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ICTÈRE GRAVIDIQUE DE BAUMES

En regard de l’ictère deutéropathique, nous allons placer l’histoire de l’ictère puerpéral primitif ou protopatliique, qu’on peut appeler aussi ictère des femmes grosses, bien qu’il existe des cas que nous ferons connaître d’ictère protopathique chez des femmes récemment

accouchées. .

L’ictère puerpéral primitif peut être sporadique ou épidémique.

Dans les deux cas il revêt trois formes principales que nous étudierons ultérieurement : la forme bénigne, la forme abortive, la forme maligne ou ataxique. Ces dernières divisions sont empruntées a l’important mémoire de notre excellent et distingué confrère, M^le docteur Bardinet (de Limoges), mémoire que nous aurons bien des fois occasion de citer dans le cours de ce travail.

L’ictère primitif sporadique avait appelé depüis longtemps 1 attention des observateurs, mais on le considérait comme un fait dénué

d’importance. . ,

Joseph Frank établit que les femmes enceintes sont Sujettes a la

jaunisse : 1° aussitôt après la conception par suite d une altération qu’il est impossible de définir, de la part du système nerveux et

ta

peut-être du sang; 2* vers le troisième mois par suite d’un état pléthorique général; 3* vers la lin de la gestation, par suite de la pression exercée sur les viscères abdominaux, et surtout sur l’appareil biliaire par le développement de. l’utérus.

A l’article Ictère du Dictionnaire des sciences médicales (t. XXIII, p. 432), Villeneuve s’exprime ainsi : « Dans les derniers mois de la grossesse, la matrice acquiert chez certaines femmes uù volume trèsconsidérable relativement à la capacité de leur abdomen. 11 se fait un refoulement, une pression des viscères abdominaux vers le diaphragme, d’où résulte une diflicultô plus ou moins grande à l’écoulement dans le duodénum de labile sécrétée par le foie ou contenue dans la vésicule biliaire et par suite un état de jaunisse. Nous admettons aussi avec Sauvages, Portai et autres, que cette sorte de jaunisse tient encore à la pléthore sanguine ou bilieuse du foie qui peut dépendre elle-même soit de la suppression des menstrues, soit de la difiiculté dans la circulation du sang de la veine-porte, soit enfin de l'augmentation ou du nouveau mode d’action qui survient dans tous les viscères abdominaux par suite de l’orgasme où se trouve l’utérus pendant la gestation.

L’observation suivante vient à l’appui de l’opinion qui attribue à la pléthore la jaunisse qui survient dans les premiers mois de la grossesse. « Une dame fut atteinte d’ictère au troisième mois de la conception. On le dissipa par les délayants, les bains et deux saignées qui d’ailleurs étaient indiquées par un pouls plein, fréquent et des bouffées de chaleur au visage, et par de légères douleurs dans les lombes et la région épigastrique. »

Le paragraphe suivant a été consacré à l’ictère des femmes enceintes, par L. Ch. Roche, dans l'article Ictère du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques (t. X, p. 332) : « On voit quelquefois l’ictère survenir dans le cours de la grossesse, sans qu'on puisse le rattacher à aucune cause; on le voit ensuite se dissiper seul et d’une manière spontanée avant comme après l’accouchement. Cet ictère, dont il est difficile de concevoir le mode de développement, ne réclame en général aucun traitement particulier. La saignée du bras contribue puissamment à le faire disparaître. On peut y joindre l’emploi des moyens indiqués contre l’ictère nerveux. Cette maladie té offre jamais de gravité. »

Les quelques lignes où I’errus, dans l’article Ictère du Diction-

nuire en 30 volumes (t. XVI, p. 109), parle de la jaunisse des femmes enceintes, sont la reproduction exacte de ce qui a été dit par Villeneuve sur le môme sujet.

Le Traité des accouchements de Burns (Encyclop. des sc. méd., 1839, 91* livrais., p. 169) contient un article spécial où l’auteur s’exprime ainsi : « La jaunisse des femmes enceintes est liée à un état morbide du canal alimentaire. Cette maladie parait à une époque peu avancée de la grossesse, et est précédée de symptômes dyspeptiques qui augmentent généralement lorsque la jaunisse parait. Daus quelques cas la teinte est très-légère et disparaît bientôt. Dans d’autre3, la couleur jaune est marquée et dure longtemps, et le trouble de l’estomac et des intestins est considérable.

« Les émétiques et les autres remèdes violents que l’on emploie quelquefois pour guérir la jaunisse, ne conviennent pas dans ce cas-ci et dans toutes les circonstances, lorsque les jeunes femmes mariées sont atteintes de jaunisse, nous devons être réservés dans nos prescriptions. De petites doses de pilules cuivrées, jointes à des laxatifs, et ensuite une légère infusion amère, sont les remèdes convenables, et en général la maladie disparait. La jaunisse peut aussi survenir à la fin de la grossesse, et dans ce cas elle provient le plus souvent de la pression exercée sur le conduit cystique. Quelquefois cependant elle dépend d’une maladie du foie lui-mème, laquelle peut arriver à toutes les époques de la grossesse, et est marquée par les symptômes ordinaires. Dans ce cas le daDger est très-grand et ne peut être détourné qu’en prenant de sages mesures pour faire disparaître la maladie hépatique. »

Les deux dernières phrases du passage que je viens de citer sont dignes d’attention, en ce sens qu’elles signalent la gravité possible de l’ictère des femmes enceintes, gravité qui ne semblait avoir été entrevue jusque-là par aucun auteur.

Certains auteurs modernes, parmi lesquels nous citerons M. Grisolle, n’ont pas connaissance de ces cas d’ictère grave chez les femmes grosses. « J’ai fréquemment rencontré, dit ce professeur distingué, l’ictère simple chez les femmes grosses ou chez celles qui allaitaient ; jamais je ne l’ai vu exercer d’action fâcheuse ni sur l’enfant ni sur la mère. » ( Traité de palhol., t. II, art. Ictère.)

Les auteurs du Compendium , MM. Monneret et Fleury, se bornent à révoquer en doute les causes auxquelles on avait attribué jusque-

là l’iclèrc gravidique : « Le développement de l'utérus et la compression qu’il exerce sur le foie dans les derniers mois de la grossesse, ont été considérés comme cause d’ictérc chez plusieurs femmes. Il en est de même de la distension de l’estomac et des gros intestins par des matières fécales accumulées; il faut de nouveaux faits pour mettre hors de doute ces causes d’ictère. »

Dans leur Traité de pathologie , MM. Hardy et Béhier expriment l’opinion suivante : « Quanti l’ictère des femmes enceintes, le mécanisme de sa production est le même que celui de l’ictère ordinaire, et on doit le considérer comme le résultat de la rétention de la bile qui détermine la compression des canaux excréteurs par l’utérusdéveloppô. »

On se rappelle un passage cité plus haut par nous de la clinique, de M. Béhier, dans lequel ce clinicien disait que, sans le trop négliger, il ne fallait attribuer qu’une importance secondaire à l’ictère des femmes enceintes.

Cazeaux, dans son Traité d'accouchements (7* édit. 1866, p. 440), dit avoir observé plusieurs cas d’ictère simple qui n’ont été pour les femmes qu’une simple indisposition et n’ont en rien troublé la marche de la grossesse. 11 admet cependant, sur la foi de quelques médecins, une forme grave de l’ictère des femmes grosses. Il est rare, selon lui, qu’elle ne produise pas l’avortemeut, et rare aussi que ce dernier ne soit pas suivi de la mort de la mère. Quant à l’enfant, son expulsion prématurée compromettrait singulièrement sa vie future. Dans aucun des cas observés par Cazeaux, le fœtus n’a offert de teinte ictérique, bien que l’eau de l’amnios fût plus ou moins colorée.

Selon Churchill, les jaunisses des femmes grosses sont presque toujours fort simples. Cependant la jaunisse, liée à l’inflammation du foie, peut devenir fatale à la mère. (Traité prat. des mal. des femmes, traduct. de Wieland et Dubrisay, 1866, p. 772.)

Le docteur Davis a rapporté deux exemples de jaunisse pendant la grossesse. L’une des malades était mariée et avoua son état; l’autre ne l’était pas et cachait qu’elle fût enceinte.

La première malade fut admise à l’hôpital, et l’on crut à une lièvre tierce pour laquelle on prescrivit le quinquina. Ce médicament échoua et produisit des vomissements et un avortement. Deux jours après la jaunisse avait disparu ; la malade était au cinquième mois de sa grossesse.

L’autre femme fut traitée activement par le médecin qui lui donna plusieurs émétiques. Une partie de l'œuf vint à la suite des vomissements, et il y eut même une perte considérable. Elle se décida alors à avouer qu’elle était enceinte. Les émétiques furent mis de côté et l’on donna des lavements calmants. La jaunisse disparut, et quelque jours après la malade termina son avortement. (Davis, Obsiétr. méd

Le docteur Imbert, cité par Churchill, dit avoir vu une jaunisse chez uue femme de 40 ans qui en était à son neuvième enfant et au deuxième mois de sa grossesse. Le foie dépassait de trois largeurs de doigt le bord inférieur des côtes. Pendant quatre jours, cette, femme eut une légère atteinte de fièvre, puis les seins se distendirent, la sécrétion lactée s’établit, la jaunisse disparut entièrement, et quinze jours après cette femme avait repris ses occupations ordinaires, bien que le foie continuât à être hypertrophié. (Churchill, loc. cil. p. 772.)

Ozanam, cité par Cazeaux, rapporte trois observations intéressantes par leur terminaison : une jeune primipare, enceinte de cinq mois et demi, était malade depuis cinq jours d’ictère très-simple lorsqu’elle entra à l’hôpital; trois jours après elle avorta. Une autre, enceinte de sept mois et demi, avorta également cinq jours après le début d’un ictère simple. Aucun des enfants n’offrit de teinte ictérique. Les deux mères guérirent. Une autre femme, enceinte de six mois, mourut avant d’avorter. (Cazeaux, loc. cil., p. 440.)

Un cas d’avortement suivi de mort a été observé à Paris par le docteur Fournier, chez une femme grosse atteinte d’ictère. (Cazeaux, loc. cil. p. 440.)

Les docteurs O’Douovan et Montgomery ont fait connaître des cas de coma mortels à la suite de l’ictère puerpéral. Dans l’un de ces cas, la malade accoucha dans l’état comateux et mourut deux jours après. L’autopsie flt connaître qu’elle était atteinte d’hydropisie et de tubercules dans le foie. (Montgomery. Dublin, Hospital gazette, 15 mars 1857, p. 68.)

Churchill a vu un cas mortel au quatrième* mois de la grossesse dans la semaine qui suivit le début de la jaunisse. Outre la coloration jaune, les symptômes principaux étaient des vomissements et des nausées incessants et une agitation perpétuelle. Il est à remarquer que dans les grossesses précédentes cette femme n’avait jamais eu ni nausées ni vomissements, et bien que cette complicationt eût. été

pour elle une cause d’accroissement de douleurs, il u’y a pas lieu de penser que la mort dût être attribuée aux vomissements. (. Malad . des femmes , p. 773.)

Le Moniteur des hôpitaux du 30 mars 1858 mentionne l’observation suivante due à M. Machelard : « Une jeune femme, enceinte de huit mois avait eu un ictère à la suite d’une émotion vive. L’ictére s’accompagna d’un peu de malaise et fut suivi, quarante-huit heures après son début, d’un accouchement prématuré dont les suites ne présentèrent rien de particulier. ->

Les membres de la Société du troisième arrondissement, à laquelle cette communication avait été faite, déclarèrent n’avoir observé aucun fait de ce genre. MM. Perrin, Gimelle, Fontès, Nicolas, Roy, Aineuille et Caron citaient, au contraire, des cas qui n'avaient troublé en rien le cours de la grossesse.

Dans son Traité des maladies des femmes (1860), Bedford ne parle que très-incidemment de l’ictère chez les femmes enceintes. 11 connaît cependant la gravité de cette complication, car il dit à propos d’une de ses malades atteinte de jaunisse : « Cette femme est enceinte de sept mois; elle est par conséquent bien plus menacée de danger tant pour elle que pour son enfant, si l’on ne s’empresse de remédier à son état. Le péril se présente sous deux aspects : l’état convulsif et l’état comateux. Prescription : sel d’Epsom, ipéca, mercuriaux à doses altérantes. »

Le 12 février 1862, M. Woillez faisait à la Société des hôpitaux la communication suivante :

« J’ai observé, en 1860. à Lariboissière une malade âgée de 25 ans,, domestique. C’étoit une fille robuste, affectée depuis plusieurs jours seulement d’un ictère coïncidant avec un ensemble de phénomènes dont le début et l’évolution antérieure ne purent être bien précisés. Cette malade était, en effet, arrivée la veille en état de délire, et lorsque nous la vîmes, elle était dans un coma qui ne céda qu’à la mort.

« Lors de mon premier examen, il existait un ictère généralisé trèsintense , avec chaleur, sécheresse de la peau ; pouls petit et très-fréquent, et coma profond dont aucune, excitation ne pouvait tirer la malade. Aucune matité n’existait au niveau de l’hypochondre droit qui rendait un son clair se confondant avec celui des intestins et des poumons. L’urine, extraite de la vessie avec la sonde et traitée par la chaleur et l’acide nitrique, ne contenait pas d'albumine.

« La mort survint dans les quarante-huit heures, et à l’autopsie je

constatai que le foie présentait une étendue transversale de 24 centimètres et une hauteur de 0m,1Get n’avait que 4 centimètres d’épaisseur. Son poids n’était que de 675 grammes. Sa couleur était d’un jaune rougeâtre beaucoup plus pâle au niveau du lobe gauche; sa surface marbrée de taches jaunes et comme piquetée de petites et nombreuses vésicules emphysémateuses entourées d’une aréole jaune. Son tissu, beaucoup plus mou qu’à l’état normal, n’offrait à l’examen microscopique aucune cellule hépatique reconnaissable, mais principalement des granulations moléculaires et des globules graisseux. La rate avait la coloration normale, O™, 115 de longueur, 0m,07 de largeur, et 0“, 02 d’épaisseur. Les reins, volumineux (O-, 12 de longueur sur 0“, 08 de largeur et O^OS d’épaisseur), présentaient à la coupe un aspect marbré résultant du mélange d’anémie et d’hyperémie qui caractérise la lésion de la maladie de Bright à son dernier degré.

« Celte femme était enceinte. Le fœtus, d’environ sept mois, était à moitié passé dans l’excavation pelvienne par suite d’un travail de parturition effectué probablement dans les derniers temps de la vie. »

Wirchow a observé l’ictère chez une femme enceinte, chez laquelle un lobe du foie et la vésicule étaient refoulés en haut et disposés de telle manière que, par suite de la tension des conduits, il y avait eu stase de la bile. (Gesammelte AbliancUungcn, p. 757.)

Frerichs, dans le passage de son livre qu'il consacre à l’ictère des femmes, enceintes s’exprime ainsi :

« Pendant la grossesse et sous son influence, il se produit deux formes d’ictère différant l’une de l’autre par leurs symptômes et leur terminaison. L’une est simple et bénigne, l’autre accompagnée de lésions profondes du parenchyme hépatique et se termine sans exception par la mort.

« La première se montre le plus souvent pendant les premiers mois de la grossesse; elle est causée par la compression qu’exercent sur les canaux biliaires l’utérus amplifié ou les matières fécales accumulées, compression qui s’oppose au libre écoulement de la sécrétion. Parfois, l’ictère qui apparaît dans les premières périodes de la grossesse a pour causé un catarrhe des conduits hépatiques, ou bien une émotion vive. Cette forme simple de l’ictère reste sans conséquence; elle disparait avec la grossesse, lors môme qu’elle n’a pas

cédé plus tôt aux moyens évacuants.

« La deuxième forme s’accompagne dans sa marche de troubles nerveux graves, et d’après ce qu’on a pu constater jusqu ici, elle dépend

de l'atrophie aigue ilu foie, suite d’une inflammation parenchymateuse de l’organe; en même temps on trouve ordinairement les reins malades. » [Maladies du foie , 1 866 ; traduction de MM. Louis Dumesnil et Pellagol, p. 174.)

Frerichs rapporte en outre quatre observations d’ictère pendant la grossesse, observations dont nous donnerons ici une analyse trèssommaire.

Obs. I. — 33 ans, multipare, longues émotions antérieures. Accès répétés de lumbago dans le septième mois de la grossesse. Symptômes dits de catarrhe gastrique : vomissements de matières muqueuses, constipation, pas de fièvre, puis ictère, douleurs dans les hypocondres, augmentation de volume du foie et de la rate. Céphalalgie, agitation, délire, somnolence, dilatation des pupilles, mouvements convulsifs, fièvre intense, évacuations involontaires, sueurs. Mort, quatre jours après l’invasion de l’ictère. Avortement. Sortie du fœtus en présentation du siège. Autopsie : atrophie aiguë du foie, destruction complète des cellules, productions cristallines dans le parenchyme et dans le sang des veines du foie, gonflement de la rate.

Obs. II. — 24 ans, constitution robuste, embonpoint, fraîcheur. Septième mois de grossesse. Symptômes dits de catarrhe aigu de l’estomac : perte d’appétit, constipation ; céphalalgie, tristesse, abattement. Quelques jours après, ictère, vomissements d’un liquide sale, délire, agitation, mouvements désordonnés. Pupilles normales, contraction de l’iris un peu lente. Sensibilité sur l’épigastre et les deux hypochondres. Les jours suivants, l’agitation augmente, vociférations, jactitation, pouls à 112; respiration stertoreuse à 26. Accouchement d’un fœtus mort qui ne porte aucune trace d’ictère. Hémorrhagie utérine. L’excitation s’apaise. Coma; constipation. Composition particulière de l’urine, sueur visqueuse. Mort trois jours après le début de l’ictère. A l’autopsie, atrophie aiguë du foie, hémorrhagie dans le tube intestinal, sur la muqueuse des voies aériennes, ecchymoses sous l’épicarde, etc.

Obs. III. — 35 ans, constitution robuste, bonne santé antérieure, accouchement heureux cinq ans auparavant. Septième mois d’une seconde grossesse. Prodromes : fatigue et pression au creux de l’estomac. Début par un frisson violent, vives douleurs de tête, perte d’appétit, coloration ictérique de la face. Quatre jours après, fièvre intense, faiblesse extrême, agitation, céphalalgie, vomissements alimentaires, constipation et météorisme du ventre. Nuit sans sommeil et gémissements bruyants. Le lendemain, expulsion d’un fœtus do six mois sans trace aucune d’ictère. Pendant l'accouchement, frisson intense, hémorrhagie,

vomissements; de temps en temps, hauts cris. Le soir, coma, vomissements noirs, pétéchies, pas de garde-robes; pouls à 104; stertor. Deux jours plus tard, mort avec les symptômes d’un œdème aigu des poumons et huit jours après l’apparition de l’ictère. A l’aulopsie, atrophie aiguë du foie; rate petite, dégénérescence graisseuse des reins; urine riche en leucine et en tyrosine; urée dans le sang.

Obs. IY. — 40 ans; grossesse datant de cinq mois. Début de la maladie par de violentes douleurs de tête; vertige, abattement. Dix jours après, frisson intense, fièvre, céphalalgie, vomissements bilieux. Quatre jours plus tard, céphalalgie, pâleur, pouls à 120. Tuméfaction et sensibilité de l’épigastre et de la région du foie, gonflement de la rate; puis -ictère léger, albuminurie, selles bilieuses; guérison.

Nous terminerons cet exposé historique de l’ictère sporadique des femmes grosses par un résumé succinct des trois observations que M. Garadec (Arch. de mêd., 1863, 6' série, t. I, p. 289) a fait connaître dans son travail sur ce sujet.

Obs. I. — 25 ans, forte constitution; tempérament nerveux, irritable. Multipare. Convulsions lors de la première grossesse. Trois ans après, nouvelle grossesse, au septième mois de laquelle survient un ictère consécutif à un violent accès de colère. Apaisement des accidents et réapparition de l’ictère au neuvième mois de la grossesse. A cette époque, céphalalgie, agitation, congestion du foie, fièvre, soubresauts des tendons, convulsions, stupeur, fixité du regard, pupilles dilatées, tête portée en arrière; puis diminution des forces, sueur visqueuse, embarras de la respiration, persistance des convulsions. Accouchement d’un garçon mort-né quelques minutes avant la mort.

Obs. II. — 19 ans, bonne constitution; caractère violent et emporté; grande impressionnabilité. Crises d’hystérie à 15 ans. Mariée à 18. Primipare. Sixième mois de grossesse. Ictère avec céphalalgie, malaise, inappétence, nausées, vomissements bilieux, éréthisme nerveux et fièvre. Pas de congestion du foie; amendement des accidents. Au bout de trois semaines, réapparition de l’ictère; ecchymoses aux membres inférieurs; pouls à 110, agitation, soif vive, vomissements; point d’albumine dans l’urine. Vésicule biliaire très-développée. Deux jours après, convulsions; pupilles dilatées, œil fixe, pouls de moins en moins sensible, respiration suspirieuse. Accouchement, quelques instants avant la mort, d’un enfant qui n’a pas survécu.

Obs. 111 — Multipare, mère de six enfants, 42 ans. Bonne santé jus-

qu à la dernière couche qui s'est compliquée d'éclampsie albuminurique. Depuis cette époque, faiblesse et anémie. Cinquième mois d’une septième grossesse : douleurs à la région gastro-hépatique; sentiment de gêne et de fatigue, engourdissements et fourmillements dans le bras, céphalalgie violente. Ictère. Pupilles dilatées, vue trouble, bouche amère, langue saburrale, pouls à 97, voix faible, respiration précipitée. Somnolence alternant avec un état d’excitation. Constipation; urines rares, albumineuses; engorgement du foie. Plus tard, selles et vomissements bilieux; œdème des membres; coma. Accouchement naturel d’une fille qui succombe au bout d’une heure. Guérison prompte.

M. Caradec, à propos de ces faits, nous apprend que, dans les premiers jours d’avril 1859, ledocteur F. Daniel fut appelé à donner des soins à une femme Ladion qui, à la suite d’une émotion vive, fut prise d’ictère au septième mois de sa grossesse. Sous l’influence d’un traitement convenable (quel traitement?) la malade allait mieux:; l’accouchement se termina le 26 avril parle venue d’un garçon; mais l’ictère n’eu persista pas moins, et la malade succomba le 7 mai.

Le frère de M. Louis Caradec, le docteur Th. Caradec, aurait été appelé peu de temps auparavant par madame Copillat, sage-femme, pour donner ses soins à une nouvelle accouchée de trois jours, atteinte d’ictère grave, qui l’avait jetée dans un état complet de prostration; elle succomba le lendemain.

Tous les documents qui viennent d’être produits se rapportent à l’ictère sporadique des femmes enceintes. Il nous reste, pour compléter ce long historique, à consigner ici les faits relatifs à la forme épidémique de cet ictère.

Quatre épidémies d’ictère chez les femmes grosses ont été mentionnées jusqu’à ce jour : 1° l’épidémie de Ludenscheid ou du Palatlnat en 1749, rapportée par Kerksig; 2° l’épidémie de Roubaix observée en 1852 par M. Carpentier; 3° l’épidémie de Saint-Pierre de la Martinique, en 1858, décrite, d’une part, par M. Douillé, chirurgien de marine, dans une thèse soutenue à Montpellier le 25 mars 1861, et ayant pour titre : Quelques mots sur l'ictère; d’autre part, par M. Saint- Vel. (Gaz. des hôpitaux, 20 novembre 1862.)

Épidémie du Palatinat. -- L’épidémie générale du Palatinat fut bénigne; sur 70 malades, un seul mourut. Mais elle est remarquable en ce qu’elle est la première dans laquelle on dit que les femmes enceintes aient été spécialement atteintes. Sur 5 femmes grosses qui

furent affectées de lu maladie régnante, 3 avortèrent, et 2 de ces dernières furent prises de fièvre trois jours après leur accouchement. A cette fièvre se joignit du délire, puis le coma, et la mort s’ensuivit.

Épidémie de Romuix. — L’épidémie de Roubaix a été signalée dans un travail publié par M. Carpentier, en 1854, dans la Revue méd.- CHIRURG. DE Paris, p. 268. L’auteur dit avoir recueilli onze observations, mais il n’en rapporte que quatre. Il aurait remarqué que toutes les femmes qui accouchaient dans le cours de cette maladie succombaient un ou deux jours après au milieu des phénomènes cérébraux les plus graves. Voici les quatre observations de M. Carpentier :

Obs. I. — Le 9 mai 1852, Marie Verœghe, douée d’une bonne santé et arrivée au septième mois de la grossesse, se promenait sur la place de Roubaix avec son enfant âgé de 4 ans. C’était un jour de fête. Tout à coup elle s’aperçoit que son fds avait disparu de la foule. Cette femme, en proie à la plus vive émotion, se met à la recherche de son enfant qu’elle ne retrouve que trois heures après. Le lendemain, malaise général qui l’oblige à s’aliter. Le surlendemain , teinte ictérique de la face et des conjonctives. Le 12 au soir, douleurs de l’enfantement. Une partie de la nuit se passe dans l’assoupissement. Le matin, délire, perte de connaissance, aggravation des symptômes et mort le soir à dix heures.

Obs. IL — Julie Deltour, enceinte de huit mois, a éprouvé quelques chagrins domestiques pendant sa grossesse. Survient une jaunisse. Accouchement et heureuse délivrance. Dort bien toute la nuit. Le lendemain soir, ce sommeil calme n’étaitquefle l’assoupissement. Délire etperte de connaissance. Mâchoires serrées, yeux fortement convulsés, respiration légèrement stertoreuse. Mort dans la nuit avec tous les symptômes de l’encéphalite.

0BS jjj 18 septembre 1853. Marie Duthoit. Jaunisse depuis cinq

jours. Septième, mois de grossesse. Délivrance netuelle. Sommeil profond toute la nuit. La malade ne reconnaît plus personne le lendemain matin et ne répond plus aux questions qu’on lui adresse. Aggravation des accidents et mort la nuit suivante au milieu.de symptômes cérébraux.

0BS. IV. — Célestine Sayard, primipare, enceinte de huit mois, avait un violent chagrin depuis quinze jours. Jaunisse bien caractérisée; marche chancelante comme dans l’ivresse. Saignée. Gonflement de tout le corps et notamment de la face et des pieds. Teinte ictérique dos con-

jonctives et îles ailes du nez; urines jaunâtres; tendance au sommeil; il fallait presser la malade pour en oblenir une réponse. Accouchement. Sangsues aux apophyses mastoïdes. Le matin, la malado était sans connaissance et expirait la nuit suivante après une terrible agonie.

Épidémie de Saint-Pierre de la Martinique. — En 1858, le docteur Saint-Vel a décrit une épidémie de jaunisse à l’ile de la Martinique, épidémie qui sévit spécialement sur les femmes grosses. 11 n’y eut qu’une forme grave, toujours la même, toujours mortelle, la forme comateuse.

Sur 30 femmes enceintes atteintes d’ictère à Saint-Pierre, 10 seulement arrivèrent au terme de la grossesse sans autres symptômes que ceux, de l’ictère essentiel. Les 20 autres succombèrent dans le coma après l’avortement ou l’accouchement prématuré. Le coma n’avait lieu que quiuze jours, et plus rarement trois semaines, après le début de l’ictère. Il précédait ou suivait de quelques heures l’avortement. Il ne se montra dans deux cas que trois jours après.

Les femmes qui y succombèrent étaient enceintes de quatre, cinq, six, sept et huit mois. Rarement un délire léger précédait le coma, qui ne s’interrompait pas un instant, devenait de plus en plus profond et ne cessait qu’avec la vie. Sa durée n’était que de quelques heures. Dans deux cas il persista vingt-quatre et trente-six heures. Jusqu’à son début, aucune particularité à noter relativement à la sensibilité générale, à la respiration et à la circulation. Le pouls ne présentait ni accélération ni ralentissement notables. A une exception près, pas d’hémorrhagie utérine, même après la délivrance. Quand la mort n’arriva que trois ou quatre jours après, les lochies étaient normales.

Presque tous les enfants venus au monde dans ces conditions étaient mort-nés; quelques-uns vécurent un petit nombre d’heures; un seul a survécu et vit encore. Aucun ne présenta la coloration ictériquc. Chez les dix autres enfants qui naquirent à terme et dont les mères étaient ictériques, il n’y avait non plus aucun signe de maladie (Saint-Vel, Gazette des hôpitaux, 20 nov. 1862).

Selon M. Douillé, celte même épidémie aurait succcessivement envahi toutes les Antilles. Ce chirurgien a vu à l’hôpital militaire, dans l’espace de cinq mois, environ 42 cas d’ictère, tous d’une bénignité excessive. « Il nous serait impossible, dit M. Douillé, de donner le chiffre exact des ictériques dans la population civile pendant cette

longue période de six mois; mais le nombre en a été considérable. Tous les hommes atteints ont présenté cette bénignité dont nous parlions tout à l’heure. Les femmes seules ont offert des cas dont la mort a été fa terminaison. 20 femmes ont succombé ; 2 seules n’étaient pas enceintes. Chez les femmes grosses, l'avortement survenait dans le plus grand nombre des cas, comme avant-coureur d’une mort certaine. Lorsque l’avortement avait lieu, elles étaient déjà dans la somnolence. Le degré de la grossesse variait entre cinq et sept mois. 2 enfants sur 18 sont venus au monde vivants; l’un à sept moisit survécu à sa mère; l’autre à six mois est mort vingt-quatre heures après sa naissance. »

Bien qu'il n’y ait pas concordance parfaite entre les chiffres de M. Douillé et ceux de M. de Saint-Vel, les résultats généraux restent sensiblement les mômes dans les deux relations de cette épidémie.

Épidémie de Limoges. — Un résumé succintde l'histoire de cette épidémie a été communiqué par M. Bardinet à l’Académie de médecine (séance du 3 novembre 1863) et publié dans I’Union médicale (numéro du 5 novembre 1863). Bien que ce résumé fût assez développé pour donner une idée très-nette de l’épidémie, comme il avait fallu en supprimer les observations, il m’aurait été impossible d’en prendre connaissance et d’en faire profiter le public médical, sans la gracieuse obligeance du savant directeur de l’École de médecine de Limoges, qui a bien voulu mettre à ma disposition le volumineux et remarquable travail où ces faits sont consignés. Je ne donnerai ici * que la substance de ces faits, qui sont au nombre de 14, et divisés en trois catégories.

cas d’ictère simple ou bénin.

Obs. I. — Madame C..., primipare, est atteinte d’ictère à six mois et demi. Cette maladie n’exerce aucune influence appréciable sur la grossesse, qui suit régulièrement son cours et se termine par un accouchement heureux.

Obs. II et III. — La sage-femme en chef de la. Maternité de Limoges aurait vu en ville deux femmes dont l’ictère n’a pas troublé la grossesse.

Obs. IV. — Madame P... 30 ans, ayant eu trois enfants, est prise d’ictère dix jours avant le terme de son accouchement. Quoique la jaunisse soit très-forte, la grossesse suit son cours naturel et n’est troublée par aucun accident. L’enfant n’a pas eu la jaunisse,

Obs. V. — Madame Maurice P..., 37 ans, septième enfant. L’ictère ne s’est montré qu’après l’accouchement, le lendemain du jour où s’est faite la montée du lait. La coloration jaune a été très-intense; il y a eu de grands maux de tête et de fréquentes envies de vomir. La jaunisse a duré plus d’un mois. Il n’est pas survenu d’accidents ataxiques. La malade s’est très-bien rétablie. L’enfant n'a pas eu la jaunisse.

CAS d’ictère ABORTIF SANS SUITES FACHEUSES.

Obs. VL — Madame R..., jeune et belle femme, enceinte de six mois, et ayant eu jusqu’à ce jour la plus heureuse grossesse, la santé la plus florissante, est prise d’ictère. Huit jours après, elie fait une fausse couche. L’enfant est mort; la mère se rétablit parfaitement.

Obs. VII. — Ictère à huit mois de grossesse. Sixième enfant. Bonne santé antérieure. Huit jours après le début de l’ictère, accouchement prématuré ; hémorrhagie utérine que l’on arrête. Mise au monde d’un enfant mort; guérison.

Obs. VIII. Jeune femme au sixième mois de la grossesse, ictère trèsintense, accompagné de violents accès de suffocation. Quelques jours après l’avortement a lieu. Enfant mort; suites heureuses pour la mère.

Obs. IX. — Madame B..., belle et forte jeune femme, primipare, d’une excellente santé, ayant eu jusqu’alors une grossesse très-heureuse, est prise, au sixième mois, d’un ictère léger et de courte durée. Avortement moins rapide que dans les trois cas précédents. Il a lieu à sept mois et demi ou huit mois. L’enfant vit et n’a pas eu d’ictère. La mère se rétablit bien et nourrit avec beaucoup de succès.

Obs. X. — Ictère à sept mois et demi de grossesse. Couches précédentes fort heureuses. La grossesse actuelle s’est bien passée. Quelques jours après l’apparition de l’ictère, accouchement et hémorrhagie trèsabondante. L’enfanta vécu; la mère s’est bien rétablio.

CAS d’ictère ATAXIQUE ET COMATEUX.

Obs. XL — Jeune femme bien constituée, santé excellente ; à la fin de son huitième mois de grossesse; elle est prise alors d’un ictère des plus intenses. Quelques jours après, elle accouche, trois semaines environ avant son terme. Son enfant vit.

Quatre jours après l’accouchement, l’enfant meurt. Etat grave de la mère. Teinte ictérique générale extrêmement prononcée ; céphalalgie, délire par moments, regard inquiet, agitation constante, mouvements brusques et involontaires. Lochies peu abondantes. La montée du lait

s« (ail mal. Peu Je fièvre ; pas de péritonite ou de métrile. Ni tuméfaction ni douleur au loio ; rien n’indique une affection intermittente. Dans la journée, le délire et l’agitation redoublent. Six hommes peuvent à peine contenir la malade sur son lit ; elle mord cruellement au nez son père qui, pour la calmer, se penche un peu trop près vers elle.

Le soir, coma profond, immobilité; n’articule pas un mot, ne répond à rien, ne peut plus boire. Pupilles très-largement dilatées. Meurt dans la nuit.

Obs. XII. — Uno jeune femme, enceinte de six mois étayant eu précédemment un enfant, fait une chute; quelques jours après elle est prise de jaunisse. Vives inquiétudes de la malade, et bientôt après agitation et délire. Mouvements involontaires si violents qu’il est impossible de maintenir la malade, môme à l’aide des plus puissants efforts. Elle est toute nue sur son lit, criant, s’agitant, se débattant avec une extrême violence ; puis elle tombe dans le coma et meurt. Les accidents ont duré à peu près quarante-huit heures. La mort est survenue avant que la fausse couche fût produite.

Obs. XIII. — Jeune femme enceinte de six mois. Deuxième enfant. Se portait bien et travaillait quand elle est prise d’ictère. Quelques jours après, accidents ataxiques. La fausse couche se produit dans un effort que fait la malade pour aller à la garde-robe, effort suivi d’un coma profond. La malade succombe en moins de vingt-quatre heures.

Obs. XIV. - Madame V..., jeune femme de 19 ans, primipare, grosse de six mois et demi, éprouve le 14 novembre 1863 depuis cinq jours une douleur de côté très-vive, douleur siégeant dans la région hépatique. Huit sangsues, cataplasmes.

15 novembre. La douleur, calmée d’abord, reparaît. Huit sangsues encore, limonade. Vomissements bilieux, fièvre, agitation, mais sans symptômes graves. La teinte ictérique devient plus intense. L’acide nitrique développe dans l’urine une teinte verte bien marquée. Pas encore de commencement de travail.

16 novembre. Fièvre plus intense. Douleurs d’accouchement dans la journée, qui se terminent le soir par l’expulsion d’un enfant de six mois et demi,' non ictérique, vivant; meurt quelques instants apres sa naissance.

Les faits que nous avons rassemblés dans ce long historique démontrent : 1° que l’ictère des femmes grosses a une importance clinique bien autrement considérable que ne l’avaient supposé les auteurs anciens; 2° qu’il y a deux formes bien distinctes de cet ictère,

à savoir, la forme sporadique et la forme épidémique; 3° que, quelle que soit la forme qu’il affecte, l’ictère des femmes grosses comprend les trois variétés admises par notre savant confrère et ami M. le docteur Bardinet(de Limoges), l’ictère simple ou bénin, l’ictère abortif, l’ictère malin ou ataxique.

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