PAYSAGES MARINS
Lundi 25 août 1897.
A Saint-Nazaire, la Loire se mêlant à la mer s'élargit entre des rives sablonneuses et verdoyantes. De chaque côté de l’estuaire, la ligne noire des sapins tranchée sur le sable jaune court des eaux du fleuve à plusieurs lieues devant l'Océan.
Ces bois de sapins, barrière contre les sables mouvants, ont été plantés depuis soixante ans, en plein sable, sur des dunes assujetties. Naguère, la poussée continue du flot éleva les monticules, les remparts, les collines, creusa des excavations et des fosses. Le sol est maintenant fixé par les arbres qui suivent ses anciens mouvements, grimpent aux pentes abruptes, descendent en épaisses ramures au fond des trous; partout rampent d’arborescentes frondaisons recouvrant et créant une nouvelle terre.
Chaque fois où l’homme, dans un effort de durée, implore le secours de la nature, elle le lui accorde sans compter, elle l’aide généreusement contre soi, lui permet de conjurer des forces hostiles et de tirer
de son sein les éléments nouveaux de vie et de prospérité. Ainsi, entr'ouvrant la dune, il a pu atteindre aux sources de la vie forestière, à la sève qui'ensendra les arbres, conquérants de terres végétales sur les sables et les marées.
Derrière la bande de sapins, sur la rive gauche, la contrée du vin, qui par Saint-Brevin, Saint-Michel, s'étend vers Pornic. En même temps que le bois, Ia vigne est sortie du sable, la vigne mère d'un petit vin blanc clair et parfumé. Du côté droit de la Loire, au-delà des masses sombres de pins et de sapins qui bordent la baie de Pornichet, la Baule et le Pouliuen, c’est la vaste étendue de la plaine stagnante, des mornes marais gris, c’est le pays du sel.
1l y a sept ans que, du Morbihan, j'arrivais au Croisic dans une petite barque. Quand, ausortir de la petite ville caractéristique, irrégulièrement rangée devant le port marécageux, je parcourus la route sablonneuse bordée de champs à l’herbe rabougrie,
grisonnant de poussière, — la succession monotone
des amas de sable et des marais me causa une impression de tristesse que ne dissipèrent n1 le pittoresque bourg de Batz et ses rochers puissants, ni le Pouliguen, petit havre charmant, oasis verdoyante dressée au milieu des marécages. L'uniformité des tons gris me lassait les yeux, la désolation des marais m'était entrée dans l'âme ; je plaignaïis les habi- \tants de cette région disgraciée, contraints d'y accomplir leur existence. Qui m'aurait dit qu'à revoir ce pays j'apprendrais à l'aimer, j'y trouverais l'attrait caché; qu'enfin j en prendrais le goût au point d'y vivre un peu chaque année ?
à ? ue, « : D | n * ” 7 : : ‘ Lay us DRE 1 1 LCR L Le Va À 2 » otre [ |, 1,
hr:
! rs ÿ pret k OP TE ET