‹ Idée et plan de la philosophieChapitre 4 sur 10 · RÉSUMÉ ET CONCLUSION · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ ET CONCLUSION

La philosophie est l’étude de la sagesse. La sagesse est la science des causes : Félix qui potuit rerum cognoscere causas. Mais on ne sait le tout de rien., tant qu’on ne remonte pas jusqu’à la cause des causes, puisque toute cause seconde est encore un effet et ne peut pas s’expliquerparelle-même. Refusez-vous deyous élever jusqu’au premier principe de toutes choses ? vous pouvez être savant, mais vous demeurez sur un plan secondaire, vous ne connaissez que des effets, vous n’êtes pas le sage, vous n’êtes pas philosophe; car la philosophie tout entière se réduit à une seule question : Quelle est la cause première ?

En d’autres termes, la philosophie consisle à rechercher le pourquoi de ce qui est.

La solution de ce problème suppose celle de trois autres. Ici donc s’ouvre un drame purement intellectuel, mais non moins réel que ceux qui se jouent sur la face du globe dans la sphère des faits. Ce drame comprend trois actes, car pour l’homme il est trois nœuds à résoudre.

Premier nœud, premier acte, première question : Puis-je connaître? Puis-je remonter à la cause première ? et comment ?

Oui, répond la logique, tu possèdes la puissance de connaître, c’est-à-dire la raison, ainsi nommée parce que, grâce à cette faculté, tu peux et tu dois découvrir la raison, la cause et le principe de tout ce qui est.

Second nœud, second acte, seconde question : Que puis-je connaître? Y a-t-il, en réalité, quelque chose à connaître? Est-il vrai qu’à cette raison qui est en moi et qui est ma puissance, corresponde en dehors et au-dessus de moi une raison supérieure, cause suprême et premier principe?

Oui, hors de moi, hors de ma raison, quelque chose est.

Tout se tient et tout s’enchaîne : Je connais, donc l’être est. Sinon, en connaissant, je ne connaîtrais pas. Car connaître rien, connaître ce qui n’est pas, ou ne rien connaître, ou ne

as connaître, c’est tout un.

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La logique, qui esl l’art de connaître, appelle donc la métaphysique, qui est la science de l’être en général, ou de ce qui est, c’est à-dire du vrai ; sans la métaphysique, sans l’être, la logique et la raison ne seraient qu’une chimère.

Troisième nœud, troisième acte, troisième question : Puis-je atteindre ce que je connais? et comment?

Que me servirait en effet d’avoir reconnu ce qui est, si je ne pouvais m’en assurer la possession et la jouissance? Je n’ai pas seulement la faculté de connaître ou l’intelligence, j’ai aussi la faculté de vouloir et d’aimer, ou la volonté. Je ne puis vouloir, si d’abord je ne connais ; la volonté, le désir est impossible sans l’intelligence et sans l’idée ; mais une fois que, par l’intelligence et par l’idée, j’ai perçu ce qui est, je tends par la volonté et par le désir vers l’objet qui m’est rendu présent par mon intelligence et par mon idée, en un mot, l’être que je perçois comme vrai, je le veux comme bien. C’est à la morale de m’apprendre comment je dois agir pour atteindre le bien que je veux, c’est à la morale de résoudre le troisième et dernier nœud du grand drame de la vie humaine.

La logique est le principe de la philosophie,

la métaphysique en est le centre, la morale en est le terme.

La logique est l’art de bien penser, l’art d’arriver au vrai.

La métaphysique est la science de l’être, du vrai, du bien.

La morale est l’art de bien vivre, l’art d’arriver au bien.

La métaphysique est comme la clef d’une voûte qui repose sur les deux grandes forces, les deux grandes puissances, sur l’intelligence ou la raison d’une part, objet de la logique, et sur la volonté ou la liberté d’autre part, objet de la morale.

La logique règle la raison, la morale règle la liberté.

Sous la conduite de la logique, l’intelligence atteint l’être comme vrai; sous la conduite de la morale, la volonté atteint l’être comme bien.

Tel est donc le but de la philosophie : former en l’homme le sage et le juste, par la science, perfection de l’intelligence, et par la vertu, perfection de la volonté.

Revenons encore sur ces trois grands actes, sur ces trois grands moments de cette vie intellectuelle et morale qui constitue l’action, le drame philosophique.

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Chacun de ces actes en renferme à son tour trois autres.

I. La logique, qui au fond n’est pas autre chose que la raison s’exerçant et se reconnaissant elle-même, comprend trois actes ou trois opérations : 1° l’idée, par laquelle l’esprit connaît ; 2° le jugement, par lequel il unit ou sépare deux idées, selon qu’elles s’accordent ou se repoussent ; 3° le raisonnement, acte suprême de la raison, par lequel l’esprit s’élève du connu à l’inconnu.

Telle est la voie ou la méthode par laquelle, la raison arrive à la certitude, à la science du vrai.

II. La métaphysique, à son tour, exige trois opérations, trois actes. Car il ne suffit pas de considérer l’être en général; la question est de saisir l’être réel et existant ; or, il y a trois degrés dans l’échelle des êtres :

1° L’être qui frappe les sens, les corps dont l’ensemble constitue le monde;

2# L’être qui ne tombe pas sous le sens, et qui ne peut être connu que par l’intelligence, les esprits et les âmes.

39 Enfin l’être par excellence, Celui qui est, qui est par lui-même , et qui est aussi le principe et la fin de tout ce qui est, Dieu.

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