SABINE
Sabine ne rougissoit pas d'avouer qu'elle «n'avoit point voulu « rendre Hadrien père, de crainte d'engendrer la ruine du genre « humain '. » Mais aussi ce prince, qui étoit parvenu à l'empire en épousant Sabine, se conduisoit avec elle comme avec une esclave', et donnoit lieu d'excuser les ressentiments de l'impératrice.
Fille de Matidie, elle étoit petite-niece de Trajan. Plotine parvint, en l'an 100, à lui faire recevoir Hadrien pour époux ^; quoique Trajan n'y consentit qu'avec peine ^, parcequ'il n'aima jamais ce prince. Ce mariage fut fatal aux deux époux. Nous avons vu le sujet des plaintes de Sabine; Hadrien, à son tour, lui reproclîoit une humeur chagrine et querelleuse, et il disoit qu'il l'auroit répudiée, s'il n'eût pas été empereur. Cependant il la conduisoit avec lui dans ses voyages ; du moins en est-on certain pour celui d'Egypte, car on voit encore gravée sur le colosse de Memnon une inscription par laquelle on apprend qu'elle avoit entendu les sons que rendoit cette statue au lever du soleil ^
Lorsqu'il s'agit de faitsjarrivés à des époques reculées , et que les historiens parvenus jusqu'à nous les rapportent sans en assi-
( 0 Victor. , Epit. , XIV. (3) Spart. , Il
(2) Dum prope servilibus injuriis afjx- (4) Tinjono levitcr volente.
citur. (5) Antiquit.d'Égypt.,J,6,
l'I XXXVIII
5o ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.
Chai IV gucr Ics CHuses, on est réduit à former des conjectures vagues '^''"'' , et incertaines. Le doute est alors commandé par la prudence.
a.iopiivo. Aussi rapportcrai-je la disgrâce de Suétone ( riiistorien des douze Césars ) dans les termes mêmes de Spartien '. « Hadrien donna, te l'ail 1-2 1 , des successeurs à Septicius Carus, préfet des préto- « riens; à Suétone, secrétaire-général, et à plusieurs autres, qui, « sans son ordre, s'étoient conduits à l'égard de Sabine avec moins « de réserve que n'en commandoitle respect dû au palais impé- « rial. » L'historien auroit-il inséré dans son récit l'expression si mesurée, sans l'ordre de l'empereur, s'il eût voulu parler d'un dérèglement dans les mœurs de l'impératrice? On ne trouve d'ailleurs aucun reproche de cette nature dans les écrits des auteurs contemporains.
Les chagrins domestiques purent causer la mort de Sabine; mais Victor le jeune ' dit qu'Hadrien la contraignit de s'arracher la vie; et Spartien" rapporte une opinion d'après laquelle l'empereur l'auroit empoisonnée. Le dernier écrivain donne à entendre cpie cette mort arriva deux ans avant celle d'Hadrien; Tillemont% sur la foi d'une inscription dans laquelle Antonin appelle Sabine sa mère, la recule jusqu'à l'an 891 de Rome, i38 de l'ère vulgaire, dernière d'Hadrien. Au reste Eckhel^ a prouvé par deux médailles, l'une d'Aniisus, et l'autre d'Alexandrie, qu'elle vivoit encore dans l'automne de 889.
Quelques écrivains assurent qu'Hadrien plaça son épouse au rang des dieux; mais il est peu vraisemblable que ce prince, l'ayant fait mourir peu de mois avant qu'il ne descendit luimême dans la tombe, ait conçu la pensée ou ait eu le temps de
(j) Spart., II. (4) Tome II, p. 2S7.
(a) Epit., XIV. (5) Doct. Num. Vel, VI, Sao.
(3) Spart., XXIV.
FAMILLE DE NERVA. 5i
lui faire rendre de semblables honneurs. A moins qu'il ait voulu par-là détruire les soupçons qui planoient sur sa tête, ou que le sénat ait osé célébrer cette apothéose contre le gré d'Hadrien. On doit, avec plus de vraisemblance, rapporter ce soin au pieux Antonin, qui auroit honoré dans la même personne et sa mère adoptive et sa tante maternelle.
Sabine paroit sur les médailles avec deux coiffures différentes : l'une est celle que Julie, fille de Titus, a portée la première, et dont Juvénal' a décrit la hauteur excessive; dans l'autre, plus simple, les cheveux, serrés sur le front par un diadème, sont noués sur le derrière de la tête.
Les n° 4 et 5 présentent la face et le profil d'une tête de Sabine que l'on voit au musée royal, sous le n° Siy. Elle est placée sur une statue de femme de marbre de Luni', déterrée dans les fouilles faites à Gabies par le prince Borghese. On trouva le travail de cette statue si beau, et les draperies si habilement traitées, que, pour remjîlaccr la tête, qui avoit été brisée, on en choisit une de Sabine jeune, et d'une conservation parfaite. Elle avoit été jusqu'alors conservée dans la salle du Gladiateur, au palais de la villa Pinciana, depuis la villa Borghese. La lame de métal précieux, courbée en arc, placée dans ses cheveux, que nous appelons aujourd'hui un diadème, se voit souvent sur la tête des impératrices et des déesses.
Les traits de Sabine sont bien exprimés sur la médaille du n" 6. Elle est de bronze, et présente d'un côté la tête de Sabine coiffée avec une draperie, comme les déesses. Légende, DIYA AVGVST« SABINA : revers, Sabine portée au ciel par un aigle; légende, CONSECRATIO.
Chap. IV
Kerva
et sa famille
adoptive.
PL XXXVIII
et S.
(i) Sat. vi,5oi. (2) Aujourd'hui Carrare.
Cii.U'. IV.
Nciva
et sa f'aiiiîll<>
a<lu|)live.
PI. XXXIX
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