‹ IdaChapitre 10 sur 12 · G IDA · texte numérisé non relu

G IDA

— Madame !

— Allez m'atlendre au salon.

— Et votre amie ?. ..

— Elle est sauvée. »

Le médecin , abasourdi , s'est retiré sans ajouter un mot; et la vicomtesse, toute à l'idée soudaine qui venait de s'offrir à elle comme une clarté merveilleuse, s'est rapprochée de la baronne. Elle s'assied près de son lit ; une secrète joie éclate sur ses traits , et son regard est plein de tendresse.

« Si je ne craignais, lui dit-elle , votre nature impressionnable qui, s'exagérant le bien et le mal , se fait de toute chose un supplice , je vous offrirais , chère Ida , quelques images consolantes.

— En est-il encore pour moi ! répond madame de Lersbach. Échanger la misère d'ici bas contre l'éternité d'en haut , voilà mon

unique pensée. Paralysée au moral commeau physique , je vais en arriver bientôt à chercher mes douleurs et à ne plus pouvoir les retrouver. Que ferais -je désormais en ce monde où je vivais autrefois par la souffrance, où je ne vis plus par rien aujourdMiui ? Me parlera moi, d'avenir et de consolation î... Je ne comprends plus l'espérance.

— Vous vous trompez, reprend Amélie , nous nous sommes toujours comprises , et je suis l'espérance même. Ida ! nos deux âmes s'entendent.

— Naguère , je l'avais pensé , réplique amèrement la baronne; mais maintenant, convaincue comme vous l'êtes de l'absurdité de mes croyances, et me jugeant la tête perdue...

— Moi , ma très-chère, quelle erreur ! j'ai douté un instant, je l'avoue, de la doctrine de vos pères, j'ai fait le Moïse au rocher et

le Sl-Picrre sur les eaux : mais je viens , el à l'instant même, de reprendre mes convictions et mon enthousiasme : je crois à l'autre Ida comme à vous, et j'en bénis le juge suprême; car , vos croyances étant vraies

— Eh bien !

— Eh bien ! vous êtes sauvée ! »

La pauvre malade a relevé la tête avec une étrange expression d'espoir et de peur , d'étonnement et de doute. Son œil a repris de l'éclat.

« Vousavez quelque chose à m'apprendre ? quelque chose d'extraordinaire ? Serait-ce relatif au duel ? Mais que pourrait-il y avoir là d'heureux pour moi ? Ne suis-je pas la cause d'un meurtre? Un châtiment vengeur doit m'atteindre. »

Amélie hésite un instant dans sa réponse. La fable qu'elle a préparée commence à la

troubler elle-même ; une sorte de honte l'arrête.

«Bah! se dit-elle ensuite en son cœur, qui veut la fin veut le moyen ; mentir, en pareille occasion , est un devoir de charité. L'intention justifie le fait. »

Et elle reprend à voix haute.

« Rassurez-vous ! point de remords. L'adversaire du comte Raoul n'est que dangereusement blessé: il ne mourra point, on l'espère. »

Ida s'est sentie ranimée. Elle ajoutera foi aux mensonges.

« Dieu soit béni ! réplique-t-elle; à l'heure des derniers soupirs , j'aurai une angoisse de moins.

— Ida, vous n'en aurez aucune, ce n'est

pas vous qui périrez. Ne viens-je pas de vous

faire entendre qu'un événement imprévu a eu

lieu, qu'il est dénature, pour vous, à changer

complèlenieiit la face des choses^ qu'un jour serein et pur se lève , et que si j'osais tout vous dire...

— Achevez 1 je puis tout entendre , je crois même avoir deviné : M. de Lersbach est

ici ? »

Elle a prononcé ces mots avec le frisson de la terreur. Ses lèvres blanchissent , sa respiration est suspendue...

« Non , dit la vicomtesse à la hâte ; non , le baron de Lersbach n'est pour rien dans le grand événement que j'ai à vous annoncer. Ceci ne serait qu'un mari qui arrive, ma nouvelle est un ciel qui s'ouvre.

— Votre nouvelle. . . un ciel qui s ouvre !

— Ou plutôt, reprend Amélie , un abîme qui se referme.

— Vous oubliez donc , dit la baronne, la fatalité qui pèse sur ma tête 1 la rencon-

tre qui a eu lieu', rencontre ({ue la mort doit suivre!

— Précisément , nous y voilà : Cette ren- , contre si terrible, eh 1 ma chère! aujourd'hui.. . pour vous... c'est la délivrance complète... c'est le salut... c'est le bonheur.

jj ; — Expliquez-vous!

— Du calme surtout ! j'ai commencé, je vais finir. L'Ida qui vous a tant poursuivie,

.celle dont la fatale existence était le désespoir de la vôtre , la fugitive vision précédant les catastrophes , la femme voilée de l'auberge , votre semblable enfin : elle est morte.

— Morte!

— tiier , à deux pas d'ici.

— Grand Dieu ! • : •

- — . S ur le même terroir,* et cela, sans doute,

-est dans. Pordre. Ainsi, tous vx)s malheurs sont

finis. Plus d'aftlictions, plus d'orages. Vous

voilà libre , heureuse et sauvée. . . ' i.

— Elle est motte! ré[)Qloh\?i. »

Sa voix n'élail plus sépulcrale, l'air rcvcnail librcnicul :\ sa poitrine , une révolution intérieure semblait s'opérer on elle ; ses nerfs contractés se tlétendaionl, cl une sorte do rayon lumineux, comme le céleste avant-courcur d'une guérison miraculeuse, descendaib^ éclairer son visage. ,

La vicomtesse a vu l'ciret prodigieux de ses paroles. Il faut compléter le succès j les mensonges vonlallluer.

h Vous vous rappelez, chère Ida, la jeune et charmante Allemande qui était venue demeurer à Marcélias et dont l'existence errante et mystérieuse étonnait la contrée? je vous en ai parlé plusieurs fois. .Vous vous rappelez le - désir que j'avais de la connaître et l'invitation que je lui avais adressée pour mon dernier bal à Paris? Eh bien! cette femme inconcevable dont le visage m'était étranger, et qui dernièrement était partie avec un voyageur

inconnu en pèlerinage d'amour : celle Allemande est l'autre Ida. L'infortunée, après votre entrevue a l'auberge, s'clail en vain jelée entre les combattants... Elle entendit un coup do feu... Puis, ces paroles: // est mort. On l'arracha évanouie de dessus le corps sanglant du vaincu... On l'emporta jus(|ue chez elle, en ce pays, à sa campagne, où le docteur Crivel accourut. Quel spectacle ! Aucune ressource!... Le coup mortel était porté. La Providence, qui vous avait réunies, avait prononce entre vous. L'autre Ida devait succomber. Le médecin, qui a tout su, m'a communiqué cescirconstances. Là, toul à l'heure encore, il me montrait, de votre croisée, la demeure où elle a rendu le dernier soupir. Il vous donnera des détails... Elle a reçu les sacrements. Le ciel en soit loué, chère amieî votre avenir n'a plus de nuages. La santé va vous revenir; et le bonheur enfin vous appelle- •

Madame de Crévanne^ à la fois douée d'une

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