Ibid., t. XLVIII, p. 454, du Veau d'or
vieillard à se prêter avec une docilité absolue à ce qu^on implorait de lui si vainement depuis huit jours.
Les souscriptions s'étaient élevées au chiffre de dix-huit mille sept cent soixante-quinze livres, comme cela résulte d'un compte de la succession de Delaleu *. Ce résultat était plus qu'honorable; le reste dépendait de l'artiste. La statue de Pigalle fut dès l'abord vivement discutée, mais il devait s'y attendre ; le parti de reproduire dans une presque complète nudité ce corps décharné, osseux, peu sculptural (comme le reconnaissait tout le premier le grand homme dont on prétendait léguer la ressemblance à la postérité), parut au moins bizarre, et le statuaire eut besoin du zèle de ses amis pour défendre son idée. Mais encore l'idée n'est pas de lui ; elle est de l'auteur du Neveu de Rameau, dont l'esprit se plaisait dans ces conceptions paradoxales qu'il développait d'ailleurs avec une verve, une éloquence incomparables. « C'est à Diderot qu'il faut s'en prendre, nous dit l'abbé Morellet, de cette bévue, car c'en est une, c'est lui qui avait inspiré à Pigalle de faire une statue antique comme le Sénèque se coupant les peines. En vain plusieurs d'entre nous se récrièrent lorsque Pigalle apporta le modèle. Je me souviens d'avoir bien combattu et Diderot et Pigalle ; mais nous ne pûmes détourner de cette mauvaise route ni le philosophe, ni l'artiste échauffé par le philosophe*. >» Pigalle vit, avant tout, dans le projet de Diderot, l'occasion de triompher de l'impossible et de développer de grandes facultés anatomiques. Il est vrai que Grimm, qui oublie un peu sa première impression et ne trouve pas nécessaire de révéler la complicité de son illustre ami, donne à la détermination du sculpteur une raison tout autre que l'amour de la difficulté et de la lutte. « Pigalle ne sait pas draper, nous dit-il, et il ne se soucie point de faire ce qu'il ne fait pas supérieurement; il fallait charger de ce monument
1. Compte. La succession Delaleu et les «ouscriptéurs de la statue de Voltaire, lo mai 1776. Ëordcreau des comptes des souscripteurs. Documents communiqués.