TATIUS
Titus Tatius, chef des Sabins qui habitoient la ville de Cures, résolut de venger l'outrage que les peuples voisins de Rome, et particulièrement les Sabins, avoient reçu par l'enlèvement de leurs filles; mais il ne suivit pas l'exemple de quelques uns de ces petits peuples qui, ne consultant que leur ressentiment, et
(fêtes dites) Cerealia. Le type représente la déesse Cérès assise, une torche dans la main gauche, et des épis de blé dans la droite; les serpents qui traînoient son char sont à ses pieds. Les antiquaires ont proposé différentes conjectures pour déterminer l'occasion où la médaille fut frappée, et pour indiquer le motif des types qu'elle présente. Ce qu'il y a de certain , c'est que Memmius, probablement un des triumvirs préposés à la fabrication de la monnoie, a voulu profiter de cette circonstance pour renouveler le souvenir d'un fait honorable à un de ses ancêtres : savoir ,
qu'un Memmius, édile, avoit été autrefois le premier à célébrer à Rome les fêtes et les jeux consacrés à Cérès, et connus sous la dénomination de Cerealia. La tête du fondateur de Rome pourroit faire croire que cette médaille a été frappée à Rome l'an 2'j avant l'ère chrétienne, lorsque le sénat déféra à Octave l'autorité suprême, avec le titre d'Auguste. On sait que plusieurs sénateurs avoient proposé de lui donner de préférence le nom de Romulus (Suétone, Augusto , c. vu).
(i) Fie de Romulus, §. i6.
malgré l'infériorité de leurs forces, avoient osé se mesurer avec chap. i. Rome, et n'avoient fait qu'accroître l'orgueil de ses habitants t^^^^^eTépôques et leur assurer l'impunité de leurs violences. '*' p'"' ancien-
i lies.
Tatius rassembla une armée nombreuse , la conduisit jusqu'au p, j pied des collines sur lesquelles s'élevoit la ville de Romulus , et s'empara, par la trahison d'une femme, du rocher fortifié, connu ensuite sous le nom de Capitole'. Le désir de le reprendre et celui de le conserver donnèrent lieu à des combats qui avoient déjà ensanglanté la vallée par laquelle le Capitole est séjjaré du mont Palatin, lorsque l'intervention subite des femmes sabines désarma la fureur des combattants. Vaincus par les prières et par les larmes de ces épouses tendres et courageuses , ils conclurent l'étrange traité par lequel Rome devoit appartenir à deux peuples , et être gouvernée par deux chefs''.
Cette périlleuse communauté de puissance dura quelques années : mais Tatius, injuste envers ses voisins, ne fut pas aussi habile ou aussi heureux que Romulus ; il devint la victime du ressentiment de quelques citoyens de Lavinium auxquels il avoit refusé de rendre justice^ Il paroit cependant que ce prince avoit de la franchise et de la modération , une telle simplicité , ou
(i) On prétend que cette femme, apoelée Tarpeïa , étoit la fille du guerrier à qui Romulus avoit confié la défense du Capitole; et l'on ajoute que le prix de la trahison devoit être les bracelets d'or que les Sabins portoient autour du bras gauche. Properce (1. IV, él. IV ) suppose que la vierge Tarpeïa étoit une prêtresse , et qu'elle étoit devenue amoureuse du prince ennemi.
(2) Ce système , quoique contraire à
toute bonne politique , n'étoit cependant
pas une nouveauté dans ces anciens gou-
rernenients. A S^iarte, il se perpétua du-
rant une longue suite de siècles; et il n'étoit pas rare dans la fondation des nouvelles villes et dans l'établissement des colonies. Thucydide (1. VI, §. i et a) ei Strabon (1. XII, p. 582) en fournissent plusieurs exemples.
(3) On conçoit aisément que, dans cette circonst;ince, quelques soupçons planèrent sur llonudus (l'iutarque, A'uriia^ §. 5). Tatius avoit régné avec lui pendant six ans; il mourut Tan yi{i avant l'ère chrétienne.
lo ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. I.
CiiiP. I. plulôL imc lcll(3 rudesse dans ses mœurs, qu'elle étoit encore Hommes iiius- ç.[^^q çj^ proverbe par les écrivains du siècle d'Auirusle'.
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p, I Nous avons d(''ja remarqué que les magistrats romains qui
présidoient à la fabrication de la monnoie ne laissoient pas échapper l'occasion de réunir dans les types les faits de leurs familles avec ceux de l'histoire romaine : c'est ainsi que Titurius Sabinus et Vettius Sabinus Jiidex, magistrats qui se vantoient de tirer leur origine des anciens Sabins, et probablement de Titus Tatius lui-même, ont fait graver sur la monnoie la téta
N" 5 et 3. de cet ancien chef. Les n° 3 et 4 présentent les dessins de ces médailles; d'un côté est la tête de ïatius sans aucun ornement. Sur le revers de la première on voit les Sabins accabler de leurs boucliers la vierge Tarpeïa, qui vcnoit de leur livrer le Capitole". Les descendants de Tatius ont sans doute voulu faire honneur à l'auteur de leur race de l'horreur qu'il avoit montrée pour les traitres, lors même qu'il avoit profité de la trahison^.
(1) Properce, 1. H , él. xxxii , v. 47-
(2) Morelliiis, Thés, famil. ^ Tititria, B; et Vettia, n° i. Le denarius du n" 3 a pour légende, du côté de la tète, le surnom SABINu.fj porté par Lucius Titurius, qui a fait frapper la médaille: ce surnom peut avoir rapport aussi .\ la tèie de Tatius, qui étoit Sabin. La légende du revers présente le prénom et le nom du magistrat , L • TIT YRI , Lucius Titurius : le croissant et l'étoile, emblèmes de la nuit, désignent le moment de la trahison. Sur la médaille n" 4, le surnom Sabinus est encore celui d'une branche de la famille Vettia , et peut avoir les mêmes rapports : le monogramme, composé d'un T et d'un A,
donne les deux lettres initiales du nom Tatius: les deux lettres S • G •, senatûs consulto, marquent que Titus Vettius Sabinus Judex, dont le reste des noms est gravé sur le revers, T • VETTIVS IVDEX, a fait frapper cette monnoie par l'autorité du sénat. L'homme barbu, qui est debout sur un char à deux chev.iux , est probablement Tatius lui-même. La palme qui, sur la médaille n° 3, est du côté de la tête, se voit ici, n° 4, derrière la figure du prince sabin, et fait allusion à ses victoires ( Eckhel,/?.A"., t. V,p. 336).
(3) Properce, 1. IX, él. iv, v. 89:
Neque eniin sceleri dédit hostis honorent.