Voltaire, Œuvres compUtes (Beachot), t. VII, p
9a ESSAI D'ICONOGRAPHIE VOLTAIRIENNE.
(H. o"*;i6. L. o'°;i2); avec une légende de dix vers détestables commençant ainsi :
Toi qui veux usurper le sceptre du Parnasse...
Cette pièce est curieuse et peu commune^ mais elle Test infiniment moins que la suivante dont nous donnons la reproduction. Voltaire au sabbat, un sabbat quelque peu mythologique, si c'est bien Pluton ^e. nous apercevons sur son tràne, comme Font pensé ceux qui, faute d'une appellation quelconque, ont gratifié Testampe du titre de Fo/-^ taire chei Pluton, Mais les griffes percent sous le manteau du roi et di| juge, et c'est tout simplement Satan, avec TEnfer et ses démoits. Rousseau à quatre pattes, Voltaire à califourchon sur Tauteur du discoxu^ sur VOrigine de l'inégalité parmi les hommes. Un diaUe accroupi devant le citoyen de Genève, un paquet de livres dans ses bras, probablement les livres des deux contendants. Un second brandit une torche qui n'éclaire que très-insuffisamnient cette scène énigmatique et dont le sens nous échappe. Un dernier, à ailes de chauvesouris, fait courir ses doigts hideux sur la peau d'un tambour de basque, tandis qu'un singe d'outre-tombe vient, par ses grimaces, enlaidir encore cette gravure d'un aspect confus et trouble, mais saisissant et même sinistre. Une eau-forte dans le genre de Gabriel de Saint- Aubin^ et, pour tout fil d'Ariane, ce distique d'une moralité assez plate :
O mes amis, vivez en bon (sic) chrétiens, C'est le parti croyez-moi qu'il faut prendre.
Vers 1776, passait à Femey un petit homme maigre, boiteux, à la mine intelligente, s'exprimant avec aisance, surtout sur son art et ce qui pouvait y avoir rapport. Comme tout le monde, il éprouva le désir de voir le temple et de contempler, au moins de loin, l'idole^ une idole quinteuse et capricieuse, accessible ou inabordable selon le temps, la couleur du ciel, les bruits qui lui venaient de Paris, et la digestion. Le patriarche avait aperçu de sa fenêtre ce bout d'homme dont l'allure l'intrigua, il le fit appeler, lui demanda conunent il se
nommait et ce qu'il venait faire dans ses montagnes. « Je suis Dupuis^ orfèvre de Sa Majesté Sarde. — Ah! monsieur^ être orfèvre d'un roi, c'est une chose bien glorieuse. — 11 y aurait plus de gloire, repartit Dupuis, à être Torfévre de M. de Voltaire. » L'auteiu: de Zaïre dressa l'oreille à ce compliment bien tourné et, arrêtant son oeil pénétrant sur son interlocuteur : « Comment! est-ce que vous quitteriez un roi pour moi? — Avec joie! » répondait de verve l'ouvrier qui était pris surle-champ au mot. Dupuis était en effet un simple mais habile garçon orfèvre, que l'ambassadeur de Sardaigne avait déniché à Paris et qui s'était laissé éblouir par les promesses les plus séduisantes. Le roi rêvait de faire de sa petite ville de Carrouges, située près du lac de Genève, une sorte d'entrepôt menaçant pour l'avenir commercial de la « Parvulissime, » de réaliser à son profit ce que notre inconstance et notre inconsistance n'avaient pas su accomplir à Versailles; et, dans ce but, il avait chargé son ministre de lui recruter d'habiles ouvriers capables d'entrer en lutte avec ses industrieux voisins. Voltaire, qui entrevoyait dans ces plans ambitieux une menace pour son Ferney, au moins en cette circonstance, trouva plaisant de couper l'herbe sous le pied à la Salente savoisienne; il embauchait aussitôt le survenant, donnait ordre de lui bâtir une maison, et le pensionnait généreusement sans détriment d'un casuel qui, grâce à lui encore, allait être considérable. L'ouvrier reconnaissant n'eut rien de plus pressé que de fondre en or, dans de microscopiques proportions, la tête du solitaire du M ont- Jura, qu'il faisait enchâsser dans un médaillon sur le revers duquel se voyaient en filigrane toutes les lettres du nom du poëte. La ressemblance, à ce qu'il paraît, était frappante, et il le faut croire, puisque l'atelier de Dupuis était un des pèlerinages des visiteurs de Ferney : « Allez voir mon Dupuis ; il est aussi habile fondeur qu'habile orfèvre ; il mérite d'être connu. » On y allait donc; eût-on bien osé, après en avoir tant fait, reparaître sans ce joli bijou? Cela coûtait un louis, et le bon Dupuis pouvait à peine suffire aux chalands. Le patriarche décédé, tout tourna mal pour le pauvre homme, dont nous n'avons point à raconter la plus que
lamentable odyssée. Pourtant, à la suite de vicissitudes de toute nature, il venait s^échouer à Berlin, où devaient réussir ses petites tètes de Voltaire, qu'on se disputa durant les deux ou trois mois qu'il séjourna dans cette capitale *.
Le patriarche de Ferney tombait au beau milieu de Paris, le 10 février 1778, sans avertir son monde, sans qu'on soupçonnât cette équipée, qui indigna et exaspéra ceux-ci, ravit ceux-là, contraria et indisposa un gouvernement faible, sans initiative, dont la contenance, durant ce séjour de quelques mois du roi Voltaire, Ait gauche et misérable. Voltaire devint Tunique préoccupation de cette société d'oisifs : se montrerait-il au théâtre, dans les rues, dans les académies, à Versailles, où on le boudait ? Mourrait-il ou ne mourrait-il pas ? se confesserait-il ou non? verrait-il son curé, ou lui fermerait-il sa porte? Et (lorsqu'on apprenait sa fin) serait-il enterré ou jeté à la voirie? que déciderait Tarchevéché? et quel parti prendraient ses neveux? Aurait-il une messe aux Cordeliers? Si ce fut là le souci des badauds et des flâneurs, les artistes, qui sentent qu'un tel sujet porte son homme, se mettront à Tœuvre et s'escrimeront de leur mieux. Cet instant est à saisir pour Tétude à laquelle nous nous livrons, c'est toute une succession d'œuvres (nous voudrions dire de chefs-d'œuvre), à ressusciter pour la plus grande part, car la poussière et l'oubli les ont depuis longtemps complètement ensevelies sous leur double linceul. Commençons.
Voltaire en pied, perruque, tête nue, presque de face, les deux mains étendues, dans l'attitude d'un homme qui parle : très-ressemblant et très-vivant. Paris, 1778. Nous le donnons.
Voltaire en pied, de profil, chapeau sous le bras, large perruque, habit de ville, appuyé sur sa canne. Paris, 1778. Sans autre indication.
Le même, sans date.
I . Dieudonné Thiébault, Souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin (Paris, Didot, 1860), t. Il, p. 264, 265.