LE PREMIER DISCOURS
(1) Lordàt, Conseils sur la manière d’étudier la physiologie de l’homme. Montp. , i8i3, m-8% p. 7.
(2) M. le Professeur Dubrueil a vu et fait voir un grand nombre de personnes que , chez la taupe , un des rameaux de la branche ophthalmique de Willis se rendait seul à la rétine , et remplaçait ainsi le nerf optique, trop imparfaitement organisé pour que ses fonctions ordinaires pussent être conservées. Malgré tout ce qu’on a objecté depuis, pour infirmer la validité de cette observation , l’autorité de M. Dubrueil * en Anatomie sur-tout , nous paraît d’un trop grand poids , pour que , ce Professeur ayant dit qu’il avait vu cette distribution nerveuse , il pût nous être permis de soupçonner sa véracité. D’ailleurs , M. Adelon (a) ne reconnaît-il pas
(a) Physiologie de, l’homme. Paris , ‘1829 , 1. 1 , p. 34.2.
que la cinquième paire, «danscer tains animaux...., « remplace des nerfs des sens spéciaux , comme « Y optique dans la taupe, la musaraigne ; comme « Y acoustique dans les raies, etc. »
Quant à la transposition des sens, on ne saurait lui être plus favorable que M. de Blainville, puisque Y oreille , selon lui, « n’est encore qu’une « partie de la peau, mais qui s’est modifiée pour « être sensible aux plus légères vibrations des « corps , et pour que l’impression de ces vibra- « lions ne soit pas restreinte à un simple tact (a). » D’après cesidc'es , les sens sont donc une preuve que la peau peut être ainsi modifiée. Maintenant, supposez , par l’effet d’une maladie , une modification analogue , à la peau de l’épigastre, et l’on pourrait voir, goûter, etc. , par cette partie , comme Fouqjjet et Petetin en sont convaincus ; admettez une modification pareille dans la peau du cou , et l’on y verrait par la nuque , comme l’a reconnu PiOSTàn, etc.
(3) De Medicinâ, lib. 8, ed. Kkause , Lipsiœ , 1766, in- 8°, Prœfi, p. 7. Celse s’exprime si clairement à ce sujet , que j’ai de la peine à comprendre pourquoi Goulin ( b ) a pu penser,
(a) Adelon , ouv. cit. , 1. 1 , p. 356.
(b) Mém. littér. , critiq. , philos. , biogr. et bibliogr. , pour servir à l’hist. anc. et mod. de la Médecine , 1775 , m-4° , p. 108 *, Yoy. aussi Galien ( Adm . an. III, 5 ) , et Tertullien ( De An. c. x et xxv ).
qu’HÉROPHiLE n "avait dissèque que des cadavres de criminels.
(4) Que le franc - archer dont parlent Monstrelet dans ses Chroniques , Ambr. Paré dans ses Œuvres, Mezeray dans son Abrégé \ Chronologique , fût de Meudon ou de Bagnole t; que l’operation grave subie par ce franc-archer, sous le règne de Charles VIII (a) , ou sous celui de Louis XI ( h ) , ait été , soit la néphrotomie; soit la taille par une sorte de grand appared (Méri) ; soit la meme opération par le haut appareil, ce qui paraît plus probable (Haller) ; soit enfin la gastrotomie faite dans l’intention de guérir un volvulus (Tolet) : il n’en résulte pas moins de tout cela , que , dans le quinzième siècle , des Docteurs ont été autorisés à faire une vivisection humaine.
(5) Quoique l’organisation soit, à proprement parler , la meme dans un corps humain vivant et dans celui que la vie vient d abandonner , gardez-vous de confondre ce qui est propre à l’un de ces états , avec ce qui ne doit se rapporter exclusivement qu’à l’autre. Cette vérité,
(a) Abrégé chronolog. de l’hist. de France , Amsterd. 1701 , in- 12 , t. I\ , p. 60.
(/») Éloy, Dict;. de Méd. (Colot). — Selon Éloy, ce sérail Germain Colot lui -meme qui aurait alors pra-r tiqué la lithotomie , après en avoir obtenu la permission de Louis XI.
qu’ÀBTSTOTE avait déjà reconnue , a été exprimée par Celse avec assez d’énergie pour que je - ne sois pas fâché de reproduire ici ses propres expressions : « Neque quicquam esse stultiùs,
« quant quale quid vivo homine est , taie existi- « mare esse moricnte , imo jàm mortuo ( a ). »
(6) Le petit traité de M. Lordat (b) , qui porte ce titre , est un morceau de philosophie médicale qui ne saurait manquer d’exercer une grande influence sur les études. Un écrit de ce genre ne pouvait être réservé qu’à un Professeur qui , comme Fauteur lui-même , ne dut qu’à des réflexions profondes et constantes sa réputation brillante dans Y art d enseigner , auquel il aurait consacré sa vie enliere.
(7) L’innervation est-elle double P Y a-t-il des nerfs du sentiment et du mouvement (c) ? Et, dans ce cas , d’où provient cette différence?
(a) De Medicinâ, lib. 8 , ed. cit. , Prœf. , pag. 1 1,
(b) In-S° de 78 pages. Extrait des Éphémérides médicales de Montpellier (Juillet 1828).
(c) \ l’occasion de la distinction physiologique des nerfs , en nerfs i° sensi/ifs , 20 moteurs , et 3° sensitifs et moteurs tout à la fois, M. Adelon nous rappelle que « Déjà des « auteurs anciens, Herophile^ Galien , avaient instinc-
« iioement établi ces distinctions entre les nerfs » (Ouv.
cit. , 1. 1, p. 92.) A la place de M. Adelon , j’aurais mieux aimé voir du Génie que de V Instinct, dans l’idce que ces savans médecins avaient eue.
A-t-on bien réfuté les objections que fournissent les nerfs encéphaliques contre le système du Professeur Meckel (a) , qui tend à assimiler aux paires nerveuses spinales les paires encéphaliques réduites à deux seulement, aux racines desquelles il reconnaît aussi une double origine ?
Ch. Bell a observé que , comme on le savait déjà, les mêmes muscles pouvaient être paralysés dans certaines suites de mouvemens, tandis qu’ils ne l’étaient point dans d’autres (b) ; c’est-à-dire que, pour nous servir du langage de la Doctrine de Montpellier , un même muscle peut être paralysé pour certaines synergies , quoiqu’il soit trèssain pour beaucoup d ’autres. Y aurait-il autant de racines qui partent des jaisceaux antérieurs , qu ’il existe de séries ou d’enchainemens différens de mouvement musculaires é Cela peut être ; mais le beau travail qu’il faudrait entreprendre pour le démontrer , n’a point été exécuté jusqu’à ce jour.
Dévoiler la cause anatomique de toutes ces circonstances , ce serait rendre réellement service ; mais on a beau faire , je crains bien que la matérialisation de la vie ne soit pas plus possible que celle de la pensée.
{a) Le rapprochement déjà fait par Ch. Bell entre un nerf céphalique , celui de la cinquième paire et les nerfs spinaux , semble avoir suggéré le système de Meckel.,
££) A oyez Adelon , ouv. cit. , 1. 1 , p. ig5.
(8) De historid medicâ mirabili. Ftancof. ad Mcen. , 1 6 1 3 , lib. l\,p> 49^*
(9) Ici j’ai annoncé le plan que j’ai suivi, dont on verra l’ensemble dans le second Discours , et les principaux détails dans les notes nombreuses qui l’accompagnent.
Bien convaincu qu’il était impossible de faire un Cours complet en quarante séances , j’ai du moins tâché de lier toutes mes leçons par l’idée générale que je vais énoncer : JS os organes sont si imparfaits , considérés sous le rapport mécanique , qu ’ une première et unique impulsion ne saurait suffire pour qu ’ils pussent exécuter leurs fonctions ; il faut qu’il y ait quelque chose qui dirige constamment leurs actions , soit simultanées , soit successives : sans cela , aucune d elles ne pourraient s ’exécuter d une manière régulière . Telle est l’idée fondamentale qui, donnant de l’unité à toutes les leçons que j’ai faites , doit aussi en être regardée comme la conclusion com mune.
(10) J’avais à craindre , comme on me l’a dit avec raison , que cette défiance de mes propres forces ne me fût plus nuisible qu’utile , en diminuant la confiance de mes auditeurs. Mais le ton d’,m% régé et celui d’un Professeur devaient-ils être le même? Pouvais-je être sûr de réussir? Et , dans cette supposition , devais-je le faire pressentir dans une première séance ?
N. B. Quand il a etc question d’ Anatomie Comparée et d’ Anatomie Humaine ( a ) , j’ai oublié de faire sentir la différence qui existe , relativement à leur utilité pour la Médecine , entre la dissection des espèces d’animaux les plus éloignées de l’homme , et celle des espèces les plus rapprochées de la nôtre , telles que les quadrumanes , à la tête desquels l’Orang-outang doit être placé.
Le degré de rapprochement naturel de ces diverses espèces, doit être regardé comme la juste mesure de la facilité avec laquelle certaines maladies passent des unes aux autres : aussi les singes sont-ils à la fois, et les animaux qui ressemblent le plus à l’homme , ce que les anciens avaient très-bien reconnu ; et ceux chez qui se manifestent le plus souvent les affections auxquelles les hommes eux-mêmes sont le plus sujets.
Buffon parle d’un Orang-outang femelle qui mourut du scorbut, au Cap-de-Bonne-Espérance, où il avait été apporté.
Paulet a vu la petite-vérole et la rougeole se transmettre par contagion à quelques espèces de singe (b).
La maladie dont est mort le singe vert décrit
(a) Pag. ii et 12.
ib) V almont de Bomare , l)ict. universel d’histoire naturelle.
par M.LôRDAt(i) était évidemmcnl une affection scrophuleuse , analogue à celle de l’espèce humaine , dont des tubercules suppures formaient le principal caractère , et qui s’était concentrée, chez cet animal , dans la poitrine et dans l’abdomen. Une circonstance bien digne de remarque , c’est que l’épaississement des poumons autour du cœur était si considérable, que cet organe avait dû cesser de battre long-temps avant la mort. Ce fait se rattache naturellement à ceux qui avaient déjà prouvé que le cœur n’est point le seul agent de la circulation.
Camper a bien vu , d’après ce que dit Galien lui -même, que le singe dont les anciens se servaient pour leurs démonstrations anatomiques , était précisément l’Orang-outang dont le physiologiste hollandais a si fidèlement tracé les caractères. Cela n’empêche pas que, malgré les analogies nombreuses que l’on trouve entre l’Orang-outang, et l’homme , on ne doive être fort étonné , quand on pense que l’on possédait déjà toute la Médecine d’HiPPOCRATE et de Galien , à une époque où l’on ne connaissait encore d’autre anatomie que celle que la dissection des singes avait pu apprendre , presque eocclusivem ent.
(i) Observations sur quelques points de l’anatomie du singe vert , et réflexions physiologiques sur le même sujet ; Paris i8o4 ? in~S°. t
DISCOURS