J'ÉCRIRAI
Nota. — J'ai exécuté ma promesse. Il ne me reste plus qu'un devoir à remplir, et je le fais en toute conscience, avec entière conviction : c'est de rappeler à mes lecteurs ces paroles de la vicomtesse :
«Je vous le jure sur l'Iionneur : mon récïl n'est point une fable. *
Des bougies venaient d'être allumées dans un des plus élégants boudoirs du faubourg Saint-Honoré à Paris. La vicomtesse Amélie de Crévanne, assise devant son bureau, écrivait à son médecin; un laquais attendait sa lettre.
« Madame reçoit-elle ce soir?
— Non. Qu'on ne laisse entrer personne, excepté le docteur Bravin et la marquise de Sénard. Vous en préviendrez le concierge.
— Oui, Madame.
— Portez sur-le-champ mon billet ! vous direz au docteur que je l'attends.
— Ce soir?
— Oui ; et dépêchez-vous. »
La vicomtesse, restée seule, s'est nonchalamment étendue sur sa causeuse. Rien de plus coquet que sa pose, hormis cependant sa toilette. Un petit chien jouait à ses pieds. Elle était entourée de corbeilles de fleurs, d'instruments de musique, de parfums dans des cassolettes, de petits Dunkerque sur des étagères, et de toutes les dispendieuses futilités qui signalent une femme à la mode. Amélie, néanmoins, au milieu de ce prodigieux développement de nécessités inutiles, semblait souffrante et sou-
cieuse. Que manquait-il à cette femme? la jeunesse? elle avait vingt -quatre ans; la beauté? elle était charmante; la santé? elle se portait à ravir; la fortune? elle avait quatre-vingt mille livres de rente ; la liberté? elle était veuve. Pourquoi donc un visage sombre? Hélas ! c'est que, comblée de toutes les faveurs d'ici-bas, elle avait l'affreux mal des heureux, le tourment de ceux qui n'ont aucune peine, les soucis de l'oisiveté superbe, le cancer des riches : V ennui !
Cependant une circonstance imprévue était venue récemment l'arracher à son état de malaise habituel, mais ce mieux avait peu duré. Quelque nouveauté s'offrait-elle à son esprit, Amélie l'adoptait avec transport. Puis, aussi changeant que rapide, que devenait l'enthousiasme? après s'être allumé en brasier splendide, il s'éteignait en feu de paille.
La première année de son mariage, la vicomtesse de Crévanne, espérant échapper à
l'ennui, avait voulu voyager en Allemagne et s'y était intimement liée avec la jeune Ida Vanburk lille d'un riche banquier du nord. Jolie et du môme âge qu'elle, Ida lui avait inspiré une de ces amitiés vives et passionnées qui, en naissant, se croient éternelles. Amélie ne s'était séparée d'elle qu'après lui avoir juré une affection à toute épreuve. Ida, plusieurs années après, s'était mariée au baron Gustave deLersbach, chambellan de l'empereur d'Autriche. Une mission diplomatique avait par malheur séparé les nouveaux époux presque aussitôt après la cérémonie nuptiale; la baronne en avait ressenti une telle douleur qu'elle en était tombée dangereusement malade. Un voyage en France ou en Italie lui avait été ordonné par les médecins ; elle était arrivée à Paris; et Amélie, ivre de joie, l'avait vue descendre chez elle.
Ida esta l'hôtel de Crévanne : quel bonheur pour les deux amies! Helas I Les premiers
transports passés, la vicomtesse était retombée dans ses accoutumances d'ennui. Elle avait espéré que la venue de sa chère Allemande imprimerait un nouvel essor à ses pensées, lui procurerait des joies permanentes, réchaufferait son âme engourdie, donnerait du mouvement à son existence et dissiperait enfin ses sombres humeurs. Vaine attente ! fatal mécompte! La baronne de Lersbach, au lieu d'apporter avec elle les distractions et la gaîté, les plaisirs et le sentiment, arrivait plaintive et mourante. Une profonde mélancolie était empreinte sur ses traits et dans son maintien. Sa marche* était lente et rêveuse, sa figure inquiète et pâle. Il y avait quelque chose de mystérieusement égaré dans l'expression de ses yeux. Sa parole et même son accent, bien que gracieux et suaves , avaient un caractère étrange. Était-ce le malheur ou la maladie qui l'avait réduite à cet état de dépérissement et de langueur? on se le demandait en vain. Sa souffrance était une énigme qu'elle semblait
s'être plue à composer pour la rendre inexplicable : car nul docteur, en aucun lieu, n'en avait pu trouver le mot.
Une pareille jeune femme, auprès d'Amélie de Crévanne , était donc un ennui de plus. Quel cruel désappointement ! 11 y avait déjà deux jours qu'Ida de Lersbach était à Paris j et ces deux jours s'étaient traînés, pour la vicomtesse, aussi fastidieux et aussi tristes que de coutume. La baronne se refusait à toutes les parties de plaisirs que lui proposait son amie. Le spectacle la fatiguait; les promenades lui donnaient le spleen ; les raouls lui attaquaient les nerfs; le bal lui était odieux; les concerts lui brisaient la tête. Son mal inconcevable, au milieu duquel elle paraissait s'être posée de son plein gré, tant elle cherchait peu à le combattre, était un de ces problèmes subtils qui embarrassent la science et (jui déroutent les calculs : on s'y perdait sans s'y instruire.
IDV. 31
Que faire (l'une telle compagne!... L'état de la baronne était une chose véritablement extraordinaire. Comment ne pas s'en inquiéter ! L'înqidélude, heureusement, jetait quelque chose de neuf et de varié dans la vie monotone d'Amélie. De C extraordinaire, en outre , c'était du piquant et de l'imprévu. Puis il y avait un singulier mystère dans le découragement de cette jolie Allemande à qui rien ne manquait ici bas, ni la beauté, ni la fortune : Le mystère! soruce d'études. Que d'armes pour tuer l'ennui!
La vicomtesse, obligée de renoncer aux divers amusements dont elle voulait entourer Ida, s'efforce à pénétrer ses secrets. Son imagination est partie , pour ainsi dire , bride abattue, sur la route des conjectures. Voici les pensées de la course :
<t Ma se meurt d'amour. Elle a fait quelque « vœu fatal. Son mari l'a abandonnée. Elle est « la proie d'un maléfice. Un monstre a juré sa
« ruine. Son âme a de mysliques délires. Le fan- « tastique est sa ualiire. »
Oh! que tout ceia remue violemment l'esprit ! Des reeherches à entreprendre,
uïiQ guérison à essayer, quelque merveille à découvrir!... Amélie s'est sentie revivre. Elle se sourit d'un air triomphant; elle aura une marche et un but. Quels remcAles contre P ennui !
Elle a écrit à son docteur.
A Monsieur Bravin ( très- pressé ).
« Elle est arrivée, cher docteur. Ma char- « mante Ida est chez moi, mais en en quel état? « juste ciel !... Accourez, j'ai besoin de vous.
« ida Vanburk, à l'époque où je la connus « pour la première fois en Allemagne, était « déjà poursuivie par une pensée fixe et se- « crête, une pensée profonde et fatale qui la « dévorait lentement. Cette pensée, que je n'ai « jamaispu pénétrer, et que le temps, l'amour.
« le mariagcoii le monde, auraient (lu dislrairc « et détruire, celte mystérieuse pensée a ))ris « au contraire un nouvel empire sur ma ro- « manlique Allemande. Elle succombe, peu à « peu, à je ne sais quel mal inconnu; et ce « mal , ce n'est pas le mien : Sa souffrance « n'est pas l'ennui f
< Ida Vanburk a pourtant un mari Cju'elle « aime. Elle est jeune, riche, jolie. Instruite « et cultivant les arts, elle a des talents en- « chanteurs. Sa position sociale est des plus « brillantes. Comment donc s'expliquer sa 0 tristesse et ses douleurs? Quant à moi, je « me suis élancée pour elle, à la découverte, « sur un océan de suppositions ; et, je l'avoue, « j'y ai fait naufrage.
« J'ai bien quelques vagues idées; mais, bul- <' les d'air sans consistance , à peine for- « mées elles crèvent; je n'ose les heurter « à aucun examen, ni les soumettre à aucune « discussion. Venez, mon cher docteur ! Ve-
0 nez vite! Nous étudierons la baronne : nous •< échouerons peut-être : n'importe.
<f Madame de Lersbach ne compte rester « que peu de temps à Paris ; elle prétend « avoir la passion des voyages. Hélas ! le su- « prème plaisir de courir le monde est géné- <( ralement celui des âmes inquiètes, maladi- " ves et tourmentées. Tout être heureux est « sédentaire.
« Je ne pardonne point à mon amie sa froide « réserve à mon égard. Je serais si satisfaite et « si fière de recevoir ses confidences!... Mais « Ida veut aller seule à travers les tribulations « de la vie, sans demander aide à personne. « Je crois qu'elle prend à tâche, avec une « sorte d'orgueil, de se construire, à part et « dans l'ombre, une affliction complète et dé- « mesurée. Hors Tesprit de Dieu, je ne vois « aucune force qui puisse la retirer de cette « vie de mort où elle s'enfouit à plaisirj et « cependant je vous appelle!...
« A ce soir, docleur ! Toute à vous.
« La vicomtesse de Crévanne. »
Cette lettre achevée et partie, Amélie, seule et fatiguée, s'était presque endormie au milieu des parfums qui l'entouraient, quand la porte de son boudoir s'ouvrant à petit bruit, Ida de Lersbach se présente.
Oh ! qu'elle était jolie cette Tda! mais quelle fleur décolorée!... On eût dit, à la langueur de sa démarche, à la souplesse de sa taille, aux rayons brisés de son regard, à la transparence de sa peau, un songe des fils d'Ossian. Le prisme mélancolique de sa position jetait sur toute sa personne un je ne sais quoi de vague et d'idéal qui, tout en attristant, charmait. Elle rappelait ces figures gracieuses, incomplètes et fugitives, des vieilles ballades du nord, figures à la fois vraies et douteuses, ensemble de la terre et du ciel, qui ne sont ni corps ni vapeurs, mais qui tiennent des deux
?.(j IDA.
natures. L'excessive impressionnabililé de son Ame se reflétait sur son teint diaphane et bleuâtre qui, alternativement, se pâlissait et se colorait de ses idées ou de ses paroles. Elle possédait au plus haut degré l'intéressante beauté de la souffrance rêveuse et de la grâce résignée. Les hommes ne pouvaient regarder celte plante si frêle et si belle, battue par un orage invisible, sans éprouver une pitié pleine de prestiges qui forçait à l'admiration quand elle ne tournait pas à l'amour. Ida n'avait rien de cette coquetterie française qui, recherchant l'éclat et le bruit, veut une atmosphère d'hommages; et pourtant, au milieu du monde, passant silencieuse et pâle, dédaignant l'art et les succès, tout était magie sur ses pas, tout était encens autour d'elle.
La vicomtesse deCrévanne s'était nonchalemment levée en apercevant son amie. La baronne de Lersbach était vêtue de blanc. Ses cheveux blonds, nattés et bouclés, n'avaient
Jii rubans ni guirlandes. Ils étaient en partie relevés autour de sa tête avec une élégante simplicité. Sa robe de mousseline claire dessinait ses formes charmantes. Ses bras avaient la blancheur de l'albâtre. On entendait à peine ses pas ; et, à la clarté des bougies, à travers les géraniums, les camélias et les tubéreuses, elle se glissait furtivement,' comme une fille des sylphes, moitié femme et moitié nuage.
f Ah ! vous voilà ? dit Amélie. Vous vous trouvez donc mieux, chère Ida? Venez, j'ai fait fermer ma porte. Nous causerons, nous serons seules.
— Merci, répondit Ida lentement. Que vous êtes obligeante et bonne] »
Elle s'était assise, en prononçant ces mots, à côté de la vicomtesse j et, mollement appuyée sur des coussins de velours avec une grâce toute orientale, elle a repris d'une voix faible :
« Nous resterons seules : tant mieux.
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— Et vous me confierez vos soufl'rances? poursuit Amélie d'un ton caressant. Car vous chercliez vainement à le dissimuler , vous avez de secrètes peines. Tenez ! vos regards sont humides; vous venez de pleurer, j'en suis sûre. Chère Ida ! prouvez-moi donc que vous m'aimez. Ouvrez-moi franchement votre âme. Ne vous suis-je pas dévouée!...
— Mais non, dit la baronne troublée, je n'ai ni pleuré ni souffert. Je suis heureuse... d'être ici.
— Heureuse! votre physionomie exprime le contraire. Non, vous n'avez ni joie ni bonheur. De tristes pensées vous poursuivent.
— Qui n'a ses tourments , Amélie ! Les miens, d'une nature à part, fuient avec effroi les questions. M'expliquer ne m'est pas possible. Il est certaines idées qui ont besoin de certaines atmosphères ; ici, elles se dilatent et vivent; là, elles se déforment et meurent
— J'entends, inlerrompt Amélie. Ma sphère vous paraît mauvaise
— Ne m'en voulez pas, chère amie ! Mes bizarreries sont inhérentes à mon organisation; je ne puis ni m'en affranchir ni les justifier. Parfois je m'en indigne moi-même; elles finiront, j'en ai peur, par me brouiller avec ceux qui m'aiment, et par tracer un cercle de solitude autour de moi. De grâce! ne me grondez pas! Ne me croyez point une ingrate ! Laissez-moi jouir en silence du bonheur d'être auprès de vous; car, même quand je parlerais...
— Eh bien !
— Vous ne sauriez me comprendre.
— Ida ! répond la vicomtesse avec le ton frivole et léger qui lui était habituel : Vous arrivez, je le vois^ toute imbue de rêveries germaniques , toute saturée de mystiques croyances. On s'y complaît aux bords du Da-
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mibe. On en rit aux bords de la Seine. Les femmes incomprises, et les âmes méconnues, ne soïit plus de mode à Paris. Pardon ! nous causons en amies. Vous me permettez la franchise?
— Eh ! pourquoi la redouterais-je ?
— En ce cas,jecontinuerai. Le domaine des contemplations, chère amie , est fort admirable sans doute, mais beaucoup trop en l'air,
selon moi. On y monte et la tête tourne.
Ida, laissez-moi vous guider. Les infirmités humaines ont presque toutes leur remède; et l'art de guérir réside souvent dans celui de persuader. Ne repoussez donc pas mes conseils ! Qui pourrait vous trouver à plaindre? La Providence vous a comblée de biens; le monde vousjugera ingrate envers le bonheur, car vous laissez de côté des réalités pour ne vous occuper que de chimères... du moins selon toute apparence. On dirait que vous effeuillez votre vie à plaisir pour en flétrir chaque parcelle et en lacérer le total. Que vous manque-
t-il cependant! Vous aimez M. de Lersbach?
— Je n'ai jamais aimé que lui.
— Son cœur est à vous ?
— Tout entier.
— Graindriez-vous quelque ennemi?...
— Non.
— Quelque maléfice?
— Encore moins.
— Vous êtes trop jolie pour qu'on puisse vous déclarer sérieusement malade. Vous avez une trop brillante position pour pouvoir vous plaindre de la fortune. L'ennui vous aurait-il envahie?
— Ce mal m'est tout à fait inconnu.
— Ida ! que vous êtes heureuse ! »
La baronne a douloureusement souri.
« Je vous le répète , dit-elle , je ne saurais être comprise.
— Serait-ce égarement de l'esprit?
— J'ai ma raison pleine et entière.
— Mais vos douleurs ont une cause ?
— Laissons ce sujet , Amélie. Au moral comme au physique, il est des maux qui, chez certaines personnes , ont leur pudeur et leurs scrupules ; on hésite à les divulguer, et, parfois , on rougit d'y croire. Hélas ! le mien est de ce genre. Il peut paraître , je l'avoue, un ridicule ou un fantôme : l'un ou l'autre et même tous deux. Qu'y faire! Vous n'y pouvez rien.
— Le plaisir, les distractions...
— Seraient des supplices de plus.
— Me jugez-vous indigne d'entrer en rapport, au fond devotreâme, avec lespuissances inconnues qui y casernent vos sentiments? Mais je leur serai toute aimable et toute avenante. Auriez-vous peur que, chez vous, je ne
gênasse la circulation des idées en m'y jetant sans en avoir? Mais vous me gratilierez du menu fretin des vôtres, et ce fretin pourra grandir. Craignez-\ous que nos conversations n'aient du retentissement hors d''ici? Mais nous ne ferons pas comme les sociétés secrètes qui délibèrent mystérieusement avec des portevoix et des presses. Allons, parlez ! expliquezvous !
— Non , l'heure n'en est pas encore venue, Amélie. Plus tard. . . je le promets. . . j'essaierai .
— Bien , dit la vicomtesse piquée : ajournement indéfini. Calfeutrez-vous dans vos tourments ! repoussez tout... jusqu'à l'amitié! Faute de sujets de douleur, créez- vous-en! et sans pitié !
— Ne faut-il pas souffrir ici bas? n'est-ce pas la loi générale? Que ce soit donc d'une façon ou d'une autre que la vie soit pénible et rude, qu'importe! on remplit sa carrière; le but , au bout du compte, est le même. Puis ,
AÂ IDA.
misères et jouissances , tout sera pesé dans le ciel ; et malheur peut-être , là haut , à qui ne pleura point ici bas !
— Oh! sur ce terraîn-Ià, je m'arrête. Vous ne voulez pas sortir des mystères; il vous faut le champ des espaces. Quant à moi , je m'en échappe au plus vite, car le grandiose m'écrase et le sublime me confond. L'infini^, pour moi, c'est trop vaste; et l'éternité... c'est trop long. »
La vicomtesse, en prononçant ces mots, riait de ce rire à la mode qui n'est ni gaîté ni grimace , mais une habitude des lèvres, un besoin d'animer les traits. La capricieuse Amélie eût bâillé si elle n'eût ri.
Une visite est annoncée.
« Madame la marquise de Sénard!»
Une daine, âgée d'environ cinquante ans, mais ayant conservé la grâce et l'élégance des beaux jours de la vie , s'avance vers la vicomtesse. Un jeune offjcier la suivait.
« Pardon ! je devais venir seule , dil la marquise à son amie; je savais que, moi exceptée, vous ne vouliez voir personne ce soir; mais mon fils arrive d'Alger; il vous est encore inconnu ; je vous l'amène , et le voici. H désirait vivement vous être présenté d'une manière spéciale et particulière : excusez-vous mon indiscrétion ? Très-chère , j'en suis désolée , mais si vraiment vous aimez la mère , il vous faudra subir le fils. »
Ces paroles, débitées avec une singulière pompe , et accompagnées de regards d'intelligence, semblaient avoir été concertées d'avance entre les deux dames. Point d'embarras, point de surprise. On savait son rôle à merveille.
« Quoi ! c'est M. le comte Raoul ! répond la vicomtesse avec l'apparence de l'étonne-
ment : un brave des champs de l'Afrique !
j'ai ouï parler de ses succès. »
Son sourire était plein de prévenance et de
coquetterie; elle a salué gracieusement. Puis, s'adressant à la marquise :
« Permettez à mon tour, conlinue-t-elle, que je vous présente une amie arrivée ces jours-ci de Vienne! la baronne Ida de Lersbach. »
Quelques phrases insignilianles, prononcées avec l'accent d'une affectueuse politesse, se sont échangées de part et d'autre. Ida seule parlait à peine.
« Ma chère 1 continue Amélie en s'asseyant auprès de madame de Sénard , c'est singulier combien je trouve de rapports entre M. Raoul, votre fils , et la jolie Emma votre nièce ; la ressemblance est remarquable. »
La baronne de Lersbach a tressailli comme si elle eût été surprise en faute. Son regard , indifférent et froid , qui s'était presque toujours tenu baissé depuis l'entrée de la marquise, s'est levé tout à coup, avec une vivacité pleine d'intérêt, sur le jeune comte de Sénard. Un profond soupir a suivi.
Raoul était un bel officier de vingt-huit ans. Grave et mesuré dans ses manières , il cherchait en toute chose à se poser des bornes et à s'interdire l'élan. C'était de ces hommes dont, au premier aspect , on n'a pas besoin de s'enquérir de la naissance , tant la distinction du maintien prouve à l'avance la noblesse. Habiluelleraent maître de lui, il avait peur de l'émotion; et, la tenant constamment en bride, il cachait avec soin en lui le bouillonnement sous la froideur. Il était br^ve et bienfaisant ; mais sa hardiesse tranquille et sa générosité modeste évitaient le bruit et l'éclat. Le monde était sans charme à ses yeux , il y portait une sorte de majesté dédaigneuse qui^ planant au dessus des vanités sociales, en méprisait de haut les sottises. Ayant formé son cœur dans la solitude et son caractère dans la société , il avait pris de l'une sa force et de l'autre sa courtoisie. On eût pu séparer en lui l'être vrai de l'être factice; et chaque part, l'une sans l'autre, eût fait encore un homme honorable.
La conversation chevauchait. Quelques coups de lance, dirigés çà et là par la vicomtesse, y venaient seuls donner du piquant. Raoul se montrait soucieux , et chacun semblait s'observer.
« Ma nièce Emma , dit la marquise , est en ce moment bien souffrante.
— Mariez-la , répond Amélie, j'ai pour elle un parti en vue.
— Il s'en est présenté plusieurs ; mais , ma chère ! ils m'ont tous adressé la grande et suprême question : Quelles sont ses espérances ?
— C'est-à-dire, reprend le comte , que vaut la dépouille de ses parents ? peut - on compter sur le prochain décès des père et mère? Combien doit-on gagner à leur mort ?
— Raoul! a répliqué madame de Sénard avec une teinte d'humeur, il est toujours dangereux de descendre trop avant dans le cœur humain. Est-ce que tout ne s'en va pas, ici
bas , voire même les amours , avec les années et les intérêts; il ne faut donc exiger du monde que ce que, tout juste , il peut donner; vous aurez beau le censurer avec la sévère austérité de vos principes , vous n'en changerez pas les coutumes, et vous n'y trouverez que souffrances.
— D'accord : je les accepte, ma mère. C'est son aptitude à souffrir qui prouve à l'homme ce qu'il vaut. »
La baronne de Lersbach dirige de nouveau ses regards vers le comte avec un étonnement rêveur. lia fixé son attention.
« Oh ! oh ! de la métaphysique ! reprend la vicomtesse avec une légère ironie ; cela me paraft bien solennel; mais cela vous va, chère Ida! des moralités éclectiques! . . . l'entretien tire au germanisme. »
La pâle étrangère a rougi.
« Et Alger! parlez-nous d'Alger! poursuit
nonchalamment Amélie ; je suis passionnée pourTAfiique. Ces bons Bédouins à robesblanches!... j'en ai vu à la Porte-St-Martin... ils dansentvraiment à merveille. A vez-vous bivouaqué sur l'Atlas? le beau pays! si près des étoiles!... y sommes-nous vainqueurs ou vaincus?
— Madame ! répond l'officier d'un ton grave, le soleil de la France se cache parfois , mais il ne se couche jamais.
— C'est vraiment très-bien de sa part , dit la maligne vicomtesse. Et que faisons-nous en Afrique? y portons-nous la foi chrétienne? »
La marquise éclate de rire.
« Quelle question, chère amie! Nous, c/zmtianiser Alger! Les catholiques que nous y envoyons investis du pouvoir y mangeraient le bœuf Apis un Yendredi-Saint.
— Hélas! dit Amélie étouffant un bâillement invincible , où trouver aujourd'hui des croyances?...
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— Il en est, inlerroinpt Raoul, que le siècle, malgré son prosaïsme et ses doutes, conservera intactes partout, tant que le ciel aura son dôme et l'humanité ses douleurs.
— Bravo ! réponse de poète , reprend gaîment la vicomtesse. En effet, croire est chose douce. Mais la foi, en toute chose, est une langue difficile qu'on ne parvient à bien connaître qu'en la parlant fréquemment avec ceux qui la possèdent. Or, causer long-temps me fatigue; et, par malheur, apprendre m'ennuie. »
Le langage d'Amélie avait froissé l'âme d'Ida. Celui de Raoul la charmait. Elle garde un morne silence.
Un laquais a ouvert la porte.
« Madame! M. le Docteur.»
Le médecin s'est approché. La vicomtesse l'accueille avec l'empressement le plus affectueux et le présente à son amie.
« c'est M. Bravin , chère Ida. C'est à lui que j'ai dû souvent la guérison d'une infinité de maux. Il est si instruit, si soigneux! l'Allemagne , d'où vous venez , n'a pas de plus aimable docteur. Vous le consulterez, n'est-ce pas? »
Les yeux du moderne Esculape s'étaient fixés sur la baronne avec l'expression de la surprise,
« Madame arrive d'Allemagne?
— Elle est depuis deux jours à Paris , répond madame de Crévanne.
— Mais pourtant , reprend le docteur , dimanche matin, j^en suis sûr, j'ai aperçu Madame à St-Roch. »
La baronne de Lersbach pousse un cri de douleur et d'effroi qui tenait de l'égarement. Sa figure s'est décomposée ; ses nerfs se contractent; un tremblement convulsif agite ses membres ; son œil est devenu hagard.
— Vous m'avez vue?... répète-t-ellc 5 moi, Monsieur?... dimanche?... àSt-Roch?... »
Sa voix était brève , entrecoupée , ardente; et pourtant le û oid de la mort paraissait courir dans ses veines.
u Oui, à St-Roch, poursuit le docteur; il y a aujourd'hui cinq jours. Madame est si reconnaissable...!
— Erreur ! interrompt Amélie.
— Même taille , mêmes cheveux , a insisté le médecin. Pardon, madame de Lersbach ! Vos yeux, vos traits, votre blancheur..! Ce ne pouvait être que vous.
— 0 mon Dieu!... s'écrie la baronne. » Et Ida s'est évanouie.
Trois jours s'étaient passés. La baronne de Lersbacli, en proie à d'incessantes persécutions mentales, sans repos et sans diversion, n'avait quitté, pendant ces trois jours, ni son appartement ni son lit. Repoussant avec une ji'épugnance marquée les soins <:lu docteur
Bravin, elle n'avait paru touchée que de ceux de la vicomtesse de Crévanne; et, en effet, les preuves du plus tendre dévoûment lui avaient été prodiguées par Amélie. Ni celle-ci, ni le médecin n'étaient parvenus néanmoins à l'arracher à ses profondes rêveries. Ida, retranchée derrière un silence obstiné, laissait leurs questions sans réponse.
Vers la fin du troisième jour, la baronne de Lersbach, sortie enfin de son lit, mais couchée sur une chaise longue, sommeillait assez paisiblement. L'irritation de ses nerfs s'était calmée -, et son charmant visage avait repris une apparence de sérénité. Le docteur, assis auprès d'elle, s'attribuait ce commencement de guérison. Amélie lui parlait tout bas.
« Docteur! a-t-elle encore la fièvre?
— Non, Madame : elle est beaucoup mieux.
— Mais enfin qu'a-t-elle éprouvé ?... comment nommez-vous sa maladie?
— Exaltation nerveuse , Madame : inflammation dans le cerveau: révolutions mentales :
Név7'osc.
— C'est-à-dire, mon cher docteur, pliénomènes problémaliques. Ce que personne ne comprend : ni elle, ni vous, ni les vôtres.
— Êtes-vous bien certaine, Madame, qu'elle n'étail pas à Paris le dimanche où j'ai cru la voir à Saint-Roch?
— Positivement sûre, docteur.
— En ce cas, comment et pourquoi ?...
— Voilà l'impénétrable mystère. Cherchez! quant à moi, je m'y perds.
— Elle vous aime cependant. Si vous l'interrogiez?
— Je l'ai fait.
— Et quelle réponse!
— Des spasmes.
— Cela ii'écluircit pas la question. Essayez encore aujourd'hui. Elle est hors de danger.
— J'essaierai.
— Votre amie s'éveille, Madame : je vous quitte. J'ai remarqué que ma présence lui était pénible. Je ne pourrais que gêner les épanchements de l'amitié. Je vous laisse. »
Et le docteur s'est éloigné.
« Chère Ida! dit la vicomtesse : enfin, vous souffrez moins, n'est-ce pas?...
— Comment ne pas guérir près de vous!
répond languissamment la baronne. Tant de soins et tant d'amitié !...
— Il faut votre bonheur à ma vie. J'y veux travailler, aidez-moi.
— Bonne Amélie! que faut-il faire?
— Vous lier à ma discrétion, ne rien cacher à votre amie.
— Et la luuniiciiter de mes peines ?
— Non : me les donner à calmer.
— Hélas! vous n'y sauriez parvenir. Oscrais-je mettre à nu, devant vous, la plaie qui me ronge et me tue !... A peine voudrez -vous y croire : et le rire, les moqueries
— Pardon ! ces mots vous offensent. Mais, mon horizon se rétrécissant chaque jour dans l'idée fixe qui m'absorbe, je sens se comprimer mes esprits. La reconnaissance, pourtant, ne saurait s'affaiblir en mon cœur; et elle m'entraîne vers vous. Non, je ne serai point une ingrate -, vous l'exigez, je parlerai .
— Allons! courage et confiance! »
La baronne de Lersbach a passé sa main sur son front avec l'hésitation de la peur. Elle recueille ses souvenirs; elle appelle à son aide toutes les forces de son intelligence. Puis elle poursuit en ces termes.
« Je suis bien faible , clière amie : mes récits s'en ressentiront. Oh! c'est que depuis long-temps, mes pensées, brûlantes ou glacées, étinceiantes ou ternes, n'ont cessé de rouler dans un cercle de terreurs, de larmes et de ténèbres. Ma douleur n'est pas de ces lumières qui éclairent la vie. Rien ne m'aide, tout m'est funeste. Quand on me parle, je ne sais si j'écoute; quand j'entends, je ne sais comment j'ai compris; si je travaille, je m'épuise ; lorsque je marche, je m'égare ; si j'entends du bruit, je frissonne; enfin, constamment hors des voies communes, je n'ai plus de moi que mon nom.
— Imaginations! chère Ida.
— Je m'attendais à cette réponse. Vous direz : Cette femme est folle 'y ou, du moins, vous le penserez. Dans ce monde et surtout en France, on croit peu^ je le sais, aux souffrances dont on ne détaille pas la cause, aux blessures dont on ne voit pas le sang, aux an-
goisses dont on n'entend pas le cri. La partie grossière de l'ànie veut regarder, ouïr et toucher. Au mal visible : onguents et charpies. Au mal caché : doute et sarcasmes.
Je suis née, Amélie, dans un pays de traditions et de croyances^ vous ajouterez, peutêtre, de rêves et de superstitions. Soit : je ne changerais cependant pas ma patrie d'amour et de foi pour votre terre de sophisme et d'incrédulité. Malheur aux contrées d'où les coutumes du foyer et les convictions du cœur s'envolent avec leur poésie et leurs parfums, chassés par la froide analyse ! Alors au lieu d'espaces, des bornes; là où tout était plein, le vide ; plus d'enchantement, des calculs ; plus d'enthousiasme, des chiffres. Ah ! dût- on parfois en mourir, mieux vaut croire encore!.. et je crois.
— Quelle âme exaltée! chère Ida.
■ — Source de mes maux! Amélie. Si, à l'aurore de mes jours, de sages conseils, modéranl
l'essor (le mon imagination, lui eussent appris à ne pas sortir de certaines limites, j'aurais présenté, dans l'adversité, moins de prise à la douleur; je l'aurais surmontée peut-être. La vie adoucit ses rigueurs pour ceux qui, saintement éclairés, se font des lois et les observent.
— Ida ! que vous m'intéressez!
— Dès l'enfance, chère Amélie, nourrie de lectures mystiques, je m'étais passionnée pour ces admirables génies à qui le Ciel accorda sur la terre la puissance de communiquer avec les mondes invisibles, puissance niée par les uns, admise par les autres, et mal étudiée par tous. Les écrits de Jean Wier (1), de Jacob Boehm, de Sigier, de Herder, de Cardan, de bien d'autres encore et surtout du prophète Swedenborg (2), excitaient mon en-
(1) Traité des incantations.
(2) Le baron de Swedenborg naquit à Upsal en Suède on 1688,etmouruten 1772. (Jet homme extraordinaire,
thousiasnio. Us furent pour moi des lumières : je crus à l'inspiré de la Suède. 0 Amélie'vous allez me traiter de visionnaire, ainsi que
vécut 28 ans de la vie des esprits. Toujours en communication avec les puissances invisibles , il fut transporté, dit-il, par un ange dans tous les mondes créés; et, après sa mort, l'on affirme qu'il fut vu à la fois en Angleterre , en Suède et en France. Ce prophète du nord , qui, d'après maints récits dignes de foi , avait de l'or en profusion sans qu'on en connût la source , qui voyait ce qui se passait à cent lieues de lui , et qui savait non seulement tous les secrets de la nature, mais tous les mystères de l'avenir, a écrit GO volumes in 4*^ , de plus de. 500 pages chacun , où il se trouve de sublimes inspirations : o Cent ans après moi , disait-il , ma doctrine régira l'Eglise. » Il prédit, juste etsans se tromper , le jour et l'heurcdesa mort: (dimanche 29 mars 1772, à 5 heures. ) Toutes ses prophéties, dit-on (et leur nombre est prodigieux) , se sont exactement accomplies.
Plusieurs souverains désirèrent le voir, et sa mémoire est restée en grande vénération dans tous les lieux qu'il parcourut. Il serait trop long de détailler ici les faits merveilleux dont sa vie fut remplie. Ce qu'il y a de certain , c'est que les nombreux traités où il développe ses croyances fantastiques et ses opinions religieuses, ont dos admirateurs passionnés. On assure que son église, aujourd hui, compte déjà
IcsKrudncr cl les Guémcncc (i), mais je crois fermement h ces élus de la Providence, qui , à force d'élans vers le ciel, parviennent, avant de mourir, à vivre de la vie des esprits. Et pourquoi le Tout-Puissant , par une exception merveilleuse, ne permettrait-il point à quelques âmes d'élite une communication invisible avec les sphères éthérées!... Il l'a fait; il le fait encore. Il en est des preuves partout. Je méditai long-temps, je cherchai. Il s'accomplit en moi, peu à peu, je ne sais quelle œuvre bizarre; mais je me sentis prédestinée à des
( seulement en Angleterre et aux États-Unis ) plus de huit cent mille fidèles. Le savant M. Dumas , dans ses leçons de philosophie chimique, a consacré plusieui's pages au fameux Swedenborg , chef de la secte connue en Angleterre sous le nom de nouvelle église de Jérusalem.
(1) La princesse de Guéménée communiquait avec les esprits et en faisait sa société intime. Elle était de la secte des illuminés; et rien de plus curieux que certains détails de sa vie ; il s'y trouve des choses véritabltmcnt inconcevables à force d'être merveilleuses.
douleurs privilégiées. Des émotions inlui- . tives, m'élevant à de hautes perceptions intellectuelles , m'avertissaient que , dans mon étrange carrière, il y aurait d'aflreuses journées. J'ignorais alors commeni et pourquoi le sceau du malheur devait m'empreindrc ainsi de sa marque : hélas! je l'ai appris depuis; j'ai voulu savoir, et j'ai su. Dois-jc en mourir? soit : j'en mourrai.
— Mon Dieu ! s'écrie la vicomtesse, vous me faites venir des frissons. Vous ébranlez mes nerfs : prenez garde! j'ai peur de ce que je vais entendre. Vous seriez-vous mise en secrète intelligence avec les morts? Causeriezvous avec les esprits? Va-t-il être question du diable? Auriez-vous signé quelque pacte?
— Non, point de pacte, chère amie! répond en souriant la baronne. Je vous devais seulement ce singulier préambule pour vous préparer à ce qui va suivre. Il est, dans le pays de mes pères, une croyance vénérée , une reli-
OG ÏDA.
gieiise croyancô : Les Semblables : voilà son nom. Qui la répandit parmi nous? Ces docteurs sublimes du Nord, qui, comme l'oracle de Suède, écrivaient sous la dictée des anges (i). Le monde invisible, dit-on, l'a transmise au monde visible...
— Ida ! vous y croyez ?
— Comme on Dieu. J'ai des preuves incontestables. Écoutez attentivement : Voici en abrégé la doctrine =
« La Providence a de certains mystères qu'elle ne laisse pénétrer à quelques individus qu'à certaines époques et seulement en quel-
(1) Swedenborg assure que la plupart do ses livres mystiques furent écrits sous la dictée des anges. Lorsqu'un envoyé du ciel vint, en 1745, le chercher icibas , pour le transporter dans tous les mondes du firmament, il écrivit de Visu, son voyage à travers l'espace ; et ce livre scintille de beautés inouies. Plusieurs de ses manuscrits n'ont pas été publiés. 11 possédait un livre qu'il avait trouvé en Tartaric et qui, selon lui , était écrit avant la Genèse : les guerres de Jéhovah ,
ques lieux : les Semblables sont do ce nombre. C'est la religion de toute ma famille; c'est celle de toute ma province. Appuyée sur les livres saints, elle a pour chefs des hommes illustres; et Swedenborg lui-même y a cru.
«Chaque individu de ce globe a exactement son semblable, Dieu le lit double en quelque sorte : môme figure, même taille : le même être en deux parts distinctes. Mais où se trouve chaque part? Comment le Très- Haut régla-til l'époque où naîtraient l'une et l'autre? En quel pays devront-elles vivre? Quel sexe aura chacune d'elles? Là est la destinée de tous.
« Si l'homme a pour semblable un autre homme, sa carrière sera funeste. S'il doit être heureux sur la terre , il aura pour double une femme. Règle égale entre les deux sexes. D'après ce mystérieux arrangement de la Providence, tout ce qui nous advient et tout ce que nous sentons a un principe dans autrui, et une cause hors de nous-mêmes. Sup-