‹ Idée historique et rationnelle de la diplomatie ecclésiastiqueChapitre 10 sur 68 · MAR, IS · texte numérisé non relu

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Martin Meyer, chancelier de Mayence : « Il est certain que si le chef languit, les membres ne sauraient se bien porter, et que si la source se dessèche, les ruisseaux ne sauraient continuer de couler. Incontestablement le salut de toutes les églises dépend de la prédominance et de l’autorité supréme du Siége de Rome » : Certum est enim quia, languente capite, nequeunt membra consistere, neque possunt rivuli non arescere, fonte siccato. Salus ECCLESIARUM OMNIUM profecto ex Romanae Sedis praecellentia et summa auctoritate dependet (ib. ep. 338, p. 822).

XIV. Mais le comble de l’indignité c’était de faire appel à César pour supplanter le Pontife. Indignité que Pie VI n’a pu passer sous silence : » Les continuels recours des métropolitains à la puissance laique, dit-il, à une puissance étrangère et illégitime quand il s’agit d’affaires ecclésiastiques, ne servent pas l’autorité de l’Eglise; ils la détruisent. Bien plus, ils réduisent l’Eglise même en servitude, et couvrent l'épiscopat de honte et d’ignominie » : Frequentes metropolitanorum reclamationes ad laicam potestatem, potestatem extraneam atque tllegitimam in rebus ecclestasticis, non sustentant Ecclesiae auctoritatem, sed elevant ; imo Ecclesiam ipsam in captivitatem reducunt, el turpiter episcopatum dedecorant (sup. Nunc. p. 45). C'était réellement l’illégalité de l’appel comme d’abus, élevée au plus haut degré de servitude pour l’Eglise et de ‘honte pour l’épiscopat. Certes, si déjà les gallicans Duguet et Fleury, avec l’ancien saint Hilaire contre Auxence, ont remarqué que l’épiscopat s’affaiblissait en s’appuyant sur l’empire; qu’on ne fait que se lier en

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croyant s'affranchir par des appels à la puissance laïque; qu'on appelle des maîtres en pensant n'accepter que des coadjuteurs; qu'on se jette enfin dans mille perplexités et mille incertitudes, en recevant sans nécessité des guides inexpérimentés et illégitimes; sì, dis-je, de pareilles monstruosités se rencontrent dans les moindres appels, que sera-ce de voir un pape traîné, pour des droits ecclésiastiques et par la main des archevèques, à la barre d’un Conseil d'Etat ou d’un empereur? En vérité, c'était ici le cas de revendiquer une franchise importante de l'Eglise et d’accabler en toute décence les métropolitains sous l'énormité de leur attentat. Mais les froids compilateurs de la Réponse super Nunciaturis n'avaient ni assez de nerf ni l'âme assez élevée pour le faire. Nous n’entendons pas qu'on ait recours à une vaine rhétorique ni à des amplifications orientales, ce qui est le poison du style diplomatique; mais nous vou- Jons que la vérité se montre dans tout son poids et son intégrité; qu’elle dise nettement ses raisons au lieu de les balbutier; qu'on mette à son service le génie, dans lequel la chaleur du sentiment entre pour une très-grande part; que le style enfin soit en harmonie avec les choses, mais ressemble toujours au soleil qui ne répand pas la lumière sans la chaleur.

XV. Finalement, Pie VI termine l’exposé général des faits par une pensée pleine de justesse : » L’Eglise, dit-il, n’a nullement à craindre les aggressions ni les invasions de la puissance laïque, aussi longtemps que ses membres sont étroitement unis à leur chef;

mais elle a à craindre et à déplorer des calamités

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de tout genre, dès que les fils se révoltent contre leur père « : Minime est quod timeat Ecclesia aggressiones atque invasiones laicae potestatis, si membra suo capiti coalescant; at timet defletque quodcumque calamitatis genus, ubi filii bellentur adversus patrem (ib. p. 46). C'est fort bien dit. Mais les compilateurs délaient et amplifient cette réflexion si vraie et sì remarquable sans lui donner ni plus de force ni plus de chaleur. Et à ce propos nous prierons les rédacteurs des diplômes pontificaux de remarquer que ce ne serait pas le moyen d’émouvoir les lecteurs que d’arracher des larmes à chaque instant des yeux du pape, à l’aide de formules officielles et stéréotypées. On n'y verrait que des larmes d'encre coulant de la plume. Ces observations ne paraitront pas dépourvues d'utilité, ni déplacées ici, puisque nous avons pris l'écrit sur les Nonciatures pour objet d'étude et qu'il ne s’agit pas d'en faire le panéygyrique. Tout doit être grand chez les grands, et ceuxlà surtout doivent être grands qui tiennent la plume ou portent la parole en leur nom.

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