IQ
Ciiir. I.
Ci'sars.
nicus qu elle ciilrciii(;loit parmi les reproches adressés à son fils, i....wiicats liâterenl le meurtre de ce prince infortuné, que Néron fit empoisonner Tan 54 '•
Otlion ne se contenloit pas de régner sur l'esprit de Néron par ses lâches complaisances et par ses dangereux conseils, il lui fil connoître son épouse Poppée, femme d'une rare beauté, qui affectoit une grande retenue et même de la piété'. Cette démarche le perdit; l'empereur devint éperdument amoureux de Poppée, résolut, pour détruire tous les obstacles , de faire mourir Othon; mais, à la prière de Séneque, ami particulier de ce courtisan, selon Plutarque ', il le laissa vivre, et lui donna le gouvernement de la Lusitanie '\
C'est à l'année 5g que se rapporte le plus horrible attentat qui ait souillé les pages de l'histoire ; un fils dénaturé fait mourir celle qui lui avoit donné la vie , et qui avoit commis le plus grand crime pour lui donner l'empire. Poppée, qui desiroit d'être l'épouse de Néron, et qui connoissoit les efforts que faisoit Agrippine pour empêcher cette union, l'animoit sans cesse contre sa mere^; lui reprochoit de vivre sous sa tutele, de ne savoir pas régner par lui-même ; et Passuroit aussi que sa mère avoit formé contre lui de coupables desseins. Agrippine d'ailleurs avoit irrité toute la cour par sa fierté, par son ambition, et par ses crimes; de manière que Néron éprouva peu de résistance dans le projet qu'il forma de lui ôter la vie. Il l'essaya d'abord en secret; car, dit Suétone^, il la fit empoisonner trois fois : mais les contrepoisons dont elle faisoit un usage habituel la préservèrent de ces
(i) On lit les détails de ce meurtre dans cieuse forcer Néron à répudier Octavie, et
la vie de Britanniciis. à partaj^er avec elle la dignité impériale.
(2) Jos., Jnl., XX, 7. (5) Tacit., .-/nHa/.,XIV, i.
(3) Vit. Othon. (6) Cap. xxxiv.
(4) Nous verrons cette femme auda-
FAMILLE DES CESAPvS. ii-j
dangers. Alors Anicetus, affranchi qui avoit élevé Néron, et qui c.iip. i. commandoit les navires de la station de Misene, lui proposa d'en f^^™"'"^ ^^*
' ^ ^ Césars.
construire un dont le tillac et le fond s'ouvriroient à la fois et à pi xxx. volonté, comme une machine de théâtre; de sorte qu Agripplne, qui y seroit embarquée , trouveroit la mort dans le sein de la mer, et sous les débris du tillac.
Tout étant préparé, Néron feignit de se réconcilier avec sa mère , disant que les enfants dévoient supporter l'humeur chagrine de leurs parents '. Il l'invita à passer avec lui cinq jours de fête dans la Campanie , s'embarqua avec elle , la quitta à Antium pour suivre la route de terre. Il la reçut ensuite cà Baules (maison de plaisance située entre Misene et Baies) avec de si grandes démonstrations d'amitié et de dévouement, que, malgré les avis secrets qu'elle reçut, elle oublia toute défiance. Enfin , après le dernier jour passé à Baies dans les fêtes, Agrippine monta sur le navire fatal. Arrivée à une certaine distance, le tillac, surchargé de plomb, s'enfonça avec fracas, tua Crepereius, cjui s'entretenoit alors avec la j^rincesse et avec une femme appelée Acerronia. Une partie du tillac demeura intacte, et forma un abri aux deux femmes ; alors on renversa le navire , et elles furent précipitées dans la mer. Agrippine se sauva à la nage; elle ne put attribuer son malheur au hasard , car elle vit tuer à coups d'avirons Acerronia, qui, voulant obtenir un secours plus prompt, s'écria qu'elle étoit l'impératrice'. Mais, feignant de n'avoir aucun soupçon, elle envoya un affranchi pour apprendre à Néron cet affreux accident, et le bonheur extraordinaire qu'elle avoit eu d'échapper à la mort, et pour le prier cependant de ne pas la venir voir, parcequ'clle avoit besoin de repos. Malgré le danger qu'elle venoit de courir, elle ne négligea ]ins le soin de
(i) Xipbil., lib. LXI, cap. .\i. (a) Tacit., XIV, 6.
l'I XXX
■12S ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
faire cherclier le testament trAcerronia , et de mettre les scelles ) :.miii.. ,ies sur SCS richesses pour s'en emparer.
Lorsque Néron apprit que sa mère étoit sauvée, il fut pénétré creffroi, erai<:;naut qu'elle ne soulevât le sénat et l'armée contre lui. Il appela Séneque et Burrlius, qui, dit Tacite', n'avoient peut-être point eu connoissance des préparatifs de ce parricide. Ils gardèrent long-temps le silence ; enfin Séneque , qui opinoit ordinairement le premier, fixa son regard sur Burrhus , voulant savoir si les prétoriens qu'il commandoit préteroicnt leurs bras pour ôter le jour à Agrippiue. Mais celui-ci dit avec assurance (pi'ils respectoient le nom des Césars , de Germanicus ; qu'ils ne voudroient rien entreprendre contre des membres de cette famille; et que c'étoit à Anicetus à terminer l'entreprise qu'il avoit commencée. Celui-ci y consentit sans hésitation; alors Néron lui dit affectueusement: ce Je ne serai maître de l'empire que de «cet instant, et je le tiendrai de toi.«
Nous avons vu Tacite n'oser assurer que Séneque et Burrhus n'avoient eu aucune connoissance du j^rojet criminel de Néron. Quant au second , les historiens n'en chargent jDoint sa mémoire; m.ais j'avoue avec douleur qu'on n'en sauroit disculper le philosophe.
L'abréviateur de Dion, Xiphilin% s'exprime ainsi : «Plusieurs «hommes dignes de foi ont assuré que non seulement Poppée «avoit excité Néron à ce parricide, mais que Séneque l'avoit fait «aussi. 35 Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il entendit donner les ordres pour l'assassinat, et qu'il ne s'y opposa point; qu'il composa la lettre que Néron adressa au sénat pour sa propre défense, lettre dont Quiutilien nous a conservé un passage, et que Tacite ^ blâme ouvertement ; enfin qu'on le vit appeler un gou-
(1) Tacit., XJV, 7. (2) Xiph., Ub. LXI, cap. xii. (3) Lib. VIII, cap. v, §. ib, iB.
vernement très heureux celui de Néron, après l'assassinat de ^^^^ j
sa mère '. Famille des
Césars.
Néron, ayant concerté avec Anicetus les moyens d'ôter la vie p, xxx. à sa mère , fit paroître l'affranchi qui venoit lui en apporter des nouvelles; pendant que celui-ci parloit, on jeta, par ordre de l'empereur, un poignard entre ses jambes, et on le chargea de chaînes. L'empereur vouloit faire croire qu'Agrippine avoit tenté de lui ravir le jour par le bras d'un affranchi ; mais qu'ayant été prévenue dans cette entreprise coupable, elle avoit elle-même terminé sa vie. Pendant que Néron répandoit et accréditoit cette calomnie, Anicetus entra avec violence dans l'endroit obscur où Agrippine, abandonnée de tout le monde, attendoit avec anxiété le retour de son affranchi; un des soldats la frappa violemment sur la tête avec un bâton. Ce fut alors que, voyant un autre soldat tirer son épée du fourreau , elle s'écria : « Frappe ce sein qui a «porté Néron' !» et sur-le-champ elle expira sous les coups.
Dans la vie d' Agrippine, j'ai essayé de prouver que quelques historiens accusent à tort Néron d'avoir commis avec elle un inceste odieux; le fondement de cette accusation paroit avoir été la jactance de ce prince. Ayant assouvi sa passion avec Acte, courtisane qui ressembloit parfaitement à l'impératrice, il se vantoit publiquement d'être devenu l'époux de sa mère. L'amour de la vérité m'a seul porté à resserrer le tableau des crimes dont sa mémoire est chargée ; c'est par le même motif que je vais en discuter la réalité. Boece^ accuse formellement Néron «d'avoir porté un œil curieux sur le corps de sa mère, dé- «pouillé de tout vêtement; et, loin de l'arroser de pleurs, d'a- «voir loué la beauté de sa victime.» Suétone ' dit «avoir appris
(i) Senec, Natural.Qu<estioncs.,l.\U,c.\}i.i. (3) Consol. l'fiil., lib. II, metr. 6.
(2) Xiphil., lib. LXl, cap. xiii. (4) .A'e/o, cap. xxxiv.
23o ICONOCRAPinn: P^OMAINE. Part. II.
(,„„. I «de personnes diones de foi qu'il étoit accouru pour voir ces Famille dos « tristcs rcstcs ; qu'il avoit porté une main sacrilège sur ce corps
Césars.
PI XXX «inanimé; (pi'il s'étoit permis des louanges et des critiques.» Xipliilin ajoute à un semLlaMe récit : «Il proféra ces paroles en- «core plus exécrahles que le meurtre même : «Je ne savois pas «que ma mère étoit aussi belle '. » C'est cependant le même écrivain qui laisse douter que ce fils fût coupable d'un inceste ; comme si, en supposant le crime avéré, la mort d'Agrippine eût été nécessaire pour qu'il jouit de cet affreux spectacle. Mais le sévère Tacite' s'exprime ainsi: «Néron porta-t-il ses regards sur «ce corps sans vle.'^ en releva-t-il la beauté par des louanges? «quelques uns l'ont assuré, d'autres l'ont nié. 35 Ce grave liistorien doute du fait; je crois devoir Pimiter.
Les remords troublèrent cependant les nuits du parricide ; l'ombre de sa mère, les furies vengeresses, sembloient le j^oursuivre. Mais le sénat, le peuple et l'armée, feignirent de croire que ses jours avoient été menacés ; P)urrlius fut même le premier à conduire les prétoriens au palais pour consoler le prince. Celuici adressa au sénat une lettre que Séneque avoit composée, et qui étoit remplie de calomnies contre Agrippine. De tous les sénateurs le seul Pœtus Thrasea, l'bomme le plus vertueux de l'empire, gendre de ce Pœtus que son épouse Arie a rendu fameux, sortit après la lecture de la lettre de l'empereur. Il ne voulut point prendre part à la délibération qui devoit la suivre; et il ne craignit pas d'irriter par cette retraite le monstre qui le fit mourir sept ans après.
Domitia, tante paternelle de Néron , parvenue à une extrême vieillesse, fut empoisonnée la même année par ce neveu, qui étoit impatient de posséder ses grandes richesses.
(i) Jimal.,Xiy, 9.
FAMILLE DES CESARS. iZi
Délivré des remontrances que sa mère lui adressoil quelque- chap k fois, Néron se livra à tous les genres d'excès. Il passoit ses jours '^'''"^"^^''''' à conduire les chars dans le cirque, à chanter et à jouer de la pi. xxx. lyre sur les théâtres, quoique sa voix ne fût ni forte ni belle. Burrhus et Séneque étoient contraints à l'y suivre ; ils donnoient "
le signal à des chevaliers qui étoient occupés sans cesse à l'applaudir, à se récrier publiquement sur la beauté de sa voix, sur les grâces de sa personne". Des soldats étoient répandus dans les cirques pour applaudir en chœur, et ])Our forcer tous les spectateurs à les imiter. Néron établit à l\ome des concours de poésie, de musique, et des jeux que l'on célébroit tous les cinq ans. Il étoit du nombre des concurrents; et les «"ens sacres cémissoient de voir l'empereur capter la bienveillance des juges, des spectateurs, se soumettre aux lois rigoureuses des concours, n'oser ni tousser, ni rejeter la salive, ni essuyer la sueur. Ils gémirent encore plus amèrement lorsqu'il joua publiquement la tragédie, revêtu des costumes de roi, de mendiant, de femme enceinte même ( car les rôles de femme étoient joués par des hommes chez les anciens). Le soin de sa voix l'occupoit sans relâche; il portoit la nuit sur sa poitrine une plaque de plomb que l'on croyoit devoir la conserver; un musicien se trouvoit toujours auprès de lui pour l'empêcher de trop élever le ton en discourant; et son cou, comme celui des malades et des convalescents, étoit entouré de linges et de draperies.
Celte passion effrénée pour les jeux scéniques fit entreprendre, l'an 65, à Néron, le voyage de la Grèce, dont les habitants étoient, selon lui, les seuls bous juges des talents. Il partit suivi par une foule d'histrions et de chanteurs qui eût suffi pour dompter les éternels ennemis de l'empire, les Parthes, si elle
(i) Tacit. , ./nnal., XIV, i5.
2^2 ICONOGRAPlllL l'.OMAINE. Pvin. 11
ciui . I ^^^^ ^té composée de soldats: elle l'aida à conquérir dlx.-liuit Famille .le, cciits coiironiics dans tous les jeux de la Grèce". Mais il n'osa PI. XXX. se faire initier aux mystères de Cérès à Eleusine', où le héraut: ordonnoit que les criminels et les impies se retirassent de l'enceinte sacrée; ni paroître dans Athènes, à cause des redoutahles Euménides, que l'on disoit y faire leur séjour; ni entrer dans Lacédémone, dont les sévères lois, quoique très affoihlics, l'effrayoient encore.
Au milieu de ces folies ridicules , il conçut l'exécution d'un projet qui auroit du moins attaché son nom à une entreprise utile \ Le Péloponnèse n'est séparé du continent que par l'isthme de Corintlie , large seulement de cinq milles romains (7796 mètres , ou deux lieues de poste ). Depuis long-temps on s'étoit occupé de creuser un canal au travers de l'isthme , afin d'éviter la longueur du circuit que font les navires autour du Péloponnèse, et les tempêtes qui les assaillent au cap Malée (Malio). Alexandre, Demetrius Poliorcète, Jules César, Caligula, en avoient formé le dessein^*. Néron voulut l'exécuter; et voyant la répugnance des ouvriers, qui étoient effrayés par des prodiges, il creusa lui-même la terre avec un pic d'or, et la transporta dans une corbeille sur ses épaules. Mais son inconstance naturelle, la pénurie à laquelle l'avoient réduit ses prodigalités insensées , lui firent saisir le prétexte de la continuation des prodiges pour abandonner le travail. Telles sont les raisons qu'ont apportées les historiens anciens et modernes. Je crois en trouver dans Pline une qu'ils n'ont pas soupçonnée, et qui me paroit la véritable. Il dit, en parlant des grands navires employés à
(1) Jpoll. Tyan. vit., lib. V, c. Il et m ; (3) Plin., lib. IV, cap. iv. Lac, iVe/o; Xiphil., lib. LXIII, c. viii. (4) Pausan., Cor.
(2) Suet., cap. XXXIV.
FAMILLE DES CESAPvS. ^33
navio^uer de la mer Ionienne dans la mer Effée, «que leur gran- chap. i.
^ 11-' Famille de»
«deur empéchoit de les transporter sur des chariots a travers césars. «l'isthme'.» Les petits navires étoient donc transportés ainsi pi xxx d'une mer dans l'autre. Or les hommes employés à cet ouvrage seroient restés privés de salaire et d'occupation, si 1 on eût creusé un canal. Autant que je puis le conjecturer, ils répandirent le sang, firent entendre les cris lamentables , et apparoître les spectres qui effrayèrent tous ceux qui voulurent entreprendre ce grand ouvrage.
Les Romains virent avec effroi Burrhus descendre, Tan 6i , dans la tombe , et Séneque s'exiler de la cour. Quoique ces deux instituteurs de Néron eussent usé de trop de condescendance pour leur élevé, de crainte qu'il ne se livrât entièrement à son caractère cruel et sanguinaire, on croyoit que leur présence étoit encore un frein pour lui. Burrhus jouissoit, plus que Séneque, de l'estime publique; il avoit acquis l'amitié des prétoriens, et il conservoit le droit de faire à Néron quelques remontrances : ce fut la cause de sa perte. Suétone et Xiphilin disent qu'il le fit empoisonner'; Tacite laisse le fait douteux^ : on peut le soupçonner cependant d'après le choix que fit l'empereur de Tigellin pour préfet des prétoriens après la mort de Burrhus. «Il avoit été, dit Philostrate ^ le maître de Néron pour toute «espèce de cruauté et de débauche.» Aussi forma-t-il depuis avec Poppée le conseil intime de ce prince, selon l'expression de Tacite', lorsqu'il projeta quelque grand crime. Séneque ne survécut que trois ans à Burrhus; on a vu dans le volume pré-
(i) Quas magniludo plaustris transvehi (3) Annal., WW , ^\.
prohibel. ( Pli.i. ) (4) f'H" ^'P^'l'- . IV, 44.
{■>.) Suet., cap. xxxv; Xiphil., lib. LXII, (5) Jnnal.yXV ,6i.
cap. Mil.
234 ICONOGRAPHIE IIOAJAINE. Part. II.
TiiM. I. ccdcril cornincnt JNcroii foica à s'ôlcr la vie le dernier de ses
\mù\\c lies ' »' A A
Césars. lustituteurs.
PI xxx. Un des j>reniiers résultats de l'élévation de Tij^elliu fut la ré-
pudiation d'Octavie Tan 6i, et le mariage dePoppéeavec l'empereur. Celle-ci le rendit père, un an après, d'une fille appelée Claudia , à laquelle il donna dès sa naissance le nom d'Auguste, en même temps qu'à sa mère. La joie de Néron et les témoignages d'alégresse du sénat furent excessifs; mais Claudia ne vécut ([ue quatre mois.
Néron disoit f]u'il envioit le sort de Priam ' , qui avoit eu (c'étoit son expression ) le bonheur de voir sa patrie et son empire détruits. Il se plaignoit aussi souvent de la mauvaise construction des édifices de Rome", des sinuosités et du peu de largeur de ses rues ; il auroit voidu la rebâtir sur un plan régulier, et lui donner son nom. On peut croire d'après cela que , s'il ne fut pas l'auteur immédiat de l'incendie qui , l'an 63 , réduisit en cendres trois des quatorze régions (quartiers) de Rome, et laissa debout seulement quelques maisons dans sept autres, du moins ue crut-on pas lui déplaire, soit en allumant l'incendie , soit en l'empêcliant de s'éteindre. Suétone , Eutrope, ont émis la première opinion; mais Tacite^ dit que les historiens rapportoient l'une et l'autre causes, et que l'on doutoit encore s'il falloit attribuer ce malheur au hasard ou à la volonté du prince. Ou peut croire avec le judicieux Tillemonf^ que les militaires avoient supposé un ordre de l'empereur; mais que leur dessein étoit de piller les maisons les plus riches. Aussi les viton se répandre dans la ville, porter la flamme dans différents quartiers , et empêcher par la violence qu'on ne parvînt à éteindre
(i) Xipliil.,LXII, i5. (3) Tacit.,XV,38.
(2) Suet., cap. xxxviii ; Tacit., XV, 4o. (4) Histoire des Empereurs, I, 296.
rincendle, qui dévora la capitale pendant six jours et sept Cip. i. nuits. Tacite ' dit expressément que Néron étoit alors à Antlum ; ^^'^ J]."" qu'il ne revint à Rome qu'à l'instant où le feu approclioit de sa pi. xxx. maison, placée entre le palais et les jardins de Mécène. Il ajoute ensuite: «On répandit le bruit que, pendant l'incendie, l'em- «pereur avoit joué un rôle de tragédie, et chanté la ruine de «Troie.» Mais Suétone", suivi par Orose, dit que «Néron ob- «servoit l'incendie du haut de la tour de Mécène; qu'il se ré- «jouissoit de la beauté de la flamme, selon sa propre expres- «sion; et que, revêtu de son habit de théâtre, il chantoit le «poëme de la prise de Troie. «Xiphiliu^ rapporte le même trait; mais il place cette scène au palais. Cette discordance me fait adopter l'opinion de Tacite : il auroit été d'ailleurs impossible que Néron , arrivant au moment où l'incendie atteignit le palais, y demeurât spectateur des ravages du feu. Au reste la haine qu'on lui portoit aura créé cette fable, à cause du pocme qu'il avoit composé (peut-être à ce sujet), intitulé les mallieurs de Troie , et qu'il chanta en public l'année suivante^.
La haine des Romains s'accrut encore lorsqu'ils le virent bâtir sur l'emplacement des édifices consumés par l'incendie le palais que l'on appela la maison dorée, non seulement à cause de l'or, des perles, des marbres, qui brilloient de toute part, mais encore à cause de son étendue, des terres labourables, des vignes, des bois, des étangs, etc., qu'il renfermoit\
Néron , effrayé de l'horreur qu'il inspiroit à ceux qui le croyoient l'auteur de l'incendie, employa tous les moyens que la politique et la religion pouvoient offrir pour apaiser les es-
(i) y/wia/. , XV, 39. (4) /tirf., cap. XXI,\.
(2) Lib. VII , c.ip. vil. (5) Tacit. , XV, 42.
(3) Xiphil., lib. LXII, cap. .wui.
236 TCONOGRAPIlIi: ROMAINE. Part. II.
ciup. I. prils. «Mais, dit Tacite, il ne dctruisoit cette accusation ni par ^Césars'" "des moyens luniiains, ni par d'immenses largesses, ni par des M. XXX «sacrifices exj)iatoires. Il fit alors traduire en jugement et tource menter par des supplices recherchés ceux que le peuple appe- «loit clirétiens , et que leurs crimes rendoient odieux '. I^eur nom «vient du Christ, qui fut puni du dernier supplice, sous ]e règne «de Tibère, par ordre de Ponce Pilate, procurateur de la Judée.
te ,
« On arrêta d'abord ceux
«qui faisoient des aveux; ensuite, sur leurs déclarations, une «grande multitude; et ils furent condamnés moins comme iu- (c cendiaires que comme des hommes convaincus de haïr le genre «humain. On ajouta la dérision à la cruauté dans leurs supplice ces; on les couvroit de peaux de bêtes, et les chiens les déchi- «roient jusqu'à la mort ; on les crucifioit; on les hrûloit; et, pen- «dant la nuit, les flammes qui les consumoient éclairoient les «jardins de Néron et les courses qu'il y faisoit exécuter, et oit «on le voj^oit se mêlant parmi le peuple, en habit de cocher, ou «conduisant un char. De sorte que ces malheureux excitoientla «pitié, quoiqu'ils fussent coupables et qu'ils méritassent des «châtiments nouveaux; parcequ'ils sembloient périr seulement «pour assouvir la cruauté d'un homme, plutôt que pour l'utilité «publique. >> Suétone' les appelle une espèce d'hommes entachés de superstition nouvelle et de maléfices. On sait aujourd'hui que l'on confondoit alors sous le nom de Chrétiens les Juifs ', abhorrés à cause de leur éloignement pour tous ceux qui ne suivoient pas leur culte, et les adorateurs deMithra, qui offroient, disoiton, des sacrifices humains.
(0 Tacit., XV, 44. (2) Siiet., cap. xvi. (3) Tacit., Ehtor., V, 5.
Famille des Césars.
PI. XXX
FAMILLE DES CESARS. -il-j
Les folies et les cruautés de Néron firent naître deux conspi- chap r rations contre sa vie. La première fut celle de Caïus Calpurnius Piso, l'an 64 ; elle causa la mort du chef des conjurés , celle du poète Lucaiu, de son oncle le philosophe Séneque, et d'un grand nombre de personnages distingués. Elle a éternisé la mémoire d'Epicharis, qui, au milieu des tourments, s'étrangla de crainte de révéler les noms des conjurés. «Une affranchie douce 11a, dit Tacite', un exemple éclatanl dans un si grand péril, « en défendant des personnes qui lui étoient étrangères et presque «inconnues; tandis que des hommes libres, des chevaliers ro- « mains, et des sénateurs, avant même d'être livrés entre les «mains des bourreaux, trahirent les personnes qui leur étoient «les plus chères.» Un au après, Vinicius forma une nouvelle conspiration à Bénévent, où elle fut découverte".
La mort de Corbulon n'étonna personne , parceque son noble caractère, ses talents militaires, et les services qu'il avoit rendus dans l'Orient (ils sont rapportés dans sa vie), dévoient le faire haïr de Néron et de sa cour; mais la ruse que l'empereur employa pour l'éloigner de l'armée, dont on craignoit le ressentiment, excita l'indignation générale. Il l'appeloit toujours son père, son bienfaiteur; et il écrivit, pour le faire venir auprès de lui, une lettre remplie de témoignages d'estime et d'affection. Lorsqu'il sut qu'il étoit arrivé à Cenchrées, port de Corinthe , il commanda qu'on le fît mourir, sans permettre qu'il approchât de sa personne. Mais Corbulon l'ayant appris se donna la mort, en disant qu'il l'avoit méritée^; c'est-à-dire qu'il avoit fait une imprudence en comptant sur la reconnoisance d'un monstre.
Le récit des folies et des débauches de Néron causeroit au
(1) Tacit., Hislor., XV, 57, (2) Suet., c;ip. xxxvi. (3) Xijiliil., lib. LXIII, cap. i.vii.
938 ICONOGJWPIlli: KOMAINE. Part. II.
ciiAi. I. lecteur un dégoût invincible. Mais je ne puis omettre, à cause Lmuiio des jç jpj^jj,, ^monstruosité, ses mariages : l'un avec Sporus, qu'il ren-
esars.
PI. XXX. dit eunuque pour l'épouser en qualité de mari; et l'autre, en qualité d'épouse, avec un homme perdu de mœurs, appelé Pylliagoras. Ces unions impics , qui oulrageoient à la fois la nature et la religion, furent célébrées par JNéron avec toutes les cérémonies civiles et religieuses; et la seconde, avec le costume de
vierge
Enfin les provinces indignées se révoltèrent, pendant que Rome, accablée sous le joug des prétoriens, ne pouvoit que gémir en silence. Le premier qui leva l'étendard de la rébellion fut Caïus Juliiis Vindex, propréteur de la Gaule Celtique; il se trouva bientôt à la tête de cent mille combattants. Il comnuiniqua ses vues à Galba , commandant de l'Espagne Tarragonoise, lui offrit ses secours et son armée, s'il voidoit accepter l'emj^ire. Celui-ci hésita jusqu'à ce qu'il apprit que Néron avoit donné l'ordre de le faire mourir; alors il refusa le titre d'empereur, qu'on lui décernoit, mais il prit celui de lieutenant-général du sénat et du peuple romain l'an 68. Othon , qui commandoit dans la Lusitanie, se joignit à lui avec ses troupes.
Néron, apprenant la rébellion des Gaules, s'en réjouit, y voyant un motif pour les livrer au pillage -. Celle de Galba l'effraya cependant ; d'autant plus que l'esprit de révolte s'étendit rapidement dans tout l'empire. Claudius Macer, propréteur d'Afrique, fit frapper des monnoies en son nom. Cependant Verginius, gouverneur de la Germanie, marcha contre Vindex, le défit, refusa la pourpre que lui offrit son armée, et déclara hautement qu'il ne se joiudroit point à Galba. Celui-ci effrayé alloit abandonner ses hautes destinées, lorsqu'il apprit la révolte
(i) Tacit., XV, 37; Siiet. , cap. XXL\. (2) l'iutarch., Galba.
des prétoriens, le soulèvement général, et la mort de Néron ; c»,,..ï. alors il reprit courage, et marcha vers l'Italie. Ce fut Nymphi- f^"'"«<J'=' dius, un des deux chefs des prétoriens, qui les excita à secouer p, ,^x. le joug d'un prince aussi odieux, et à proclamer Galba empereur, leur promettant de grandes distributions d'argent. Ils y consentirent; et, dans l'espace d'une nuit, Néron se vit abandonné et seul dans le palais.
Le peuple se réjouissoit de ses malheurs; le sénat le déclaroit ennemi des Piomains, et le condamnoit au supplice le plus honteux.
Pour lui, demi-nu, enveloppé dans un manteau usé, la tête et le visage couverts avec un linge, monté sur un mauvais cheval, et accompagné seulement de quatre affranchis", il cherchoit à gagner une maison de campagne située à quelque distance de Roine. Pour cacher son arrivée , on l'y fit entrer avec peine par une ouverture fort étroite. Là, il se désaltéra avec une eau croupissante, en disant: «Voilà donc la boisson de «Néron!» Apprenant alors le décret du sénat, il résolut de mettre fin à ses malheurs, en disant : « Quel grand artiste va pé- «rir!» Il demanda la mort à ceux qui l'accompag^uoient ; et, ne l'obtenant pas, il s'écria : «Je suis donc le seul qui n'ait ni ami «ni ennemi!» Enfin il se frappa avec un poignard, mais si légèrement qu'un de ses affranchis fut forcé de lui ôter la vie. Ainsi périt le dernier membre de la famille de Jules César, âgé de jDrès de trente-un ans, après treize ans et huit mois de règne.
On peut juger de la difficulté qu'éprouve un écrivain moderne pour découvrir la vérité, lorsqu'il retrace les vies des Césars, parle fait suivant. Néron étoit le dernier de leur famille, si l'on
(i) Suct., XLViii; Xiphil. , liL. LXIll, caj) xxMii.
■2^0 JCONOGUAPIIIE ROMAINE. Part. II.
c.v, 1 on croit Siictone, Tacite, Victor, Eutrope, Dion, Orose, Au- '^cl'lrj' ' sone, et Florus '. Cependant Appien, qui vivoit sous les Anlol'i XXX nins, dit d'Auguste : «Sa postérité et son nom régnent encore';» et le scoliaste de Juvénal, expliquant le vers où le poète appelle Domiticn le dernier Flavius % s'exprime ainsi : «Il l'appelle le «dernier, parceque la race des Césars finit dans lui''.» Je n'ai rien à dire du scoliaste, qui n'est point estimé, et qui n'a pas vu que le mot dernier se rapportoit aux empereurs de la famille Flavia, Vespasien, Titus, et Domitien. Pour ce qui est d' Appien, historien d'ailleurs si exact , il a J0W7«e///e un instant. Suétone a tracé le portrait de Néron'. «Il étoit d'une taille «médiocre; son corps étoit couvert de taches hideuses; ses che- «veux presque roux; son visage régulier, mais sans grâce: il «avoit les yeux hleus , la vue foihle, la tête penchée, le ventre «gros, les jamhes très maigres, une forte santé.... Il étoit si re- « cherché dans sa coiffure , qu'il frisoit toujours ses cheveux par «étage, et qu'il les laissa croître par-derriere dans son voyage «de Grèce (pour imiter les joueurs de lyre). Le plus souvent il «paroissoit en puhlic dans le costume dont on ne se servoit que «dans les repas; c'est-à-dire avec la tunique légère, appelée «synthésine, avec les souliers découverts, sans ceinture, et le «cou entouré d'un linge.»
N» 3 et 4. Le plus précieux des portraits de Néron est sans contredit
celui des n° 3 et 4- H est conservé dans le Musée Royal sous le n" 255. Il porte la couronne de rayons (radiée). On ne la donnoit à ses prédécesseurs qu'après leur mort , comme un attribut
(i)Suet.,G., I;Tac.,//i«., I, i6;Vict., Cœs., (3) Flavius ultimus.iuy en., W , 38.
V, 17; Eutr.,VII,9, 1 1 ;Dio, LXIII, 29; Oros., (4) I31timuni autem dicit, quia in illo
VII, 7; Auson., Xn Cœs., VI; Flor., IV, 2,6. Cœsarum origo defecit.
(2) Appian, 5e//. ci'y., IV, pag. 598. Kwvévo; (5) Suet., cap. LI.
•/.'A ovoua tÔ vùv aû^ov.
FAMILLE DES CESAPtS. 241
delà divinité; mais il la ceignit au mépris des usages. Au bas cmp.i. des rayons on remarque de petites cavités alternativement car- ^^^^"^5''" rées et ovales , où avoient été encastrées des pierres précieuses, ii. xxrx La tète est de marbre de Parcs ; le buste , de marbre pentélique, est ancien sans être antique. On Ta transporté du Petit-Trianon ( de Versailles). Le monstre couronné n'y est point flatté comme dans ses autres portraits, ce qui fait le mérite de celui-ci. On y retrouve ses traits farouches et son caractère sanguinaire.
Les n° I et 2 présentent une tête de Néron , conservée au Capi- î^» < et 2 tôle". Elle est de marbre, et nue. Ses traits sont adoucis, et la vérité n'a pas guidé le statuaire; mais le travail est précieux.
A ce mérite se joint celui de la rareté. Tous les monuments qui représentoient Néron furent détruits après la mort funeste de ce farouche tyran. On ne peut donc attribuer la conservation de ceux-ci et d'un petit nombre d'autres qu'au hasard ou à l'éloignement des maisons de campagne qui les renfermoient.
La vérité des portraits de Néron que je viens de décrire est N^Scts prouvée par les deux belles médailles de bronze des n° 5 et 6. On voit sur la première sa tête portant une couronne radiée, avec la légende IMPeraforNERO CLAVDIUS TKibunitia Votestate XIII Vater Vatriœ. Au revers : Rome assise sur des armes , tenant une hastc et un bouclier, avec Fexergue ROMA; et dans le champ, Se7z<2fMJ Coiisulto. Cette médaille de bronze est la seule sur laquelle on lise le nombre de la puissance tribuuitienne.
Sur la seconde est gravée la tête de Néron , couronnée de laurier, avec la légende NERO CLAVD/«j CAESAR AYGVSTw^^ GERmaiiiciis VONt/fea: Maximus TTabunitia Votestate IMlV/vztor Vater Vatriœ. Au revers: Cérès assise, tenant des épis et un flambeau ; devant elle, l'Abondance debout, tenant la corne d'a-
(i) Mus. Capitol., loin. H, UiL. xvi.
1^1 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
chap r. bondaucc; entre elles deux, un eipe sur lequel est placée une cc-sars" mesure de blé [modius ) : dans le champ, un navire, avec les PI XXX mots ANNONA • A VGVSTI • GERES , abondance ( de blé par les soins) d' Auguste. Cérès ; et à l'exergue, S. G.
OcTAviE. Dans la tragédie de Scneque ' qui porte son nom, cette princesse peint ainsi une partie de ses malheurs : «J'ai ^ ii «poignarder ma mère, ôter par un crime la vie à mon père, « faire mourir mon frère !.... Je suis un objet de haine pour mon «époux, et soumise à une esclave (Acte)!» Sa vie, qui ne fut qu'une suite d'infortunes, commença l'an 4ï- Premier des enfants de Glaude et de Messaline , elle eut pour frère Britannicus, qui fut le second et le dernier. A peine âgée de deux ans, son père lui choisit pour époux Lucius Julius Silanus.
L'année 48 commença les malheurs d'Octavie. I^orsque Messaline, après son infâme mariage avec Silius, apprit que Claude, instruit de son déshonneur, étoit parti d'Ostie pour en tirer vengeance, elle fit placer à la porte de Rome les deux enfants de ce prince, Octavie et Britannicus, espérant qu'ils fléchiroient le courroux de leur père; mais l'empereur, conseillé par Narcisse, ne permit pas qu'ils approchassent de son char. Après la mort de Messaline, Agrippine s'empara de l'esprit de Claude; et, avant même son mariage avec lui , elle fit porter contre Silanus , époux d'Octavie, une accusation d'inceste dénuée de fondement. Claude indigné rompit le mariage de sa fille ; l'infortuné Silanus fut contraint de se donner la mort. Les projets ambitieux d'Agrippine se développèrent alors, et la firent connoitre pour l'auteur de ce crime ; car elle travailla à donner pour époux à Octavie son fils Domitius (appelé depuis Néron), afin de l'approcher du trône. Elle eut l'adresse de le faire demander
(i) Vers 102.
à Tempereur par le sénat. Un grand obstacle s'opposoit cepen- chap. i dant à cette union ; Claude ayant adopté Néron Tan 5o , celui-ci ^^^c""^^," étoit devenu frère d'Octavie : mais on la fit passer de la famille ri. xxx Claudia dans une autre famille, et le mariage fut célébré l'an 53; de là vient que dans la tragédie d'Octay^ie' , elle est appelée inie autre Jimon , sœur et épouse du maître du inonde.
Néron n'aima jamais Octavie «quoiqu'elle fût, dit Tacite', «d'illustre origine, qu'elle eût une conduite irréprochable; soit «que le destin Teût ordonné, soit que nos penchants nous por- «tent vers les objets qui nous sont interdits. 55 Epris des charmes d'une affranchie, d'Acte, il eût répudié Octavie pour l'épouser, si Agrippine , dont les mœurs n'étoient pas régulières, mais dont l'esprit étoit fier, ne l'eût empêché par ses reproches. Témoins de l'empoisonnement de Britannicus, la mère et la fille dissimulèrent leur chagrin; celle-ci, quoique jeune, avoit appris, dit Tacite % à cacher sa douleur, ses affections, et tous ses sentiments.
La présence et les remontrances de Burrhus avoient empêché Néron de rompre les nœuds qui l'unissoient à Octavie; il lui avoit dit un jour, pour l'en détourner : «Il faudra donc lui ren- «dre sa dot ( l'empire)^. >> Ses amis lui faisant aussi des reproches sur sa froideur : «Elle doit se contenter, leur répondit-il, «des honneurs attachés au rang d'impératrice. « Il avoit même, selon Suétone % essayé plusieurs fois de lui ôtcr la vie de ses propres mains. Tacite*' et Suétone disent qu'il allégua pour cause de divorce sa stérilité. Il la fit accuser d'un commerce criminel avec un joueur de flûte. Les tourments les plus cruels
(i) Vers aoo. (4) Xipliil., lib. LXII, cap. xiii.
(2) Tacit. , XIII, 12. (5) Suet., cap. xxxv.
(3) Ibid., 16. (G) Tacit., XIV, 60.
244 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
ohap I. lurent exercés sur ses femmes pour les forcer à calomnier leur cvl'll' ' maitresse. Quelques unes, en petit nombre, cédetent à la doupi XXX. leur, les autres soutinrent avec fermeté son innocence. Malgré cela, Néron la relégua dans la Campanie, et la lit entourer de «gardes. Le peu[)le témoigna ouvertement son indignation, en voyant persécuter une des dernières princesses de la famille des Césars; de sorte que Tempereur fut forcé de la rappeler. La joie publique éclata de toute part; on abattit les statues de Poppée, et Ton porta en triomplie celles d'Octavie, couronnées de fleurs.
Poppée, inquiète sur son mariage^ et craignant la violence du peuple, persuada à Néron que son autorité seroit compromise, s il cédoit aux instances des Romains, et qu'il devoit détruire leur idole '. Celui-ci fit venir Tassassin de sa mère, Anicet, le menaça de le faire mourir, s'il ne déclaroit qu'il s'étoit rendu coupable d'adultère avec Octavie. L'empereur publia cette déclaration dans un édit , par lequel il l'accusoit aussi d'avoir étouffé dans son sein le fruit de ce crime ; elle qu'il avoit répudiée à cause de sa stérilité! Il ajoutoit que cette princesse avoit formé une conspiration avec son corrupteur; avec un homme qui commandoit seulement quelques navires ! Octavie fut donc reléguée dans l'ile Paudataria, où, après lui avoir ouvert les veines, on l'étouffa dans un bain l'an 6i ; sa tête fut portée à Rome, et présentée à Poppée, qui jouit de cet affreux spectacle. Ainsi périt, à l'âge de vingt ans une princesse digne d'un sort heureux par sa naissance, sa beavïté , et ses vertus ; elle périt avec la douleur de se voir calomniée aux yeux de ce peuple qui l'avoit tant aimée et honorée.
!,• -. Il est douteux que l'on ait de v^éritables portraits d'Octavie ;
(i) Tacit. , Ann., XIV, 62, 63; Xipliil., lib. LXII, cap. Xiii.
car il seroit difficile de les reconnoître d'après ses médailles, qui ciup i toutes ont été frappées hors d'Italie, et dont le dessin est maii- ^''c"!L^^ vais. En voici une de Corintlie ; elle est de bronze (n° 7). On pi. xxx. voit la tète d'Octavie, avec la légende OCTAVIAE NERONIS ANGusti, sous-entendu uxor. Au revers: une figure, la tête voilée, tenant une patere et une corne d'abondance, avec la légende Quïjito rVEt^/o FLACCO IIVIRo; dans le champ, GENzb COLo7iiœ COKùitJii : Au génie de la colonie de Corinthe; sous le duumvirat de Quintus Fulvius Flaccus.
PoppÉE Sabine. Il eût été difficile de trouver à Rome deux caractères qui présentassent plus de rapports que ceux de Néron et dçPoppée sa seconde épouse. Tous deux étoient adonnés aux débauches les plus honteuses ; tous deux étoient prodigues à l'excès; tous deux enfin firent périr les plus illustres personnages, pour s'emparer de leurs biens et pour se procurer les moyens d'entretenir un luxe insensé. Tacite ' a tracé le portrait de celte femme. «Elle avoit tous les dons, excepté un cœur vertueux. «Sa mère, qui surpassoit en beauté les femmes de son âge, la «lui avoit transmise avec l'illustration et des richesses propor- «tionnées à sa noble origine. Son langage étoit doux ; elle avoit «l'esprit assez juste. Elle affectoit la retenue ; mais elle se livroit «à la débauche en secret. Rarement elle paroissoit en ])ublic, et «toujoiu's avec un voile qui couvroit une partie de son visage, «pour ne pas satisfaire entièrement la curiosité, ou parceque «celte manière de se voiler rendoit sa beauté plus attrayante. «Jamais elle ne s'occupa de sa réputation; elle avoit les mêmes «égards pour ses maris et pour ses amants; elle ne se crovoit «liée ni par leurs affections, ni par les siennes; l'utilité qu'elle « croyoit pouvoir tirer d'une liaison déterminoit seule sou choix. ?>
(1) Annal., XUl, 45.
246 ICONOGRAPlITi: ROMAINE. Part. II.
ruAP I. Fille de Titus Dllins, digne ami de Tr.ijan , Poppée ])réréra
Fainiiifl ,1, s ^jg porter le nom de son aïeul maternel Poppseus Sahiuus, qui PI. XXX, avoit obtenu le consulat et un triomphe. vSon premier mari lut llufus Crispinus, (jui la rendit mère d'un fils auquel Néron fit ôter la vie, quoiqu'il fût encore enfant, parcequ'il jouoit à l'empereur et au général'. Ce mariage fut dissous aux instigations d'Othon, jeune homme qui se faisoit remarquer par son luxe et par la faveur dont il paroissoit jouir auprès de Néron; il étoit lié avec Poppée avant le divorce , et il l'épousa ensuite. Cet imprudent excita les désirs de Néron par les éloges qu'il donnoit sans cesse à Poppée. Auprès d'elle, demander et obtenir fut la même chose pour l'empereur; elle exigea seulement le renvoi d'Acte , affranchie qui possédoit alors les bonnes grâces de ce prince, et Otlion fut chargé du commandement delà Lusitanie. Tous les historiens accusent Poppée d'avoir excité par ses conseils et ses railleries Néron à faire mourir Agrippine et Octavie ; la dernière pour épouser l'empereur, et la première parcequ'elle conseilloit à son fils de ne pas répudier la fille de Claude. Elle eut même la cruauté de se faire présenter la tête d'Octavie. Néron épousa Poppée douze jours après la répudiation de cette malheureuse princesse. La même année, 62, elle le rendit père d'une fille qui reçut en naissant le nom de Claudia , et le litre à' Auguste y accordé aussi à la mère par l'empereur. Celui-ci étoit au comble de la joie; il institua en l'honneur de cet enfant des supplications, des jeux; mais elle mourut le quatrième mois après sa naissance. Le deuil de l'empereur et du sénat fut immodéré, comme l'avoit été leur joie.
Poppée etTigellin formoient, dit Tacite, le conseil intime de
(i) Suet., c. xxxv. Il ne nous est par- Probablement ils ressembloient à celui de
venu aucun détail sur ces jeux d'enfauts. nos jeunes filles qui jouent à la Madame.
FAMILLE DES CESAPiS. 247
JNéron, quand il méditoit quelque meurtre, notamment celui cn^p i
dp ' Famille des
eSeneque'. césars.
Elle reçut la mort, Tan 64, d'un coup que lui donna Tempe- pi. xxx. reur. Irrité des reproches qu'elle lui adressa, à cause qu'il étoit arrivé fort tard auprès d'elle, ayant conduit des chars dans le cirque, il la frappa avec tant de violence, qu'elle mourut avec l'enfant qu'elle portoit dans son sein. Néron témoigna un grand repentir de cette action brutale. Il ne voulut pas que le corps de son épouse fût brûlé, selon l'usage des Romains à cette époque; il le fit embaumer et déposer dans le mausolée des Césars. Pline' dit que l'on consuma dans ces funérailles plus de parfums que n'eu produisoit dans une année l'Arabie heureuse. Néron prononça dans les rostres son oraison funèbre^; il loua sa beauté comme une vertu, et vanta le bonheur qu'elle avoit eu d'être mère d'une fille des dieux. Il lui décerna les honneurs de l'apothéose, lui éleva un temple avec cette inscription : «Les dames «romaines l'ont consacré à Sabine, nouvelle Yénus.» Xiphilin fait observer qu'il les avoit dépouillées de leurs plus riches ornements pour cette construction. Mais le témoignage d'attachement le plus extraordinaire qu'il lui donna fut d'épouser Sporus, jeune affranchi, après l'avoir fait eunuque, parcequ'il resscmbloit à l'impératrice.
On donneroit difficilement une idée plus exacte du luxe de Poppée, et des soins excessifs qu'elle prenoit de sa beauté, qu'en disant que les mules de ses litières avoient des fers d'argent, et que tous les jours elle se baignoit dans le lait de cinq cents âuesses qui la suivoient par-tout '.
Il est probable qu'à la mort de Néron, le peuple renversa les
( i) Tacit. , XV , G I . (3) Tacit. , XV I , G.
(2) Plin., XII, 18. (4) Juven., sat. VI, v. 168.
248 ICONOGllAPHIE ROMAINE. Part. II.
Cl.*,. I. statues de Poppée avec celles du tyran; car Olbou, dont elle
^amiii. des jj^^i^ ^,^^ l't'.pouse , les fit relever ■.
n. XXX. I-'CS médailles de Popi^ce, parvenues jusqu'à nous, ont toutes
N* 8. été fiaj^pées hors de l'Italie ; c'est pourquoi le travail est grossier et ne peut servir à faire reconnoître ses portraits, s'il en existe. Sur une médaille de bronze, n" 8, frappée à Smyrne en lonie, on voit les têtes de Néron et de Poppée : elles sont affrontées; et celle de l'empereur est couronnée de laurier. Légende : NEPflNA CEBACTON HOnHAIAN CEBACTHN ; Les Smynicens j^éverejit Néron Auguste , et Poppée Auguste. Au revers : Homère assis, tenant un sceptre. Smyrne étoit une des villes qui revendiquoieut l'honneur d'avoir vu naître ce grand poète; elle lui avoit consacré un temple , un liomérée , une statue', etc. La légende du revers est, Eni EPMOrENOYC CTPAmyou CKPIBf^NIOC KAAPOC ; et, dans le champ, SMYPvaiov : Sous la préture d' Ermogene ; Scribonius Clarus étant magistrat à Smyrne. L'absence du type d'un fleuve à demi couché, sur cette médaille de Pellerin, sert à réfuter l'opinion de Sjianhcim, qui voyoit dans KAAPOC le nom d'un fleuve \
Messaline jeune. (Statilia Messalina). Après la mort de Poppée, Néron voulut épouser la fille de Claude, Antonia'', qui étoit sœur d'Octavie sa première femme, et qui étoit aussi sa sœur par adoption ; mais elle refusa cette alliance incestueuse. Néron irrité l'enveloppa dans la conjuration de Pison, et la fit mourir. Il choisit alors pour épouse , l'an 64 , Statilia Messalina, plus connue sous le nom de Messaline jeune. Elle étoit fille de Statllius Taurus, qui avoit été deux: fois consul sous Auguste, et mariée en quatrièmes noces à Atticus Vestinius,
(i) Tacit., Hislor., I, 78. (3) Mélanges, II, Sy.
(2) Cicer., jiro Jrchia -, Strab., XIV. (4) Suet, , cap. XXXV.
FAMILLE DES CESAPxS. 249
Néron, qu elle comptoit au nombre de ses amants favorisés, fit cn^r i mourir sons un vain prétexte Vestinius pendant qu il etoit cou- ^.^^^. sul, partagea le trône avec sa veuve, et lui donna par un décret pi. xxî. du sénat le titre d'Auguste.
On ignore les détails de la vie de Messaline jeune; on sait seulement que ses débauches, quoique peu cachées, ne Tempéclierent pas d'avoir quatre maris ; qu'elle aimoit et cultivoit avec succès les lettres et les sciences. L'ancien scoliaste de Juvénal' croit (on ne sait sur quel fondement) la reconnoître dans le portrait que ce poète a tracé d'une femme savante, mais ridicule par l'affectation de montrer son érudition et son éloquence. Les philologues font peu de cas de ses scolies, et le fait est douteux.
Othon, parvenu à l'empire après la mort de Galba, successeur de Néron, voulut épouser Messaline. T^a brièveté de son règne, qui ne fut que de trois mois, y mit obstacle. Mais ses dernières pensées furent pour elle; et, en mourant, il lui recommanda le soin de ses funérailles et de sa mémoire \
On ne connoit ni l'époque de sa naissance, ni celle de sa mort.
Il seroit difficile de reconnoitre des portraits de Messaline d'après les médailles qui la représentent. Elles ont été frappées hors de Fllalie, et le travail est grossier. Celle de bronze du n° 9. n° 9 est d'Ephese : on y voit la tête de Messaline , avec une partie de la légende, Mi.CCAAiNA; au revers, une femme, coiffée de tours, debout, tient une lance, et porte une petite statue de Diane d'Ephese, avec la légende AOYIOAA (à rebours). AIXMMKAH; dans le champ, E^i:aiov HMC ^: Aviola (proconsul d'Asie); Acchmoclès (magistrat) à Ephese.
(1) Sat. ¥1,434. (3) Caractcrcs qui sont les restes d'uu
{2) 8uct. , Ollion, ra\). \. mot iiulc<;hirfniI»lo.
Famille des Cf.'iari.