere, de la vie de Mitliridate^ ; et les médailles de Phraate II, sur lesquelles il prend tantôt le titre de Pliilopator, ou de fils aimant son père, tantôt celui de Théopator, ou de fils d'un père dieu , semblent prouver que ce prince a régné quelque temps conjointement avec son père. Les premières de ces médailles ajoutent ordinairement à l'épithete de Pliilopator celle d\4utocrator, ou de commandant en chef des troupes, et nous font sentir que Mithridate, accablé par l'âge, en associant son fils au trône, l'avoit mis à la tête de ses armées'*.
Une objection qui, au premier aspect, peut paroitre assez forte contre l'opinion que j'avance , est le peu de ressemblance qu'on trouve entre le portrait que j'attribue à Phraate II, et un grand nombre de portraits certains du même prince , que nous avons reconnus sur de simples drachmes^. Cette objection perdra d'abord beaucoup de sa force, si l'on considère qu'il n'y a
(i) Iconogr.grecq.,TpnTt.ll\,c.xv,§.4- (4) Iconographie grecque, loco citato,
(2) Iconographie grecque, pi. snx , pi. xlix , n° y et 8, où le lecteur peut conn" 7, 8 , 9, et I o. sulter mes observations sur ces légendes.
(3) Longuerue, Annal, u^rsaeidarum, (5) Iconographie grecque, pi. xlix, p. II. n° 7, 8, 9, et 10.
pas plus de ressemblance entre cette tête et les tètes qu'on a reconnues pour des effigies de Mithridale F'', auquel on ne pourroit se dispenser d'attribuer le tétradraclime en question , puisque l'époque qui y est empreinte ne permet d'y recouuoitre que l'un ou l'autre de ces deux Arsace : mais les considérations suivantes serviront encore à l'affoiblir, et, j'ose preque dire, à la détruire entièrement.
La différence des physionomies sur des médailles multipliées et de la même fabrique est sans doute une preuve de la différence des sujets représentés; mais il ne doit pas paroitre étrange qu'une monnoie d'une fabrique particulière , gravée par des artistes peu exercés, et sur-tout au commencement du règne d'un prince , offre ses traits tant soit peu différents de ceux qu'on retrouve sur sa monnoie ordinaire. La numismatique des rois nous fournit plusieurs exemples de ces variétés " ; et la suite des empereurs romains peut en fournir encore ^ Or le médaillon dont il s'agit est précisément dans ce cas, ou, pour mieux dire, il réunit les deux conditions que je viens d'indiquer comme propres à produire ces différences. Il est frappé dans une ville dont la fabrique ne se reconnoît sur aucune médaille de Phraate II, et il a été gravé dans les premiers moments de l'association de ce prince à l'autorité souveraine, lorsque sa figure n'étoit pas
Pl. a.
(i) Iconographie grecque, pl. xlix, n" 5 et G. Les drachmes de cet Arsace sont fréquentes dans les collections.
(a) La suite des Ptolémées offre, plus que tout autre, des exemples ilii peu d'uniforniilé dans leselligics du inrme prince, empreintes sur des nionnoies de fabriques diverses.
(3) Qu'on fasse attention dans les suites des empereurs romains, notamment dans
les médailles d'or et d'argent, au peu de ressemblance qui se trouve entre les différentes effigies de Vitcllius et de Vespasienj et on ne sera pas étonné qu'un monnoycur tl'j l'Assyrie n'ait pas saisi les véritables traits d"uu prince qui venoit de monter sur le trône, et qui ne s'étoit peut-être pas encore approché de la contrée où l'on frappoit ses premières monnoies.
11 ICONOGRAPTTIE ORECQUE.
encore bien connue de ses sujets, et n'avoit pas encore assez exercé le ciseau des artistes. Je persiste en conséquence dans l'opinion que je viens d'énoncer, et je pense qu'elle est la plus proba])le de toutes celles que peut faire naître l'examen de ce monument singulier, et la seule qui en explique toutes les particularités d'une manière un peu satisfaisante'.
La tête du roi est ceinte d'un diadème; sa barbe est longue: c'est le seul caractère qui nous rappelle la pliysionomie de Phraate II , dont la tête offre les mêmes ornements sur l'une de ses drachmes que j'ai publiées dans l'Iconographie grecque".
(i) En se tenant trop matériellement à répocjue du tétradrachme et à l'effigie qu'on y voit empreinte, on raisonneroit à-peuprès de la manière suivante. L'an ij3 de l'ère des Séleucides répond au règne de Mithridate P"" : l'Arsace à qui le médaillon appartient est donc celui-ci. Mais la tète empreinte sur cette médaille diffère de celles qu'on a attribuées à ce prince; donc cette attribution est erronée. 11 faut rendre toutes ces médailles à Phraate I", son prédécesseur; et les drachmes sur lesquelles on reconnoissoit Phraate I" seront données à Priapatius; enfin la médaille unique que je viens d'attribuer .-i ce prince devra appartenir à Artaban I", le troisième des Arsace.
Pour peu qu'on y réfléchisse, on s'apercevra des invraisemblances de cette hypothèse; invraisemblances qui approchent de l'absurdité. Nous n'aurions donc qu'une seule médaille de Mllhridate \", le fondateur de la grandeur des Parlhes, le conquérant de la plupart des villes grecques placées au-delà de l'Euphrate, et qui a régné pendant vingt-six ans; lorsque son
prédécesseur, qui n'avoit agrandi son royaume que de la conquête du pays des Mardes, nous auroit laissé lui si grand nombre de monnoies à légende grecque? Son père, Priapatius, auroit pris le titre d'Epiphane avant que la vanité d'un prince Séleucide l'eût inventé? Et ces suppositions étranges paroîtroient plus faciles à croire que de penser qu'un monnoyeur grec ait pu se tromper sur les traits d'un prince qu'il n'avoit jamais vu, et ne les ait pas fidèlement rendus sur la monnoie ? Il me semble que la saine critique réprouve cette manière de raisonner; et alors, en revenant à mon système, nous retrouverons un air de famille dans la physionomie de Priapatius et dans celles de ses trois fils, Phraate et Mithridate I"', et Artaban II, et le même air de famille dans la physionomie de Mithridate I", et dans celles de ses deux fils Phraate II et Sanatrécès. La planche xlix de V Iconographie grecque , et le n° 9 de la planche que nous avons sous les yeux, font sentir d'un coup-d'œil ces analogies.
(3) Planche xlix, n" 10.
SUPPLEMENT. iZ
§. lo. ARSACE XI SANATRÉCES.
Autant la fabrique du médaillon que nous venons d'examiner est nette et élégante , autant est grossière et presque barbare celle de la drachme n" ii. Ce monument n'en est toutefois ni moins sin<iulier ni moins curieux'.
La tête du roi, mal tracée, a la barbe courte, et est ceinte du diadème. Derrière la tête sont très distinctement gravées les trois lettres TAM, particularité extrêmement rare sur les médailles des Arsacidcs. Le revers offre la légende, fort simple, BA2lAE^2 MErAAOY AP2AKOY 0EOnATOPO2 , du grand roi Arsace , jîls d'un père dieu. Le type présente la figure du roi assise sur un siège conique, et ressemble aux types des monnoies les plus anciennes de cette suite.
J'ai remarqué, dans l'Iconographie grecque, que l'épithete de Théopator , fils d'un père dieu, ne peut convenir qu'aux deux fils de Mithridate F', qui ont régné, c'est-à-dire à Phraate II et à Sanatrécès''. Je n'hésite doue pas à reconnoître ce dernier prince sur la médaille eu question ; sa barbe et sa chevelure sont tout-à-fait différentes de celles de Phraate II; d'ailleurs les traits de la physionomie sont trop mal dessinés pour qu'on puisse en rien conclure. Mais les trois lettres, TAM, qu'on lit du côté de la tête, prêtent une nouvelle force à ma conjecture. 11 paroît en effet très vraisemblable qu'elles désignent la ville de Tainhrax , une des capitales de l'Hyrcanie, où les rois parthes faisoient quelquefois leur résidence". Sanatrécés qui fut rétabli
(i) C'est encore à rainiiié et à lacomplai- (2) Iconogiaph. grccq.,c. xv, <$. 4 et -.
sancedeiiiylordNoiihwichquejetloisrein- (3) Polyhe, 1. X, c. xwui, dit que T.uu-
preintcdecettemédailktii'cedcsoncubiiiet. iii'ux,au temps du troisiomc Arsace n'ctoit
pj. A. sur le tronc tic ses ancêtres par le secours des Saces, nation , Sr;ylliique placée à l'orient de THyrcanie', dut commencer par
cette région la conquête de son royaume. Installé à Tambrax, sur ce trône contesté, il a probablement fait frapper des monnoies qui portoient son effigie, et, de plus, findicalion de la ville royale qui avoit été la première à reconnoilre son autorité. Ainsi cette médaille singulière peut enrichir en même temps la suite des médailles des villes. Nous ne connoissons aucune autre monnoie frappée à Tambrax.