CONCLUSION GÉNÉRALE
inséparable, sont comme le trépied où reposent toutes les sciences exactes et naturelles.
Malgré ces analogies si nombreuses et si frappan- Leur tes entre le temps et l'espace, on ne peut s'empêcher . i^ (le reconnaître les clitlérences radicales qui distinguent ubio. ces deux notions et rendent leur confusion impossible. La continuité dans la succession ou dans la coexistence sont évidemment deux ordres d'idées opposées et irréductibles.
Il s'est trouvé cependant des philosophes qui, poussés par cette manie de simplification à outrance, qui cherche l'unité des choses dans leur identité, ont essayé de réduire le temps à l'espace, ou l'espace au temps.
Ceux qui donnent la priorité à la notion d'espace, u temp» argumentent ainsi : « Nous ne pouvons nous repré- ramène senter l'espace ou l'imaginer, disent-ils, sans qu'ans- res^i. sitôt nous affirmions qu'il est, qu'il a toujours été et sera toujours. La notion de temps est donc dérivée de celle de l'espace. Cette origine peut seule nous expliquer les propriétés du temps. Le temps est unique parce qu'il est la détermination d'un seul espace ; le temps est iiifini parce que l'espace est sans borne. Le temps n'est après tout que l'espace privé de deux dimensions, c'est une ligne droite sans largeur ni pro- '
fondeur. Les parties du temps sont susceptibles des mêmes divisions que celles de l'espace; dans un cas comme dans l'autre elles sont similaires. Parce que tout phénomène se produit dans l'espace, tout arrive dans le temps. Nous ne pouvons jamais supposer l'anéantissement de l'espace; voilà pourquoi le temps est nécessaire. Enfin la mesure du temps est soumise à la mesure de l'espace (1) ».
Rien déplus fantaisiste et déplus contestable que
(1) F. Magy, Science et Nature. — H. TiU^^e, Notion d'Espace, p. 10^'».
respace an
de telles considérations. Inutile de les réfuter en détail ; il est clair que l'espace abstrait étan t immobile, sans durée successive, ne contient nullement l'idée de temps. Cette notion de temps, serait-elle associée à celle d'espace, n'en est donc pas dérivée. Voyons les arguments beaucoup plus subtils de la thèse contraire. îB M. Taine donne la priorité à la notion du temps, et
fait de l'espace une notion dérivée, parce que, dit-il, la quantité simultanée ne nous est connue que par la quantité successive. C'est en remuant mon bras, par exemple, et en éprouvant une série de petites sensations musculaires, que je me fais une idée de l'étendue. Plus cette série successive de sensations est longue, plus l'espace parcouru est grand. De même pour les sensations musculaires de l'œil ; celles-ci très courtes de leur nature, pourraient dans un intervalle de temps plus long, signifier de très grandes distances et des positions à la fois très nombreuses et très variées. La notion de quantité successive engendrerait donc celle de quantité simultanée.
Cette théorie, un peu moins invraisemblable que la' précédente, repose cependant sur de graves confusions. Si le mouvement de mon bras me révèle l'espace, c'est parce qu'il est un mouvement dans l'espace et non pas parce qu'il est un mouvement dansletemps. Prenez une autre série mouvante qui n'implique que le temps, par exemple la série de mes pensées, ou la série des affections de mon cœur, elles ne suffiront pas à me révéler l'espace, parce qu'elles ne le mesurent pas. La notion de temps, ne suffit donc pas à engendrer celle d'espace.
Pour ramener l'espace au temps, M. Ribot (1), à la
(1) Ribot, Les théories allemandes sur Vespace. Revue philo., t. VI, p. 139, note. — Bain, Les sens et Vintelligence, p. 150. — Stuart Mill, Examen de la philosophie de Hamilton, ch. XIII.