ALBIN
Les Pvomains appelèrent Albin le Catilina de son siècle'', tant étoit grande la ressemblance qu'élablissoicnt entre les deux personnages, et leurs viceset leur ha])ilcté dans l'art de la guerre ! C'est probablement à cause de ce talent, et pour reconnoitre le succès avec lequel Albin maintint, l'an ijS, dans l'obéissance l'armée de r)ithynie, qu'il coinmandoit, que Marc-Aiirele le
(1) Mémoires de l'Académie des iiiscrij)- (3) Mémoires de V Académie des inscriptions et belles-letb-es, t. XXIV, p. io5. lions et belles-lettres , t. XXI V, p. io5.
(2) D. X. f., t. VII, p. 157. (4) Capitol., .//i., XIII.
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nomma consul. Malgré le mal que dit Capitolin ' du malheureux compétiteur de Sévère, on doit croire qu'il avoit quelques i>i xi.vH. bonnes qualités; car, selon le même historien, le sénat Faima plus qu'il n'avoit aimé aucun prince. Aussi assuroit-on qu'Alhin avoit déclaré publiquement qu'il vouloit voir détruire la monarchie, et voir rendre au sénat toute l'autorité, comme dans les siècles de la république. Hérodien , auteur contemporain, dit encore que les premiers personnages de l'empire le préféroient à Sévère, non seulement à cause de son origine illustre, mais à cause de la douceur de ses mœurs. Les cruautés que Sévère exerça contre les sénateurs entretinrent, si elles ne firent pas naître cette préférence.
En politique habile. Sévère , accourant vers l'Italie pour arracher l'empire à Julianus, vit qu'il devoit se concilier l'amitié d'un de ses deux rivaux, de Niger ou d'Albin, pendant qu'il combattroit l'autre. Il ne pouvoit rien espérer du premier, que le peuple de Rome appeloit à grands cris pour le délivrer de la tyrannie de Julianus. Alors il écrivit à Albin des lettres remplies d'expressions d'amitié, qu'il lui lit porter, selon Hérodien", par des gens affidés chargés de l'empoisonner ou de l'assassiner dans un entretien secret. Mais Albin prévint ce danger, et prit tous les moyens de se défendre contre un ennemi aussi perfide. Sévère, croyant alors n'avoir rien à ménager, assembla son armée, lui adressa une harangue dans laquelle il exposoit les torts d'Albin, et où il disoit: «Albin, au mépris de notre traité et de son ser- «ment, après avoir obtenu de nous ce que l'on n'accorde qu'à ses «fils légitimes, aime mieux être notre ennemi qu'un prince affi- «lié Qui est-ce qui ignore sa vie crapuleuse, qui annonce
(i) Capitol., XII. (2) Lib. III, i6. (3) Ibid., III, 16.
SUCCESSEURS DE COMMODE. iSg
«plutôt un porcher qu'un légionnaire?» L'armée ne répondit cmp. vi que par des acclamations; déclara Albin ennemi de l'empire, et ^"^^^'^^^^^ demanda à marcher contre lui. pi. xLvn
Selon CapitolinV, Commode avoit offert par lettres le titre de César à Albin; mais celui-ci, prévoyant la chute de l'empereur, le refusa habilement. Après la mort de Pertinax, l'armée de la Grande-Bretagne proclama empereur son général Albin, comme celles de Syrie et de Pannonie en avoient usé avec leurs chefs Niger et Sévère. Celui-ci, marchant contre Julianus, et voulant se délivrer de toute crainte de la part d'Albin, lui écrivit qu'il le déclaroit César; et le crédule Albin, se fiant à ses vaines promesses, demeura en repos.
Ceci se pasSoit l'an igS (946 de Rome). Tillemont conjecture de ce qu'entre les titres d'Albin, gravés sur ses médailles, on lit toujours celui de Septimius, un des noms de Sévère, que celuici avoit adopté Albin en le nommant César; mais on lit ce nom d'adoption prétendu sur les médailles frappées après qu'Albin se fut déclaré l'ennemi de Sévère, et il n'est pas vraisemblable qu'il l'eût conservé depuis cette époque. Au reste le vainqueur de Julianus, maître de Rome, sembloit vouloir multiplier les liens d'amitié entre lui et Albin; il le nomma consul j)ourla seconde fois; il fit frapper des monnoies en son nom; il fit élever des statues en son honneur, et il annonça qu'il le choisissoit pour son successeur". Mais la défaite de Pescennius révéla les secrètes pensées de l'ambitieux Sévère. Distribuant des sommes considérables pour le rétablissement des villes d'Asie ruinées par les troupes de Niger, il apprit qu'Albin leur avoit aussi envoyé des secours pour se concilier l'amour des peuples. Il commença les
(1) Ub. I, 4. (2) Lib. 111, 19. (3) Capitol., X.
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ciup. VI. hostilités, selon Dion', en refusant d' abord à Albin les lionneurs looessems ,ir (Jon t ï ou! ssoicn t les Césars, et ensuite le titre d'Auf^uste, que Il xi.vii celui-ci jorit néanmoins après qu'il se fut déclaré ouverteinent l'ennemi de Sévère.
Alors il passa dans les Gaules avec son armée, qu'il y augmenta considérablement. Il remporta une victoire sur les généraux de Sévère. Mais celui-ci accourut aussitôt, malgré la rigueur de la saison (l'hiver de l'an 197), et il livra bataille à Albin le rg février, près de Lyon, dans un lieu appelé par Spartien Tiburtium' ( selon l'opiuiou commune, dans une plaine qui se trouve entre le Rhône etla Saône, où est bâti Trévoux). C'est là que l'on vit combattre, comme à Pharsale, deux armées, composées chacune de cent cinquante mille Romains, commandées par Albin et par Sévère. Celui-ci assistoit à une bataille pour la première fois; et il crut l'avoir perdue, lorsqu'il vit plier une jiartie de son armée, tomber son cheval percé de coups, lui-même dangereuseuient blessé. Il avoit quitté son paludamentwn (uianteau de pourpre qui distinguoit le général), pour échapper au fer des vainqueurs. Mais la fortune se déclara pour lui. Albin s'enfuit à Lyon, où les troupes victorieuses le poursuivirent; et il s'y tua, selon Dion, se voyant près d'être fait prisonnier. Sévère témoigna une joie extrême à la vue du corps d'Albin, sur lequel il fit passer plusieurs fois son cheval, et qu'il abandonna aux chiens, après avoir coupé la tête pour l'envoyer à Rome. Il accorda le pardon à sa femme, dont on ignore le nom, et à ses enfants; mais il leur fît bientôt ôter la vie, et il ordonna qu'on les précipitât dans le Rhône, avec les restes du malheureux Albin. Ainsi périt Didius Clodius Septimius Albinus , après avoir
(1) Lib. LXXV, 4. (2) Dio, LXXV, 8; Herod., IH; Spart., »i Sev.,X\.
régné quatre ans. Il étoit né à Adrunietum (dans la partie de l'Africfue qui forme anionrd'hni le royaume de Tunis V II avoit ^"^'''^-'-u'-s de
Chap. VI.
Commode
étudié les belles-lettres et l'agriculture ; car on connoissoit de lui i>i xuii. des Géorgiques et des Contes dans le genre de ceux que l'on appe- \oit Fables Milésiemies. Mais un attrait puissant le portoit à la profession des armes, qu'il embrassa fort jeune. Albin avoit une taille haute, des cheveux crépus, et un front large; il étoit très blanc, d'où lui étoit venu, selon l'opinion commune, le surnom Alljinus '. Sa voix étoit grêle comme celle des eunuques ; son caractère, grave el sévère jusqu'à la cruauté^ et son appétit, dévorant. La médaille de bronze du n° 5, pi. XLVII, présente un beau portrait d'Albin, sans couronne, avec la légende Tiiclius CLO- Dius SY.VTiinius hLV>mus CAES<zr:le petit aigle qui paroit dans le champ a été incrusté lorsque la médaille appartenoit aux Gouzague, ducs de Mantoue. Revers: Minerve debout, tenant de la main droite une branche d'olivier, et de la gauche une lance ; un bouclier à ses pieds; légende: MINERt^âî VACifera Tribimiti'd Votestate COS. (consul) II. Les sigles S. C. , gravés dans le champ, prouveroient, lors même que l'histoire seroit muette sur cet objet, que Sévère avoit autorisé le sénat à frapper des monnoies en l'honneur d'Albin,
Les portraits d'Albin gravés sur ces médailles lui ont fait atlribuer, avec raison, par feu Visconti, la tête d'une statue du musée Pio-Clémentin , dont on voit ici la face et le profil sous les n°6 et 7.
(i) Capitol., XIII.
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XLVIII,ctXUX
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