‹ Iconographie romaine (volume 4)Chapitre 63 sur 94 · AUGUSTE · texte numérisé non relu

AUGUSTE

Pour le bonheur du genre humain, Auguste, a-t-on dit, n'auroit jamais dû naître, ou n'auroit jamais dû mourir. Les deux principales parties de sa vie sont renfermées dans ce mot. La première a été souillée par les proscriptions , les meurtres , l'exil , et les confiscations ; on peut en placer le terme à la mort d'Antoine, l'an de Rome 724, 3o*" a^ant l'ère vulgaire, 33" depuis la naissance d'Auguste: elle est décrite, quant aux actes publics, dans la notice sur Marc- Antoine'. Je ne parlerai donc ici que de la vie privée d'Auguste pendant cette période.

Caïus Octavius , surnommé Auguste , naquit l'année où Cicéron étant consid, découvrit et fît échouer la conjuration de Catilina, 63" avant l'ère vulgaire. 691" de Rome. Sa mcre, Attia, étoit fille de Julia ^ sœur de Jules César; son père, Caïus Octavius, qui étoit le premier sénateur de sa famille, mourut jeune. L'éducation d'Octavien ne souffrit pas de cette perte , parceque sa rùere, et Philippus son second époux , s'en occupèrent avec zèle : il fit même de si grands progrès dans l'art oratoire, le premier de tous dans une république, qu'à peine âgé de douze ans, on l'entendit prononcer l'oraison funèbre de sa grand'mere Julia. Il montra de si bonne heure un jugement sûr, une éton-

(i) Dion; Appion; Tacite, dans ses y4n- (2) Iconographie roinaine^ I"^ partie,

nalesj Suétone, etc. , ont été mes guides.

nante circonspection, que César, son grand-oncle, lui accorda cup. i. toute sa faveur, lui promit de l'adopter s'il mouroit sans enfants ; ^^^céH'rs'" et le choisit pour maître de la cavalerie à l'âge de dix-sept ans. ii.xviictxvm. Cette adoption fut consacrée, un an après , dans le testament de César. Auguste poursuivit ses assassins avec un zèle dont le motif réel fut de plaire à la multitude , en paroissant remplir les devoirs rigoureux de la piété filiale , et d'effrayer le sénat par les actes répétés d'une vengeance implacable. Il est permis de croire aussi qu'il y fut poussé par son caractère naturellement cruel et sanguinaire, si l'on se rappelle qu'il surpassa dans ses proscriptions Sylla et Marins ; qu'il fit mourir, avec une barbarie froide et calculée, les personnages les plus distingués de Ptome , de l'Italie, trois cents sénateurs, deux mille chevaliers; qu'il abandonna à la vengeance de ses deux collègues dans le triumvirat (Antoine etLépide), le Démosthenes romain, et son propre tuteur; et qu'enfin, devenu plus humain par politique, il multiplia cependant, un jour qu'il présidoit le tribunal criminel, les condamnations à mort à un tel point, que Mécène indigné lui fit passer ses tablettes, sur lesquelles il avoit écrit: «Arréte-toi « donc , bourreau '. » Couvert du sang le plus illustre , il marcha contre ses ennemis publics ; défit Brutus et Cassius à Philippes; Lucius Antonius, àPérouse; Sextus Pompée, en Espagne; enfin Marc-Antoine, avec Cléopâtre, à la bataille d'Actiuni, et les réduisit à s'ôter la vie.

L'art de la flatterie, celui de tous qui est le moins limité dans ses progrès, sembioit s'être épuisé pour César, et cependant il trouva de nouvelles expressions pour son successeur. Le sénat conféra à Octave le titre d'einj)creur (im/tcrator) , avec les mêmes pouvoirs qu'avoit eus sou grand-oncle, ceux de lever des

(.) Dio, LV, $. 7.

3o ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

cnAP i. troupes, d'établir des impôts, de faire la guerre et la paix, de I anuiie dos coiidamiier à la peine capitale les chevaliers et les sénateurs dans

Ccs.irs. ^ ^

pi.xvnctxvm Rome et hors de Rome". Il le dispensa même de toute ohéissance aux lois \ Le tribunal du peuple appartenoit aux plébéiens seuls; mais le sénat accorda à Octave, pour sa vie entière, la puissance du tribunat , qui rendoit sa personne sacrée et inviolable (de sorte que celui qui Foffensoit, même par de simples paroles , étoit mis , par le fait , hors de la loi ),, et qui Tautorisoit à casser tous les actes contraires à sa volonté. Cette puissance tribunitienne, tribunitia potestas , qui n'avoit en apparence rien d'éclatant, comme celle d'un roi ou d'un dictateur, fut le com- 2)lément du pouvoir impérial; aussi Octave et ses successeurs (jusqu'à Claude II, ou le Gothique) l'inscrivirent sur les monuments , et la communiquèrent quelquefois à ceux des princes de leurs familles qui n'avoient pas encore le titre d'Auguste. A ces deux titres les empereurs joignirent celui de souverain pontife, qui plaçoit sous leur direction tous les objets relatifs à la religion ; il appartint exclusivement au premier des Augustes, lorsqu'il y en eut plusieurs , jusqu'à Volusien, qui le porta conjointement avec son père Gallus. Ils y joignirent quelquefois le titre de censeur^ pour avoir le droit de créer ou de supprimer des sénateurs; de connoitre la nature, l'étendue de leurs biens; de faire l'inspection de la conduite des citoyens ; et enfin celui àe père de lapatrie , qui sembloit devoir être le correctif de titres plus fastueux \

Tels furent ceux que porta le premier fondateur de l'empire, César; mais Octave auroit encore voulu être appelé Romulus :

(i) Dio,LIIl,§.28. (3) Suet.,LVIII.

FAMILLE DES CESARS. 3r

cependant il craignit de faire connoilre par-là le dessein d'exer- chap i cer un pouvoir absolu , comme celui des rois '. F^mnu des

*■ ' Césars.

Munatius Plancus proposa donc au sénat (Sy ans avant l'ère pi.xviietxvm vulgaire), probablement d'après l'invitation secrète de l'empereur, de lui déférer le titre di Auguste ^ mot qui, dans la langue des Romains, désignoit un lieu ou un objet consacré à la religion par les augures'. Ce titre devint le nom spécial des empereurs, de leurs épouses; et l'on y substitua même par la suite celui de toujours Auguste.

Ce n'est point ici une nomenclature vaine des titres des empereurs , parcequ'elle fait connoitre le pouvoir illimité dont le sénat les investit; «Cétoit, dit Tacite, la toute-puissance dévo- «lue à un seul» : Oinnem potestatem adunum conferrP\ et Dion* n'hésite pas à l'appeler monarchie. Tacite^ décrit les causes qui facilitèrent à Auguste l'arrivée au trône: «Tout le monde étoit «las des guerres civiles.... Les jeunes gens, une grande partie «même des vieillards, étoientnés pendant ces guerres; combien «peu restoit-il de citoyens qui eussent vu la répu])lique !... Octave ce s'attaclioit le soldat par les largesses; le peuj^le, par les distri- «butions de vivres; tous par l'appât du repos et de la tranquil- «lité. Il ne trouva point de résistance, lorsqu'il accumula sur sa «tête les pouvoirs du sénat, des magistrats, des lois; les plus «courageux avoientpéri dans les combats ou dans les proscrip- «tions; ce qui restoit de patriciens , élevés aux honneurs en pro- « portion de leur docilité et de leur bassesse, préféroient l'agTan- «disscment que leur procuroit le nouvel ordre de choses aux «dangers qui étoient résultés de l'ancien. Les provinces ne té- «moignoient aucune répugnance à recevoir cette forme de gou-

(i) Dio, L(n,§. i6. (2) Suei., VII. (4) Dio, LUI, §. 17.

(3) Tac, llht. !,§.!. (5) Jmuil. , I. <^\ i, 44.

CiiAp. F.

ainillc ( Césars

pi.xviiiixviii

«vernemcnt. Elles redoutoicnt le ])ouvoir(lii sénat et du peuple, Famille des ^^ .'j (^j^ugg jj.^ rivalitcs des grands et de la cupidité des magistrats, «auxquelles des lois impuissantes contre la violence, la brigue, «et l'argent, n'opposoient que de trop foibles barrières.»

Certain des suffrages du sénat et du peuple, Auguste miit en délibération avec ses deux favoris, Agrippa et Mécène, quelle forme de gouvernement il devoit donner à Rome '. Ceux-ci développèrent éloquemment deux opinions opposées, que Dion nous a conservées, et que Corneille a si noblement reproduites dans sa tragédie de Cinna. L'homme de guerre demanda la république ; mais l'adroit Mécène, qui en courtisan habile avoJt pénétré les vues d'Auguste, l'exhorta à conserver l'empire tel que César l'avoit établi, en améliorant cependant tous ses établissements. A la suite de cet entretien , l'empereur demanda avec instance au sénat d'être déchargé du poids des affaires. Son attente ne fut pas trompée; tous les sénateurs, les uns par attachement, les autres par crainte, le conjurèrent de ne point abandonner le gouvernail de l'état. 11 put donc assurer qu'il régnoit par l'ordre du sénat et du peuple. On devroit fixer au 7 de janvier de la 1-]" année avant l'ère vulgaire, la 36' de son âge, le jour où il fit cet acte éclatant de dissimulation, s'il est désio-né comme on le croit, dans une inscription trouvée à Narbonne' en i566, par ces mots: «Le 7 des ides de janvier, jour «où, pour la première fois, il commanda à l'univers.»

Au commencement de la 29' année (ysS de Rome), et avant le retour d'Auguste, le sénat avoit fermé le temple de Janus, parceque l'empire jouissoit d'une paix générale: c'étoit la troisième fois seulement qu'il l'avoit été depuis la fondation de

(1) Dio,Lni, II. QVADIEPRIMVMIMPERIVMORBIS

(2) Vil • QVOQVE ■ IDYS • lANVAR TERRARVM • AVSPICATVS ■ EST.

Rome. En sa qualité de censeur, l'empereur profita de cette paix c«.vp. i. pour faire le dénombrement des citoyens romains répandus "c'J,/' dans tout l'empire; il s'en trouva quatre millions soixante-trois pi.xvitetxviii. mille'. Le caractère d'Auguste le portoit à la tranquillité; son courage, que l'on put soupçonner une fois, ne sembloit se montrer qu'avec effort : aussi n'entreprit-il aucune guerre que pour la défense de ses états, et avec l'assurance du succès '. De là vint le chagrin extraordinaire qu'il fit paroître après que Varus eut été vaincu , et que trois légions eurent été détruites par les Germains. Il craignit un moment que ces barbares vinssent fondre sur l'Italie, et pénétrassent jusqu'à Rome; il y établit une surveillance très active, et la prescrivit aux gouverneurs des provinces. Il laissa croître sa barbe et ses cheveux pendant plusieurs mois; et il répétoit souvent avec douleur: «Varus, rends-moi «mes légions»; comme s'il eût pu être entendu par cet imprudent officier, qui n'avoit pas voulu survivre à sa délimite.

Auguste ne suivit point le plan de conduite que s'étoit tracé Jules César, qui avoit laissé au sénat et aux magistrats leurs anciennes fonctions, toutefois sous sa direction immédiate; Auguste, au contraire, ne conserva que leurs anciennes dénominations, Eadem magistratiium vocahida (dit Tacite^) verso civitatîs statu , nihil usquam prisci et integri nioris ; et il renversa les bases du gouvernement, ne laissant rien subsister qui pût rappeler les lois et les habitudes des anciens Romains. Il abandonna au sénat la nomination des gouverneurs de provinces, se réservant seulement celles qui, menacées par l'enuenii, étoient occupées par les légions; c'est-à-dire qu'il dcnicuroit le maître de la force armée. Le sénat, par reconnoissance, accorda une double paye aux soldats de sa garde, à ces prétoriens qui,

(i) Dio, LUI, §. I. (2) Suct., XXVI. (3) Annal, I, 3. 2. * 5

34 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Pabi. TT.

Chai. I par lu suitc , donnèrent si souvent la couronne jusqu'à l'an 3i 2, Fa.„iiie <ie.s ^^^ Coustantin les licencia.

Ccsars.

pi.xviietxviii. Toujours occupé à cacher à la multitude sa domination, et la main qui lenoit les rênes de l'empire , Auguste limita lui-même à dix ans, comme l'avoit fait César, le pouvoir suprême, qu'il disoit tenir du sénat, bien sûr de s'en voir revêtu de nouveau après ce terme. «En effet, dit l'iiistorien Dion', après les dix «ans, on prolongea le terme du pouvoir absolu à cinq, puis à «dix , puis encore à dix ans; de sorte que, par le moyen de ces «prolongations décennales, il le conserva pendant toute sa vie. « De là vient que ses successeurs, quoique l'empire leur soit re- «mis, non plus povir un temps limité , mais pour toute leur vie, «célèbrent encore tous les dix ans une fête, comme si leur pou- «voir étoit renouvelé à cette époque.» Mais il refusa prudemment le titre de dictateur, avec lequel César lui-même n'avoit pu réconcilier les esj^rits, tant Sylla l'avoit rendu odieux^; et celui de seigneur, que prenoient les rois d'Orient.

A peine Octave eut-il reçu le nom d'Auguste ^, qu'un tribun du peuple, Pacuvius, proposa un genre de flatterie inconnu jusqu'alors avix Romains, et pratiqué seulement chez les barbares, Celliberes, et Gaulois'*. Il vouloit se dévouer (dei^owere), se consacrer à lui, pour exécuter tous ses ordres, même aux dépens de sa vie. Cet exemple trouva, chez une nation asservie, de nombreux imitateurs; mais Auguste, avec sa dissimulation accoutumée, feignit de s'y opposer, et cependant il récompensa Pacuvius. D'ailleurs il permit qu'on le représentât de la même manière que les dieux ; que les Grecs de Pergame et de Nicomédie lui consacrassent des temples après la bataille d'Actium,

(1) Dio,LIII,§. 16. (2) Suet.,LIII. (4) Valer. Maxim., II, c. vi,!!" 1 1 ; Caes.,

(3) Dio, LUI, §. 20. Bell. Gall., II, 22.

et que les rois alliés ou tributaires se réunissent pour élever CHir.i à Athènes un temple consacré à son génie et à sa fortune. A la '^cLar^^^ vérité ce culte ne lui fut pas rendu à Rome, et il n'y fut jamais pi.xviietxviii permis (non plus que dans tout le reste de l'Italie) de bâtir un temjjle en l'honneur d'un empereur vivant.

Les honneurs divins qu'on rendoit à Auguste n'empêchèrent pas plusieurs Romains, et même de la plus basse extraction, ultimœ sortis, dit Suétone ', de conspirer contre lui. Cet historien, qui rapporte les noms de la plupart d'entre eux, semble avoir oublié le plus célèbre, Cneius Cornélius Cinna , petit-fils de Pompée, qui, ayant porté les armes contre Octave, et ayant obtenu un pardon solennel , ourdit une conspiration pendant que l'empereur parcouroit les Gaules. Celui-ci hésita long-temps entre le besoin d'assurer la conservation de ses jours , et la dure nécessité de répandre un sang illustre; il suivit enfin le conseil de Livie, son épouse. Il pardonna encore une fois à Cinna, et le désigna même consul pour l'année suivante.

Dion ' fait observer que cet acte de clémence frappa tellement les Romains, que non seulement il ne se forma plus de conspiration contre Auguste, mais qu'on n'en découvrit pas même l'apparence. Le silence de Suétone et de Tacite a fait douter quelques personnes de la vérité de cet acte de clémence; mais Dion le rapporte avec des détails et avec le discours de Livie, qu'il ne paroît pas avoir inventés. Séneque ^ nous a conservé le discours d'Auguste à Cinna ; et il adresse son écrit à Néron , que l'on n'auroitpu tromper sur un fait aussi remarquable. A la vérité Dion place la scène à Rome , tandis que Séneque la place dans les Gaules; mais je ne crois pas que cette discordance puisse faire révoquer le fait en doute : elle prouve seulement que

(i) Cap. XIX. (a) LV §. 22. (3) De Ckm., 1,9; Zonar., X, 36.

36 ICONOCxRAPIITE ROMAINE. Part. II.

Ci.Ar. I. Dion, écrivant sous Alexandre Sévère, n'étoit pas aussi bien Famille des instruit fiuc Ic précepteur de Néron.

Césars. ^ '

iH.xviietxviii. Ce voyage d'Aiigusle dans les Gaules, Fan 27 ( 727 de Rome), avoit pour but de donner une forme régulière au gouvernement de ces provinces, qui avoient jusqu'alors été la proie des avides proconsuls. De là il passa dans la péninsule au-delà des Pyrénées, soumit quelques rebelles, et y établit la même forme d'administration. 11 voyagea ensuite en Asie: c'est là que Phraate, roi des Partbes, lui renv,oya en l'an 10 (734 de Rome) les aigles et les captifs qui avoient été pris après les défaites de Crassus et d'Antoine. Auguste considéra cette restitution comme une grande victoire, et comme un des événements les plus glorieux de son re^rne. Il reçut aussi à Samos une ambassade des rois de l'Inde, dont faisoit partie un philosophe de ces contrées, qui se brûla volontairement et en grande pompe. Auguste avoit déjà accueilli l'an iS (729 de Rome) une première ambassade des mêmes rois, avec des présents; ainsi qu'une autre, envoyée par les Scythes et par d'autres peuples septentrionaux. «Ce fu- «rent, dit Suétone', sa modération dans la victoire, et ses verte tus, qui engagèrent ces peuples, si éloignés des Romains, à «rechercher leur alliance.»

Depuis cette époque, Auguste fut tranquille au-dehors, et maître absolu de toutes les volontés; mais il ne jouit pas dans sa famille d'un semblable bonheur : il avoit conservé si peu de temps sa première femme , Claudia, belle-fille d'Antoine, qu'à peine l'histoire en a-t-elle gardé le souvenir ; la seconde fut Scribonia, qui avoit eu deux maris consulaires, dont un l'avoit rendue mère. Comme elle étoit sœur du beau-pere de Sextus Pompée , on crut , dit Appien , que , doutant de la sincérité d'An-

(i) Cap. XXI.

toine, Octave, en l'épousant , se ménageoit un moyen de con- chap. i. ciliatiou avec le fils de Pompée. Scribonia rendit Auguste père

Famille des

Ces

ar«.

de Julie, célèbre par ses débauches, dont elle avoit trouvé un pi.xviietxviii. modèle dans sa mère, répudiée depuis par l'empereur, à cause de sa conduite licencieuse. Elle parut un moment reconcpiérir l'estime publique , lorsqu'elle suivit Julie sa fille dans Tile Pandataria (aujourd'hui Palmeria, dans le golfe de Gaëte) où son père l'avoit exilée. La troisième et la dernière fut Livie , pour laquelle il avoit conçu une passion si forte , qu'il contraignit Tiberius Nero, père de Tibère, de la répudier, l'an 38, pour la lui céder en mariage, quoiqu'elle fût enceinte de plus de six mois de Drusus, frère puiné de Tibère. Les pontifes, consultés sur une alliance aussi extraordinaire, n'osèrent refuser leur approbation. Nous ferons connoitre plus bas cette femme aussi célèbre par sa beauté et sa bienfaisance que par son esprit et sa cruauté. Nous dirons seulement ici qu'on l'accusa, avec assez de vraisemblance, d'avoir fait périr les deux petits-fils d'Auguste, fils d'Agrippa et de Julie , Caïus et Lucius , auxquels l'empereur avoit donné le nom de César, en les adoptant, l'an 17. Elle vouloit, en agissant ainsi, ne laisser d'autre successeur à Auguste que Tibère, qu'il adopta l'an 4 de l'ère vulgaire, en l'associant à la puissance tribunitienne.

On lui a souvent reproché d'avoir choisi jDOur lui succéder un homme dont il connoissoitles défauts et les vices. Selon Suétone et Dion, plusieurs personnes dirent qu'il avoit eu pour but, dans cette adoption, de se faire regretter, par la comparaison que l'on ne pourroit s'empêcher d'établir'. Mais on peut leur répondre qu'ayant perdu son neveu Marcellus, les délices des Romains, sou beau-fils chéri Nero Drusus, père de Germa-

(i) Suet., cap. XXI; Dio, LVI, §. 4S-

38 ICONOGR APHTE ROMAINE. Pakt. II.

ci.vp. r. uicus, ses deux fils adoptifs Caius et Lucius, et n'ayant que des

Famille des niotifs d'avcrsion pour leur frère posthume Agrippa , aversion

i'i.xvii..txvii[ ïit'e d'une indiscrétion, mais fomentée et entretenue adroitement

par la perfide Livie, Auguste, qui vouloit laisser l'empire dans

sa famille , ne trouva que Tibère sur qui faire tomber son choix.

Le grand âge de l'empereur, et sa foiblesse, ne lui permettant plus d'assister que rarement aux assemblées du sénat, il demanda qu'il lui fût permis de se former un conseil particulier composé de vingt sénateurs choisis annuellement. Mais ce corps , parvenu au dernier degré de bassesse et de flatterie, ordonna de plus que tout ce qu'il auroit réglé avec Tibère et ses autres enfants adoptifs, avec les consuls en charge, ou même simplement désignés, et avec les vingt conseillers de sou choix, auroit force de loi comme un sénatus-consulte '. Telle fut l'origine des comtes, comités; c'étoient les sénateurs desquels les empereurs se faisoient accompagner, comitari , dans les voyages et même dans les guerres , pour leui^ servir de conseil.

Enfin l'année suivante, 767^ de Piome, i4' de l'ère vulgaire, 75^ de l'âge d'Auguste, et la 44*^ de son règne, depuis la bataille d'Actium, vit terminer ses jours. Il voyageoit sur la côte de Campanie , lorsque sa foiblesse l'obligea à s'arrêter à Noie : il y attendit la mort avec patience. Dion dit ' : « Il mourut de maladie, «mais on soupçonna Livie d'avoir hâté sa fin, parcequ'il avoit «envoyé, à son insu, visiter dans l'exil son fils adoptif le jeune «Agrippa, et qu'il paroissoit vouloir lui rendre ses bonnes gra- «ces. L'impératrice, craignant qu'il ne l'aj^pelât au trône, au «préjudice de son fils Tibère, frotta avec du poison les figues «d'un arbre sur lequel Auguste aimoit à en cueillir lui-même. «Elle lui présenta celles qui étoient empoisonnées, et mangea

(i) Dio, LVI, §. 28. (2) Dio, LVI, §. 3o.

«celles qu'elle avoit conservées saines et entières. Au reste, soit chap. i. icaue telle ait été la cause de sa maladie, soit qu'il y en eût une Famdiedes

l ' T. J Césars.

«autre, Auguste assembla ses amis, leur donna ses dernières pi.xvnetxvm. «instructions; leur dit enfin qu'il avoit trouvé Rome toute de «brique, et qu'il la laissoit toute de marbre : c'étoit une alléoro- «rie par laquelle il vouloit désigner, non la beauté des édifices, «mais la solidité du gouvernement. Il les invita ensuite à l'ap- «plaudir, comme le font les acteurs à la fin de leurs représen- «tations, se moquant ainsi de la vie humaine (en la comparant «à un drame).»

Suétone' fait à peu près le même récit; il ajoute seulement qu'avant de recevoir ses amis, il avoit fait ai-ranger ses cheveux et son visage devant un miroir ; et qu'a2:)rès leur sortie , il s'étoit jeté dans les bras de Livie, en lui disant ; « Conservez le souve- «nir de notre union, et vivez heureuse.»

Le dernier mot qu'Auguste dit à ses amis nous donne, si l'on peut s'exprimer ainsi, la clef de toule sa conduite publique. Il s'imposa le rôle d'un politique impénétrable^ que les plus violentes agitations ne purent faire sortir de son impassibilité , dont rien ne put interrompre la marche égale et calculée. «Hâte-toi « lentement » , telle étoit son expression favorite. Etranger à toutes les passions, il employa habilement celles des autres pour parvenir à l'empire : Antoine le défit de Rrutus; et Agrip[)a, d'Antoine. Par la suite, l'amitié de Mécène, et la société des hommes de lettres , lui donnèrent la réputation de protecteur des muses. On le vit plusieurs fois changer de drapeaux, mais jamais de projets : cette constance fut peut-être tout le secret de sa fortune étonnante. Il poussa la dissinudation si loin que, pendant sa longue vie, il parut toujours vouloir abdiquer le pouvoir ab-

(1) Suet., caj). c.

4o ICONOGRAPHIE PtOMAINE. Part. II.

CiiAP. I. solu , Tunique objet de ses vœux, et qu'il eut l'adresse de se faire Famille (les Contraindre à ne pas s'en dessaisir. Au reste, dans la seconde et

Ccsars. J '

xviietxviii. la plus longue partie de sa vie, Il n'en usa que pour établir de justes lois, pour rétablir les bonnes mœurs, encourager les mariages, le noble emploi des richesses; pour assurer l'état et la fortune des citoyens; en un mot, il acheva ce que César avoit à peine tenté. C'est ainsi qu'il fît presque oublier les sanglantes proscriptions ; et que , si l'on avoit désiré sa mort à cette fatale époque , on la pleura sincèrement après son règne de paix.

Lorsque Auguste eut terminé sa vie, Drusus, fils de Tibère, lut au sénat quatre traités écrits de sa main : l'un contenant un règlement pour ses funérailles ; le second , un journal de ses principales actions, qui fut gravé sur l'airain de son mausolée, et qui le fut ensuite sur le marbre, en grec et en latin, à Ancjre, en Galatie, où il s'est conservé en grande partie. Le tableau abrégé des forces , des ressources , et des dépenses de l'empire , COmposoit le troisième. Mais le qnntripnie^ le plus important, renfermoit une suite d'instructions pour ses successeurs , entre lesquelles on remarquoit celle qui leur recommandoit de ne point faire de nouvelles conquêtes.

Il étoit éloquent , poëte , et très enclin à la raillerie : mais , s'il aimoit à railler, il souffroit patiemment qu'on lui répondît de même.

Du bûcher qui consuma sa dépouille mortelle on vit s'élever un aigle, qui, prenant son vol vers les nuages, sembloit porter aux cieux l'ame du prince. Cette adulation honteuse se renouvela dans les funérailles de tous ses successeurs, et devint une portion nécessaire de leur hpotliéose.

Suétone' dit qu'Auguste étoit très beau; qu'il le parut encore

(i) Suet., cap. Lxxix.

FAMILLE DES CESARS. ^l

daus toutes les périodes de sa longue vie, quoiqu il dounât peu chap r. de soin à ses cheveux et à sa barbe; que ses yeux étoient clairs ^^"j'I,*'^, Z'' etbrillants; que ses cheveux étoient légèrement blonds, ses sour- pi xviihxvih cils réunis, son nez, relevé à sa naissance, étoit effdé vers la pointe; que sa tête étoit foiblement penchée; son teint brun a voit de l'éclat; qu'enfin sa taille moyenne étoit bien proportionnée.

On retrouve ces beaux traits d'Auguste sur les deux médailles n° seto de bronze du cabinet du Pioi, dessinées ici, planche XYIII, n" 8 et 9. La première présente la tète d'Auguste jeune, couronnée de laurier, avec la légende CAESAR AVGVSTVS DIYI Yilàis PATER Vatriœ. Le fameux autel de Lyon paroît au revers, entre deux victoires placées aux extrémités de cet aulel, avec la légende ROMA ET KNOustus. Strabon ' nous apprend que les Gaulois y avoient dédié en commun, à Rome et à Auguste, un autel magnifique, avec les noms et les statues de soixante peuples. Ou peut croire que cette médaille a été frappée à Lyon ; du moins l'absence des sigles S. G. annonce-t-elle qu'un bronze a été frappé hors de Rome. La contre-marque, composée du monogramme (plusieurs lettres réunies en un seul caractère) des lettres RN ou PN, a été mise sur cette médaille probablement pour la faire servir de tessere (billet d'entrée) à quelque spectacle. La seconde porte aussi pour contre -marque lui monogramme bizarre: la légende, DIVANS AYGVSTVS, autour de la tête couronnée d'Auguste, annonce que ce bronze a été frappé après sa mort et son apothéose. La légende du revers, OB CIVIS (pour cives^ terminaison ancienne, conservée dans les plus beaux jours de la latinité) SE[\i'«/o.y, est relative au retour des Romains prisonniers chez les Parthes, l'an de Rome 734. Peut-

(1) Lib. IV, |). 192.

4^ ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

cnvi.. I. être y faiil-il rapporter aussi l'étendard et le bouclier que Ton

Famille dos ^^jj au-dcssous de deux cerfs.

PI xvn,.,xviii Ees n" 3 et 4 fp^- XVIII) présentent la face et le profd d'un

!N°3et4. buste de marbre pentélique du Musée Royal (n° 9.16) : il est très

précieux par la beauté du travail et la finesse avec laquelle sont

exécutées la couronne de cbêne et les bandelettes dont elle est

ornée. Ce sont les extrémités du diadème qui Pentoure, diadème

que César n'avoit pas osé accepter. On reconnoît la couronne

civique accordée à celui qui a voit sauvé des citoyens, et que la

flatterie s'empressa d'offrir à Auguste lorsqu'il eut fait cesser les

iN-s. proscriptions.

Auguste jeune paroit sur le beau camée du n° 5 : il est presque de ronde-bosse; on voit une portion de la cblamyde et de la cuirasse.

D'après l'absence de toute espèce de couronne, je conjecture que ce camée a été gravé pendant le triumvirat. Il appartient à N°7- la collection du Vatican.

C'est encore Auguste jeune qui est représenté sur la pâte antique du n° 7, conservée dans la collection du Roi. La couronne de laurier annoncoit-elle la victoire d'Actium ?

On appelle y^rtfe moderne wn. verre, un émail, moulés, dans les temps modernes, sur nue pierre gravée antique; mais la pâte antique a été travaillée du temps des Grecs ou des Romains; soit qu'elle ait été moulée, soit qu'elle ait été gravée au touret, comme l'auroit été une pierre de l'espèce de l'agate. La dernière a pu être l'essai d'un jeune graveur, ou l'ouvrage d'un habile artiste qui vouloit satisfaire l'envie de ceux auxquels une fortune médiocre ne permettoit pas Pacliat d'un bijoux précieux. On les recherche aujourd'hui avec autant de soin que les pierres mêmes, quand elles présentent, comme celle du n° 7, un beau travail.

Le nom du graveur, ADMON, écrit en grec comme ceux des chvp. i

• •. T*'1'1'11 Famille des

autres graveurs anciens, ajoute un grand prix a l aamiranle ca- ^ ,^^^ mée du n° 6, qui appartient à M. de La Turbie de Turin. Son pi.xviietxvm volume et la finesse du travail sont au-dessus de tout éloge. La n- 6. couronne de chêne, destinée aux conservateurs des citoyens , est ici l'attribut de celui qui avoit mis fin aux proscriptions.

L'archevêque de Séville conserve dans sa collection un buste d'Auguste de la plus belle exécution ; Morghen l'a gravé avec intelligence.

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