VOLTAIRE ASSIS
Sialae de Hoodon,
il faut convenir que tout sera également inattendu et ridicule, du côté de l'Académie aussi bien que de celui de M'"'' Denis. Malgré ses soixante-sept ou huit ans, M'"* Denis avait un cœur sensible et trop sensible; et, pour peu que Tauteur d'Irène eût vécu, il eût dû assister au mariage de sa nièce avec M. Duvivier, qu'il recevait d'ailleurs ; fort probablement, savait-il à quoi s'en tenir sur l'affection de celle-ci pour l'ancien commissaire des guerres. Tout cela semblerait parfaitement étranger à ce qui nous occupe, et l'était tout autant, à coup sûr, à l'Académie, dont l'attitude indignée ne nous paraît pas suffisamment motivée. Elle jeta les hauts cris, son Dictionnaire n'eut point de termes pour exprimer ce que lui avait inspiré d'horreur et de dégoût cette sorte d'infidélité à la mémoire de l'illustre défunt : c'était, il faut l'avouer, traiter M'"* Denis en veuve plus qu'en nièce; et l'on se demande avec anxiété quelle pouvait bien être la pensée des Quarante. Ce que l'on saisit mieux et ce que l'on excuse, c'est le ressentiment de l'outragée, qui se vengea en retirant à la docte assemblée ses bonnes grâces et ses générosités. Elle n'eut pas, du reste, à s'inquiéter longtemps sur la destination future du chef-d'œuvre de Houdon. A peine le public avait-il vent de cette rupture, que les comédiens français adressaient à M'"" Duvivier une belle et respectueuse épître où ils lui démontraient avec une évidence toute mathématique , que la légitime et vraie place de ce maître du théâtre et de ce bienfaiteur de la comédie, était au milieu d'artistes qu'il regardait comme ses enfants. Leur nouvelle salle (qui n'était pas encore achevée) ne serait-elle pas le sanctuaire naturel de l'Apollon de notre âge? car personne ne se fût alors avisé de transformer Sainte-Geneviève en Panthéon. Cette lettre fît du bruit et l'on jasa diversement sur ce petit incident; — un grand incident, à une époque oîi les questions de vie et de mort couvaient déjà, mais sous la cendre, en attendant l'universel embrasement. « Un monument nouveau s'élève qui va être consacré au Théâtre de la Nation, disaient ceux-ci. Digne du siècle de Louis XVI, cet édifice sera grand, sans aucun luxe, beau sans
ornements frivoles, riche sans superfluités. C'est là sans doute que doit exister la statue de l'un des plus illustres fondateurs de la scène française. » On a prétendu que M'"* Denis avait elle-même inspiré cette démarche; en tout cas, elle répondit avec une extrême politesse, en obligée plus qu'en bienfaitrice : « Rien n'est si flatteur^ messieurs, pour la mémoire de mon oncle et pour moi, que la lettre que je viens de recevoir de votre assemblée ; je l'ai lue avec attendrissement. La manière dont vous vous êtes conduits avec lui pendant le trop court séjour qu'il a fait dans cette capitale^ m'impose pour ainsi dire la loy de remplir vos désirs et de placer la statue de M. de Voltaire au milieu de ceux qui l'ont couronné de son vivant \ »
Les voilà donc au but de leurs désirs : cette statue si humblement implorée est bien à eux ; il ne dépend que d'eux de s'en faire honneur en la plaçant dans un lieu où les yeux du public la puissent contempler sans entraves. Mais il en sera bien autrement. Tous n'étaient pas les admirateurs de Voltaire parmi les sociétaires. Préville ne le goûtait que modérément et lui préférait Molière, ce qui se conçoit du reste chez un acteur comique, lors même qu'il n'y aurait point d'autres raisons très-explicables d'une pareille préférence. Ce qui était moins sérieux, c'était le motif de l'exclusion. Selon lui, il était indécent que Voltaire fût assis, quand Molière, Corneille et Racine n'avaient, comme les autres, qu'un simple buste, et il eut
I. Journal de Faris; du vendredi 29 septembre 1780, n» 273, p. 1107, 1108. Lettre de la Comédie-Française à M"»» Mignot du Vivier. — Réponse de M"* Denis, le 36 septembre 1780. jVjme Duvivicr avait signé sa lettre : Mignot Duvivier. Les comédiens ne soupçonnaient guère la verte apostrophe qu'ils allaient s'attirer en ne faisant que reproduire sa propre signature. Elle écrivait aussitôt au semainier : « Mn»« Duvivier vient de voir dans le Petit Journal la lettre de M" les comédiens, avec ce titre : Lettre à M'^* Mignot Duvivier. Le secrétaire de la Comédie ignore sans doute qu'une femme signe toujours son nom de famille avec celui de son mari; mais on ne Tappelle pas pour cela par son nom de fille. M. le semainier est prié de vouloir bien faire faire cette observation et veiller à ce que pareille faute ne se fasse pas. Si M*"» les comédiens ont l'intention de faire imprimer leur lettre dans d'autres journaux, il serait tout simple de mettre lettre à M'^' Duvivier^ nùce de M, de Voltaire, Ce vendredi (29 septembre 1780). » Archive! de la Comédie-Française. Dossier Duvivier.
assez d'influence sur ses camarades, non pour faire reléguer la statue au garde-meuble, ainsi que le dit La Harpe *, mais pour la faire apporter dans leur propre foyer. Si la détermination dénotait un certain sans-gêne, l'interprétation n'en amoindrissait pas l'étrangété ; et M""* Duvivier dépêchait impétueusement au tripot tragique une épître hautaine et dure où elle le mettait en demeure de placer la statue de son oncle en un lieu digne de lui, sinon de la lui rendre contre une indemnité sur laquelle elle ne lésinerait point.
« J'apprends, messieurs, que la statue de M. de Voltaire que j'ai donnée l'année dernière à la Comédie-Française pour servir d'ornement à son grand foyer, en a été tout récemment ôtée pour être placée dans la pièce de ses assemblées particulières, sans que vous ayez eu l'honnêteté de m'en prévenir.
c( J'ai l'honneur de vous observer, messieurs, que ce n'est point là du tout la destination première de cette statue. Je me suis rendue à vos désirs lorsque vous me l'avez demandée, d'autant plus volontiers qu'elle devait être mise à toute éternité sous les yeux du public, qui paraissait voir avec plaisir l'hommage que j'ai rendu à la mémoire de ce grand honune... Elle n'a jamais été destinée à faire un meuble d'ornement pour votre chambre; et si la cheminée qu'on a pratiquée dans le foyer y est plus nécessaire que la statue de M. de Voltaire, du moins pouvait-on la placer à l'un des côtés de cette cheminée, en attendant que les parens des autres grands hommes qui ont comme lui enrichi le Théâtre-Français leur aient rendu le même honneur; ou bien dans l'enfoncement de la fenêtre qui est en face de cette cheminée, et bien mieux encore dans le vestibule d'en bas; c'est même là que M. de Wailly avait d'abord imaginé delà placer.
« Je suis bien loin, messieurs, de reprocher mes bienfaits et de retirer le don que j'ai fait à la Comédie-Française; mais enfin, si vous ne remplissez pas mon intention en mettant la statue de mon oncle
i. La Harpe, Correspondance littéraire {?zxifi^ Migneret), t. IV, p. 149, 150.
SOUS les yeux du public, dans un des endroits ci-dessus indiqués^ je ne vous propose point de me la rendre, mais je vous prie de me la vendre. Je la paierai ce que M. Houdon, qui en est Fauteur, l'estimera; vous pourrez m'indiquer le jour où vous l'enverrez, et le prix sera tout prêt^ »
Comme on le voit, la lettre était cassante, impérieuse, humiliante pour les comédiens qui se jugèrent outragés et répondirent de même encre à M'"* Duvivier, avec une violence qui retourna contre eux l'opinion; car ils n'avaient eu jusque-là qu'à se louer de la nièce de Voltaire, et nous avons trouvé dans leurs registres mêmes, l'indication d'une lettre d'elle datée de Boulogne, le 28 juin 1778, où elle les prévenait gracieusement qu'elle faisait abandon à leur profit de tous les honoraires des pièces de M. de Voltaire*. On lit dans Iqs Mémoires secrets, du 28 juin 1783 : « 11 paroît une réponse à la lettre de M"* Duvivier, bien digne de ces histrions, fort gauchement tournée et fort insolente... Ils persistent à laisser la statue de Voltaire où ils l'ont placée, dans une pièce qui n'est ni leur chambre, ni leur salle d'assemblée, mais un salon destiné aux séances extraordinaires des états comiqiiesy lorsque nos seigneurs les gentilshommes de la chambre jugent à propos de les convoquer. Ils n'acceptent point l'alternative de M*"' Duvivier y et sans acquiescer à sa demande, ne parlent point du tout de lui rendre ce bienfait. » Mais un ordre obtenu par la médiation de la comtesse d'Angivillier % décidait que la statue n'avait pas été donnée aux comédiens, mais à la Comédie-Française; que la Comédie était au roi et qu'en conséquence il n'appartenait qu'au ministre des bâtiments, de concert avec messieurs les gentilshommes
1. Grimm, Correspondance littéraire (Paris, Furne;, t. Xf, p. 172, 273. Lettre de M"« Duvivier; du 12 mai 1783.
2. Archives de la Comédie. Registre concernant MM. les acteurs; du 25 mai 177a au 20 novembre 1780, p. 71, 72.
3. On devait bien s'attendre que l'ange gardien se remuerait pour obtenir, de la part des comédiens, plus d'équité et d'égards envers celui auquel ils devaient tant. Il s'adressait, en effet, le 30 mars au directeur général pour que la statue fût placée dans le nouveau foyer. Archives nationales, O-I, 1706. Dossier 4*.
de la chambre, de décider la manière dont il convenait de la placer*. Peut-être eurent-ils vent de cette décision, et crurent-ils qu'en plaçant l'objet en litige dans la pièce de réunion des gentilshommes de la chambre, ils les intéresseraient à ne pas s'en dessaisir, ce qui eût été, en efFet, avoir le dessous pour M'°* Duvivier, qui avait nettement posé et dicté ses conditions. Toutefois, le maréchal de Duras, le gentilhomme en exercice, ne donna pas dans le piège, s'il y eut piège, et ferma le débat par un ordre du 27 juin 1783*. On parla bien de démission, les déterminations les plus violentes furent agitées , mais on se ravisa au dernier moment; tout s'arrangea au gré de la nièce de Voltaire, et la statue fut installée dans le vestibule d'en bas, en face de la grande entrée. Lorsque la Comédie changea de maison, elle emporta ses dieux lares ; le buste et la statue de Houdon la suivirent à son nouvel asile, et ce fut encore dans le vestibule du théâtre qu'elle fut installée celle-ci. Elle a été transférée, ces derniers temps, au grand foyer, en face de la cheminée, à l'endroit même désigné par M™* Duvivier, qui aura obtenu, en fin de compte, satisfaction sur ses exigences légitimes. (16 mars 1864.)
Au fort de l'emportement et de la passion, l'on voit trouble, l'on manque tout à la fois de justice et de justesse dans les appréciations comme dans les démarches. Par ressentiment contre M"' Duvivier, qui, après tout, ne s'était pas formalisée trop à tort, l'on en avait été sur le point de jeter à la rue la statue de celui qui avait fait, durant plus d'un demi-siècle, la fortune du théâtre. Vingt ans plus tard (mais M'"'' Duvivier n'existait plus) les choses changeaient bien de face.
1. C'est peut-être cela qui donna lieu aux gouvernants de 1796, de prétendre, ainsi qu'on le verra, que M"« Duvivier n'avait eu en vue que le monument et non les artistes, manière d'interprétation que le mari de M"* Denis qualifiera lui-même de par&itement ridicule.
2. Le voici : «Nous, maréchal de Duras, pair de France, premier gentilhomme de h Chambre du roy, en conséquence des intentions de Sa Majesté, ordonnons aux comédiens François de faire pozer dans leur vestibule la statue de M. de Voltaire. Paris, ce 27 juin 1783, signé le maréchal de Duras. — Pour copie conforme à l'original resté en nos mains, Des Entelles. » Archives de la Comédie-Française. Registre des délibérations pour les affaires d'intérêt, p. 84. Statue de Voltaire.
La Comédie fut à la veille de se voir déban^assée de cette* statue dont elle avait fait un instant si peu de cas. Nous lisons dans la Décade philosophique : « Le gouvernement vient d^ordonner que la statue de Voltaire du ci-devant théâtre français du faubourg Germain seroit transportée dans la salle des séances publiques de Tlnstitut national où sont déjà les statues des grands hommes qui ont illustré la France : c'est là sa véritable place ^ . » Au moment où ces lignes paraissaient^ le danger était conjuré; mais l'alerte avait été vive, et plus d'une question avait été débattue à propos de la statue du philosophe de Ferney.
Nous n'avons pas à faire Thistoire de la Comédie-Française, le récit de ses divisions, de ses malheurs, des persécutions qu'elle eut à endurer, de sa ruine financière, sur lesquels nous aurions pourtant à produire de curieux documents. Elle n'était pas, il s'en fallait de beaucoup, en hausse alors dans l'opinion, qui ne lui pardonnait ni ses regrets, ni son opposition ouverte ; elle n'avait pas à compter, de la part des puissants du jour, sur une bien grande bienveillance. Ainsi on revendiquait, au nom de la Nation (grands mots trop prodigués), cette belle statue dont elle n'était plus à apprécier la valeur ; la propriété même lui en était contestée, et l'on mêlait à cela tous les propos qui lui pouvaient aliéner davantage encore un public désafFectionné. Contre ces clameiu*s, ces prétentions, ces insinuations peu fondées et peu loyales, son meilleur argument aurait été une déclaration de M. Duvivier, le mari de la donatrice ; aussi se décida-t-elle à lui écrire une lettre pathétique, qui nous révélera et sa gêne et tous ses efforts pour sortir de peine.
« Les artistes du ci-devant Théâtre-François, lui disait-elle, éprouvent une sensible mortification, en apprenant qu'on a fait courir le bruit qu'ils réclament la propriété de la statue de Voltaire placée au vestibule de la salle du faubourg Germain conune l'ayant payée à la citoyenne Duvivier, et que leur intention est de la vendre pour
I. Dteade philosophique ^ an IV, 20 messidor (8 juillet 1796), IV» semestre, p. 109.
acquitter les dettes de leur société ; instruits que ce bruit vous est parvenu et que vous en avez été justement blessé, ils s'empressent de protester entre vos mains contre une supposition qui les offense autant que vous.
« La nièce de Voltaire n'a point vendu la statue de son illustre parent, et les artistes du Théâtre-François n'ont jamais eu le tort de penser qu'ils pussent offrir de la lui payer; ils possèdent ce précieux monument à des titres honorables et qui leur sont chers. Ils le doivent à la bienveillance de la citoyenne Duvivier et aux pressantes sollicitations qu'ils lui firent de la leur accorder; les artistes du Théâtre- François exerçoient un art chéri de ce grand homme et pour lequel il avoit travaillé soixante ans; ils s'étoient constamment efforcés de représenter dignement ses chefs-d'œuvre et d'en transmettre à l'admiration de la postérité, une tradition conforme aux leçons qu'ils avoient reçues de l'auteur lui-même. L'art dramatique avoit fourny l'un des plus beaux lauriers de la coiu-onne de Voltaire, et recevant au milieu de nous et par nos mains, cette couronne décernée par l'Europe entière, il nous avoit remis, pour ainsi dire, à la fin de sa carrière, le poignard de Melpomène qu'il avoit tenu si longtems ; il l'avoit déposé entre les mains de ceux qu'il daignoit quelque fois appeler ses enfans.
« Tels étoient nos titres de reconnoissance auprès de la citoyenne Duvivier, elle les crut suffisanspour déterminer son bienfait et la statue nous fut donnée.
« Elle nous est aujoiu-d'hui disputée au nom de la Nation : nous nous montrerions peu dignes de la faveur qui nous fut faite, si nous n'en soutenions le titre par tous les moyens qui seront en notre pouvoir. Mais, citoyen, ce n'est pas pour mettre à l'encan ce prix de nos travaux, ce gage de notre gloire que nous en défendons la propriété ; nous contestons aux agents du gouvernement le droit de nous enlever la statue pour conserver celui de l'offrir nous-mêmes à la Nation. C'est pour avoir cet avantage que nous ferons juger notre propriété, nous en prendrons seulement occasion d'exposer aux représentans
de la Nation le sort qu'éprouve dans leur vieillesse les acteurs célèbres contemporains de Voltaire qui ont concouru au succès de ses ouvrages et au progrès de Tart dramatique, et qui se sont vus privés par la destruction du Théâtre-François de la pension de retraite qui leur étoit acquise et dont cet établissement sembloit être pour eux un gage impérissable.
« C'est dans cette vue que nous réclamons de vous, citoyen, le témoignage que vous êtes en état de nous donner de la vérité du fait qui fonde notre droit sur la concession que la citoyenne Duvivier nous a faite de la statue à notre demande; on s'appuie contre nous sur un inventaire dressé hors de notre présence (pendant que les artistes du Théâtre-François étaient incarcérés) pour prétendre qu'elle appartenoit au gouvernement. Cet inventaire ne sauroit être un titre contre nous, et vous savez mieux que personne, si elle a été donnée à l'ancien gouvernement, s'il y a eu à ce sujet aucune relation entre lui et la citoyenne Duvivier, s'il a fait la moindre démarche auprès d'elle; enfin s'il est intervenu en quoi que ce soit lorsque la citoyenne Duvivier nous l'a donnée sur notre demande; ce sont des faits sur lesquels vous ne nous refuserez sûrement pas un témoignage que la justice et la vérité réclament et que nous serions flattés que vous voulussiez bien nous donner par un mot de réponse.
(( Salut et fraternité ' . »
La Comédie faire courir le bruit qu'elle avait payé de ses deniers la statue de Houdon ! Qui pouvait prétendre cela ; et ne savait-on pas qu'à un certain moment, c'avait été M'"' Denis qui, blessée non sans fondement, avait offert de racheter son propre don ? Les années passent si vite, tant d'événements s'étaient succédé, et de si terribles, qu'on peut bien pardonner ce petit manque de mémoire. En définitive, les coupables, pour la plupart, n'appartenaient plus au théâtre,
I. Archives de la Comédie. Projet de lettre au citoyen Duvivier. Et, en haut du feuillet, a gauche : a Cette lettre est écrite et envoyée au citoyen Duvivier. » Sans date, mais antérieure ù coup sûr d'un jour ou deux au 15 juin (1796).
qui se trouvait dans l'impuissance absolue de servir leur pension de retraite, le pain de leur vieillesse, leur iinique ressource \ M. Duvivier prouva qu'il était assez généreux pour ne pas se prévaloir de griefs surannés ; et, dans sa réponse aux comédiens, il ne fera pas la moindre allusion à des démêlés plus que vifs où la nièce de Voltaire n'avait pas toujours été traitée avec la réserve et les égards qui lui étaient dus.
« Citoyens,
« Je ne croyois pas qu'après la copie de la lettre que ma femme a eu rhonneur de vous écrire dans le tems que vous lui demandâtes la statue de son oncle, il pût s'élever le moindre doute sur le don qu'elle en a fait à la société des artistes du Théâtre-François. Il seroit, je crois, ridicule de penser que ce fût au monument matériel qu'elle eût donné la statue de ce grand homme, car il pouvoit arriver que le gouvernement d'alors fît une autre disposition de ce bâtiment, et que seroit devenue alors la statue destinée à rester au milieu de vous? Je pense donc, citoyens, qu'on ne peut sans injustice vous ravir ce bien qui vous appartient. J'ai d'autant plus de raison de penser ainsi, que c'est moi qui ai déterminé ma femme à céder aux instances que lui firent dans ce tems-là les acteurs françois pour posséder la statue de leur bienfaiteur, qui d'abord étoit destinée à être placée àl'AcadSmie françoise.
« Salut et fraternité,