‹ Iconographie romaine (volume 5)Chapitre 15 sur 139 · N" 1 II · texte numérisé non relu

N" 1 II

Faustine MERE, OU l'ancienne, épousc d'Autoniu. L'histoire n'a conservé de cette impératrice d'autre souvenir que celui de ses vices, et du conseil qu'elle donna, lors de la révolte d'un Celsus, à son époux Antonin'. Elle lui représenta qu'il dcvoit réserver sa bienveillance pour ses amis, et déployer une grande sévérité

(1) feulent. Avid. Cass. vit., IX.

Cmu'. V.

Aiiloniii-l*u et sa familli

.■f xr..

78 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL

contre les rebelles. Mais nous ne voyons pas qu'il ait abandonné, pour lui complaire, ce système de modération dont les Romains .idopiivp furent si reconnoissants, ni que les révoltes aient été plus fréquentes sous son règne que sous les règnes de ses prédécesseurs.

Annia Galcria Faustiua (comme fappelle Capitolin) naquit l'an io5; car on.est certain qu'elle mourut la troisième année du règne d'Antonin, 141 de l'ère vulgaire; et une inscription du recueil de Gruter' nous apprend qu'elle avoit vécu trente-six ans et quelques mois. Son père, Annius Verus, avoit été trois fois consul, et prétendoit être descendu de Nunia. Faustine étoit tante paternelle de Marc-Aurele, et elle épousa Antonin longtemps avant son élévation à l'empire. Des quatre enfants (deux fils et deux filles) dont elle l'avoit rendu père, un seul vivoit à cette époque, c'étoit Faustine la jeune, qui épousa un an après Marc-Aurele. Capitolin^ nous fait connoitre eu peu de mots la mauvaise conduite de l'épouse d'Antonin, et l'étonnante modération de ce prince. c< Les manières peu réservées et Textrême «liberté de mœurs de cette princesse donnèrent lieu à beau- «coup de brtiits. Ils causèrent les chagrins très vifs que l'empe- «reur en conçut, et qu'il renferma dans son sein.»

On a blâmé cet aveuglement volontaire d'Antonin, et les honneurs qu'il fit rendre à la mémoire de sa coupable épouse; mais la raison d'état, qui fait courber les souverains sous son joug d'airain, exigeoit ce silence pendant la vie, et ces honneurs après la mort de Faustine, afin de laisser un doute sur ses déportements, si la chose étoit encore possible. Il la plaça au nombre des dieux, lui éleva des temples; et l'on voit encore à Rome de précieux restes d'un de ces édifices à l'église de Saint-

(i) In Marco, I ; in Pio, VI. (2) Page CCLXI, n° 3. (3) In Pio, III.

Laurent in Miranda. Il fit porter dans les jeux du cirque sa statue avec celles des autres impératrices.

Pour choisir une médaille de Faustine mère qui justifiât la ressemblance de ses portraits, on a hésité long-temps, parceque nous n'avons autant de médailles ni autant de variétés de types d'aucun personnage illustre^ soit des siècles précédents , soit des temps postérieurs. On voit ici, sous le n° 6 de la planche XL, un médaillon de bronze du cabinet du roi, unique, qui présente un type précieux par le grand nombre des personnages qui le composent et par la célébrité de l'action qu'il retrace. Eckhel ' y reconnoit Coriolan prêt à combattre avec les Volsques contre les Romains; et la mère, la femme, et les enfants de cet illustre exilé, qui se précipitent à ses pieds. Quelques personnes ont cru reconnoitre ici Tatius et Romidus prêts à se battre devant les armées des Sabins et des Romains; et les Sabines, épouses des Romains, cherchant à séparer les combattants. Mais l'explication d'Eckliel paroit plus vraisemblable. L'exergue du revers, qui est presque effacé, présente les traces des mots abrégés TR. POT. Autour de la tête on lit la légende DIVA- AVGYSTA* FAVSTINA.

Il faut observer la coiffure de Faustine mère sur le plus grand nombre de ses médailles; les cheveux liés par-derriere sont attachés sur la tête ; ceux de sa fille sont le plus souvent liés et attachés par-derriere.

On voit ici , sous les n" 4 et 5 , la face et le profil de la tête colossale de Faustine, qui est conservée dans le musée du Vatican.

Chap. V.

Autonin-Pie et sa famille

ailoptive.

PI. XXXIXet XL.

4 el 3.

Galère Antonin, fils d'Antonin et de Faustine, mort enfant

(1) DocU: Num. Fct., VIII, p. 41

8o ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

(;„v,, V. et avant que sou père ne fût nommé César. Nous ne donnons Pt'Tf " 'il point son portrait, parcequ'il est gravé trop grossièrement sur a.iopt.ve yjjg médaille grecque, au revers de sa mère. C'est le seul monuet XI, ment authentique que nous ayons de ce jeune prince.

§ 1. MARC-AURELE, lAUSTINE JEUNE, ET ANNIUS VERUS LEL R FILS.

L'empereur Justinien a fait dans un seul mot l'éloge le plus vrai et le plus étendu de Marc-Aurele '. Il l'a désigné par une épitliete grecque que l'on peut traduire ainsi, «le plus philosophe «des philosophes'.» En effet, non seulement cet empereur étudia avec ardeur les dogmes de toutes leurs sectes , et il observa avec soin les pratiques extérieures de la plus austère d'entre elles, comme ceux qui vivoient de son temps; inais, ce que ne faisoient pas la plupart des philosophes, il régla pendant toute sa vie ses paroles et ses actions sur les principes de morale, de justice, et de tempérance qu'il professoit en public. Il a prouvé la vérité de cet axiome de Platon, qu'il répétoit souvent luimême : «Les empires seront heureux quand ils seront gouvernés «par des philosophes .» «Marc-Aurele, dit Victor le jeune% «doué de toutes les vertus et d'un génie céleste, sembloit créé «pour être le défenseur du genre humain contre les malheurs «publics qui l'affligèrent; car, s'il ne fût pas né dans ce siècle, «toutes les parties de l'empire romain se seroient écroulées à-la- «fois. La guerre fut allumée de tous les côtés, dans l'Orient

(i) Co(/., lib. V, lit. XVII, §. 12. (3) Plat., Repubi, \, 665.

{:i) i>ù.o(io<(uizoizo;, philosophissimiis, comme (4) Epilom., XLVI.

s'exprime le traducteur ancien du Codex.

FAMILLE D'AISTONI?s-PIE. 81

«tout entier, dans l'îllyrie, l'Italie, et la Gaule; des tremble- c».vp v. «ments de terre renversèrent plusieurs cités, les fleuves sorti- ^j°'°'^"^Jl]; «rent de leurs lits, les maladies épidémiques se multiplièrent, adopme.

,, PI XLI et XIJI.

«des espèces de sauterelles ravagèrent les campagnes; entm 1 on «ne peut citer ni concevoir aucun des fléaux les plus funestes «aux mortels et les plus affligeants qui n'ait éclaté sous son «règne. Je crois que la Providence divine a réglé qu'aux époques «oii soit les lois qui régissent l'univers, soit la nature, soit «quelque autre puissance, feroit éclore ces maux, ils seroient «adoucis par la prudence de quelques mortels vertueux qui «sembleroient créés pour en être les médecins. >>

Marc-Aurele appartenoit à la famille Annia, plus célèbre par les charges qu'elle avoit occupées que par la tradition orgueilleuse qui la faisoit remonter jusqu'à Numa. Lucius Annius Yerus, son aïeul, étoit consul pour la seconde fois l'an de l'ère vulgaire iii (874 de Rome), lorsqu'il naquit, pendant que son père Annius Verus exerçoit la préture. Sa mère, Domitia Calvilla, fut aussi appelée Lucilla; et sa tante maternelle étoit la première Faustine, mère de la seconde Faustine, qu'il épousa'. Marc-Aurele fut d'abord appelé Annius Verus, comme ses ancêtres paternels; mais Hadrien, qui le chérissoit comme son fils, et qui prit un soin particulier de son éducation après la mort de son père Annius Verus, l'appeloit Annius Verissimus (très véridique, ou ami très sincère de la vérité), «à cause, dit l'historien «Dion", de la force de son esprit.» On lit ce nom sur une médaille grecque des Tyraniens dans la Sarmatie '. Enfin, après son adoption par Antouin, il prit, suivant l'usage, les noms de son père adoptif, Marcus Aelius Aurelius Verus. Il est connu sous

(i) Capitol., M. ./urcl., VI. (3) BIIPICCIMOC KAICAR ; Vailla.it,

(2) Dio, LXIX, là. Numùmnt. Grœc, LVIIl.

PI, XI.I <t XI. II.

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c.iAi.. V. le nom de Marc-Aurele. On remarqua en lui dès l'enfance une ''T"''!mI gravite qui frappoit tousles yeux, et qui justifloit les faveurs que ;.(io|.i;ve. i„j prodii^uoit Hadrien. A l'âge de six ans il lui donna un cheval qui devoit être entretenu par le fisc (c'étoit une distinction remarquable), et, à huit ans, il l'associa au collège des Saliens". Il n'en avoit que quinze lorsque la mort imprévue du César Aelius l'approcha du trône, au moment où il venolt de prendre la toge virile.

Mais ces honneurs prématurés ne détournèrent pas Marc- Aurele des graves études auxquelles il se livroit entièrement, sous la direction des hommes les plus célèbres de son siècle. Malgré la foiblesse de sa constitution on le voyoit s'appliquer avec une égale ardeur à l'étude des lettres grecques et latines, de l'éloquence, de la jurisprudence, et de la philosophie'. Il adopta dès l'âge de douze ans le costume des stoïciens (le manteau des Grecs), et leur coutume de coucher sur la dure; à peine sa mère put-elle obtenir qu'il plaçât quelques peaux soiis sou corps. Les historiens ont conservé quelques uns des détails de sa jeunesse; mais on en trouve un plus grand nomJ:)re dans ses Réflexions morales, écrites en grec, qui sont un recueil précieux de pensées et de maximes philosophiques.

L'an i38 (891 de Rome) Antonin fut désigné, par Hadrien mourant, pour lui succéder; mais, comme il n'avoit point d'enfants, il adopta, par ordre de l'empereur, Lucius Commodus et Marc-Aurele, qui étoit âgé de dix-huit ans. Celui-ci fut nommé César et questeur l'année suivante, iSg; c'est aussi de cette année que datent ses premières médailles \ Antonin le nomma consul, le revêtit de tout l'éclat de la pourpre, lui donna con-

(1) Capitol., IV. (2) Ibid., II. (3) Eckhel, D. N. F., VII, 44.

noissance de toutes les affaires pour le former au gouvernement, c.np. v. et se rattacha si intimement que , pendant les vingt-trois années ^."g^fàmliu du règne de ce prince, Marc-Aurele ne passa que deux nuits tIop'-v*éloigné de lui. Il lui avoit fait épouser, vers l'an 146, sa fille Faustine (appelée la jeune, relativement à sa mère, épouse d'Antouin) '.

Enfin, l'an 161 (9i3 de Rome), mourut Antonin, après avoir déclaré devant les préfets du prétoire Marc-Aurele son successeur, et après avoir recommandé à celui-ci l'empire et sa fille. Sur-le-champ le sénat contraignit ce prince à prendre les rênes du gouvernement , sans faire mention de Lucius Commodus (depuis Lucius Verus), qui étoit, ainsi que Marc-Aurele, fils adoptif d' Antonin. En cela le sénat sembloit suivre les intentions présumées du feu empereur, qui, frappé des défauts de son second fils adoptif, l'avoit laissé dans l'obscurité, sans lui donner même le nom de César. Mais Marc-Aurele se hâta de déclarer ce prince Auguste, son collègue dans la puissance souveraine, et de lui donner le nom de Verus, comme s'il l'eût adopté en lui promettant pour épouse sa fille Lucille. 13e sorte que l'on vit pour la première fois deux Augustes régner ensemble. Ils se trouvèrent aussi consuls tous les deux; aussi désignat-on cette année par le consulat des deux Augustes; quelques uns même firent de ce consulat le commencement d'une nouvelle ère.

Dion' donne pour motif de l'élévation de Lucius Verus le dessein qu'avoit Marc-Aurele de mettre à la tête des armées ini prince dont la santé étoit plus robuste que la sienne, et de pouvoir ainsi continuer ses études littéraires et pliilosopliic[ues. En

(1) Capitol., VI. (2) Lib. L\XI, i.

ri. XM Cl XLII.

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Chai. V. cffct SOU avcneincnt à l'ciiipire ne Tenipêcha pas de fréquenter A.,ioi..n-p.e i^g écoles des rhéteurs les plus éloquents et des plus cèle-

i-t sa raniillc Al i

uiop.ivc. ]3pgg philosophes, principalement celles des stoïciens, dont il affectionnoit et prati([uoit la doctrine. Contre l'ordinaire de semhlahlcs associations, les deux collègues vécurent en apparence dans lapins parfaite union; Lucius Verus cherchant, en tout ce qui concernoit le gouvernement, à imiter le sage Marc- Aurele, et ne contrariant jamais ouvertement ses vues hienfaisantes.

La première année du règne de Marc-Aurele fut marquée par plusieurs des fléaux qui à cette époque affligèrent l'univers. Une vaste inondation du Tibre causa une grande famine; le roi des Parthcs, Yologese III, fit une invasion dans la Syrie; et les Germains et les Cattes pillèrent les frontières de l'empire. Marc- Aurele envoya Lucius Verus commander dans l'Orient , espérant l'arrachera la vie molle et voluptueuse qu'il menoit à Rome; mais cette attente fut trompée, et les délices de l'Orient augmentèrent son penchant à la débauche. C'étoit peut-être dans le même dessein que Marc-Aurele envoya en Syrie sa fdle chérie Lucille, pour devenir l'épouse de Lucius Verus. Il l'avoit fait élever avec le plus grand soin, et lui avoit inspiré l'amour de la sao-esse et de la vertu: mais la vue des dé])auches de son mari lui fit oublier les bons principes de son éducation, et elle sembla vouloir se venger, par la plus honteuse prostitution , des outrages qu'elle recevoit.

Autant le règne d'Antonin avoit été tranquille, autant celui de Marc-Aurele fut agité par des guerres allumées dans toutes les parties de l'empire; et cependant le caractère et les goûts particuliers de cet empereur étoient pacifiques. Ce fut peut-être même son goût pour les études philosophiques, et son amour

connu pour la trauquillité , qui inspirèrent aux peuples soumis cuip. v. aux Romains l'envie de secouer le ioug. Au reste Capitolin' dit ^"«""'"-•*'«

J O r et sa tairulle

que, ce dans le délire de la fièvre qui termina les jours d'Antonin, a'op'ive «ce prince ne parloit que du gouvernement de 1 empire, et des ce rois qui excitoient son mécontentement.» D'où l'on peut conclure que, s'il eût vécu encore quelque temps, il auroit été forcé d'ouvrir le temple de Janus.

Les lieutenants de Verus remportèrent des victoires importantes sur les Partlies , qui, l'an i65, demandèrent et obtinrent la paix en cédant la Mésopotamie aux Romains. Après avoir terminé cette guerre, Verus fut obligé de quitter Antioclie, ville qu'il avoit rendue le lliéàtre des plus bonteuses débaucbes. Les deux empereurs triomperent ensemble, l'an i66; et les enfants de Marc-Aurele furent placés dans le cbar de triompbe. Le sénat donna aux empereurs les glorieux surnoms de Partbiques et de Médiques.

L'année suivante, 167 (9^0 de RomeJ, vit se répandre dans l'Asie et dans l'Europe une maladie contagieuse des plus célèbres de l'histoire. Sans rapporter les origines diverses que lui assigna la superstition, je ferai observer que Lucien^ qui écrivoit à celte époque, ne la fait point éclore dans l'Ethiopie, comme les historiens inexacts; mais qu'il lui donne, comme Capitolin*, la Babylonie pour berceau. L'armée romaine en fut infectée dans la guerre contre les Parthes; elle l'apporta en Europe; et, dit Thiscc torien de Verus , ce il fut dans la destinée de cet empereur de pacc roître amener à sa suite dans chaque province, jnscpi'à Rome, « ce terrible fléau ' . » Il se répandit j usqu'au Rhin , dans les G aules ,

(1) Ant. Pius, XII. tagieuses ; c'est pourquoi je n'cinploiei-ai

(2) Les anciens écrivains ont désignô par point ce mot. (3) Q. //l'.sf. , t. II, p. 222. lenou» de /;es<e toute sorte de maladies con- (4) /'e/«.';, YIII. (5) Anun., 1. XXIII.

Anlonin-l'if

et sa f.iiiiillc

ado]>ii\<'.

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