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VI. XI.I Cl XI. II

86 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

Chai. V 4" ^^ tlcvasla pciidaul j)lijsieurs années. Galien, célèbre médecin, le décrivit en témoin oculaire. Cette maladie dépeupla les villes, les campagnes, et l'Italie en particulier. A Rome , les personnages les plus distingués en furent les victimes; les morts étoient si nombreux, (ju'il falloitlcs transporter sur des cliars, et que l'empereur fit enlever aux dépens du trésor public les cadavres des pauvres '. On vit des imposteurs contrefaire des prodiges, pour exciter le peuple à piller la ville; mais la vigilance et la fermeté de Marc-Aurele arrêtèrent ces funestes projets.

Pendant que les Partlies Iroubloient à l'orient l'empire romain, presque tous les peuples qui habitoient au-delà du Danube levèrent l'étendard de la rébellion. La révolte des Marcomans, les plus redoutables des Germains, jeta l'épouvante dans Rome . Quoique Marc-Aurele fvit, par ses principes pliilosopliiques, exempt de superstition , il crut cependant devoir, pour relever le courage de la multitude, recourir aux sacrifices expiatoires et aux cérémonies extraordinaires, soit romaines, soit étrangères, dont la célébration retarda même son départe Enfin, l'an 167, il partit, avec son collègue Lucius , revêtu du manteau militaire des généraux ^ Il est probable que le grand appareil de force déployé par Marc-Aurele imposa aux barbares, qu'ils sollicitèrent, et obtinrent au moins une trêve, et que les empereurs rentrèrent dans Rome l'an i68; mais il n'est pas moins vraisemblable (car on ne trouve ici rien de clair dans Ca- ])itolin) que ces peuples, revenus d'une première surprise, re-

(i) Oros., lib. VII, cap. xviu; Capitol., <■ Marc-Antonin : à moins que vous ne re-

M. Ant. XIll. «veniez triomphant, nul de nous ne sur-

(2) Doclr. Ntim. î'et. , VII, 55. « vivra. » (Amm. Marcell., XXV, ây. )

(3) Capitol., XIII, i4- Cette profusion (4) H étoit couleur d'écarlate , ou de de victimes fit naître l'idée ingénieuse de pourpre-cochenille , et s'appeloit Paludala requête suivante : " Les bœufs blancs à mentum.

CllAP. V.

Pie iilte

PI. XI.l et XLIl.

prirent les armes , et que les empereurs quittèrent Rome de nouveau l'an i6q. La maladie contagieuse les força de s'arrêter à ^"'°"'"

•^ O i et sa fiin

Aquilée, sur les bords de la mer Adriatique, où Galien accourut aiioptive pour arrêter les progrès de ce fléau. Ses soins et sa science furent inutiles; de sorte que les empereurs reprirent le chemin de Rome, montés sur le même char. Verus fut frappé d'une apoplexie foudroyante. On le transporta à Altinum ( Altino ) , dans le pays des Vénetes, où il mourut. Je ne parlerois que dans la vie de Verus du poison qui, selon quelques écrivains, Dion entre autres', auroit terminé ses jours, si l'on n'avoit pas craint d'en charger la mémoire de Marc-Aurele, contre lequel, disoit-on^ il auroit conspiré. Mais Dion parle du poison sans indiquer celui qui l'auroit employé ; et Capitolin , dans la vie de Maro-Aurele et dans celle de Lucius Verus, répète cette odieuse calomnie, dont Galien , écrivain contemporain, ne fait pas même mention \ Son auteur, ou du moins celui qui la reproduisit le plus hautement, me paroit être Caracalla; qui, dans le discours prononcé devant le sénat pour excuser son fratricide, après le meurtre de Géta^, s'exprima ainsi: «Ce Marcus lui-même, qui affectoit la «philosophie et la douceur, ne put supporter les injures de son «gendre Lucius, et le fit périr en lui dressant des embûches^. » Après avoir fait rendre les plus grands honneurs à la mémoire de Verus , l'empereur s'occupa avec plus d'activité que la première fois des préparatifs pour la guerre contre les Marcoraans, qui se rendoient tous les jours plus redoutables. Pour remplacer les soldats que la maladie contagieuse avoit moissonnés, il enrôla les esclaves (comme on l'avoit fait dans les guerres contre Annibal ), les gladiateurs, quelques habitants des frontières de Dalmitie,

(1) Lib. LXXI, 2. (3) Herodian., IV, lo'.

(2) Gai., t. IV, p. 362. (4) Vict., Cœs., X\l

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o,„p. V. et de Dardanie, accoutumés à vivre de pillage, avec les troupes Antonin-iv ]écperes charirccs de rcnrimer leurs brigandages, et même des

«t sa famille O ^ ^ O » ' ^

n.iMptive Germains, qui s'offrirent à combattre contre leurs compatriotes". 11 xi.i et xLii. Q^^ dépenses ayant épuisé le trésor public, il n'eut point recours à de nouveaux impôts comme ses prédécesseurs; mais il fit exposer en vente les plus riches meubles de son palais, les tableaux les plus précieux, les vêlements de soie de l'impératrice', et une grande quantité de perles amassées par Hadrien. Par ce m^oyen, ii put soutenir pendant cinq ans la guerre contre les Marcomans. Il marcha enfin contre eux à la fin de l'an i6g.

On ignore les détails de cette guerre, dans laquelle on trouva parmi les morts des femmes barbares armées . L'événement qui l'a rendue célèbre arriva l'an 174 (9"^? ^^ Rome), selon Eusebe et Xiphilin, qui le rapporte d'après Dion^. «L'armée romaine, «dit Eckhel^, se trouvoit assiégée par les Quades (peuple qui «habitoit une partie de la Bohême j, dans un lieu sec et aride. «Les soldats mouroient de soif, lorsque tout-à-coup tomba sur «leur camp une pluie abondante, pendant que le tonnerre et la «grêle écrasoient et dispersoient leurs ennemis. Cet événement « fait partie des bas-reliefs qui ornent à Rome la colonne de « Marc-Aurele. Les écrivains païens attribuèrent ce bienfait à la «bonté de leurs dieux, et les chrétiens, aux prières delà légion «Mélitine (ainsi appelée d'une ville de même nom, située dans «la petite Arménie, où elle résidoit), qui h cause de cela auroit «été surnommée Fulminante^»

Avidius Cassius, gouverneur de Syrie, empêcha, par sa ré-

■ (1) Capitol., XXII. (5) Doct. Num. ^c^, VII, 6i.

(2) A cette époque, les étoffes de soie (6) J'ai traduit fidèlement ce récit de pure se payoient à Rome au poids de l'or. l'ouvrage sur la Numismati(jiie d'Eckhel,

(3) Dio,LXXI,3. savant aussi reconimandable par sa grande

(4) Euseb, m CArortùo; Dio, LXXl, I). érudition qae par sa piété éclairée.

bellion en l'an lyS, Marc-Aurele, qui avoit vaincu ou pacifié chap. v. presque toute la Germanie, de fermer le temple de Janus. Yul- |),°',°7a'mii!!. catius Gallicanus a écrit la vie de cet usurpateur; et il en donne a.iopiiv, pour raison a Uioclctien', auquel 11 la dedie, «le dessein qu il «avoit formé de lui faire connoitre tous les Augustes qui ont «revêtu la pourpre; en écrivant l'histoire de tous ceux qui ont «porté, soit justement, soit injustement, le nom d'empereur. 55 Cassius étoitliabile dans l'art de la guerre, et rigide observateur delà discipline militaire. Dion', qui écri voit peu d'années après sa mort, dit que c'étoit un grand homme, tel qu'on eût pu souhaiter un empereur. Il attribue sa révolte aux sollicitations de Faustine, qui, voyant l'empereur son époux d'une santé chancelante, son fils Commode adolescent et d'un esprit borné, craignant d'ailleurs pour son sort futur, lui promit de l'épouser, s'il se faisoit déclarer empereur. Cette opinion acquiert un grand poids, quand on observe que Cassius n'usurpa ce nom qu'au moment où se répandit le faux bruit de la mort de Marc-Aurcle. Quoi qu'il en soit, presque tout l'Orient, l'Egypte, et une partie de l'Asie mineure, trompés par cette fausse nouvelle, se révoltèrent, et reconnurent Cassius pour empereur.

Marc-Aurele ayant appris, dans la Germanie, cette rébellion, assembla ses soldats et leur lut un discours dans lequel il parloit de Cassius avec une grande modération\ Il leur dit entre autres ces paroles mémorables : «Je crains seulement (car je vous ferai «connoitre toute ma pensée) que Cassius ne s'ôte la vie, par la «honte qu'il éprouveroit à paroître devant moi; ou qu'un autre, «apprenant que nous allons marcher contre les révoltés, ne la «lui arrache, Dans ce cas, il me raviroit le grand avantage de

{i) ^lvid.Cass.,Ul. {■?.) Uh.LXXl, 9.2. (3)Ibid.,24.

!'l. XI.I rt XMl

90 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL

Cm,,, V «la victoire, si grand jnême que jamais personne n'en a obtenu m<M,m-i'i„ ^^^^^ pareil. Ouclcst dou(; cet avanta^je? demandera quelqu'un;

; sa famille ' ^ " 11'

adoptive. «celui dc pardonner à un homme qui a fait une offense, et de «conserver de l'amitié et la fid('litc au violateur de l'amitié et de «la bonne foi. Ce que je dis vous paroit peut-être incroyable; «il ne faut cependant pas refuser d'y croire; en effet toutes les «qualités louables ne sont pas encore effacées, et nous conser- « vons encore des restes des vertus antiques. Si quelqu'un doute «de ma véracité, je désire jdus ardemment encore de rendre « tous mes concitoyens témains de ce que je me propose de «faire. Car les maux qui nous accablent me procureront au «moins cet avantage, si je puis apaiser les troubles, de montrer « h tous les hommes que l'on peut tirer quelque utilité même « des guerres civiles.»

Ce que l'empereur avoit prévu arriva; un centurion et un autre officier ôterent la vie à Cassius, et portèrent sa tête à Marc-Aurele. «Ainsi périt Cassius, après avoir rêvé pendant «trois mois et six jours qu'il étoit empereur'. 5> Marc-Aurele refusa de voir les tristes restes d'un homme qu'il avoit aimé, et dont il n'avoit point commandé la mort. On peut conclure des principes d'humanité qu'il professoit, et dont il ne s'est jamais départi, qu'il ne croyoit pas permis d'abréger la vie d'un homme pour sa propre sûreté. En effet, de tous les partisans de Cassius il ne poursuivit que ceux qui, dit l'historien Dion, étoient coupables de grands crimes'. Il demanda avec instance au sénat la grâce des autres, «n'espérant, ajoutoit-il, de consolation de la «perte de Faustine que de cç pardon généreux.... A Dieu ne «plaise qu'un seul de vous perde la vie par votre jugement ou

(i) Dio, LXXI,37. (2) Ibid.,28.

«par le mien!.... Si je n'obtiens ce que je vous demande, mon cuap. v. «trépas ne sera pas éloiené.» Tertullien fait observer qu'on ^^"'°"'"-P"-

i 10 1 et sa famille

n'a voit trouvé aucun chrétien parmi les partisans de Cassius'. adopùve.

. , T/r * 1 II • /-x • , . , PI. XL! CI XLlî.

rendant que Marc-Aurele alloit en Orient pour prévenir les suites de cette révolte, accompagné de son fils Commode, auquel il venoit de donner la toge virile, et de Faustine, il vit mourir celle-ci au pied du mont Taurus. Quoiqu'il n'ignorât pas la conduite licencieuse de son épouse, il avoit répondu à ceux qui lui conseilloient de s'en séparer par le divorce ; «Si je «la répudie, il faut donc aussi que je rende sa dot (rempire)\33 Il se conduisit, après sa mort, avec la même modération, et lui fit rendre tous les honneurs civils et religieux qui avoieut consacré la mémoire des autres impératrices. On peut expliquer d'une manière favorable cette tolérance extraordinaire, eu disant que Marc-Aurele se plaisoit à voir dans Faustine plutôt la fille de son père adoptif, auquel il devoit tant, qu'une épouse infidèle.

Tous les rois de l'Orient, et les ambassadeurs de celui des Parthes, se rendirent à la cour de Marc-Aurele pour y renouveler les traités de paix. Il ne quitta ces contrées qu'après les avoir pacifiées, et après en avoir assuré la tranquillité par les plus sages règlements. Il fit ensuite un long séjour à Athènes, qui, malgré sa décadence, étoit encore, relativement aux lettres et à la philosophie, la capitale du monde. Il exécuta le dessein qu'il avoit formé depuis long-temps, et dont il avoit entretenu dans ses lettres le sophiste Hérode Atticus^... «Je désire, lui écri- « voit-il, que vous pensiez toujours bien de moi, que vous ne «vous offensiez pas de voir que j'ai sévi contre des criminels,

(1) Tertull., adScapuL (2) Capitol., M.yJurel., XIX. {3) l'iiilost., fit. Sop/i., Il, la.

(;ini'. V.

Aiiio(iiri-I'i« PI sa t:iinill<

l'I. XLI ri XMI.

ip. ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL

« d'autant plus que j'ai employé les punitions les moins rigoucc reuses. Conservez-moi donc toujours votre affection. Si cea.ioi>tiv,.. «pendant vous croyez que j'aie été répréhcnsil)le , ou que je le ce sois encore, faites-m'en porter la peine, à Tépoque des mys- «teres, dans le temple de Minerve à Athènes; car j'ai toujours «désiré, même au milieu des camps, d'y être initié; et je sou- «liaite que vous exerciez alors le sacerdoce.» Il le fut en effet; et Capitolin' fait remarquer qu'ayant sollicité, pour prouver linnocence de sa vie entière, entre autres initiations celle des mystères de Cérès, il étoit entré seul dans le temple. On sait que le héraut en iuterdisoit l'entrée à tous ceux . qui étoient coupahles de grands crimes; et que Néron, venu à Athènes après le meurtre de sa mère, n'osa s'y présenter.

Marc-Aurele accorda de grandes prérogatives à cette ville et à ses écoles; ce qui fît dire à Aristide', dans un discours composé en l'honneur de cet empereur, que, par ses bienfaits honorables, il a voit relevé la Grèce et les sciences des Grecs, qui, négligées auparavant, étoient même devenues un objet de mépris, et avoient perdu les honneurs et les privilèges dont elles avoient long-temps joui. « Il institua, pour l'utilité de toutes les nations, « des professeurs de toute espèce de doctrine , qui recevoient un « traitement annuel. » Philostrate nous apprend qu'il étoit de

10 mille drachmes (environ 7, Soofr. de notre monnoie actuelle)\

11 nous apprend aussi qu'il y avoit des professeurs pour chaque secte de philosophes, stoïciens, péripatéticiens, platoniciens, et épicuriens , et que l'empereur les nommoit.

Marc-Aurele revenant d'Athènes en Italie, l'an 176, aborda à Brundusium (Brindes ou Brindisi, dans le royaume de Naples);

( I ) Fit. M. Aiirel. , XXVII. (3) Dio , LXXl , 3 1 ; Philost. , Vit. Soph. ,

(2) 0;-rtf.,IX. 11,2.

Antonin-Pie et sa famille ive.

PI. XLI l't XLIl.

FAMILLE D'ANTOjNIN-PIE. gS

là il fit prendre à ses soldats l'habit civil, la toge; et jamais, dit chap. v Capitolin', les soldats, sous son règne, ne portèrent le costume militaire (en Italie sans doute): hommage que les bons princes '>'1°p« rendirent toujours à la majesté du peuple. Arrivé à Rome, il triompha des Germains et des Sarmates avec son fils Commode, qu'il nomma consul l'année suivante, 177, quoiqu'il n'eut que seize ans, et que jamais ou n'eût vu de consul si jeune. Cette même année il remit au peuple tout ce qui pouvoit être dû au domaine impérial et au trésor public depuis quarante-six ans% époque de la dernière remise de cette espèce sous Hadrien; et il fit brûler les créances dans le forum. Mais cette opération fut faite avec négligence; car son indigne fils et successeur trouva assez de titres pour rendre ce bienfait inutile. «Marc-Aurele, dit «l'historien Dion, donna des sommes considérables à plusieurs « villes, et entre autres à Smyrne, qui avoit été renversée par un ûc tremblement de terre ; et il chargea un sénateur, qui avoit été «préteur, de présider à ce rétablissement. De là vient que je «vois avec étonnement ceux qui blâment Marc-Aurele, et qui « nient que ce prince ait été libéral. A la vérité il menoit une vie «extrêmement modeste et frugale, mais jamais il ne se refusa à « de dépenses nécessaires, quoiqu'il ne persécutâtpersonne pour «en obtenir de l'argent, et qu'il fit même de grandes dépenses «au-delà de celles qui étoient fixées pour chaque année. >}

La guerre s'étant rallumée dans la Germanie avec une fureur nouvelle, l'an 178 (93 1 de Rome), Marc-Aurele se hâta de faire épouser à Commode Crispine, et de partir avec lui pour cette contrée. Avantson départ, iljura, sur l'autel de Jupiter Capitolin, que depuis son avènement au trône aucun sénateur u'avoit été

(1) M. Aur., XXVII. (2) Dio, LXXI, 32.

An et :

94 ' ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

ciui.. V. tué par sou ordre, ni même à sa connoissancc, et qu'il auroit vntoum-i>ie pardonué aux rebelles s'il eût pu prévoir qu'on leur ôteroit la vie

!t sa famille '^ L i i

adopiivc avant le jugement'. Il demanda au sénat la permission de puiser

PI. XI.l ,1 XI.II. Il"-' 1 !• 1 ' • 1 1

dans le trésor public les sommes nécessaires pour la guerre de Germanie', disant que tout appartenoit au sénat et au peuple, même le palais impérial. Enfin il se rendit au désir que lui témoignoient les philosophes de toutes les sectes de leur expliquer ce qu'ily avoit de plus profond dans leurs doctrines; l'entretien qu'il eut avec eux à ce sujet dura trois jours^

Les craintes que sembloit annoncer la demande des philosophes^ et que la foiblesse de l'empereur pouvoit faire naitre, se réalisèrent. En effet Marc-Aurele , après avoir remporté, l'an 179, une grande victoire sur les Marcomans, les Hermundures, les Quades, et les Sarmates réunis, et les avoir affoiblis au point d'espérer qu'ils ne pourroient se défendre encore une année, mourut, le 17 de mars 180, âgé de près de cinquante-neuf ans, après dix-neuf ans de règne. Dion ', qui avoit vécu avec des contemporains de ce prince, dit : «Il ne mourut pas de la maladie «dontil étoit attaqué, mais, ainsi que je l'ai appris comme une «chose certaine, du poison que lui donnèrent des médecins, «pour plaire à Commode. Lorsqu'il sentit sa fin approcher, il «recommanda son fils aux soldats (ne voulant pas laisser croire « qu'il avoit été précipité dans la tombe par cet enfant dénaturé) ; « et il répondit au tribun qui lui demandoit le mot d'ordre : Allez «au soleil levant, car pour moi je décline vers mon couchant.» Zonare et Cedrenus ont adopté le récit de Dion; mais Capitolin, Eutrope, les deux Victors, et Hérodien, disent qu'il mourut de •' maladie. Au reste je ne sais quelle fatalité s'est attachée à cet

(i) Capitol., XXIX. (3) Vict., Cœs., XVI.

(2) Dio.LXXI,33. (4) Lib. LXXI,33,34.

événement, car les historiens varient non seulement sur le chap. \. genre de mort, mais encore sur le lieu où il arriva; Tertullien' ^"«""'n-P'^

^ ^ , . . . *'*==' faraUle

dit que ce fut à Syrmium (Sirmich, dans TEsclavonie;; et les adop.iye deux Victors, à Vindobona (Vienne), autre ville de la Pannonie. ^ ^''' " ^^" On ne peut mieux peindre la douleur générale que causa la mort de Marc-Aurele, et l'opinion presque universelle de sa ressemblance avec les dieux, qu'en transcrivant le texte de Capitolin', ce Ce ne fut pas assez des honneurs divins que rendirent à «sa mémoire les citoyens de tout âge, de tout sexe, et de toute «condition; on regarda même comme un sacrilège celui qui «n'avoit pas dans sa maison le portrait de ce prince, lorsque sa «fortune lui permettoit ou lui imposoit ce devoir. 5}

Des neuf enfants dontFaustine le rendit père, les monuments n'ont conservé la mémoire que de Commode, son successeur; d'Annius Verus, qui mourut à l'âge de sept ans; et de Lucille, qui, après avoir été l'épouse de Lucius Verus, devint celle de Claudius Pomj)eianus, dont Capitolin^ fait le plus grand éloge. C'est de lui qu'a voulu parler l'empereur Julien^, lorsqu'il a reproché à Marc-Aurele d'avoir laissé l'empire à un fils aussi vicieux, « tandis qvi'il avoit un gendre très capable de biengou- « verner , et qui même auroit travaillé plus attentivement à « corriger les défauts de son fils que celui-ci ne l'auroit fait lui- « même. >j

J'ai parlé de l'obligation où se virent, après la mort de Marc- n- 1 et a. Aurele , tous les citoyens opulents d'avoir le portrait de ce bon empereur; c'est la cause pour laquelle il nous en est parvenu un si grand nombre. Aussi leur a-t-on consacré ici une planche entière, la XLP. Les n" i et 2 présentent la face et le profil de ce

(i) Jpolog. , XXV. (3) In L. Fero, X.

(2) M.Jurel.,X\Ul. (4) Cœsar.

Anionin-Pic

ut sa laiiiill

ado^itivc.

l'i xi.i .1 \r,ii.

96 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL

V priuce clans sa jeunesse. Ce buste, de marbre de Paros, qui est place dans le musée royal, sous le n° 34G, a été trouvé dans les

a.iu^.t.vc fouilles que le prince Marc- Antoine lîorglicse fit faire, en 1792, dans les ruines de l'antique Gabic'. Il est très précieux, parcequ'il présente Marc-Aurele plus jeune encore que les deux bustes de ce prince jeune conservés au Capitole.

N° 6 et 7. C'est aussi au Capitole, devant le palais du Sénateur (gouver-

neur de Rome ) , qu'est placée la statue équestre du même empereur, un peu plus grande que nature; on voit ici, sous les n° 6 et 7, la face et le profil de cette statue , le plus beau monument de bronze antique qui soit parvenu jusqu'à nous.

N'4<t5. Pour justifier la ressemblance des têtes gravées ci-dessus, on

a choisi deux des plus beaux médaillons de bronze de Marc- Aurele. On voit sur l'un, frappé l'an 14B, sa tête jeune, nue, avec la légende AVRELIYS CAESAR A.Y Gustiis PII YilmsTRibunitid VOTestate II. COS. [consul) II. Revers: Hercule tenant sa massue, et portant un tropliée, monté sur un char que traînent quatre centaures : ils tiennent chacun un attribut relatif à l'une des saisons ; un chevreau (le Printemps ) , une faux (l'Eté), un panier de raisin (l'Automne), un lièvre (l'Hiver); avec la légende TEMPORVM FELICITAS, «le bonheur des temps.» Le revers du second médaillon, qui est sans légende, présente un type analogue au précédent; une femme debout près d'un navire, versant une corne d'abondance dans un boisseau, rappelle les distributions des blés d'Egypte au peuple romain, distributions que Marc-Aurele surveilla toujours avec un soin particulier. Le buste de ce médaillon porte une couronne de laurier, le haut d'une cuirasse et au paludamentiim. Légende :

(1) Mo)!um.Gnt.,tav. XV.

Marcus AVRELz«j ANTONINVS AyGustus ARMENI ACVj Von- ch... r tifea; Maximiis IMVerator IL TRibimitia Votestate XIX. COS. ^"«°°--p;-

•y et sa tamille

(^consul) IIL La dix-neuvieme puissance tribunilienne de Marc- adopiive

. , , , , ,, ,.^ ri. XI.( et XLI

Aurele repond a 1 an loa.

Une des ]Àus belles têtes de Marc-Aurele jeune est celle de la >•- 3 médaille de bronze du n ' 3 , autour de laquelle on lit AVRELIYS CAESAR kSGustus PII Yilius COS. [consul) Seiiatus Cojisulto; et de l'autre côté, la tête d'Antonin couronnée de laurier, avec la légende ANTONINVS A.Y G ustiisPlY S Pater VatriœTVvibwiitia Votestas COS [consul) III.

Faustine jeune, épouse de Marc-Aurele, reçut, la première des impératrices, le titre de Mere des soldats [Mater castrorum), après la victoire de Marc-Aurele sur les Marcomaus. Des médailles et un texte de Dion ' eu font foi; mais on ne peut découvrir le motif de cette basse flatterie. Si on l'eût surnommée la femme des soldats , ou Messaline , on eût peint d'un seul mot les débaucbes effrénées qui seules lui ont fait accorder une place dans riiistoire, et dont sa mere, Faustine, lui avoit donné le bonteux exemple.

On ignore l'année de sa naissance. Hadrien, en adoptant Antonin , son père, lui ordonna de la marier à Lucius Yerus, quand celui-ci auroit atteint Tàge prescrit par les lois; mais Hadrien étant mort bientôt après, et Lucius Verus se trouvant trop jeune, Antonin proposa la main de Faustine à Marc-Aurele. On ne sait pourquoi leur mariage ne fut célébré qu'un an après, l'an iSg, ou, selon d'autres, une des années suivantes, jusqu'en 146. Il semblcroit même qu'il faudroit s'attaclier à la dernière, 146, si

(i) Dio, LXXl, 10.

Aiiloniii-I'ic L't sa raiiiillc

l'I XM et XLII.

98 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL

ciu V. Ton devolt prendre à la lettre le texte un peu vague de Tliistoricij de Alarc-Aurele ' : «Après cela, dit Capitolin,il épousa FausloptivL-. cctine; et celle-ci l'ayant rendu perc d'une fille, Autouiu lui accc corda les honneurs de la puissance tribunilieune: » or c'est l'année 147 qui fut la première de ses puissances.

Fausline porta le surnom d'Auguste avant même que son époux fût devenu empereur-.

La naissance de Commode, l'an 161, dans les premiers mois du règne de Marc-Aurele, auroit dû le combler de joie; mais on disoit publiquement dans Rome que ce prince étoit fils d'un gladiateur ^ Capitolin ajoute, «Il n'est que trop certain que Faus- « tiue, étant à Cajeta (aujourd'hui Gaëte, dans le royaume de Na- « pies ), choisissoit les complices de ses débauches parmi les gladia- «teurs et les matelots.» Victor^ rapporte des détails auxquels notre langue se refuse. Telle fut donc l'épouse et la fille de deux empereurs que tous les siècles ont appelés la Vertu personnifiée !

Une conduite si blâmable sembloit autoriser tous les soupçons. On accusa Faustine d'avoir empoisonné son gendre, collègue de Marc-Aurele, l'empereur Lucius Verus, et d'avoir employé pour ce crime le secours de sa fille, Lucille , que ce jîrince avoit épousée l'an 164. Capitolin' rapporte ces bruits populaires, que je discuterai dans la vie de Lucius Verus. Un autre soupçon aussi grave plane sur la tête de Faustine ; on l'accuse d'avoir favorisé la révolte d'Avidius Cassius. Dion" dit, sans employer aucune expression de doute , « Cassius se rendit coupable de ce «crime, trompé par Faustine, qui, voyant son mari d'une santé « languissante , et le croyant près de mourir, craignit d'être ré-

(i) Capitol, VI. {/i) Cœsar.,Xy.

(2) Mabill., Annal., IV, 5oo. (5) In Fero,X.

(3) Capitol, XIX. (6^ Lib. LXXI, 22, 23.

PI XLI et XLII.

c< diiite (elle qui avoit eu pour père Autonm) à Tétat de simple chw. v. «citoyenne, parceque Commode étoit encore fort jeune et d'un ;^,"'^'f^"^|j',^. « caractère foible. De sorte qu'elle lui persuada en secret de se adopme «préparer, dans le cas où la santé de Marc-Aurele s'affoibliroit «sensiblement, à devenir empereur, et à Tépouser. Le bruit de «la mort de Marc-Aurele se répandit bientôt après ( car les bruits «fâcheux circulent avec le plus de rapidité). C'est pourquoi il prit « le titre d'empereur, avant d'avoir reçu des renseignements plus «certains. 55 Capitolin' s'exprime de même ; il ajoute seulement «que plusieurs personnes le disoient ut quidam dicunt.^-> C'est aussi avec la même restriction que l'auteur de la vie d'Avidius Cassius reproduit cette accusation contre Faustine', dans un endroit où il donne à entendre que le bruit de la mort de Marc- Aurele étoit'une ruse de Cassius, qui craignoit de trouver un obstacle à ses desseins dans l'amour des peuples pour ce prince, tant qu'ils le croiroient encore vivant. Ailleurs le même historien , Vulcatlus Gallicanus, rapporte deux lettres de Faustine h. son époux , par lesquelles elle le presse de punir sévèrement Cassius; et il en conclut qu'elle n'avoit eu aucune participation à sa révolte. Mais seroit-ce la première fois que l'on auroit vu un criminel cherchera anéantir les preuves de son crime en hâtant la mort de ses complices? D'ailleurs on révoque en doute l'authenticité de ces lettres de Faustine ^

On la vit quelquefois s'intéresser publiquement au sort des malheureux, soit que ce fût par ostentation, soit que la pitié puisse conserver une place dans un cœur corrompu par des débauches habituelles. Dans le démêlé d'Hérodc Atticus et des Athéniens', l'impératrice prit ouvertement le parti des derniers;

(i) In Marco, XXIV. (3) Dio, Rcimari, H, p. i jgo, note 83. *

(2) In Avid. Cassio, VIF, IX. (4) Vhil, Soph.. II, i, ii.

loo ICONOGIIAPIIIE ROMAINE. Part. II.

,j„„, V. elle sollicita rempcrciir en leur faveur; et sa fille, âgée seule- A.uonin-i'i. YnQf^i ^\^, ir-ols ans, ioiirnit ses caresses aux prières de sa mère. uiopiive. Enfin l'an lyS mit un terme à une vie aussi licencieuse. Faus-

' XM ,. xrii jjjj^^ jj, jjyQJj suivi son époux en Orient, mourut au pied du montTaurus", dans le l)ourg d'Halala, que Marc-Aurele éleva depuis au rang de colonie, sous le nom de Eauslinople. Dion dit «qu'on ignoroit si elle étoit morte de la goutte, ou par un « suicide , de peur d'être convaincue de complicité avec Cassius. 5) L'empereur agit ainsi probablement d'après le dessein qu'il avoit formé de paroître ignorer les dérèglements de son épouse, et de ne voir seulement en elle que la fille d'Antonin , de qui il avoit reçu l'empire. Quoiqu'il ne fit pour honorer sa mémoire que ce qui avoit été pratiqué pour les autres impératrices, cependant elle le méritoit si j^eu par elle-même, que cette conduite rendit Marc-Aurele l'objet des railleries de ses concitoyens, et, plus tard, de Julien l'Apostat".

r.' leio. La planche XLTI présente, sous les n° i et 2, la face et le profil

d'un buste de Faustine jeune, conservé au Capitole, dont le travail est admirable. La ressemblance de ce buste est prouvée

K-3,i,c;5. par les têtes des trois médailles, gravées sous les n° 3, 4? et 5. Sur la première on voit la tête de Faustine, avec la légende DIVAEFAVSTINAE- PIAE; au revers, une femme assise portant un phénix, symbole de l'immortalité , posé sur un globe; vis-à-vis d'elle , trois enseignes militaires ; légende , MATRI CASTRORUM. Le voile dont est coiffée Faustine, avec l'épithete DIVA, qui annonce l'apothéose de l'impératrice, ne se voient ensemble que sur cette médaille d'or du cabinet du roi\ Le second, de moyen bronze, présente la tête de Faustine, avec

(i) Dio,LXXI,29. (2) Cœsar. (3) '^Wonnei, Médailles romaines , 146.

Pie e

FAMILLE D'ANTONIN-PIE. loi

la légende FAVSTINAE KNGustœ PII KNGustiYYLiœ. Au revers, ,:„^p. v Vénus tenant une pomme, son symbole ordinaire, et le ffouver- ^"'ouin-P''

i ' -^ ' & et sa famill

nail, symbole de la Fortune; légende, VENVS ' S ■ C. Un texte aiopùve. de Dion , explique par la troisième, la rend précieuse. 11 dit qu'entre autres honneurs décernés par le sénat à la mémoire de Faustine on devoit lui élever un autel sur lequel viendroient sacrifier tous les nouveaux mariés; au revers de cette médaille de bronze paroit Faustine assise, tenant une liaste, comme une divinité, avec deux jeunes épouses (\u\^ov\.en\.\eJlammeum (voile des filles qui se marioicnt), et la légende AETERNITAS • S • C- On lit autour de la tête DIVA • FAVSTINA • PI A.

Annius Verus, fils de Marc-Aurele et de Faustine jeune, kg, ;, ds. mourut, âgé de sept ans, Tan 170 (9^3 de Rome). Il trouve place dans l'iconographie ancienne, parceque l'on conserve de lui au Capitole un beau buste de marbre gravé ici sous les n° 7 et 8, et que l'on a quelques médailles fort rares qui en prouvent la ressemblance: tel est le grand bronze du n" 6, sur lequel on voit d'un côté la tête nue du jeune prince, avec la légende AINNIVS VERUS CAESûrr ANTONINI kyOustimUiis; et au revers, celle de son frère Commode, avec la léaende COMMODTS CAES^r ANTONINI kNOusti FIL/w^. Celui-ci étoit plus âgé de deux ans; ils a voient été nommés Césars ensemble le 12 octobre 166 '. La mort d' Annius Verus fut causée par l'amputation trop tôt faite d'une tumeur qui s'étoit formée sous son oreille. Marc- Aurele en fut très affligé; cependant il eut le courage de consoler les médecins, et il fit rendre à la mémoire de cet enfant de grands honneurs. Hérodien^ lui donne le surnom de Verissimus, qu'avoit eu son père.

(i) Lib. LXXI, 3i. (2) Capitol., M. Aurel , XXI. (3) Lib. I, n° i.

CllAP. V

Antoniii-Pic

i"t sa famillo

iiloptive.

l'I. XI, ni.

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