‹ Ida (volume 2)Chapitre 2 sur 8 · A8 IDA · texte numérisé non relu

A8 IDA

« Eli quoi ! dit la baronne accablée, tu voudrais douter... pour absoudre ! Oh ! je m'estime encore , Gustave ! ne fût-ce que pour avoir apprécié ton noble cœur autrefois , el ne past'avoir trompé aujourd'hui. Ne point me haïr après tous les supplices que je te fais , c'est plus que de me pardonner Mais plus de sentiment, brisons-là. Monsieur: point d'illusion trompeuse ! il ne me reste qu'une voie à suivre : l'expiation par le sacrifice ; je ne suis plus digne de vous. Le pardon ne serait rien sans l'oubli, et l'oubli n'étant pas possible, le souvenir ne permettrait pas le pardon. Continuer cet entretien, Monsieur, serait faiblesse de votre part : ne m'adressez plus de paroles. Un regard serait de la pitié : Gustave , détournez les yeux.

— Dieu- s'écrie Lersbach hors de lui, quel est le misérable!... l'infâme'... dont le prestige séducteur!...

— Arrêtez! interrompt Ida : lui , un infâme' non, Monsieur.

— Vous oseriez Jéfendre cet homme :

— Frappez le plus coupable ■ c'est moi.

— Mais le nom du traître, Madame?

— Ah Monsieur! ce nom, c'est du sang.

Suis-je assez tombée bas devant vous ! me demander un crime de plus !

— Vous l'aimiez donc? s'écrie Lersbach.» Et ses dents grinçaient de fureur.

«Si lemotoa/, répond la baronne, si ce mot, brisant tout lien entre nous, peut, pour votre tranquillité présente et votre bonheur à venir, vous détacher de moi pour jamais : eh bien ! Monsieur! oui: e'' est possible.

— Arrière! et malédiction ! répond Gustave exaspéré. Vile créature!... va-l-en- »

Et cette grande âme s'est enfoncée toute entière dans sa douleur comme on se jette dans un abîme , sans autre sensation que l'horreur.

Assis sur un fauteuil à quelque dislance du sarcophage , le baron paraissait inanimé. Un silence d^airain , comme à la maison des Trapistes, s'étendait sous le toit funèbre. Ida , d'un bout delà chambre à l'autre, se traîne, toujoursà genoux et le front courbé, jusqu'aux pieds de son mari ; ses beaux cheveux blonds, comme ceux de la pécheresse de Judée , tombaient en désordre sur ses épaules nues , dont la blancheur ressortait éblouissante, du milieu des tentures noires, à la clarté lugubre des cierges. Humiliée, sur la poussière, ne voulant ni pardon ni excuse , belle de son mépris d'elle-même: oh- qu'elle était touchante et sublime, à ce moment d'horreur et de mort, dans l'immense repentir de ses fautes et son immense affliction •'..

« Gustave I dit-elle à voix basse , adieu ! tu m'as maudite, c'est bien! je le voulais ainsi , et je pars. Loin de toi , proscrite et flétrie , reniant les jours que tu n'as pas remplis,

errante au milieu des souffrances , ma voix déshonorée ici bas , ne s'élevant contre personne, s'interdira jusqu'à la plainte : j'ai mérité mon châtiment. Adieu! couchée avant le soir , je dormirai la première dans la nuit éternelle et sous la pierre glacée; qu'une autre , auprès de vous me remplace- Vous, si digne d'un cœur fidèle! ne renoncez pas à l'amour, parce qu'un premier amour fut fatal. Heureuse et bénie soit la femme... qui vous consolera de moi ! Dieu vous la doit, et je l'appelle. Nul ne saura , moi disparue , si jamais je vous ai trahie ; seule, je me rappelerai...el cela pour mourir plus vite... à quel point vous m'avez aimée ! Une prière cependant, ne haïssez pas ma mémoire. Gustave î un jour peut-être , là haut , si Dieu pardonne au repentir, à votre départ pour le ciel , j'accourrai vers vous épurée, et nous reprendrons notre amour. »

La voix étranglée de sanglots, elle s'arrête,

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