‹ Iconographie voltairienneChapitre 17 sur 30 · LE BUSTE DE HOUDON A L'ACADÉMIE ET A LA COMÉDIE · texte numérisé non relu

LE BUSTE DE HOUDON A L'ACADÉMIE ET A LA COMÉDIE

CAFFIÉRI.

Mais la place d'honneur revient de droit à la sculpture, que ce corps décharné, osseux, presque diaphane, cette tète plus décharnée, plus osseuse encore, eussent dû rebuter et repousser, si la vie et toutes les passions de la vie n'eussent pas jailli non-seulement de ces yeux tantôt doux, tantôt foudroyants, mais de ces muscles, de ce crâne, de ces joues, de cette bouche éloquente dans le moindre de ses plis, de ces mains parlantes et rageantes comme le reste, et se mêlant au sabbat général, quand l'orage éclatait. Si ce n'est pas de la couleur, c'est plus une de la couleur, c'est la fièvre, c'est l'emportement, c'est la surabondance d'une âme à l'étroit dans sa chétive enveloppe qu'elle enfle ou creuse, pour ainsi parler, comme le souffle dans un ballon qui s'emplit ou se vide. En somme, la peinture a été médiocre, le portrait de Largillière à part; et le pastel de La Tour est peut-être ce qu'il a fait de moins réussi. En revanche, les bustes de l'auteur de Charles XII et de Mérope pullulent, marbre ou bronze. Laissons de côté les petits bustes de Sèvres, dont Voltaire se montre satisfait, et les petites merveilles du sculpteur de

ESSAI D'ICONOGRAPHIE VOLTAIRIEN'XE. loy

Saint-Claude: Saint-Aubin nous a transmis l'ouvrage de Le Moyne ; nous avons eu précédemment à mentionner (il est vrai, sans pouvoir les décrire les bustes de Welttcheffer, de Poncer, celui de la manufacture de Berlin, une galanterie de Frédéric au Virgile de la France': et finalement, quelles que soient nos réser\ es, cette bigarre et peu sympathique composition de Pigalle, œuvre méritante et savante, à laquelle les gens du métier rendent toute justice. Mais l'occasion de prendre sa revanche (si tant est qu'il eût accepté l'arrêt de la généralité du public) allait s'offrir à ce dernier. 11 s'agit d'un buste du poète, sur la date duquel, en dépit d'une enquête opiniâtre, l'historien de Pigalle se serait trompé déplus d'un quart de siècle ; car il en fait remonter approximativement la commande à l'année 1750, à la suite des prouesses de Fontenoy, de Lawfeld et de Raucoux.

On 'lit, en effet, dans les Nouvelles à la main de Bachaumont (23 février 177S) :

« Quoique le roi ait déclaré qu'il n'aimoit ni n'estimoit M. de Voltaire... cependant, par une inconséquence apparente, mais qui s'explique si l'on veut y réfléchir. M. le comte d'Angivillier a obtenu que, dans les statues à faire exécuter par l'Académie de sculpture après les dernières ordonnées, celle de M. de Voltaire seroit comprise. Ce directeur général des bàtimens n'a rien eu de plus pressé que de faire savoir au héros cette nouvelle flatteuse pour son amour-propre : il a cru que M. Pigal, chargé de ce travail, seroit le messager le plus agréable à lui envoyer : le plus grand poète comblé a répondu à l'artiste, aussi chargé de la statue du maréchal de Saxe, par les vers suivans :

Le roi coanoîc votre ta!e:it :

Dans le petit ec dans le grand Vous produisez œuvre parfaite.

Aujourd'hui, contraste nouveau!

Il veut que votre heureux ciseau Du héros descende au trompette. •

1. Mentionnons pour mémoire un buste de Voltaire à ciiiiuante-s.in'j ans, reproduit par la lithographie de GruisirJ, de Nantes, sur Ir-jucl nous n'avons aucune donnée.

Ilo U D'ICONOGRAPHIE VOLTAIRIENNE.

Cela n'était pas absolument exact, et il y a un dessous de cartes qui a échappé au gazeticr, mais que signale M' du Deffànd, « l'aveugle clairvoyante », dans une lettre à Horace Walpole, du i" mars 1778. Grimm, parfaitement au courant de tout ce qui concerne l'art et ses prêtres, donne tort au long le mot de l'énigme, (car il y a une énigme dont on tient à cacher le mot. surtout au poète,. M. de Marigny avait jadis fait venir d'Italie quelques blocs de porphyre destinés à des bustes de nos grands hommes. Le comte d'Angivillier souhaita de les acquérir pour le compte du roi. Mais le marquis n'y consentit qu'a la condition que son intention serait respectée: et, comme prix de son marché, il demanda les bustes du maréchal de Saxe et de l'auteur du Poème de Fonlenoy, ce qui tut accordé. Le comte écrivit, eu conséquence, au neveu de Pigalle, le sculpteur Mouchi, auquel l'on doit le Jeune Berger, qui est au Louvre; et l'on annonça à Voltaire que le roi venait de donner l'ordre de faire son buste et celui du héros saxon, mais sans ajouter que ces bustes étaient pour le frère de M de Pompadour.M.Tarbé nous dit, au sujet de ce buste du patriarche de l'erney : « Il tut recueilli par M. A. Lenoir et il figure u\ins la description de son musée sous le n° 406'. > Mais le buste avait disparu, et le biographe de Pigalle avoue qu'il n'a pu retrouver sa trace \ M- Tarbé l'eût rencontrédans le cabinet de Denon, où il demeura jusqu'à sa mort. 11 est en terre cuite : le poète a la tête ceinte de lauriers, le cou nu: une draperie à l'antique lu. voile les épaules. Du reste, nous ne savons pas plus que M. Tarbé quel chemin il a pris depuis, et nous ne le connaissons que par une médiocre lithographie de Hesse. H. o",^.

On voit encore, des deux cotés de la porte du vestibule de Fcrney, les statues, en faïence du pays, de Voltaire et de Rousseau :

I. Alexandre Le .oir. Description hur.^.e * AronoUglpt i~ mjnum^s de sealptart réunir su Musée des mjnumer.ts fr^-c^-. (&' éJirian, an JE), p. 316.

,. Tarbé, U Vu et le; Œuvres de Jcjn-Bafih* PiSMU (Paris, Ren.uird, .859 ,

p. 48, 49, 131, 2JJ.

ESSU D'ICOXOGR VPHIE VOLT \l RIENNE. itl

Rousseau un livre à la main. Voltaire semblant regarder d'un oeil goguenard l'auteur du Vicaire savoyard. Llles passent pour être de Pigalle et avoir été faites et installées du vivant et par les ordres du philosophe. A cela il y a peu d'apparence, pour ne pas dire plus. Après la vente de Ferney par M. de lïudéc, ces statues se trouvèrent longtemps oubliées à Genève'. I.a ville eut un instant l'idée de les acquérir pour son musée; le propriétaire actuel, plus alerte, les racheta et les fit remettre à leur place originelle. .Mais ce cùté du château n'est pas accessible au public.

Houdon, cpii savait qu'un buste de Voltaire avait été commandé à Pigalle, et qui n'ignorait pas d'ailleurs que, quelle que soit la valeur d'une œuvre, les circonstances ne sont pas indifférentes pour le succès, se mourait d'envie de reproduire, non pas à l'aide de portraits, mais de visu '-, cette figure qui n'avait rien de sculptural, à coup sûr, si la mission de la statuaire n'est pas avant tout de (aire jaillir la vie, sans tenir un compte trop étroit des conventions de l'école. Plein de cette idée, il s'adresse au marquis de Yillevieille, l'un des intimes de l'hôtel de la rue de Beaune. Le patriarche est aussitôt sollicité, pressé, obsédé ; mais ce n'est qu'après une longue résistance qu'on obtient son consentement. Escorté du marquis, Voltaire se traînait jusqu'à l'atelier de Houdon situé dans une des salles basses de la bibliothèque de la rue Richelieu. Le plus difficile, il est vrai, restait à faire. Nous avons assisté aux impatiences, aux trépignements, aux gamineries du vieil enfant soufflant des pois et se livrant à toutes les contorsions et les singeries imaginables, désespérant le pauvre Pigalle prêt à reprendre le coche, aussi peu avancé qu'au départ. Ce n'est pas là tout à fait ce qui se produira à ces séances, dans l'atelier de Houdon. Déjà épuisé, énervé, brisé par les émotions, les fatigues, les joies de ce

I. M. de Budéc, qui avait acheté Ferney du marquis de Villctte, le revendit à M. Griolet qui le revendit lui-même a M. David, le présent propriétaire.

a. M. Henri Duval ne doute pas d'un voyage de Houdon a Ferney; MM. de Montaiglon et Duplcssis, dans leur Notice lur J.-.4. HjiiJjt, p. 96, pense ît que l'artiite vit pour la pre.niére foii Voltaire i Paris. C'est le sentiment de u-» dernier» qui devait prévaloir.

séjour triomphal, l'auteur d'Irène n'existait plus que par miracle, passant incessamment d'une surexcitation effrayante à une sorte de prostration et d'hébétement non moins alarmants. Houdon sedepitait, cherchant en vain sur ce visage distrait ou accablé, dans ces yeux éteints, la passion et l'éclair. Que taire pour ranimer cette machine sans ressorts, ce regard flamboyant jusque-là? Villevieille imagine, à la dernière heure, de poser inopinément sur la tète du moribond cette couronne d'Irène « dont je suis encore possesseur , disait-il vingt-cinq ans après.

« Je prévins (c'est lui qui raconte) M. Houdon que je m'élancerais, à un signe convenu, surl'estrade où était placé M. de \ oltaire et lui poserais la couronne sur la tète. « Sans doute alors, dis-je a u M. Houdon, sa physionomie reprendra du mouvement, et vous saisirez « cet éclair pour y mettre la vie, l'esprit et la vérité qui don eut 1 ani- « mer, et qui respirent, en effet, dans ce chef-d'œuvre. > .1 exécutai avec beaucoup de bonheur ce que j'avais conçu : mais j'avais a peine posé la couronne sur cette tète vénérable que, me repoussant avec cette grâce qui ne l'abandonnait jamais : « Que faites-vous, jeune «homme ? me dit ce vieillard illustre, jetez-la sur ma tombe qui s'ouvre. » Il éprouvait déjà des douleurs très-vives; il se lève incontinent, et se tournant vers l'artiste : « Adieu, Phidias ! « Et me saisissant par le bras : « Mon ami, allons mourir. — Oh! mon maître, m'écriai-je en « pressant ses genoux, que je baise encore la main qui écrivit Zaïre! » Alors ses larmes coulèrent et se confondirent aux miennes. Ses douleurs cependant devinrent intolérables ; nous rentrâmes, et quelques jours après il n'était plus'. »

Cette anecdote, assurément intéressante et touchante, si le tour accuse un peu trop cette obligatoire emphase de l'époque, est la partie la plus saillante d'un discours prononcé par Villevieille à la Société des beaux-arts et belles-lettres de Montpellier, au sujet de

l. Rapport tet i U Société des sciences et telles-lettres de Montpellier, <ur riniugurMion de a stiz-ede Volume m musée de U même ville, par P.-E. Marrin-Choùy (an IX, i«o^.

ESSAI D'ICONOGR \?}{1F. VOLTAÏRIENNE. nj

l'inauguration de la statue de Houdon dans le musée de la ville, en 180}. Il ne s agit ici que d'une maquette de la statue assise, dont un riche amateur avait ménagé l'acquisition, maquette qui, elle aussi, a bien eu ses vicissitudes et dut disparaître devant l'intolérance maladroite de la Restauration, pour ne reprendre sa place que soixante-dix ans plus tard, en janvier 1875.

Mais cette belle statue ne figurera qu'au Salon de iï^i.Le buste de Voltaire, qui est daté de 1778. était achevé dans les derniers jours de mars. Le 4 avril, l'Académie française décidait qu'elle ferait faire un portrait d'après le buste, pour servir de pendant à la copie de Largiilière que venait de lui adresser M "" Denis; et que ces deux portraits, faits à soixante ans l'un de l'autre, seraient placés dans la salle de ses séances. Houdon répondait au secrétaire perpétuel chargé de cette négociation, qu'il s'était fait une loi de ne point laisser prendre de copie en peinture de ses œuvres ; mais que, par considération pour l'Académie à laquelle il se trouverait heureux de donner des marques de son respect, il se prêterait de grand cœur à ce qu'elle attendait de lui. Cette politesse en commandait une autre, et, sans désemparer, les Quarante arrêtaient, d'une voix unanime, que le secrétaire perpétuel mettrait à la disposition de l'artiste deux billets d'entrée à toutes leurs assemblées publiques. Ce n'était pas tout. Houdon avait manifeste à d'Alemberc l'intention d'olfrir à la plupart des académiciens le buste en plâtre de M. de Voltaire moulé d'après celui qu'il venait d'achever; et l'illustre géomètre était également chargé de présenter à ce galant homme les remerciments de la compagnie1. .Mais ce la plupart était sans doute une espièglerie de notre encyclopédiste ; qu'eussent fait, en définitive, du buste de Voltaire et l'abbé de Radonviliiers, le . précepteur du Dauphin, et l'évèque de Limoges, et les archevêques d'Aix et de Lyon, déjà suffisamment embarrassés de leur attitude à propos de cette messe aux Cordeliers que réclamait la religieuse

1. Secrétariat de l'Institue Registre de L'Académie française. 1745-1795. Du mercredi 10 juin 1778.

ii4 ESSAI D'ICONOGRAPHIE VOLTAIRIEXXE.

Académie pour le repos de l'âme de l'auteur du Sermon des cinquante et de la Bible expliquée par plusieurs aumôniers du roi de Prusse}

Ces arrangements ne tardaient pas, toutefois, à subir de notables modifications, et il n'allait plus être question d'une reproduction picturale du buste de Houdon. D'Alembert, dont le zèle pour la mémoire du maître était encore ravivé par une recrudescence de haine contre le parti des dévots (des cléricaux, comme on dirait de nos jours . ne laissait échapper la moindre occasion de rappeler aux ennemis de Voltaire cette gloire qui leur était odieuse. Dès le } août, il proposait à ses confrères d'ajouter, de ses deniers, à la valeur ordinaire une somme de six cents livres pour le prix de poésie de 1779 : il allait de soi que le sujet du concours devait être l'éloge de l'auteur de la Henriade. Quinze jours après cette otlre agréée, il en faisait une autre qui n'était pas moins favorablement accueillie. Il avait commandé pour lui à Houdon un buste en terre; il suppliait l'Académie de vouloir bien l'accepter, ce qui non-seulement ne rencontra aucune opposition, mais fut consenti tout d'une voix. 11 fut convenu avec la même unanimité que le buste serait inauguré dans la salle d'assemblée publique, le jour de la Saint-Louis (le lundi 17 août). Après ce triomphe, d'autant plus délicieux qu'd chagrinait l'adversaire, l'Euclide français

écrivait au roi de Prusse : J'ai de plus donné à l'Académie le

buste très-beau et très-ressemblant de M. de Voltaire, le seul que nous ayons encore dans notre salle d'assemblée; ce buste, à la vérité, n'est qu'en terre, car je ne suis pas assez riche pour le donner en marbre*; mais j'ai eu le plaisir de le voir exposé dans la salle d'assemblée à la séance publique du 25 août*. » Houdon n'avait pas

I. M. Viardot possède le buste en terre cuite modelé d'après "nature et qui a servi d'esquisse à Houdon. Ce bel ouvrage était longtemps demeuré dans la famille du sculpteur. Il fut ensuite acquis par le cercle de la rue de Choiseul, où on l'a vu nombre d'années. A la dispersion du cercle, il essuya la même fortune que le mobilier; et ce ne fut que plus tard que M. Viardot le retrouva chez un expert d'objets d'art, qui le lui céda. A la vente d'Alexandre Lenoir figurait également un buste en terre cuite.

a. CEuvres de FrtJ.ric le Gr.ni ;Ber!in, Preuss.), t. XXV. p. 118. Paris, 9 octobre 1-78.

oublié sa promesse. II envoyait, dans le courant de janvier 1779, comme il l'avait annonce. le buste de Voltaire à chacun des membres de la corn] porte le procès-verbal : ce qui nous con-

firmerait encore plus dans le soupçon que d'Alembert avait pris sous son bonnet, ce malicieux la plupart dont il a été parle plus haut. Une question curieuse et qui malheureusement n'aura pas de solution, est de savoir quel accueil firent les prélats académiciens à cette galanterie du sculpteur. L'Académie, qui ne voulait pas demeurer en reste de gracieusetés avec ce dernier, chargeait à nouveau son secrétaire de lui taire accepter une bourse de'cent jetons brodée avec sa devise, à laquelle elle joignait un exemplaire magnifiquement relié de son Dictionnaire. Elle décidait encore qu'indépendamment de ces deux billets d'entrée aux séances d'apparat, il aurait ses entrées personnelles, sans aucun billet. (Lundi i"r février 1779.)

Trois mois après l'inauguration du buste de Voltaire, le jour de la Saint-Louis, le ift novembre ijjîLla loge des Neuf Sœurs consacrait à 1 auteur du Dictionnaire philosophique et de l'Essai sur L-s mœurs une séance exclusivement remplie par le récit de cette incomparable existence et les regrets que devait causer une celle perte aux amis de l'Humanité. Un arc de triomphe tonné de guirlandes de (leurs et de gaze or et argent, décorait le fond de la salle: à ui\ moment donné, apparaissait le busre de Houdon, offert à la loge par M™* Denis, au socle duquel étaient gravés ces vers de Pindare traduits ou imités par Le Brun :

O Parnasse! frémis de douleur et d'effroi ! Muses, abandonnez vos lyres immortelles.

Toi, dont il fatigua les ce.it voix et les ailes. Dis que Vo'.:a:re esc mort, pleure et repose-toi '.

Si Voltaire figurait à l'Académie française, il n'avait guère moins de droits à trôner dans celle de Berlin. D'Alembert demande à

1. I* Globe. Archiva finir jia drt tnrirrn icuntifi^uet non polui^utt (Paris, 1859), t. I, p. 18.

cet ô'^ard les ordres du roi do Prusse. Ce buste, sire, est très-ressemblant, fait par un sculpteur très-habile, et digne d'orner le cabinet de Votre Majesté et mèmela salle Je son académie... 2 juillet : - Il reviendra à tout instant sur ce chapitre. Le 19 septembre de la même année, i! mandait encore à son royal correspondant : « Votre Majesté l'aura en marbre quand elle le voudra; le buste est de mille cens; elle pourra, si elle veut, me donner ses ordres à ce sujet, ils seront promptement exécutés... J'oubliois de dire à Votre Majesté que ce buste est de deux manières, toutes deux très-ressemblantes : Tune à l'antique avec la tète nue, l'autre avec la perruque, ce qui n'est pas si pittoresque, mais en même temps aide à la ressemblance parfaite; et c'est de cette dernière manière que je l'ai donné à l'Académie. »

Ces lignes sont curieuses et élucident ce qui était demeuré obscur pour bien des gens. Ce premier buste, comme on le voit, aura été de deux façons, et il est également remarquable sous l'une ou l'autre forme. Celui du Théâtre-Français, dont il ne va être que trop question, est, avec perruque, à la française, comme celui qui sera dépéché à Berlin. L'ouvrage ne trouva que des admirateurs, u Depuis que M. de Voltaire est mort, on se porte en foule à l'atelier de M. Houdon pour voir le buste de ce grand homme. C'est sans contredit de tous les bustes, de tous les portraits peints ou gravés, le plus ressemblant qu'on ait encore vu. On croit voir M. de Voltaire et lui parler. Le sculpteur possède un talent particulier pour donner au regard l'expression et même la vivacité de la vérité'... » Ainsi s'exprime la Correspondance secrète. Les MJmoircs spercts ne ménagent pas plus l'éloge. <• 11 semble, disent-ils, que son ciseau unit en feu, en donnant à son ouvrage l'àme de l'auteur, n'ait fait que la revêtir d'une enveloppe légère pour la rendre plus palpable aux sens J. »

1. CarrtsporJ^jue seer'ete, poluijue et UtUrMre (Londres, Joht» AJarason), t. VI, p. 391. De Paris, le 15 juin 1778.

a. Mémoires secrets pour servir à l'histoire de U République des lettres (Londres, John Adj.nijn), t. XI, p. 198. 19 avril 1-78.

Voici l'apport voltairicn du sculpteur, à l'Exposition de 1779 :

N" 219. Voltaire, exécute cri marbre, placé dans le loyer de la Comédie-Française, avec celui de Molière, auquel il faisait et fait encore pendant. C'est celui dont il est question.

N 22a. Statue de Voltaire, représenté assis. Cette ligure est en bronze doré.

N" 22]. Autre buste de A'oltaire, drapé à la manière des anciens. Il est exécuté en marbre. Ces deux objets sont placés dans le cabinet de l'impératrice de Russie1.

Ce buste de 1 778 (le n° 219), avec ou sans perruque, se rencontre de temps à autre dans les ventes, parfois avec des différences dans l'ajustement ou les accessoires. A la vente Clos, où il est acquis pour 700 francs, il est posé sur un socle de bleu turquin*.

11 ne pouvait manquer d'être reproduit par la gravure, et le fut parles plus habiles artistes de l'époque.

Profil, sans perruque, regardant à gauche, fond noir, enc. rect. dessiné et gravé par Saint-Aubin. H. o",i4. L. o"',o8.

Médaillon. Profil, sans perruque, enc. rect. sans indication ; à la manière noire. II. 0,15. L. o"',09.

Médaillon rond. Profil, sans perruque, tourné à droite. Surmontant un bas-relief figurant le Tombeau de Voltaire, avec une variante des vers de Le Brun :

O Musl'S, frémissez do doj'.eur et d'effroi...

A Paris chez Landelle. H. o1",}). L. o",2i.

Médaillon rond, profil à droite, avec le bas-relief du Tombeau et ces vers :

Vois de ce monument la structure sans faste...

Chez Bligny. H. o", 16. L. o",09.

1. Explication des peintures, sculptwes et gravures Je meitieun de VActiimit royale (Pari», 1779), p. 41.

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