‹ Iconographie romaine (volume 5)Chapitre 96 sur 139 · I. CONSTANTIN P^ EMPEREUR, ET FAUSTA SON ÉPOUSE · texte numérisé non relu

I. CONSTANTIN P^ EMPEREUR, ET FAUSTA SON ÉPOUSE

Eusebe et Socrate, deux des historiens chrétiens qui ont pi lxi d lxii parlé de Constantin, déclarent expressément qu'ils retracent seulement les actions de ce prince qui intéressent la religion , et non celles qui se rapportent au gouvernement de l'empire (c'est pourquoi ils n'ont fait aucune mention des meurtres de Crispus et de Fausta). Quoique les autres écrivains chrétiens qui appartiennent au même temps n'aient pas cru devoir faire une semblable déclaration, leurs récits témoignent assez qu'ils ont eu généralement l'intention de se renfermer dans les mêmes limites; et cette observation ne doit pas échapper à ceux qui s'occupent aujourd'hui à recueillir les matériaux de l'histoire de Constantin.

i44 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL

ciui.. XVIII Je pense au contraire que si le silence des premiers ne suffit pas consianiin pour tlétruirc les assertions des seconds, ces assertions elles-

et sa famille. *■

l'i. T.xi et Lxii mêmes ne doivent obtenir notre confiance qu'après avoir été soiuTiises à une critique sévère.

Le respect pour la vérité, ce premier devoir de l'historien, ne permet pas sans doute de taire ou de déguiser les fautes, on peut même dire les crimes de Constantin. Mais, quel que soit dans l'ordre moral le rang auquel une exposition fidèle de son règne fasse descendre ce prince, il suffira toujours de considérer les avantages immenses qu'a retirés de l'adoption du cliristianisme la civilisation de l'Europe, pour être convaincu que celui qui a placé la croix sur le trône des Césars a, par cela seul, bien mérité du <renre humain.

Eutrope', quoique païen, est celui de tous les historiens qui nous paroit avoir tracé le portrait le plus fidèle de Constantin. «Homme à grandes conceptions et ardent à la poursuite de ses entreprises ; aspirant à l'empire de l'univers entier , il déclare la guerre à Licinius, sans avoir égard aux liens du sang et aux

traités qui les unissoient Licinius se rend à discrétion; et,

malgré la religion du serment, il est mis à mort dans Thessalo-

nique, où il étoit déjà réduit à l'état de simple particulier

Mais l'orgueil de la victoire changea la douceur du caractère de Constantin, qui l'avoit fait chérir jusqu'à ce jour. Il persécuta d'abord sa famille; il fit mourir et son fils Crispus, homme d'un mérite accompli, et le fils de sa sœur, jeune homme d'une grande espérance, et Fausta, sa propre épouse. Ensuite un "■rand nombre de ses amis furent victimes de son humeur san-

euinaire.

(i) Eutrop., X, 5, 6, 7.

CONSTANTIIN ET Si FAMILLE. 145

«Dans les premiers temps de son règne, Constantin mérita chu' xviu. d'être comparé aux meilleurs princes, et dans les derniers, aux ^^°"'ll^"i^ plus médiocres. On admira en lui un grand nombre de qualités pi lxi et lxii brillantes de l'esprit et d'avantages corporels. Très avide de la gloire militaire, il éprouva dans les guerres les faveurs de la fortune, qui d'ailleurs fut bien secondée par ses talents; car, même après une guerre civile, il repoussa plusieurs fois les Goths , et il leur accorda ensuite la paix; ce qui lui acquit une grande célébrité cliez les nations barbares. Tl s'appliquoit constamment à l'étude des beaux -arts et à la culture des belleslettres. Il affectoit une amitié à toute épreuve, et il vouloit acquérir des amis par ses libéralités et par ses complaisances. Aussi, de même que son attachement pour quelques uns d'entre eux parut très équivoque, de même aussi il ne se démentit jamais pour les autres ; ne négligeant aucune occasion de les enricbir et de les combler de faveurs 1res signalées.

«Il fit un grand nombre de lois; les unes bonnes et justes, la plupart superflues, et quelques unes sévères. Le premier des empereurs il voulut élever la ville qui portoit son nom à un tel degré de splendeur, qu'elle pût devenir l'émule de Rome.»

Eu ouvrant les yeux à la lumière, l'an 274 (1027 de Rome), dans Nayssus, ville de Dardanie (Nissa dans la Servie), Constantin fut comme déposé dans le sein du christianisme. Son père, Constance-Chlore, favorisoit secrètement cette nouvelle religion; et sa mère, sainte Hélène, qui contribua tant depuis à la propagation de la foi, la profcssoit presque ouvertement. Son éducation fut très soignée, soit poiu^ l'élude des belleslettres, dans lesquelles il fit de grands progrès, et qu'il cultiva pendant toute sa vie; soit pour les exercices militaires, auxquels la force et la vigueur jointes à une taille élevée et à une belle

i46 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. U.

Chu. xviii. figurc Ic icudoieut très propre. Aussi Dioclétiea, qui excelloit consiamin (jgjjs p^it dc connoîtrc les hommes, s'attacha à Constantin, à

i:t sa t.imille.

l'i lAi ,1 [AFi peine âgé de dix-huit ans, et le garda auprès de lui comme une espèce d'otage, lorsqu'il envoya dans les Gaules, en 292, Constance sou père, qu'il venoit de créer César.

En 3o5, Dioclétien et Maximien ayant abdiqué l'empire, et Coustance et Galère ayant pris le nom d Auguste, on devoit s'attendre à voirie fds du nouvel empereur, Constantin, recevoir le titre de César. Mais Galère vouloit régner seul. Il ne redoutoit point la concurrence du paisible et valétudinaire Constance, mais les talents et l'activité du fils de cet empereur l'effray oient; il força donc le foible Dioclétien à préférer Maximin-Daza , d'une naissance obscure et dépourvu de moyens. Constantin , qui étoit à Nicomédie, dans la cour de Dioclétien, se trouva, par l'abdication de ce prince et en raison du partage qui la suivit, habiter les états de Galère. Cet empereur le retint auprès de lui, malgré les instances de son père; il lui tendit plusieurs embûches pour le faire périr, soit en l'obligeant à combattre seul tantôt contre un lion, tantôt contre un chef des Sarmates formidable par sa taille extraordinaire, soit en l'obligeant à traverser un marais pour attaquer ces mêmes barbares.

Constantin, connoissant la cruauté de Galère et la haine qu'il lui portoit, chercha et réussit à lui échapper par la ruse; il partit, pour aller rejoindre son père malade, avant le jour que l'empereur a voit fixé pour ce voyage, et il fit couper les jarrets des chevaux de poste afin qu'on ne pût le poursuivre. Il arriva, en 3o6, auprès de Coustance, à Boulogne, où il s'embarqua avec lui pour aller combattre les Calédoniens et les Pietés, La même année Constance mourut à Eboracum (York); et le lendemain de cette mort les soldats saluèrent empereur Constantin.

Galère, redoutant toujours l'influeuce que pouvoit prendre ce cup. xvm jeune prince, ne ratifia point le choix de l'armée; mais, n'osant ^*^°"'f'^'',°^ le désapprouver entièrement, il lui donna le titre de César, en pi. lxi ei txn. conférant toutefois au César Sévère la dignité d'Auguste, qu'il refusoit à Constantin.

Sous ce titre modeste, Constantin prit possession du gouvernement de la Grande-Bretacjne, des Gaules, et de l'Espagne, sur lesquelles son père a voit réojné avec équité et douceur. Lactance ' dit expressément que le premier acte de son gouvernement fut un édit qui rétablissoit la religion chrétienne en l'année 3o6\

Tl marcha ensuite contre les Francs et les Allemani, qui ravageoient les Gaules depuis l'absence de Constance. Il les vainquit, et fit prisonniers leurs rois, qu'il exposa à la fureur des bétes dans des jeux publics^. Cet acte de barbarie, qui rappelle les fureurs des Néron, des Domitien, a trouvé cependant un approbateur dans l'auteur inconnu d'un panégyrique (éloge) de Constantin. Il le félicite d'avoir fait servir «à la pompe des jeux et aux plaisirs des spectateurs le supplice et les tourments d'une grande nuiltitude de prisonniers qui s'entre-tuerent pour échapper à la voracité des bétes féroces ^. » Afin d'entrer plus facilement dans les pays occupés par les Germains, Constantin bâtit sur le Rhin , près d'Agrippina ( Cologne ) , un pont de pierre.

Pendant ce temps, Maxence se révoltoit contre Galère, se faisoit déclarer Auguste à Rome par quelques prétoriens, et

( I ) Persec. , XXIV. (4) Cœdibiis hostium utitin- etiam ad nos-

(2) C/iristianns citltid ac Deo siio reddere. trum omnium voluj>UUcm et pompam mune- (Persec, XXIV.) rum. (Inceiti l'ane^;. Constant., XXIII.)

(3) Eutrop., X, 3.

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Chu. xviii. rciidoit la pourpre impériale à sou père Maximien. Sévère asei*^sa"'famii'ic ^'^gea CEI Soy, par ordre de Galère, Maxence dans Rome; mais l'i Lxi et i.xn. il fut obligé de fuir jusqu'à Raveniie, et là il fut mis à mort par ordre de Maximieu. Celui-ci, craignant la vengeance de Galère, accourt dans les Gaules auprès de Constantin , lui donne le titre d'Auguste et Fausta sa fdle pour épouse. Ce tilre, que Constantin porta d'a])ord dans les contrées qu'il gouvernoit, lui fut aussi donné par Maxence, qui régnoil sur l'Italie et sur l'Afrique; mais dans les provinces soumises à Galère et à Maximien il ne fut connu, comme le dernier, que sous celui de fds des Augustes.

Maximln , mécontent de porter un titre aussi modeste, se déclara Auguste en 3o8 , et força à le reconnoîlre empereur Galère. Mais celui-ci accorda , pour se venger de cette contrainte , le même rang à Constantin ; de sorte que le fils de Constance fut alors appelé Auguste dans tout l'empire romain. Cependant Galère, cherchant un nouvel ajjpui, choisit Licinius pour remplacer Sévère; et Maximien, qui n'avoit pu engager Constantin à se déclarer contre Galère, revint à Rome. Il j chercha à faire périr son fils Maxence ; mais , voyant ses projets découverts, il eut recours à Galère, auprès duquel il espéroit que ces embûches auroient un succès plus facile. Trompé une seconde fois dans son attente , et poursuivi par l'exécration publique. Maximien se réfugia auprès de son gendre. Sa perversité naturelle l'arma de nouveau contre lui eu 3o8; il s'empara de son trésor et de la ville de Marseille, où Constantin l'assiégea, le fit prisonnier. En lui arrachant la pourpre, il lui laissa la vie; mais deux ans après, ayant été averti par son épouse Fausta que Maximien devoit le poignarder dans son lit, il le força à se donner la mort.

L'année 3ii (1064 de Rome) fut marquée pour Constantin chap. xvm. par des événements de la plus grande importance. D'abord la tionstanun

r l O tr et sa famille.

mort de Galère donna lieu au partage que firent de ses états pi. lxi et i.xik Licinius et Maximin Daza; ensuite Constantin déclara la guerre à Maxence, qui, feignant de vouloir venger la mort de son père Maximien, avoit fait abattre dans Rome les statues de Constantin. Il s'assura auparavant de l'amitié de Licinius, en lui donnant pour épouse sa sœur Coustantia. Après avoir rendu inattaquables par des postes fortifiés les bords de la mer et du Rhin , il marcha promptement sur l'Italie avec une armée aguerrie pour se rendre maître desAlpes, tandis que sa flotte devoit entrer dans la Méditerranée et attaquer les ports de l'ennemi. Licinius et Maximin demeurèrent neutres dans cette lutte. Sozomene et la Chronique d'Alexandrie' placent dans cette année 3ii, et dans les Gaules que traversoit Constantin pour aller délivrer Rome et l'Italie de la tyrannie de Maxence, la célèbre vision de cet empereur. Cependant Eusebe, le premier écrivain qui l'a rapportée, n'en marque ni le temps ni le lieu. Un grand nombre d'écrivains ont défendu ou combattu la vérité de cette vision; quant à moi, n'écrivant point une histoire ecclésiastique, je me contenterai de rapporter et de rapprocher les dates qui y sont relatives. Eusebe' est le premier des auteurs parvenus jusqu'à nous qui raconte cette merveille: lapparition d'une croix lumineuse avec l'inscription suivante^ Tu vaincras parce signe; signe que Constantin fit placer sur Téteudard royal appelé lahariim. C'est dans la vie de Constantin écrite après sa mort, arrivée en 337, qu'Eusebe la raconte, comme «l'ayant apprise de ce prince, qui lui en avoit assuré la vérité par serment

(i) Sozom., I, i); Cliioni . .Jlc.v., p. 654- (a) f^it. Constant., I, 28.

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cma. XVII) dans plusieurs entretiens particuliers.» Cet historien dit cepenconsianiiii (J^nt fiuc r.'ujparition miraculeuse avoit eu lieu peu après midi

L'I sa t'amille l l l il

PI. r.xi m Lxii et devant toute l'armée. Comment un événement aussi merveilleux n'a-t-il trouvé d'historien que vingt-six ans après qu'il s'étoit passé .'^ D'autant plus que Nazaire' qui prononça un panégyrique (éloge) de Constantin l'an 32,1 (dix ans seulement après l'époque assignée par Sozomene et par la Chronique d'Alexandrie), dit que l'on vit alors , et que toutes les Gaules le racontoient encore , que l'on vit, dis-je, paroître dans les airs une armée céleste qui annoncoit le dessein d'aider Constantin dans cette e^uerre. L'orateur païen se complaît dans la description des traits et de l'armure de cette milice aérienne; il la compare à Castor et à Pollux, que l'on disoit avoir comhattu plusieurs fois à la tête des armées e^recques et romaines; et pourtant il ne fait aucune mention de la croix miraculeuse qui auroit apparu à la même époque. J'ajouterai que Lactance, choisi par Constantin pour être le précepteur de son fils Crispus, et qui dut par conséquent connoitre les moindres détails de la vie de cet empereur, ne fait aucune mention , dans son traité des divers genres de mort des persécuteurs de l'Eglise (écrit eu 3i5, quatre ans après l'événement), de V apparition publique d'une croix miraculeuse. Il parle seulement «d'un avis que Constantin reçut du ciel pendant qu'il dormoit, la veille de sa victoire sur Maxence, et qui Fengageoit à placer une croix sur les boucliers de ses soldats'.» En assimilant la première vision et celle dont Lactance fait ici le récit, on trouveroit probahlemeut la solution d'un problème historique tant de fois débattu. Il n'y auroit point eu d'apparition publique; Constantin auroit seulement dit qu'il avoit eu une vision, et que

( I ) Naz. , Paneg. Const. , XIV, et XV. (2) Lact. , Mort. Pers. , XLI V.

CONSTANTIN ET SA FAMILLE. i5i

le ciel lui avoit fait voir une croix miraculeuse, avec la promesse ghap. xvi. du succès. Vingt-six ans après, Eusebe auroit parlé le premier ^ostanûn d'une apparition public/ue, et son récit auroit été répété par les pi lxi et lxil historiens qui Font suivi.

Au reste ceux qui ont révoqué en doute la vision de Constantin , et qui la regardent comme un moyen politique employé pour enflammer le courage de soldats ignorants et grossiers, moyen tel que d'autres fameux capitaines en avoient usé avant lui, ont peut-être formé leur opinion d'après des faits pareils à ceux qui suivent, et qui sont extraits des auteurs ecclésiastiques. Constantin eut une vision céleste pendant la nuit qui précéda sa victoire sur Maxence '. La veille de la défaite de Licinius, il vit en songe un ange qui lui promit la victoire, s'il la demandoit avec toute son armée au Dieu des chrétiens, en récitant une prière qu'il lui enseigna". Pour se préparer à livrer bataille, on le voyoit se retirer dans une tente qu'il faisoit dresser près des camps, et où il plaçoit la croix; il y passoit plusieurs heures en prières. Dieu, dit Eusebe \ ne dédaignoit pas de lui répondre très sensiblement, et de lui prescrire ce qu'il devoit faire. Alors, ajoute-t-il, il sortoit du tabernacle, rempli de l'esprit divin; il commandoit de sonner la charge et de marcher contre l'ennemi. Philostorge * raconte que Constantin, voulant agrandir sa ville chérie, traçoit lui-même la nouvelle enceinte ; et qu'un de ceux qui le suivoient et qui croyoient qu'il l'étendoit excessivenaent , lui demanda quand est-ce qu'il cesseroit de marcher. L'empereur lui répondit , «Quand celui qui marche devant moi s'arrêtera.» Sozomeue

(i) Lact., Mort. l'ers. , XLIV. (4) l'hilostorg. , H , y.

(2) Ibid.,\L\l. (5) Sozoïn., 1,8; 11,3.

(3) Euseb., Fit. Constant., p. 44y-

i5i ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

ciiA.. XVIII assure que dans la guerre contre les Gotlis Constantin éprouva constantii, encorc plus sensiblement que dans aucune autre, par des songes l'i i,xi PI i.xii et des prodiges, la protection immédiate de Dieu; et que sa victoire sur eux fut si visiblement miraculeuse, que les Goths eux-mêmes en furent frappés, et embrassèrent la religion du vainqueur. Le même historien rapporte que Constantin ayant choisi l'antique Ilion pour y fonder une ville émule de Rome, et ayant déjà fait construire l'enceinte et les portes, eut, pendant la nuit, une révélation de Dieu qui lui ordonnoit d'abandonner laTroade, et de s'établir à Byzance. Enfin Eusebe ' dit que Dieu donnoit souvent à Constantin, dans ses prières, des preuves sensibles de sa présence ; qu'il lui apparoissoit dans les songes pour lui tracer sa. conduite, et qu'il l'aidoit d'une manière extraordinaire dans les combats , ainsi que dans les situations les plus difficiles.

Excités par des moyens aussi puissants, les soldats de Constantin traversèrent rapidement les Alpes , où ils ne trouvèrent de résistance qu'à Segusio (Suse); ils en triomphèrent. Ils plantèrent ensuite leurs étendards au pied des murailles de Vérone, qui se rendit après un siège assez long, pendant lequel Constantin fut reconnu empereur par toute l'Italie supérieure jusqu'à Rome. Maxence sortit enfin de la capitale, et se mit à la tête de son armée pour livrer bataille près du Milvius ( Ponte- Mole). Le combat fut sanglant; mais l'armée de Maxence fut mise en déroute, et lui-même périt dans le Tibre, par la chute d'un pont de bateaux, le 28 octobre 3i2. Le lendemain, Constantin entra dans Rome en triomphe. Il montra à cette époque une prudence et une douceur dignes d'éloges. Il pardonna à

(i) f^it. Constant, p. 533.

CONSTANTIN ET SA FAMILLE. i53

tout le monde, et rétablit daus ses honneurs le sénat, qui, pour chap. xvui. éterniser sa reconnoissance, fit élever l'arc de triomphe qu'on <^°ns"n«'"

' '^ ■■• et sa tamille.

voit encore auprès du mont Palatin , au commencement de la pi. lsi et lxii. voie Appienne. Constantin de son côté orna Rome de superbes édifices, et entre autres de thermes situés à la descente du mont Quirinal.

Mais ce qu'il fit à Rome de plus remarquable fut l'établissement du christianisme dans cette ville, qui étoit le centre de l'antique religion. Il le fit sans persécuter personne, sans même quitter le titre de souverain pontife, comme l'assure positivement Zosime', qui en fixe l'abandon au règne de Gratien, soixante-dix ans après. Au reste la piété ne doit pas le lui reprocher, si (comme il est très vraisemblable) les fonctions que lui et ses successeurs exercèrent en vertu d'un titre jadis si cher aux Augustes se bornèrent à la surveillance des sépultures, de l'emploi des biens attachés aux temples, et de quelques autres objets relatifs à la police. C'est aussi à Rome qu'il publia , conjointement avec Licinius, un édit très favorable aux chrétiens, et qu'il enjoignit au plus cruel de leur persécuteur, à Maximin, de le proclamer dans ses états, ce que celui-ci n'osa refuser.

La mort de Maximin, vaincu par Licinius en 3i3 , livra rOrient au vainqueur, et l'empire romain ne fut plus soumis qu'à deux seuls empereurs. La jalousie et la défiance mutuelle leur mirent bientôt les armes à la main; et, après plusieurs combats, ils s'accordèrent, en 3i4) à faire un nouveau partage qui donnoit à Licinius l'Orient, la Thrace, et une partie de la Mœsie , tandis que tout le reste de l'empire devoit obéir à Constantin.

(i)Zosim., IV, 36.

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('HAP. xviii. Celui-ci profita du temps de calme pour rendre des ordoncotistantin naDccs nomhrcuscs et très détaillées en faveur des églises, des

et sa nimille. o '

l'i Lxiet i.xii. prêtres, el des pauvres. En 3 17, il se réunit avec Licinius pour conférer sur les affaires générales de l'empire. Afin de cimenter la paix, et de complaire à sa sœur Constancia, épouse de Licinius, Constantin créa Césars leur fils Licinius et ses fils Constantin et Crispus. Celui-ci, en Sao, se montra digne d'im père qui étoit un si grand capitaine, et repoussa au-delà du Rhin les Francs et les Allemani, qui se jetoient sur les terres de l'empire dès que Constantin s'éloignoit de ses états. Les barbares qui habitoient les contrées situées au delà du Danube, les Sarmates, et les tribus des Gotbs, firent aussi, en 322, une irruption dans rillyrie et dans les autres provinces que bordoit le fleuve à sa droite ; mais ils ne furent pas plus heureux , et Constantin les repoussa en personne avec un plein succès.

Le grand nombre de siècles qui nous séparent de cette époque nous dérobent la connoissance des canses qui firent entreprendre par les deux empereurs une guerre d'extermination. L'Anonyme, publié par Valois, dit que Licinius prit pour prétexte la guerre contre les Gotbs, et se plaignit de ce que ses états avoient été défendus par Constantin. Mais Eusebe' assure que celui-ci fut satisfait de trouver l'occasion de combattre et de détrôner l'ennemi des chrétiens, et un tyran cruel. Quoi qu'il en soit, Constantin remporta plusieurs victoires sur Licinius et sur Marlinien, que ce prince venoit de créer empereur; et Crispus dispersa leur flotte. Après diverses négociations, Constantin voulut que Licinius se rendit à discrétion, avec son fils et son épouse, l'an 3i3. Il lui laissa la vie, et lui assigna pour

(i) Fit. Constant., Il, 3.

CONSTANTIN ET SA FAMILLE. i55

retraite Thessalonique, où il vivoit en simple particulier. Mais, chak xvui. quelques mois après, «il fut mis à mort, dit Eutrope', contre .'^°"'f!|]]^ne la foi du serment, n Zosime ' reproche aussi à Constantin ce pi. lxi d iaii. manque de bonne foi. Le jeune Victor^ assure qu'il le fit étrangler; et S. Jérôme dit la même chose dans sa Chronique. Mais les écrivains ecclésiastiques donnent pour cause de cette mort les sollicitations que Licinius employoit auprès des barbares pour les engager à faire des incursions sur les terres de l'empire; et l'Anonyme (historien chrétien), publié par Valois, dit que les soldats mutinés demandèrent la mort de Licinius , de crainte qu'il ne tentât de reprendre la pourpre, comme l'avoit fait son beau-pere Maximien.

Délivré des guerres intérieures et extérieures , Constantin s'occupa à détruire l'idolâtrie, mais sans répandre le sang d'aucun de ses partisans. Il fit abattre les temples les plus célèbres, et éleva un grand nombre d'édifices consacrés au nouveau culte. On le vit, en 3-25, assister au concile de Nicée, assemblé pour régler la célébration de la Pâque, et pour condamner TArianisme, dont il bannit Fauteur et les principaux sectateurs. Il célébra aussi cette année, selon Eusebe^, la vingtième année de son règne.

La vingt-unième année vit un père faire mourir injustement son fils et illégalement sa propre épouse'. Constantin se trou-

(i) Eutrop.,X,6. linaire, V, eptst. viii; Zonare, XIII, 3;

(2) Zosim., II, 29. Suidas, Kp'uz»;; Idace, 36o à 870.

(3) Vict. , Ejjit., XLI. A la vérité Eusebe et Socrate ne Font

(4) J^it., Const. ,111, i5. aucune mention de ces deux meurtres;

(5) Aurelius Victor, XLI; Ammien Mar- mais ils ont déclaré qu'ils ne rajiportoient cellin, XIV, 1 1; Zosime, II, p.g; Eutrope, que les faits relatifs à l'Iiistoirc de l'Église. X, 3; Saint Jérôme, Cliron. et Catal. Script. Zozomene, 1,5; Evagrius, III, XL et XLI; EccL; Paul Orose, VII, 28; Sidoine Apol- Nicéphore, VII 35, les nient.

et l'I

i56 ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. II.

cha,.. xv/ii voit alors à Rome. Sa seconde femme, Fausta, mère de pluconstantiu slcurs ciifants , et jalouse des {grandes qualités qui brilloient dans

t sa famille. ' J Z> i. 1

1X1,11X11. Crispus, fils de Minervina, première épouse de rcnipcreur, résolut de le faire périr. Elle Taccusa d'avoir voulu attenter à sou honneur, et peut-être, comme l'on dit quelques autres, d'avoir formé des projets de révolte. Constantin, emporté par la colère, fit mourir le malheureux Crispus, sans l'avoir écouté et sans le faire juger. vSaint Jérôme' dit que cette mort fut un acte de cruauté extraordinaire ; et il assure la même chose de celle du jeune Licinius, son neveu, qu'il place dans la même année.

Sainte Hélène, grand'mere de Crispus , et qui s'occupoit avec tant de zèle à propager le christianisme, versa des larmes ameres sur le meurtre de son petit-fils; et ne partageant pas le barl)are aveuglement de Constantin , elle en témoigna hautement sa douleur. I/empereur , ému par ses plaintes, fit examiner l'accusation, et la trouva sans fondement. Ces recherches mirent aussi à découvert la conduite déréglée de Fausta. L'époux outragé, n'écoutant que son ressentiment, se conduisit avec autant de précipitation et de cruauté qu'il l'avoit fait pour Crispus; et commanda qu'on l'étouffât dans une étuve fortement chauffée. A ces deux meurtres Eutrope joint encore celui d'un grand nombre de ses propres amis. Les plus impartiaux des historiens modernes ont pu témoigner quelques doutes sur la réalité du meurtre de Licinius; mais aucun deux n'a osé absoudre Constantin de ceux de son fils et de son épouse. L'indignation que conçurent les Romains en apprenant cet excès de cruauté fut, à mon avis, la cause des railleries mordantes dont Zosime et

(i) Hier. Chroit.

Libanius' disent qu'il fut l'objet pendant son séjour dans cette ciHiP. xvik. ville. Mais Zosime , grand zélateur de l'ancienne relimon , en constanun

' o o ' et sa famille.

donne pour motif l'établissement de la nouvelle; et il ajoute pi. i.xi et lxu. que ces railleries firent naître dans l'esprit de Constantin le projet de transporter hors de Rome le siège du gouvernement. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'on ne trouve aucune preuve qu'il y soit rentré depuis celte année, qui est celle où il jeta les fondements de Constantinople".

Si l'on en croyoit la Chronique d'Alexandrie , Constantin auroit fait construire , en 828 , un pont de pierre sur le Danube. Les deux Victors font seulement mention d'un pont, sans dire qu'il fût de pierre; ce qu'ils n'auroient pas manqué de faire observer, à cause de la hardiesse d'une pareille entreprise.

Une inscription de cette année, trouvée à Pavie, prouve qu'on donnoit encore à Constantin le titre de tribun".

Il accomplit , en 32g, le projet qu'il avoit formé de substituer à Rome une autre capitale de l'empire. Il avoit d'abord choisi l'antique Ilion, dans la Troade; et l'on voyoit encore, deux siècles après, l'enceinte et les portes qu'il avoit fait construire; mais il annonça bientôt après qu'il avoit eu pendant la nuit une révélation de Dieu qui l'avoit détourné de ce dessein. Constantin fixa donc son nouveau choix sur l'antique Byzancc, qui sembloit lier l'Europe à l'Asie; et, le ii de mai de l'année 33o ( io83 de Rome), il en célébra l'inauguration avec une pompe extraordinaire, après lui avoir donné son nom. Eckhel' rapporte avec raison à cette solennité et aux anniversaires de cette fête les médailles nombreuses sur lesquelles on ht le nom de la

(i) Zosim., Il, 2g; Liban., Oral., XIV (3) Maff., Mus. f'eron.

et XV. (4) Ecklid, D. N. f. , VIII , 96.

(2) Tlieopli , Chronic.

CiiAi. XSIll

(Constantin

i-t sa famille.

i58 JCONOGRAIMIIE ROMAINE. Part. II.

uouvelle ville, ou celui de Rome, ou tous les deux, avec Tune ou l'autre, ou avec toutes les deux personnifiées. l'i \.\i t Lxii Tillcmonl' l)lâme Je choix de Byzance, parcequ'en éloignant les empereurs du centre de la religion chrétienne, il fut la cause de la séparation de l'église grecque.

I.'Ilalie et la Grèce ^ dépouillées de leurs plus heaux ornements pour emhellir la ville nouvelle, et les sommes énormes dépensées pour y construire un grand nomhre d'édifices somptueux, ont été un sujet de reproche hien fondé; d'autant plus que ces prodigalités forcèrent Constantin à augmenter les impôts, ou du moins à les faire payer avec une plus grande rigueur. Les historiens païens ont retracé les plaintes qui s'élevèrent à ce sujet dans tout l'ernpire, et qui Font fait comparer par Victor le jeune à un fils de famille récemment émancipé ( pupillus j , qui se ruine par de grandes profusions. Montesquieu' fait ohserver judicieusement que les mines de l'Europe n'étant plus travaillées à cette époque par défaut de population, et que l'Italie étant convertie tout entière en maisons de plaisance, l'Occident n'eut plus à donner à l'Orient pour ses productions, recherchées alors avec tant de fureur, que la petite quantité d'or et d'argent qui lui restoit : de sorte que les métaux précieux y devinrent fort rares, et que les empereurs les exigeant toujours exclusivement pour le paiement des impôts , comme avoient fait leurs prédécesseurs , achevèrent la ruine de l'Europe. Le même écrivain hlâme encore Constantin d'avoir étahli pour le peuple de la nouvelle ville des distributions habituelles de blé telles qu'en recevoient les habitants de Rome. Cette portion des tributs que payoient les pays conquis étoit due au peuple de Rome tant

(i) Lib. IV, 23o. (2) Grandeur des Romains, XNll.

CONSTANTIN ET SA FAMILLE. iSg

qu'il fiit le peuple roi; et Taristocratie sénatoriale n'osa la lui chai-. xvm. refuser, quoicfu'elle lui eût enlevé toute participation réelle au <^o''s'an"°

' i. i. 11 et sa famille.

gouvernement. La monarchie, plus entreprenante et ennemie pi lxi et i.xif par principe de l'oisiveté , qui engendre les révoltes , craignit cependant de les provoquer par une telle suppression; et Constantin, qui créoit un nouvel ordre de choses et dans une autre cité , eut la foihlesse d'établir à Constantinople ces prodigalités dangereuses.

Constantin le jeune fut envoyé par son père, l'an 332, pour secourir les Sarmates contre les Goths, et il remporta sur ceux-ci plusieurs victoires; mais les Sarmales, délivrés de leurs ennemis, firent des incursions sur les terres de l'empire, où Constantin les combattit en personne, et les repoussa loin du Danube. Deux ans après, le même peuple, chassé de son pays par les esclaves qu'il avoit imprudemment armés pour sa défense , eut recours à la générosité de l'empereur, qui reçut ces étrangers au nombre de plus de trois cent mille, en incorpora une partie dans ses armées, déjà composées d'une trop grande quantité de barbares, et donna aux autres des terres dans les contrées voisines du Danube, et jusque dans l'Italie'.

Dans les temps de calme, Constantin s'occupoit habituellement des affaires de l'Eglise; mais, vers la fin de sou règne, il écouta les conseils des mêmes Ariens quil avoit exilés après le concile de Nicée, et il persécuta les prélats catholiques. C'est aussi à ces intervalles de paix qu'il faut rapporter l'arrivée à sa cour d'un £jrand nombre d'ambassadeurs étranijers. Si l'on en croyoit Eusebe', panégyriste constant de l'empereur, on auroit vu parmi eux des Blemmyes (peuple d'Afrique), des Ethiopiens,

(0 Amm. Marcel!., XVII. (a) Fit. Constant., \M, 'j.

i6o ICONOGRAPHIE ROMAINE. Part. IL

cim.. xviii (les Indiens, qui le reconnurent pour leur monarque. Les plus Oonsianiin rcmarquables furcnt ceux de Sapor, roi de Perse, qui cherclioit

el sa famille. A '^ ^

Il lAi .1 i.xii. par une feinte alliance à détourner les yeux de Constantin des préparatifs militaires qu'il faisoit en secret. Mais l'empereur en fut instruit, et chercha, comme nous le verrons plus bas, à le punir de sa trahison.

Constantin célébra, en 335 , la trentième année de son règne. Ce prince, qui par ses actions et par ses discours avoit toujours prouvé qu'il rej^ardoit le salut de l'empire romain comme dépendant de l'unité de chef, prit cette année une résolution contraire. 11 partagea le gouvernement entre ses fils et ses neveux: il assigna à Constantin, Faîne des fils, les pays qui avoient obéi à Constance-Chlore; à Constance, l'Orient; à Constant, l'Illyrie, l'Italie, l'Afrique; à son neveu Delinace, la Thrace , la Macédoine, l'Acliaïe; enfin à Hannibalien, frère de Delmace, l'Arménie mineure, la Cappadoce, et le Pont. Il avoit déjà créé Césars les quatre premiers , et il donna le titre de roi de Pont au dernier. La division de l'empire eut des suites aussi fatales à la famille de Constantin qu'aux Romains; car elle fit naitre entre ses membres une jalousie extrême, qui causa la mort de presque tous ces princes.

Après quarante années de paix, les Perses commencèrent, en 337, une guerre à laquelle ils se préparoient secrètement depuis long-temps. Constantin résolut de les combattre en personne ; mais la mort mit obstacle à ce dessein. Parvenu à l'âge de soixante et quatre ans, il avoit toujours conservé avec une grande force de corps une vigueur d'esprit inaltérable; il avoit même composé et prononcé, peu de temps avant la fin de sa vie, un discours très lono[ sur l'immortalité de lame. Mais il tomba malade dans la trente-deuxième année de son règne, et il mourut

CONSTANTIN ET SA FAMILLE. i6i

le 22 mai, après avoir reçu le baptême, et après avoir confirmé Cha.. xviii par son testament la division de l'empire entre ses fils et ses ^, °r'fanli'îie neveux. pi. lximlxii.

Sa première épouse, Minervine, l'avoit rendu père de Crispus, Constantin, Constance, Constant, Constantine, Constancia, et Fia via Julia Helena ; ses autres enfants eurent Fausta pour mère.

L'acte le plus mémorable du règne de Constantin est sans contredit sa conversion, dont le résultat immédiat fut l'établissement public et autorisé dans tout l'empire du culte catholique. Une circonstance très remarquable a fait élever des doutes sur la sincérité de cette conversion. C'est dans l'an 3 1 1 que Constantin embrasse la religion chrétienne, dont le premier acte est le baptême, et ce n'est que vingt-six ans après, en SSy, que, étendu sur le lit de mort, il demande et reçoit ce sacrement. Cependant, du moment qu'il eut connoissance des principes de la religion chi^étienue, il dut craindre de vivre un seul instant sans se plonger dans ces eaux salutaires , descjuelles dépendoit son entrée dans le séjour des bienheureux. Aucun des écrivains qui nous ont transmis l'histoire du IV^^ siècle , Eusebe excepté, n'a recherché ou fait connoitre le motif qui porta Constantin à retarder si long-temps son baptême. Dans sa Vie, écrite par Eusebe , au moment où il reçoit enfin ce sacrement, l'historien le fait adresser aux évêques . présents un discours dans lequel il allègue pour motif le dessein qu'il avoit toujours eu de se faire baptiser dans les eaux du Jourdain (coutume établie alors chez les chrétiens d'Orient); ce qui seroit une excuse peu plausible. Il ajoute ensuite qu'il va détruire les doutes que l'on avoit formés sur sa croyance religieuse';

(i) Mri Sri ouv à(/(piSoXia Ttç yiyviffOu : «Ainsi donc que tous les doutes cessent. » Euseb., fit. Const., IV, 62.

i6i ICONOGRAPJIIE ROMAINE. Part. II.

Chai, xviii. cc qul prouvcroil qu'il avoit jus(|iralors allaché peu d'impor- '■"'"'"'";; tance à ces doutes.

et lia raiiiillf.

l'i lAi.ir.xii il est bien difficile de concilier avec une conviction intime ce long délai dans l'accomplissement du devoir le plus essentiel. Aussi des écrivains n'ont-ils pas craint de prononcer que, dans le choix, d'une religion, Constantin n'écouta que les conseils de l'intérêt, et n'ont-ils vu, dans l'établissement du christianisme par Constantin, que l'action d'un politique habile à s'emparer du mouvement général des esprits, que les empereurs mêmes ne pouvoient plus arrêter, et à le faire servir de moyen pour détruire ses rivaux et parvenir à se revêtir seul de la pourpre impériale. D'autres, regardant Constantin comme de très bonne foi dans sa nouvelle croyance, ont attribué sa conduite à un calcul de prudence, assez commun alors parmi les nouveaux convertis au christianisme, et contre lequel les pères de l'Eglise ont plus d'une fois élevé leur éloquente voix. Connoissant la vertu dont jouissent les eaux du baptême, celle d'effacer tous les crimes, Constantin auroit différé de s'y plonger jusqu'à ce que les glaces de la vieillesse eussent attiédi ses penchants vicieux, et aussi jusqu'à ce que le temps et la fortune eussent couronné tous les projets de son ambition. Cette dernière opinion semble acquérir plus de vraisemblance, lorsqu'on considère que les meurtres des deux Licinius, de son épouse Fausta, et de son fis Crispus, ont été commis dans l'espace de temps qui s'est écoulé entre l'année 3ii et l'année 337 (•'^i^^ée de sa conversion et de son baptême ).

Quoi qu'il en soit des motifs qui portèrent Constantin à élever la croix sur le trône des Césars, l'Europe, qui vit depuis lors les rigueurs de l'esclavage adoucies, la pauvreté secourue, la polygamie abolie, le droit des gens mieux observé, les combats

CONSTANTIN ET SA FAMILLE. i63

sanglants de gladiateurs défendus, et l'instruction répandue cmp xviii. parmi les prêtres chrétiens, bénira toujours sa mémoire pour f^-^nstantin

ri ' J i et sa tamillp.

un si grand bienfait. On doit encore lui rendre cette justice pi. lxi et i,xii «que, dit l'Anonyme, imprimé à la suite d'Ammien Marcellin , il fit fermer par un édit les temples des païens, mais sans répandre le sang d'aucun d'eux.» C'est ce qu'assure aussi, et presque dans les mêmes termes, Orose, historien chrétien. On ne sauroit assurer que cette retenue ait été l'effet des sentiments d'humanité que Constantin auroit trouvés dans son cœur; car sa mémoire est ternie par le souvenir des meurtres qu'il commanda. La conduite adroite qu'il tint pour établir la nouvelle religion dans sa cour et dans sa ville favorite, le soin qu'il prit d'employer uniquement la séduction, et de ne distribuer les dignités et les honneurs qu'à des chrétiens, tout prouve qu'il avoit reconnu et l'inutilité des persécutions et l'effet qu'elles avoient produit depuis dix années, celui de multiplier les croyants.

Fausta , épouse de Constantin, renouvela aux yeux des Romains le crime de Phèdre. Elle conçut une passion honteuse pour Crispus , fil-s de Minervine, la première épouse de Constantin. Ce jeune prince, auquel l'histoire attribue les plus belles qualités, rejeta les sollicitations de Fausta. Pour se venger, et pour prévenir l'effet terrible de l'accusation c|ue Crispus pouvoit former contre elle auprès de son mari, l'impératrice se hâta de persuader à Constantin que le jeune César avoit voulu souiller la couche nuptiale. Quelques historiens ont écrit qu'elle l'accusa aussi d'avoir conçu des projets de rébellion. L'empereur, se croyant grièvement offensé, fit mourir sur-le-champ Crispus, et ne s'assura point de la vérité des crimes qu'on lui imputoit. L'indignation publique et les plaintes de sainte Hélène, grand-

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ciiAi. xviTi mère du malheureux prince, forcèrent Constantin à rechercher et la famiii, ^^^ prcuvcs clc Taccusation , qui se trouva dénuée de fonde-

pi i.xi-iixii ment; mais ces reclierches firent découvrir en même temps la conduite licencieuse de Fausta ; et son époux la fit étouffer dans une étuve, l'an 320, peu de mois après la mort de Crispus.

Fausla étoit fille de Maximien-Hercule et d'Eutropie. L'an 3o7 (1060 de Pvome), son père ayant repris la pourpre impériale, et voulant se donner un appui, lui fit épouser Constantin. Il crut depuis trouver en elle une confidente et une complice, lorsqu'il forma le projet de poignarder Constantin dans son sommeil; mais elle avertit son mari: de sorte que Maximien n'ôta la vie qu'à un esclave couché dans le lit impérial.

Conslantia le jeune, Constance, et Constant, ses fils, portèrent tous le titre d'Auguste. Constaulina, sa fille, épousa Hannihallien, ensuite Constantius Gallus. Flavia Julia Helena, sa troisième fille, fut l'épouse de l'empereur Julien. On ne connoit que le nom de Constancia, la seconde.

N» I et 2. La planche LXI présente , sous les n" i et 2, la face et le profil

de la statue équestre de Constantin, qui est placée à Rome sous le portique de Saint-Jean-de-Latran.

N* 5. Sous le n° 5, on voit un beau camée de sardonyx, qui pré-

sente en relief les bustes de Constantin et de Fausta son épouse. L'empereur, couronné de laurier, porte le costume militaire, et l'égide par-dessus sa cuirasse comme un autre Jupiter. Fausta est coiffée avec le diadème. Ce camée, qui a voit appartenu à la famille Strozzi de Florence, est aujourd'hui à Saint-Pétersbourg.

K' 1,3, et 3. On conserve au Capitole une statue de Constantin qui est gravée ici sous le u" i de la planche LXIl. La tète de cette statue, vue du côté du couvent d'Ara-Cœli, est gravée sous le

CONSTANTIN ET SA FAMILLE. i65

u° i; et sous le n" 3 , la même tête vue du côté de la roche ap- (-^^^ xvin. pelée Tarpeïenne. Sur la plinthe, qui appartient à la statue, on Constamin lit cette inscription antique, CONSTANTINVS • AVG. L'empe- pi Lxieaxii. reur, en costume militaire, tient de la main gauche les restes d'uue enseigne militaire. Le temps a détruit la main droite.

Visconti a reconnu l'empereur Heraclius dans la statue pédestre colossale, revêtue du costume militaire, qui est placée sur la place publique de Barlctta , dans la Fouille. On croyoit que cette statue de bronze représentoit Constantin, et d'après cette opinion on lui a mis, en la restaurant, une croix dans la maiia.

On voit un beau buste de Constantin, en costume militaire, -^■° 4et couronné de laurier, avec la légende IMVerator CONSTAN- TINVS Vins Yelix KNGuslus , sur le médaillon de bronze du n° 4 fis la planche LXI. Revers , les Monnoies des trois métaux personnifiées; légende, MONETA AYGG. Tant qu'il eut des collègues, Constantin fit, comme il étoit d'usage entre eux., inscrire leurs noms dans les actes et sur les monuments publics; ainsi le médaillon est antérieur à la mort de Licinius.

Le buste de Constantin, revêtu du costume militaire, porte >î° 3. un diadème enrichi de pierres précieuses sur le médaillon de bronze qui est gravé sous le n° 3 de la planche LXI, avec la légende CONSTANTINVS MXXimus KWGustus. Revers , l'empereur armé suit la Victoire sur un pont dont on voit trois arches; elle lui montre un barbare suppliant: au bas du pont est placée la figure d'un fleuve, avec le mot DANATÎIVS; légende, SALVS KElVublicœ. Ce type est relatif au pont que Constantin fit construire, en 3^8, sur le Danube, dans la Mœsie (la Servie et la Bulgarie); mais il ne peut servir à déterminer s'il étoit de pierre, comme l'a dit la Chronique d'Alexandrie, contre toute

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chm xviii. vraisemblance: tant paroît difficile une semblable entreprise consiantiM (Jj,ns iiu eiitlroit où le fleuve est si larsje et si profond.

et sa famille. " *

pi.txietLxti,; La ressemblance du buste de femme gravée en relief, avec Constantin, sur le précieux camée du n" 5, est prouvée parle médaillon de bronze du n" 6, planche LXÏ. Autour d'une tête de femme coiffée du diadème on lit FLAE (TE est mis par erreur des monétaires pour le V) via MAX/ma FAYSTA AYGusta. Revers, PIETAS AVGVST, et une lettre douteuse; femme debout , tenant un enfant sur son bras gauche , et donnant quelque objet peu distinct à un enfant debout à ses pieds. On sait que la Piété, qui sert de type aux médailles des impératrices , désigne le plus souvent moins leur amour pour leurs enfants que l'intérêt qu'elles prenoient au bien-être des jeunes filles élevées aux dépens du trésor public, et appelées Puellœ alimentariœ .

Il faut observer que, pour la première fois, on voit sur les médailles de la famille de Constantin, et principalement sur celles de Constance, l'usage d'exprimer par des dimensions plus fortes ou plus foibles les divers degrés de dignités des différents membres de la famille régnante; ce qui parolt fréquemment sur les médailles des Byzantins. Etoit-ce une imitation des bas-reliefs égyptiens et indiens, dans lesquels le principal personnage a pour l'ordinaire des formes gigantesques?

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