MARIUS
TYRAN DANS LES GAULES
Rien ne prouve mieux la ressemblance trouvée par Montesquieu entre le gouvernement d'Alger et celui de l'empire romain, à l'époque des trente tyrans , que de voir un général élu tumultuairement empereur, et privé, après deux ou trois jours de règne, de l'empire et de la vie. Quoique Trebellius ' dise de Marins (ce tyran) qu'il étoit courageux, et qu'il étoit parvenu à l'empire en passant par tous les grades de la milice, cependant il se plait tellement à rapporter les preuves de la force étonnante dont la nature l'avoit doué, qu'on doit trouver dans celle-ci le motif le plus puissant qui ait déterminé les soldats à l'élire empereur. On sait quel prix les hommes atlaclioient à la force du corps avant l'invention de la poudre. Je ne retracerai point ces traits de vigueur;maisjerapporterai la harangue qu'il fit aux soldats après son élection , parcequ'elle peint la licence des camps , le goût insipide pour les jeux de mots qui régnoit alors, et le mépris que les Romains avoient conçu pour Gallien. «Je sais, mes camarades , que l'on peut me reprocher le métier que j'ai exercé, et même sous vos yeux (celui d'armurier j. Que l'on en dise c
(i) /rt Mario.
LES TRENTE TYRANS. i5
qu'on voudra; je désire pouvoir toujours travailler avec le fer. chap. xm. Je désire de ne pas user ma vie dans le vin, parmi les fleurs, ^estreme tyrans
A i ' sous Valérien et
dans les bras des courtisanes, et dans les tavernes, comme fait GaUien. Gallien, indigne d'un si bon père et d'une si illustre extraction. Que l'on me reproche la profession d'armurier, pourvu que les nations étrangères apprennent en Italie, à leurs dépens, que je sais manier le fer; que tous les Allemanni et tous les Germains, ainsi que les nations qui les avoisinent , croient que le peuple romain est une nation de fer, et qu'enfin ils redoutent notre fer. Quant à vous, camarades, rappelez-vous toujours que le prince choisi par vous n'a jamais su que travailler le fer. Ce que je dis, parceque je sais que cet empereur énervé n'a rien à me reprocher que d'avoir forgé des glaives et des cuirasses.»
Ce fut aussi des mains d'un armurier que Marius reçut le coup mortel, vers la fin de 267, le troisième jour de son règne. Cet ouvrier, qui avoit travaillé dans son atelier, se crut dédaigné par un maître devenu empereur, et le perça en disant, « C'est toi qui as for^é cette épée. >> Victorine, qui, par son crédit, l'avoit revêtu de la pourpre , après la mort de Victorin , en décora ensuite Tetricus.
On voit le portrait de ce tyran éphémère sur la médaille d'or n- 5. du n" 5, planche LVIII. Autour de sa tête, couronnée de laurier, on lit \W^erator Cœsar Marcus AVRe/zMJ MARIVS Vins Yelix kYOustus. Revers, deux mains jointes; légende, CONCORDIA MILn^V M. Plus de sept revers différents, parvenus jusqu'à nous, ont fait penser à Eckhel' qu'un règne de trois jours auroit été trop court pour fabri([uer tant de médailles différentes ; et , d'après cette considération, il a donné à Marius un règne d un
(1) Do<:lr. iVuni. Fet., VII, 454.
i6 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
CiiAi. xiii. ou deux mois. Mais j'ai fait voir dans le Dictionnaire d'Anti- Lesti ente tyrans (jy^^^ig (\^. l'Eucv ciopédic métliodifiue fau mot Virole), i° que
sous ValL'rien et A J l 1\ / ' L
Gaiiien. Jgg coios des anciens étoient de bronze et fondus , puis estampés
à chaud sur une médaille froide; i" que dans l'espace d'une nuit deux sculpteurs pouvoient modeler en cire l'un le côté de la tête d'une médaille des anciens, et l'autre le revers; 3° que sur ces deux modèles on formoit un moule; 4" que l'on couloit dans ce moule de l'or ou de l'argent, pour obtenir un prototype, ou médaille originale ; 5° que l'on mouloit des flaons sous une forme disposée pour produire les reliefs; 6" que l'on estampoit par la percussion les coins chauds sur le prototype froid; 7° que l'on frappoit ensuite les flaons chauds avec les coins froids. Cette exposition du monnoyage des anciens (monnoyage que j'ai répété ) résout facilement le problème de la multiplicité des miédailles de Marins , sans cjue l'on soit obligé de prolonger son règne, comme l'a fait Eckhel, au-delà des trois jours énoncés par Trebellius , Victor, et Eutrope.