III. La morale a trois sortes d’opérations à
régler dans l’homme; d ’ abord son action envers Dieu, son action sur lui-même, son action à l’égard des autres hommes.
Cette division , par sa simplicité même , heurte la fierté de certains savants qui ne peuvent se faire à l’idée que la science soit à la portée de toutes les intelligences. Il n’en est pas moins vrai que, pour être élémentaire, cette division de la morale ne laisse pas d’être la plus rationnelle de toutes et la plus philosophique.
Aimez Dieu, qui seul est le souverain bien, plus que vous-même et plus que toutes choses ; aimez le prochain comme vous-même : toute la perfection de l’homme est là, là aussi est tout son bonheur. Or, ce précepte de la plus complète et de la plus haute charité comprend précisément un triple amour : l’amour de Dieu, principe et raison de fout autre amour ; l’amour de soi-même, mesure, règle, modèle du troisième amour, qui est celui de nos semblables.
Tel est le dénouement pratique du grand drame de la sagesse et de la vie humaine.
Toute philosophie qui ne va pas jusque-là n’est que folie.
La sagesse n’existe pas, si elle ne produit pas la justice ou plutôt la charité. Qu’importe que par l’intelligence vous connaissiez le vrai,
si par la volonté vous n’aimez pas le bien ? La simple vue du vrai n’est pas plus capable de rendre l’homme parfait et heureux, que la simple vue d’unmets délicieux ne l’estderendre la vigueur à un affamé. Vous ne serez satisfait et content que lorsque la complète connaissance de la vérité aura produit en vous l’amour parfait du bien. Alors seulement le drame de la vie sera joué, le grand nœud sera résolu; alors seulement vous serez phil osophe, car alors vous serez sage, vous serez juste, et, possédant la sagesse et la justice, vous l’aimerez et vous jouirez.
Enfin, comme il importe à un catholique de savoir quelles sont, dans les matières philosophiques, les limites qu’on ne saurait franchir sans s’exposer à heurter la foi aussi bien que la raison, nous ajouterons ici les décisions les plus récentes des congrégations romaines sur deux systèmes qui ont eu un certain retentissement. On verra dans ces deux monuments de la vigilance pontificale une preuve nouvelle de cette haute sagesse qui tient toujours le milieu entre les extrêmes opposés.