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i3o ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

cha... VI. «nateurs parmi ses aïeux, mais qui étoit décrié à cause de ses Successeurs de «mauvaiscs mœurs , homme non moins âpre au iiain que

Commode. i. u

PI. xrA'i. «prompt à dissiper, toujours avide de nouveautés..., apprend «la mort de Pertinax. Il se rend en grande hâte auprès des pré- «toriens; et, arrivé à la porte du camp, il leur demande l'emccpire. On vit alors l'événement le plus honteux et le plus flétris- «sant pour le nom romain; car Rome avec tout l'empire fut «mis en vente à l'enchère comme dans un marché, et ceux qui «faisoient ce déplorable trafic étoient couverts du sang de leur «empereur. Sulpicianus et Didius Julianus, le premier en de- « dans et le second hors du camp , enchérissoient à l'envi l'un sur «l'autre, et en vinrent à promettre à chaque prétorien vingt «mille sesterces, ou cinq mille dragmes ( environ 3,760 francs de «notre monnoie actuelle). On disoit à Julianus, Sulpicianus «nous donnera telle somme; combien y voulez-vous ajouter? et «à Sulpicianus, Votre compétiteur nous offre autant que vous; «de combien enchérissez-vous sur lui? Placé dans le camp, et «préfet de Rome, Sulpicianus, qui le premier avoit promis les «cinq mille dragmes, l'auroit emporté sur Julianus, si celui-ci «n'eût offert sur-le-champ la sur-euchere de i,25o dragmes, ou «5,000 sesterces (environ gSy.S francs), cju'il annonçoit en «criant et en exprimant cette somme avec les doigts des deux «mains étendus, d'après un langage par signes employé dans les «marchés. Les prétoriens, séduits par une offre aussi considé- «rable, craignant d'ailleurs que Sulpicianus ne vengeât un jour «la mort de son ejendre Pertinax (vengeance que leur annonçoit « Julianus ) , firent entrer celui-ci dans le camp , et le j^roclamerent « empereur.» Hérodien dit ' qu'ils firent descendre dans leur camp

(i) Lib. 11,23

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des échelles pour l'y introduire. Ainsi le vaste empire romain fut chap. vi. adjugé pour 46,876,000 francs, si les prétoriens n'étoient en- surcesseu^dc core que dix mille ^ comme au temps d'Auguste; et cliacun d'eux pi. xi.vi devoit recevoir environ 4687.5 francs !

Les soldats conduisirent au sénat le nouvel empereur, avec tout l'appareil militaire, comme s'ils eussent marché contre l'ennemi, et ils lui donnèrent le surnom de Commode. Julianus harangua le sénat, ne rougit pas de parler de ses vertus, et de dire qu'il venoit seul pour demander que les sénateurs confirmassent son élection. De là il se rendit au palais, où il trouva le frugal repas qui avoit été préparé pour Pertinax; il le tourna en dérision , et fît dresser un festin des plus somptueux : car, après l'avidité pour les richesses, les plaisirs de la table furent chez lui , comme chez Vitellius , la passion dominante et l'unique emploi de son temps.

Julianus apprit le lendemain , lorsqu'il parut en public , combien étoient grands le mécontentement du peuple et son mépris pour un empereur élu à prix d'argent. Il fut appelé hautement usurpateur de l'empire, parricide; le peuple exhala sa colère en imprécations contre les soldats, et leur jeta des pierres. Julianus promit des largesses pour apaiser sa fureur; mais on répondit c[u'on ne vouloit rien accepter de sa main. Il se hâta , pour plaire à la milice, de détruire les sages institutions de Perlinax, et de rétablir les folles ordonnances de Commode; cependant, ne pouvant trouver dans ses biens, ni dans le trésor public épuisé par les dissipations du fils de Marc-Aurele, les sommes immenses qu'il avoit promises aux soldats, leur affection pour lui diminua sensiblement'.

(i) Herod., H, 25.

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chap. VI. Pendant ce temps les armées, jalouses du droit d'élire un em-

^w^de''" pereur, que s'étoient arrogé les prétoriens, usèrent du même FI. xi.vi. privilège. AIl)iu fut proclamé par celle de la Grande-Bretagne, Pescennius Niger parcelle de Syrie, et Septime Sévère par celle d'illyrie. Les deux premiers, demeurés dans leurs camps, furent prévenus par l'infatigable Sévère, qui marcha sur l'Italie avec six cents hommes d'élite. En vain conscilla-t-on à Julianus de se porter aux défilés des Alpes pour arrêter ce rival ; il ne put se résoudre à se soustraire aux voluptés de Rome. En vain employa-t-il les moyens les plus vils pour achever de donner aux prétoriens les sommes qui dévoient être le prix de l'empire , et pour les engagera défendre la capitale, ils imitèrent sa leicheté, et on les vit payer des ouvriers pour travailler à leur place aux fortifications de la ville. Julianus envoya des assassins pour trancher les jours de Sévère; mais ce fut inutilement'. Enfin il eut recours à la magie, et il fit tuer plusieurs enfants pour lire l'avenir dans leurs entrailles.

Effrayé de l'approche de Sévère, Julianus lui fit offrir de l'associer à l'empire; et, à son refus, il offrit l'empire au gendre de Marc-Aurele, au vertueux Pompeianus, qui s'excusa sur son grand âge. Le sénat députa alors plusieurs de ses membres pour annoncer à Sévère qu'ill'av oit déclaré empereur, qu'il avoit condamné à mort Julianus ,et qu'il avoit décerné à Pertinax les honneurs divins. Il envoya aussi quelques personnes pour ôler la vie à Julianus, qui termina comme un lâche un règne de soixantesix jours. Il étoit âgé de soixante ans, étant né l'an i33, selon Dion, auteur contemporain. Sévère permit à Manha Scantilla, épouse de Julianus, et à Didla Clara sa fille, de déposer les restes

(i) Dio, LXXIII, 12, etc., Herod., Sg, etc.

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de ce priDce dans le tombeau de ses ancêtres. On ne sait pour cnip m. quelle raison Spartien, qui écrivoit dans le troisième siècle, *'"<;"^'^"'5 '^' donne de grands éloges à Julianus; tandis que Dion et Héro- pi xlvi. dien , qui écrivoient sous son règne , et qui lui accordent le mérite d'un savant jurisconsulte, le dépeignent sous des traits avilissants, que les faits confirment abondamment.

On ne connoissoit d'autres portraits de Didius Jidianus, de in 2,3,ct4 Manlia Scantilla, et de Didia Clara, que ceux qui sont gravés sur des médailles. Mais Visconti en a reconnu un très beau dans la tète de marbre du Musée royal (avec le n° 207), et qui a été rapportée sur une statue romaine, revêtue de la toge. On en voit ici la face et le profil aux n" 2 et 3 de la j^lanclie XLVI. La ressemblance est prouvée par la médaille du n°4- Ce grand bronze présente la tête de Julianus couronnée de laurier, avec la légende IMVerator CAES^r Marcus DlDius SEYEKus IVLIANwj AVGustus. Revers : l'empereur, en habit civil, tenant un globe; légende, RECTOR. • ORBIS, souverain de l'univers; S. C. dans le cbamj).

Spartien' seul nous a conservé les noms de Ma?sli\ Scantilla, épouse de Julianus, et de sa fille Didia Clara; seul il dit que ces deux princesses furent saisies de frayeur, en voyant, à leur entrée dans le palais, le corps de Pertinax privé de la sépulture, et qu'elles présagèrent la même destinée pour elles et pour le nouvel empereur. Cependant Hérodien' assure que ce furent ces deux princesses qui, avec une foule de parasites, exhortèrent Julianus à quitter la table aux premiers bruits du tumulte excité par les prétoriens, à se rendre au palais , et à solli-

(i) InJulian., III. (2) Lib. II, 22.

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ci.u. VI, citer l'empire. Le sénat, forcé par les soldats de reconnoitre Juhucocsseurs .1, [jj^jj^g Doiir emi)ereur, donna en même temps à Manlia Scantilla n xf.vi et à Didia Clara le titre d'Augustes'. Septime Sévère les en dépouilla, et leur permit seulement de rendre les derniers devoirs à Julianus.

N" "ï La tète de Manlia Scantilla paroit, sur le bronze du n" 5, avec

la légende MANLIA • SCANTILLA • k^Gusta. Revers : Junon debout tenant une patere et une haste ; le paon est à ses côtés. Légende, IVNO • REGINA; S • C • dans le champ.

Tout ce que l'on sait de Didia Clara se trouve dans la vie de sa mère; en ajoutant que son père, devenu empereur, lui donna pour époux Cornélius Repentinus , qu'il nomma préfet de Rome à la place de Sulpicianus.

N" 6 La médaille d'or de Didia Clara, gravée ici sous le n° 6, j^lan-

che XLVI , présente sa tête , avec la légende DIDIA . CLARA KVGusta. Revers : une femme debout tenant une palme et la corne d'abondance, avec la légende HILARzVaj TEMPORVM, bonheur du siècle.

§. 3. PESCENNIUS NIGER.

Spartien% qui reconnoit dans Pescennius une fermeté constante pour maintenir la discipline militaire , et une grande habileté dans l'art de la guerre (qualité avouée par Sévère même, son heureux compétiteur), dit «qu'il étoit peu instruit, très «sévère; qu'il avoit une fortune médiocre; qu'il étoit très éco- «nome, et qu'il s'abandonnoit sans réserve à toutes ses pas-

(i) Spart., III et VIII. [2) InPe:cenn.,\,'i.

SUCCESSEURS DE COMMODE. i35

ce sions. » Mais, selon Hcrodien ', écrivain contemporain j «Niger, cm... vi. « ayant occupé plusieurs et de très importantes charojes, avoit S"';"*^^""

•/XI 1 îD ^ Commode,

w acquis la réputation d'un homme doux et habile ; de sorte que pi xi.vi. ic l'on croyoit qu'il preudroit Pertinax pour modèle ; ce qui lui « avoit mérité l'affection du peuple, j) Aussi l'appela-t-il à grands «cris, lorsque Didius Julianus eut obtenu l'empire à prix d'argent. Au reste Dion' dit de lui «qu'il étoit trop peu recomman- « dable par ses vertus, et trop peu remarquable par ses vices, « pour qu'on pût lui donner de grands éloges, ou lui prodiguer « le blâme : ce qui avoit déterminé Commode à le nommer gou- « verneur de Syrie. ^

Caïus Pescennius Niger étoit originaire d'Aquiuum, dans le Latium (aujourd'hui Aquino, dans la terre de Labour). Après avoir parcouru les divers grades de la milice, il obtint des commandements de Marc-Aurele , qui l'estimoit ; et pendant qu'il en étoit chargé dans les Gaules, dont Sévère étoit gouverneur, il contracta avec celui-ci une amitié étroite. Sur la recommandation de l'athlète Narcisse, Commode le nomma consul, puis commandant de la Syrie et des armées de l'Orienta De sorte qu'à la mort de Pertinax il se trouvoit maître de l'Asie mineure et de la haute Asie jusqu'à l'Euphrate. Au moment de cette mort, ayant appris que les habitants de Rome l'invoquoient hautement, même en présence de Julianus, pour les délivrer de sa tyrannie, il accej^ta le titre d'Empereur, que lui offrirent ses soldats, l'an 193 (946 de Ptome). Pescennius eût été véritablement empereur s'il eût marché promptement sur l'Italie, et qu'il eût secondé par sa présence l'amour des Romains. Mais il compta trop sur cette honorable affection ; il s'endormit à Autioche dans

(1) Lib. II, 27. y-?) Lib. LXXIV, 5. (3) Spart.. IV.

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ciup. VI. les voluptés de l'Orient, dans les jeux et les fêtes perpétuelles.

uccesseuis.ic Q'j^tQÎ^ j^j l'occniKTtion liahituclle de ce vieux général. Il se ré-

PI. xLvi. veilla cependant lorsqu'il apprit que Julianus avoit été tué, et que Sévère envoyoit contre lui des forces considérahles. Pescennius fit alors de grands préparatifs pour sa défense; il fortifia Ryzance et les principales villes d'Asie; il envoya Emilien avec une année pour garder les défilés de la chaîne du Taurus. Mais il fut vaincu d'abord près de Cyzique, sur les bords de l'Hellespont, ensuite auprès d'Issus, entre la Cilicie et la Syrie, dans cette même plaine où Darius avoit été défait par Alexandre , cinq cent vingt-sept ans auparavant.

Niger se réfugia à Autiocbe; et, bientôt après, ne s'y voyant par en sûreté, il s'enfuit vers l'Euphrate, comme s'il eût voulu chercher une retraite chez les Parthes; mais des soldats de Sévère l'atteignirent dans sa fuite, le tuèrent l'an 194 (947 ^^ Rome), et lui coupèrent la tête. Le vainqueur envoya ce triste m.onument de son triomphe à son armée, qui assiégeoit Byzance, pour engager les habitants à se rendre; ensuite à Rome, pour prouver sa victoire. Il fit d'abord garder à Rome la femme ( dont on ignore le nom) et les fils de Niger, puis il les fit mourir, lorsque Albin eut pris le titre d'Empereur.

N' 7 et 8. Pescennius étoit très grand et bien fait' ; ses cheveux étoient

relevés sur son front avec grâce ; il avoit une voix si forte qu'on l'entendoit en plaine à la distance de plus de mille pas romains (environ un tiers de lieue de poste); son visage étoit coloré, et son col fort noir, d'où lui vint, selon quelques auteurs, le surnom Niger. On ne connoît point de portraits en marbre de ce sfénéral; mais on en voit sur des médailles extrêmement rares.

(i) Spart., VI.

iiip. VI.

Successeurs de

Commode.

SUCCESSEURS DE COMMODE. iSy

Le 11° 7 de la planche XLVI présente un médaillon d'argent du c caLinet du roi, frappé, selon deBose, à Tyr'; mais plus vraisemblablement à Antioche de Syrie, selon Eckhel-. On y voit pi xlvi la tête de Pescennius couronnée de laurier, avec la légende AYTOKpaTOçi KAICAPi Fain nECKEvvio NirPo AïKaio , (dédiée) «à l'Empereur César Caïus Pescennius Niger (le) Juste.» Revers: aigle, les ailes éployées, posé sur une massue; légende, ITPONOIA ©EcoN, la Providence céleste. La médaille unique d'or du n" 8, conservée dans le cabinet du roi, n'est placée ici qu'en seconde ligne, parccqu'elle a donné lieu à quelques doutes. Elle présente d'un côté la tête de Niger couronnée de laurier, avec la légende YSlVerator CAESar Caàis VESCeimius NIGER lYSTVS AYGustiis'. Revers: femme debout, élevant la main droite, tenant de la gauche une corne d'abondance double, avec la légende CONCORDIA; et dans le champ, les lettres P. P., qui peuvent être les initiales des mots Vater Vatriœ, titre que donnoit seul le sénat, j^ar qui Pescennius ne fut jamais reconnu empereur.

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