IDÉE ET *>LAN
soudre les objections, il est besoin de posséder l’art du raisonnement, et qu’il faut avoir appris le maniement du syllogisme. Gomment prouverez-vous par la raison l’existence de Dieu et ses attributs ; comment établirez-vous les grandes thèses de la psychologie, telles que la spiritualité de l’âme, sa liberté, son immortalité, si vous n’êtes pas habitué à la méthode syllogistique, si vous n’êtes pas exercé à cette forme précise et rigoureuse qui constitue le nerf de la démonstration ?
Comment résoudrez-vous les objections nombreuses qui vous seront présentées sous laforme syllogistique, si vous ne connaissez pas les règles du raisonnement et si vous n’êtes pas initié aux secrets du sophisme?
Commençons donc l’étude de la philosophie par la logique. Examinons l’instrument, apprenons à nous en servir, exerçons-nous à le manier avant de l’appliquer.
La philosophie est la science de la vérité par la raison. La raison procède par l’idée, par le jugement, par le raisonnement. Sachons ce que sont l’idée, le jugement et le raisonnement, avant de raisonner sur nos jugements et de juger nos idées. Or, la logique, son nom l’indique assez (Xoyoç, raison), consiste précisément à étudier la raison et l’acte principal de la raison, c’est-
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à-dire le raisonnement et surtout le syllogisme.
Êtes-vous exercé au maniement de cette arme qui fait toute la force du philosophe, il se présente encore une question que vous devez résoudre avant d’aborder directement la vérité : Puis-je savoir? et comment? En d’autres termes : La certitude existe-t-elle pour l’homme, et quels sont les moyens de l’obtenir?
Ce n’est qu’après m’être assuré de ma puissance de connaître avec certitude la vérité, que je puis enfin — logiquement — entreprendre l’étude de la vérité même. Arrivé à ce point, dès que j’ai dit : Je connais, j’en suis certain, une seconde question se présente : Qu’est-ce que je connais ?
L’ontologie se charge de la réponse : Vous connaissez ce qui est. L'être, tel est l’objet de la science considérée dans son acception la plus haute et la plus universelle. La première chose à faire, après avoir établi la certitude, est donc de reconnaître l’objet le plus général de la pensée, d’en remarquer les propriétés les plus universelles, et de se rendre raison de l’être considéré en général, abstraction faite des individus en qui l’être existe réellement. Après la logique, l’ontologie. Tel est l’ordre que suit naturellement l’esprit humain. Écoutons sur
ce point le Docteur angélique. « Dans les choses « qui tombent sous l’appréhension des hommes, « on trouve un certain ordre. Car ce qui tombe « d’abord dans l’appréhension, ce que l’esprit « saisit avant tout, c’est l’être dont l’intelli- « gence se trouve en tout ce que chacun de « nous saisit, » l’être, qui est la première chose que nous percevions en tout ce que nous percevons. « Aussi le premier principe indémon- « trahie est-il qu’on ne peut pas en même temps « affirmer et nier, principe fondé sur le rapport « de l’être et du non-être, » ou sur cette évidente vérité que la même chose ne peut pas en même temps être et n’être pas : « C’est sur « ce principe que tous les autres sont fondés. » In his autem quœ in apprehensione hominum cadunt, quidam ordo invenitur. Nam iüud quod primo cadit in apprehensione est ens ; cujus intellectus includitur in omnibus quœcumque quis apprehendit. Et ideo primum principium indemonstrabile est quod non est simul affirmare et negare, quod fundatur supra rationem entis et non entis ; et super hoc principio omnia alia funâantur. ( Sum . 4® 2®, q. 94, art. 2. C.)
L’être, étant le premier objet qui s’offre à l’esprit, doit donc fixer le premier l’attention du philosophe. On conçoit d’après cela quelle est l’importance de l’ontologie. Cette partie de
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la philosophie est réellement la métaphysique universelle; elle comprend toutes les vérités en principe, elle domine, elle éclaire toutes les connaissances humaines. Car, selon saint Thomas, tout ce qui est connu en vertu d’un principe s’enchaîne en ce principe et en dépend. « Aussi celui qui connaîtrait parfaitement un « principe selon toute son étendue, connaîtrait « par là même tout ce qui peut être connu « par ce principe. » Omnia quœ per aliquod principium cognoscuntur , connectuntur in Mo principio, et ab illo dépendent. Et ideo qui cognoscitperfecte principium secundum totam ejus virtutem , simul cognoscit omnia quœ per illud principium cognoscuntur. ( Sum . 2a-2æ, q. 171, art. 4. C.).
Venons à la métaphysique spéciale. Parmi les êtres il en est un qui est seul, qui est en dehors et au-dessus de tout genre : c’est l’Être premier et unique, l’Être par soi, l’Etre souverain, Dieu. Au-dessous de lui viennent se ranger deux classes d’êtres : les esprits et les corps.
On demande par où doit commencer l’application des principes universels que l’ontologie vient de déduire de la considération de l’être en général. Devons-nous d’abord contempler Dieu pour redescendre, par l’étude de Pâme,
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à l’examen du monde matériel ? ou bien, nous appuyant sur le Nosce teipsum de Socrate, prendrons-nous notre point de départ dans l’âme elle-même pour aller de nous à Dieu, ou de nous au monde sensible? Nous serons plus modeste encore. Partant de ce qu’il y a de plus humble, nous essayerons de nous élever de là à ce qu’il y a de plus haut.
La marche de la philosophie est l’inverse de celle de la théologie surnaturelle. Celle-ci, ayant la parole même de Dieu pour point de départ et pour base, descend de la contemplation du Créateur à la considération des choses créées. Son plan est aussi simple qu’universel. Le voici en trois mots: Dieu, l’homme, l’Homme-Dieu. Élevée par la foi jusqu’à l’essence même de Dieu, elle débute par la considération du mystère de la Trinité. Ce n’est qu’après avoir médité ce que la révélation enseigne sur Dieu tel qu’il est en lui-même, qu’elle passe à l’étude du Dieu créateur.
La cosmologie, pour le théologien, ne constitue pas une branche à part. N’ayant à s’occuper de l’ordre matériel qu’au point de vue surnaturel, la foi considère les œuvres divines en traitant du Créateur. C’est là toute sa cosmologie. Puis, vient l’étude de l’homme, considéré dans ses relations avec Dieu, et enfin, le
Dieu fait homme se montre pour nous relever et pour nous rendre à l’ordre surnaturel, par l’Église et par les sacrements. Tel est le plan de la Somme de saint Thomas, qu’on peut bien regarder comme le chef-d’œuvre du génie chrétien.
Le philosophe suit une marche opposée. Son point de départ est la raison humaine. Or, l’intelligence créée, même angélique, ne peut, par sa propre force, s’élever jusqu’à la vue de l’Être divin : c’est par la considération des créatures qu’elle parvient à la connaissance de Dieu. Nous ne faisons ici que répéter la doctrine si sûre de saint Thomas qui, dans sa Somme contre les Gentils, s’exprime en ces termes : « L’enseignement de la philosophie et celui de la théologie ne procèdent pas selon le même ordre. Car dans l’enseignement de la philosophie, qui considère les créatures en ellesmêmes et qui conduit par elles à la connaissance de Dieu, la première considération a pour objet les créatures, celle de Dieu ne vient qu’en dernier lieu; mais dans l’enseignement de la foi, qui ne considère les créatures que par rapport à Dieu, la première considération a Dieu même pour objet, celle des créatures ne vient qu’ensuite. Et ainsi la science théologique est plus parfaite, parce qu’elle ressemble plus à la