‹ Iconographie romaine (volume 4)Chapitre 70 sur 94 · ET ANTON! A SON ÉPOUSE · texte numérisé non relu

ET ANTON! A SON ÉPOUSE

Nero Cla-udius Drusus est le seul prince de la famille de César et d'Auguste dont l'histoire ait conservé les regrets en faveur de rantique liberté. «Tibère, dit Suétone', dirigea ses « manœuvres odieuses pour perdre ses parents , et d'abord contre «son frère. 11 remit à Auiruste une lettre cru'il avoit reçue de «Drusus, dans laquelle il lui parloit des moyens de forcer l'em- «pereur à rétablir la lilierté.» Tacite dit' ; «Le peuple romain «conserva pour la mémoire de Drusus un grand respect; et l'on «croyoit que, s'il fût parvenu à l'empire, il lui auroit rendu la «liberté.» Mais il rapporte, au sujet de Germanicus, l'observation suivante^: «L'attachement du peuple n'avoit pas procuré «à Drusus une heureuse destinée; Marcellus, l'espoir de la na- «tiou, avoit été enlevé dans l'âge de l'adolescence; les objets «de l'amour du peuple romain avoient peu vécu et avoient été «malheureux.»

Drusus l'ancien naquit l'au de Rome 716 (38 ans avant l'ère vulgaire), non dans la maison de Tiberius Claudius Nero, époux de sa mère Livie , mais dans celle d'Octave , qui avoit forcé celui-ci à la répudier j30ur l'épouser lui-même. Livie étoit déjà mère du prince c[ui succéda à Auguste sous le nom de Tibère; et elle étoit alors enceinte de Drusus'. Il vit le jour trois mois après ce

(0 Suet..L. (3) Ibid., H, 41.

(2) Annal. , I, 33. (4) Suet., cap. i.

son origine.

Auguste, en ySS, autorisa Drusus à postuler les honneurs de la préture , et lui accorda ensuite les magistratures cinq ans j)lus tôt que les lois ne le permettoient. Il en exerça les fonctions, en 738, pour Tibère, qui avoit suivi Fempereur dans les Gaules'. L'année 739, Auguste lui confia le commandement des légions qui combattoient contre les Germains. Il le conserva pendant les cinq années qui suivirent celle-ci, et qui terminèrent sa vie. Il réprima les courses que faisoient sur le territoire de l'empire les Sueves, les Sicambres, les Cliérusques, et les Frisons, et força quelques uns de ces peuples à subir le joug des Romains.

Ces succès militaires le rendirent célèbre; mais il l'est devenu avec plus de raison pour avoir fait creuser, douze ans avant l'ère vulgaire, le canal qui porte son nom, Fossa Drusiana\ Pour transporter plus facilement les troupes et les munitions de guerre, il résolut de joindre le WXùn à la rivière d'Isscl, et de rendre cette rivière navigable jusqu'à l'Océan septentrional. Quelques uns pensent que le canal commençoit à Arnbcim, passoit à Leydc, et de là tomboit dans l'Océan; mais l'opinion qui a le plus de ])artisans est qu'il alloit d'Arnheim à Doosbouro-, ou depuis le Rhin jusqu'à l'issel. Des deux bras du Rhin qui formolcnt l'ile des Bataves, l'un, appelé le Talial, se joint à la

(1) Dio,LIV, 19. (2) ïacii., Il, 8.

mariage; ce qui fut consigné dans un ^ers grec qui devint pro- chap. i. verbe, et dont voici le sens : «Heureux les pères dont les enfants ^^saL ce naissent à trois mois ! » Il fut d'abord nommé Decimus; ensuite, pi. xxi Nero : il porte sur les médailles trois noms ; ceux de Nero Claudius , qui désignent la famille de son père, et celui de Drusus , qui appartenoit à la famille Livia, de laquelle sa mère tiroit

ClIAl'. I,

rainillc lies Crsars

84 ICONOCRAPITTE ROMAINE. Part. IT.

Meuse; raiilic, appelé simplement le Rliin, est celui où aboutissoit le canal de Driisiis, long d'environ onze mille pas (à peu PI. XXI près trenle-lrois lieues moyennes), et commençant à Tlssel. Tacite ' l'appelle aussi Flumen Naholia , c'est-à-dire le Nouveau- Valial. Ce bel ouvrage de Drusus subsiste encore; il conduit les eaux du Rbin dans le Zuyderzée.

La même année Auguste le nomma édile et préleur (il n avoit encore été que préteur lionoraire). Après avoir pacifié la Germanie , Drusus revint à Rome, en 744 -> f>vec Auguste et Tibère. Tacite' dit que l'empereur lui avoit donné, ainsi qu'à Tibère, le surnom à'imperatoi\ Dion^ attribue ce fait aux soldats, qui proclamèrent imperatorV un et l'autre; mais il ajoute qu'Auguste ne ratifia pas ces clioix , quoiqu'il augmentât, d'après cet événement, le nombre de fois qu'il avoit pris ce titre pour lui-même. Il n'en fut pas ainsi du petit triomplie ou de l'ovation, ni de la dignité de proconsul (après l'expiration du temps de la préture), que le sénat décréta en l'honneur de Drusus.

Auguste permit aussi , en 745, que ce prince fût nommé consul. Mais Drusus n'acheva pas Tannée de son consulat. Retourné dans la Germanie pour apaiser de nouveaux troubles, il porta les ailles triomphantes jusqu'à l'Elbe et l'Océan. Comme il se préparoit à passer le fleuve, «une femme, d'une stature plus qu'hu- «maine, se présenta sur son passage, et lui dit: Où veux-tu «caller, insatiable Drusus.!^ Les destins ne te permettent pas de ce voir tant de choses : retire-toi; car le terme de tes travaux et «de ta vie est prochain. « Tel est le récit de Dion et de Zonare% son copiste littéral dans cet endroit. Suétone^ y ajoute seule-

(1) Ilistov. , V, 6. (4) Dio, LV, i ; Zonar., Jnn., II.

(2) Annal, I, 3. (5) In CtamI., 1, 4-

(3) Dio,LlV, 33.

FAMILLE DES CESAPv.S. 85

ment que cette femme avoit les formes d\me l)arbare, et qu'elle ci.ap. i. s'exprima en latin. Si ce fait est vrai, on peut conjecturer que ^"c^fj^f" ce fut une ruse des Germains, ou de quelques uns des parents n xxi de Drusus , intéressés à voir finir ses jours ; Dion , (jui du moins le trouve étonnant , croit cependant devoir y ajouter foi , à cause de l'accomplissement de la prophétie. Drusus, en effet, commença aussitôt sa retraite, et mourut avant d'être parvenu jusqu'au Pvliin.

A la nouvelle de sa maladie, Auguste envoya Tibère, qui, malgré une diligence presque incroyable, n'arriva que pour recevoir les derniers soupirs de son frère. Cette mort date de l'an 74 5, le 14' jour de septembre, selon le calendrier trouvé à Antium. De tous les historiens qui en parlent, un seul en fait connoltre la cause, c'est Tile-Live. On lit dans l'un des abrégés des livres perdus (abrégés que l'on croit lui être postérieurs de deux siècles au plus, s'il n'en est pas l'auteur), dans celui du i4o% que Drusus mourut trente jours après qu'un cheval, en tombant, lui eut brisé la cuisse. Ne pourroit-on pas croire que la chute de cet animal avoit eu pour cause l'apparition de cette espèce de fantôme? Le corps de Drusus fut transjiorté à Rome, d'abord par les tribuns et les centurions, jusqu'aux quartiers d'hiver; ensuite par les premiers magistrats des colonies et des municipes; et Tibère précédoit, à pied, cette pompe funèbre". Dans chaque ville on allumoit des bûchers, comme si le corps devoit y être consumé". Auguste et Livie allèrent au-devanl du convoi à Pavic {Ticimiin)^ et raccompngnercnl jusqu'à Home '. Cette pompe ressemblolt à un triomphe. Les restes de Drusus furent déposés dans \q Jbruin^ entourés des portraits des citoyens qui

(1) Senec, Com. ad Marc, 3. (3) Tacii., Ml "..

(2) Suet. , Tibev. , y.

86 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL

ciur. I. avoient illustré les familles Claudia et Livia- et Tibère y pro- (^l'L" nonça l'oraison fimebre. Auguste en prononça une seconde dans T'i x.xi le cirque de Flaminius. Enfin le corps fut brûlé dans le champ de Mars , et les cendres furent déposées dans le mausolée d'Auguste. Le sénat donna à Drusus et à sa postérité le surnom de Qermanicus , ordonna qu'on lui élevât un arc de triomphe en marbre sur la voie Appienne, des statues dans Ic/brum, et un tombeau sur les bords du Rhin.

Auguste, en le louant, dit : «Je souhaite que les Césars mes «fils lui ressemblent, et que les dieux m'accordent un trépas «aussi glorieux. « Séueque fait observer qu'à peine le corps de Drusus fut déposé dans le tombeau , que Livie déposa aussi toutes les marques de deuil, «pour ne pas, disoit-elle, prolonger la « douleur de l'empereur, n

Velleius Paterculus a tracé ainsi le portrait de Drusus : « Ce «jeune homme possédoit toutes les belles qualités que la nature «humaine peut produire, et que le travail perfectionne. On ne «sait s'il eût été plus propre à conduire les armées que les affaires «civiles. La douceur de ses mœurs, son attachement à ses amis, «sa modestie, étoient dignes d'admiratiozi. Il égaloit en beauté «son frère Tibère.... La rigueur des destins l'enleva dans sa tren- «tieme année, celle de son consulat.»

Drusus , appelé Y ancien par opposition avec Drusus , fils de Tibère, son neveu, ne fut point adopté par Auguste, et ne reçut point le nom de César (qui se trouve sur les mé^ dailles de Drusus jeune seul); du moins aucun historien ne parle de ces deux faits. Il avoit épousé Antonia, de qui il eut plusieurs enfants : Germanicus, Liville, et Claude, lui survécurent.

Antonia, On ne peut mieux achever le portrait de Drusus ^

et faire celui d'Antonia son épouse, qu'en reproduisant un pas- cnvp. i.

dTT I T% T * I Famille des

e Valere iVlaxinie . ,,.

O Césars.

«On ne le vit jamais, dit-il, chercher les plaisirs hors du n. xx;. «mariage, ce Drusus Germanicus, le plus bel ornement de la «famille Claudia, de sa patrie, et, ce qui est encore plus digne «d'admiration, égalant par la grandeur de ses exploits, si on «les compare à son âge, ces deux flambeaux divins, son père «et son frère. Antonia, de son côté, cette femme d'un mérite «supérieur à celui de sa famille paternelle, se montra digne «d'un tel amour par une fidélité à toute épreuve. Après la mort «de son époux, brillante de jeunesse et de beauté, elle se ren- « ferma dans le palais de sa belle-mere; c'est \h qu'elle passa les «jours de son adolescence, et ceux de sou veuvage. ?>

Elle étoit fille du triumvir Marc-Antoine, et d'Octavie, sœur puînée d'une autre Antonia qui fut mariée à Lucius Domitius Ahenobarbus, et grand'mere de l'empereur Néron. Cette conformité de nom a jeté quelque incertitude dans les récits des écrivains; Suétone et Plutarf[ue appellent celle-ci 7nmor, ou la jeune , parcequ'elle étoit puinée ' ; mais Tacite lui donne toujours le surnom de major, ou l'ancienne. Auguste la maria , fort jeune , avec son beau-fds l^rusus, frcrc de Tibère, que l'on regardoit même comme son fils, quoiqu'il eût été conçu sept mois avant son mariage avec Livie. Elle le rendit père de plusieurs enfants; trois vivoient encore en 745, année où elle le perdit.

L'un étoit ce Germanicus digne en tout point d'une mère aussi vertueuse; le troisième, Claude, qui fut empereur après Caligula; et le second, cette Livie, ou Liville, mariée d'abord au César Caïus, ensuite, après sa mort, à Drusus le jeune, fils de Tibère , qu'elle empoisonna dans le dessein d'épouser Séjan.

(i) Valcr. Maxim., XLIII, 3. (a) Suct., rap. i, i; riulurch., .Inl.

88 ICONOGRAPIIIK PvOMATNF:. Part. IÎ.

cnvr. I. Antouia perdit, en 77:?., Cermanicus. On remarqua avec sur-

'"""' prise qu'elle! ne parut point à ses funérailles, «soit, dit Tacite',

iM, xxr «qu'elle fût malade, soit ([u'ahattue par la douleur, elle ne

«|)Ml sunportcr le spectacle d'une perte aussi douloureuse. Je

«croirois ])lutôt que Tibère et Livie, qui ne sortirent point

«de leur palais (pour ne pas trahir leurs véritables sentiments,

«malgré les apparences d'une douleur affectée), la contrai-

«cviiirent à s'abstenir de paroitre en public, afin qu'on pensât

«qu'ils étoient aussi affliijjcs qu'elle, et que la grand'mere et

«l'oncle du prince mort n'avoient fait que suivre l'exemple de

«sa mère.»

Caïus Caligula, après l'exil de sa mère Agrippine, se retira dans la maison de sa bisaïeule Livie; et , après la mort de celle-ci, chez sa grand'mere Antouia. On apprend de Suétone" que Drusille, une des sœurs de Caligula , fut élevée avec lui chez la veuve de Drusus, et que celle-ci eut la douleur d'être témoin d'un inceste entre ses deux petits-enfants. Ce fut elle qui instruisit Tibère, par une lettre que lui remit Pallas, des projets ambitieux de Séjan^; ce qui détermina ce prince indolent à secouer le joug de son affranchi. Il apprit en même temps de sa veuve l'empoisonnement de son fils Drusus, et la part qu'y avoit prise Liville, épouse de ce prince. «J'ai su, dit l'historien Dion^, que «Tibère ne punit pas Liville à cause de sa mère Antouia; mais « que celle-ci la fit mourir de faim. » Probablement pour lui éviter la honte d'un supplice public.

Parvenu au trône après la mort de Tibère, Caïus parut avoir conservé le souvenir des soins qu'Antonia avoit pris de son en-i lance. Il fit décréter par le sénat que l'on rendroit à son aïeule

(1) Jnnal.,Ul, 3. (3) Joseph., XVIII, 8.

(2) Suet., cap. x,24. (4) Dio , LVIII, 1 1. *

les lionneurs et les prérogatives dont avoit joui Livie' , épouse cn*? i.

,,. ,. n>i''- • Famille des

d Auguste. Antonia crut devoir lui en témoigner sa reconuois- césars. sance, en lui donnant, quelques mois après , des avis salutaires; pi xxi mais le caractère inconstant et cruel de ce prince étoit changé ; il lui répondit : «Souvenez-vous que tout m'est permis, comme «einpereur et comme homme.» Ayant demandé un entretien secret, le barbare le lui refusa , à moins que Macron , préfet du prétoire, n'y fût présent. «Par ces mauvais traitements, dit Sué- «tone% et par le chagrin qu'elle en conçut, il fut la cause de sa «mort; quelques uns croient même qu'il l'empoisonna. Au «reste, il ne lui fit rendre aucun honneur funèbre, et il contem- «pla même de son palais le bûcher qui consumoit les restes de «son aïeule.» Dion dit aussi expressément, qu'irrité de ses représentations , il la contraignit à se donner la mort.

Ainsi périt, l'an 87 de l'ère vulgaire, âgée d'environ soixante et quinze ans, Antonia, veuve du vertueux Drusus, mère du grand Germanicus ; digne elle-même, par ses brillantes qualités et par sa conduite irréprochable , de voir son nom passer à la postérité. Claude, devenu empereur, rétablit la mémoire de sa mère, et les honneurs qui lui avoient été accordés. Si l'on en croit Séneque, il la plaça même au rang des divinités ^

(i) Suet., cap. xxix; Dio, LIX, 3. MATRI Ti • CLAVDI

, , o . CAISARIS AVG • 1' • P.

(2) Suet., cap. XXIII.

jintoniae Augitslae Dntsi (conjugi ) sacerdoli dit'i Àutjusti,

(3) luse deain esse jussit. (ApOColo.) On mairi Tibcrii Claudu Caesaiis Juyitsli patiis initrine.

trouve dans Grutea- (336, y) l'inscription suivante :

Elle est remarquable parceqn'cllc nous apprend que, de même que Livie, Antonia étoit prêtresse d Aujjusie; et ensuite

ANTONIAI . , , ,. j if.

parcequ on v trouve le duiamma des Lo- AVGVSTAI f. J, , , • . •

jj„ygj liens, que Claude vouloit substituer à Iv

SACERItOTi ■ DIJI consonne, et la vieille orthographe, qu'il

AVGVSTI al'l'ecloil d'employer.

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