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111 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Paut. IL

chv, \i à Rome, pour trouver des moyens d'existence. Mais ses inclina- .sur.t»-.-.us,ie j^ioug 1(3 portoieut à Fart militaire; il fit ses premières armes en

<.uiiiini>de A

Il xi.v,ixi,vi. Syrie, sous Antonin, sous Marc- Aiu'eie , et se distinjçua dans la guerre contre les Parthes du temps de Lucius Verus. Son courage et ses talents lui firent donner plusieurs commandements importants dans la Grande-Bretagne, dans la Mœsie, en Italie, dans la Germanie, où il eut la flotte sous ses ordres; enfin dans la Dace. Destitué sur un faux rapport, il lut bientôt rétabli par Marc-Aurele dans le commandement d'une légion , créé sénateur, et envoyé dans la Rliétie et dans le Norricum ( le pays des Grisons, la Souabe, et la Bavière) pour combattre les barbares. Cet empereur avoit pour Pertinax une grande estime; il la lui ténioignoit eu toute occasion , et il le clioisit pour aller en Syrie apaiser la révolte de Cassius. Enfin Pertinax revint à Rome sous Cooiniode, à l'époque où Perennis gouvernoit l'empire, vers l'an i43, et il entra dans le sénat pour la première fois.

Jaloux du respect que portoicnt à Pertinax le sénat et l'armée, Perennis lui ordonna de se retirer dans la Ligurie. Pertinax y demeura trois ans, fit construire plusieurs édifices dans sou lieu natal; et conserva religieusement la petite maison de son père. Mais les Bretons s'étant révoltés , Commode le mit à la tête des troupes qui dévoient les rappeler à l'obéissance, et Pertinax étouffa la rébellion par sa fermeté et par sa douceur'. L'empereur le nomma ensuite préfet de Rome : charge quil remplit avec intégrité, sans déplaire au prince.

La mort violente de Commode ayant laissé le trône vacant, le soir du dernier jour de l'an 192 (94^ de Rome), Laetus , préfet du prétoire, et Electus, clianibellau , auteurs de cette mort,

(1) Capitol. , IV.

SUCCESSEURS DE COMMODE. iq3

vinrent^ au milieu de la nuit, accompagnés de quelques soldats, c.mp. vi. à la demeure de Pertinax. «Ils ne trouvoient dans le sénat, dit ^ZTùZù..'^ «l'historien Dion', qui faisoit partie de ce corps illustre, per- ii xiv.txi.vi « sonne qui fût plus digne de l'empire, et ils vinrent le lui offrir. 35 Pertinax crut qu'ils alloient lui ôter la vie par ordre de Commode; cependant il les fit entrer, les reçut couché sur son lit', sans trouble et sans effroi, et leur dit que, se voyant le seul des amis de Marc-Aurele qui vécût encore^, il regardoit chaque nuit comme la dernière de sa vie; qu'ainsi ils eussent à exécuter l'ordre fatal. Quelle fut sa surprise lorsque Lastus lui apprit que le tyran étoitmort, et qu'ils venoient lui offrir lempire ! Il crut qu'on le trompolt; alors Electus lui inontrant les tablettes de Commode , prouva que leur mort n'avoit été prévenue que par celle de ce prince odieux. Ses doutes ne furent dissipés qu'au retour d'un de ses amis, quiavoitvulecorpsdu tyran privé delà vie. Pertinax se rendit alors au camp des prétoriens ; il leur dit qu'il acceptoit l'empire parcequ'onle contraignoit à le faire; qu'il donneroit à chacun d'eux 3, 000 dragmes (environ 2,260 francs de notre monnoie actuelle), et qu'il espéroit réformer, avec leur secours, plusieurs abus. Ces dernières paroles leur firent craindre qu'il ne voulût les priver de quelques avantages accordés par Coinmode et les mécontentèrent vivement; mais ils n'osèrent résister au vœu fortement exprimé par le peuple. Pertinax se rendit alors au sénat, sans vouloir accepter encore aucune marque de la dignité impériale. Il y fut salué empereur et Auguste par les consuls et les sénateurs, entre lesquels se trouvoit le beau-frere de Commode, le vertueux Pompeianus. Pertinax pria, pressa celui-ci d'accepter l'empire ; mais ce fut sans succès.

(i) Fiib. LXXIII, I. (2) lier., II, 4- ^c vortiioiix l'onipeiaims , lto;ui-tVi>rt' de-

(3) Dans ce troiil)!e cxtri'iiie il oublioit (lomiuoilo, qui siirvc'culà l'i-iliiiax,

i2j ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL

,:„u VI. Age de soixante-six ans, il s'assit donc sur le trône , pour lequel snccesseuisde Q)piioIin' f ciui sc moutrc très partial contre lui) dit qu'il lé- Il \Lv,txt.vi. moif'aa toujours un cloignement sincère.

Oji iirnoie la cause de la haine de cet historien contre Pertinax ; mais on est encore plus étonné de voir rempereur Julien, surnommé l'Apostat, répéter, d'après lui seul, que Pertinax, «ayant été admis dans le conseil où l'on avoit projeté la mort « de Commode, il paroissoit avoir été le complice des assassins'." Faut-il redire encore qu'on ne trouve cette accusation ni dans Dion, qui étoit sénateur à cette époque, ni dans Hérodien, qui avoit vécu avec les contemporains de Pertinax , s'il ne l'avoit pas été lui-même, ni dans les autres historiens, les deux Yictors, Eutrope, Sextus, Rufus, Orose, Zonare, et Zozime? En croirat-on davantage le même CajDitolin, lorsqu il accuse Pertinax non seulement d'une économie excessive, mais d'une avarice basse et sordide? Dion^ réfutera cette calomnie; c'est ainsi qu'il s'exprime : «Pertinax rendoit à Pompeianus et à Acilius Glabrio des «honneurs particuliers; mais il ne nous traitoit pas avec moins «d'égards (les autres sénateurs); car il étoit affable.... Il nous « invitoit à sa table, qui étoit frugale; et, lorsqu'il ne nous y ap- « peloit pas , il envoyoit à plusieurs d'entre nous différents mets c< de peu de valeur: c'est pourquoi les riches et les hoinmes ma- « gnifiques le tournoient en dérision ; mais nous autres, qui pré- « ferions la modestie à un vain luxe, nous avons toujours loué « sa conduite. « Hérodien "* nous fait connoitre un autre motif de cette louable parcimonie; ce n'étoit pas seulement sou amour pour la simplicité des mœurs antiques; «car, dit-il, ilfautajou- « ter cet éloge aux autres que inéritoit Pertinax, qu'il étoit le

(i) XIII, et IV et V. (3) Lib. LXXIII,3.

(2) In CcESaribus. (4) Lib. II., 3.

«plus pauvre de tous ceux qui avoient rempli des fonctions chm-. vi. «éniinentes dans l'administration. 33 ^uc.e.^eurs .u

Coraniotle.

On trouve encore une preuve formelle de la prévention de pi.xivptxi.vi. Capitolin dans le récit suivant. Selon lui', Pertinax ayant dit au sénat qu'il reudoit grâce à Lœlus d'avoir tué le tyran, le consul Ealco s'exprima ainsi: «Dès à présent nous pouvons prédire ce «qu'il faut attendre de votre gouvernement, en voyant à vos «côtés Lœlus et Marcia, les auteurs de la mort de Commode \3> Comment croire que Marcia fût présente dans le sénat, tandis que l'éjiouse de Claude, Agrippine, n'osa jamais y paroître , quoiqu'elle en dictât les décisions? Est-il certain d'ailleurs que Laetus ait avoué dès les premiers instants la part qu'il avoit prise au meurtre de l'empereur?

Si l'on ajoute aux reproches rapportés plus haut que faisoient à Pertinax les compagnons de débauche de Commode, la vente publique des honteuses parures de ce prince , la réforme des vices introduits dans le gouvernement, les soins assidus qu'il prenoit pour rétablir Tordre dans le camp des prétoriens , pour empêcher le pillage et les excès que Commode avoit tolérés de leur part, ou ne sera pas étonné de voir cette soldatesque effrénée conspirer chaque jour contre lui. Ils tentèrent d'enlever le consul Falco pour le transporter dans leur camp, et pour l'y déclarer empereur. Mais cette entreprise hardie n'eut pas de succès, et Ton en ignore la raison.

Enfin les prétoriens se portèrent en foule au palais, le 28 de mars, pour ôter la vie à l'empereur. Il alla au-devant d'eux , les harangua avec force et courage. Ils l'écouterent assez long-temps avec l'attitude du respect; de sorte que la sédition sembloit s'é-

( I ) In Perlin. , V. (2) Tacit. , ./nnal. , XIII , 5.

(Unv. Yi teindre, lorsqu'un des soldats se jeta sur lui, et dit, en le frapsiirr<s„u,s,ic p.,yj^ f\Q gQ„ ('ucc: «Voilii ce que les soldats t'envoient.» Perlii>i xi,v,r\[,v[. nax se couvrit la tête avec son manteau, et expira sous les coups des prétoriens, âgé de plus de soixante-sept ans , après un règne de quatre-vingt-sept jours. Didius Julianus, qui lui succéda, lui fit rendre les honneurs funèbres. Sévère célébra avec pompe Tapotliéose de Pertinax; et les sénateurs, en la décrétant avec des applaudissements extraordinaires, firent entendre entre autres exclamations celle-ci: te Nous avons vécu dans la sécurité ce sous le règne de Pertinax ; alors nous ne redoutions personne. « O père très bon! ô père du sénat! ô père de tous les gens de « bien ! »

Pertinax avoit pour épouse Titiane , qui le rendit père d'un fils et d'une fille. Il refusa le titre de César, que le sénat vouloit donner à son fils, et il voulut qu'il continuât à être élevé comme ceux des simples citoyens. Caracalla condamna à mort ce fils de Pertinax, à cause d'une raillerie piquante qu'il avoit faite sur lui après son fratricide: il avoit appelé le tyran Gétique (le vainqueur des Getes, ou le meurtrier de Géta).

Vo'ci le portrait qu'a tracé de Pertinax sou historien Capitolin': «Une vieillesse vénérable, la barbe longue, les cheveux «crépus, beaucoup d'embonpoint, une taille haute et telle qu'on «peut la désirer dans un empereur. » On retrouve ces traits dans un buste de la villa Pinciana (jadis Borghese ), dessiné ici pi. XLV, n° 5 et 6. Il n'a fait partie de cette collection qu'après la publication des deux volumes qui en renferment la description, car on ne l'y trouve point. La ressemblance de ce buste est prouvée par la médaille de bronze du n° 7, sur laquelle on lit au-

(i) Dio, LXXIIl, ]o. (2) In l'ertin., XII.

G, el 7-

tour de la tête de Pertinax, couronnée de laurier, IMVerator cuav. m. CAES«r Vubliiis RELY ius PERTIIS AX AY Gustus. Revers : Cv- ^— -■;-''= bêle debout, coiffée de tours, avec un voile, versant de la main pi. xLVnxi.vi. droite unepateresur un autel, et tenant de la gauche la boite qui renfernioit l'encens ; à ses pieds est assis sur un globe un très petit enfant qui élevé les mains: légende, DIS • GENITORIBUS ■ S C , «aux Dieux pcres (des autres Dieux). 33 Cybele étoit appelée la Mère des Dieux.

Le monument le plus précieux de Pertinax est une belle agate blanche gravée en relief, qui faisoit partie de la collection d'Orléans, et cjui appartient aujourd'hui à l'empereur de Russie. Elle est dessinée ici, planche XLVI, n° i, et elle a fourni le sujet d'un savant mémoire de l'abbé Belley'. On voit à la gauche du • spectateur le buste de Pertinax couronné de laurier; à la droite, les têtes accolées de son épouse et de son fils. Les lettres TIT, placées derrière la tête de la femme, sont les initiales du nom de Titiane ; et celles-ci, AIK, initiales du mot AIKatoc, juste, se lisent derrière la tête de Pertinax. On ne trouve point, dans les historiens de cet empereur parvenus jusqu'à nous, que ce titre lui ait été donné par le sénat, il paroit cependant qu'il l'auroit été; car Pescennius Niger prit ce titre, de même que Sévère adopta celui de Pertinax, pour annoncer qu'il vouloit imiter un prince si cher aux Romains. Entre les têtes est placée une urne dans laquelle sont deux palmes, et sur laquelle sont gravées les lettres XP, initiales du mot XPucjavOiva; on lit au-dessus de l'urne, KATlE'ITlAiaNA ; et au-dessous, EAOYI\. Ces trois mots nous apprennent que la ville de Sardes, en Lydie, célèbre par ses jeux chrysanlins (ainsi appelés des fleurons d'or, ou du

(1) Mémoires de C Académie des inscriptions et belles-lettres , t. XXVI.

Su Co

TiS ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

Cmai VI. clirysajithemum, qui composoicnt la couronne des vainqueurs), cccss. uis ,ie « Qvoit célébré les jeux chrysantins-helviens, sur le modèle des l'i. xrA.txi.vi «jeux capitolins de Rome, en l'honneur de l'empereur Helvius « Perliuax, de l'impératrice Titiane, et de leur fils. 53

TiTiANE, épouse de Pertinax. Lorsque le sénat reconnut Pertinax empereur, et qu'il lui donna le titre de Père de la Patrie', il décerna le titre d'Auguste à son épouse Flavia Titiana, qui étoit fille de Flavius Sulpicianus, préfet de Rome en remplacement de Pertinax; et il donna aussi à leur fils le titre de César. Mais le nouvel empereur répondit que son fils ne recevroit cette faveur qu'après l'avoir méritée, et qu'il la refusoit pour son épouse. Dion' donne à entendre que la conduite licencieuse de Titiane fut le vérital)le motif de ce refus, dont la modestie de Pertinax ne fut que la cause apparente. Elle survécut a son mari; mais l'on ignore le temps et le genre de sa mort.

Le refus que fit Pertinax de ratifier le décret du sénat qui donnoit à son épouse le titre d'Auguste est la raison pour laquelle on ne trouve point de médailles de Titiane frappées à Rome. On en voit ici, planche XLV, n" 8, une de bronze frappée à Alexandrie d'Egypte , au moment où l'on y avoil appris le décret du sénat, mais où l'on ignoroit probablement encore le refus de l'empereur; car on lit autour de la tête, TITIANH • CEBACTH, Titiane Auguste. Revers: la Victoire marchant, tenant une couronne avec les lettres Luxaôavroç A, première année (du règne de Pertinax).

(1) Capitol., in Pertin., V, i3. (2) Lib. LXXIII, 7.

Chap. Vf.

Successeurs de

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