XVI. Or cette délégation dont nous venons de voir
le but déjà si nettement marqué, prend dans les déterminations suivantes sa forme particulière : » Si vous me consultez dans les choses où vous estimeriez qu’il y a doute, continue le Pontife, mes instructions ne vous manqueront point. Du reste, écartez toutes les affaires relatives aux églises particulières, qui doivent étre décidées par leurs propres évéques, et comme tenant ma place, chargez-vous du soin spécial d'empêcher que nulle part l’hérésie nestorienne ou eutychienne ne relève la tête : car l'évêque de Constantinople n’a pas la vigueur apostolique «
Consulente autem dilectione tua, DE HIS IN QUIBUS PUTAVERIS AMBIGENDUM, 0% deerit relationibus tuis meae responsionis tnstruclio : ut, sequestrata EARUM ACTIONE CAUSARUM QUAE IN QUIBUSCUMQUE ECCLESIIS praesulum suorum debent cognitione firmari, hanc sPECIA- LEM CURAM VICE MEA FUNCTUS 488405, ne haeresis Nestoriana vel Eutychiana în aliqua parte revirescat : quia in episcopo constantinopolitano CATHOLICUS VIGOR NON EST. À ces paroles de saint Léon, De Marca (lib. v, c. 15, n. 6) ajoute le commentaire suivant : » En conséquence Julien est chargé d’exercer auprès des princes une sollicitude extraordinaire, un soin spécial et une intervention catholique contre les hérésies; mais aucune juridiction, aucune connaissance de cause, aucune action judiciaire ne lui est confiée » : Ziaque ertraordinaria quaedam solicitudo, specialis cura, et actio catholica adversus hacreses erga principes Juliano demandata est; non autem jurisdictio aliqua, vel causae cognitio , seu actio judicialis. On voit iei percer le but d’affaiblir l’exercice de l’autorité suprême au
moyen des nonciatures. Avec un jugement plus im- + partial, De Marca lui-même eût remarqué que le pape déléguait ici ses pouvoirs à Julien, pour réprimer en son nom, vice meu, toute tentative hérétique, parce que l’évêque Anatolius n'était pas d’une trempe apostolique, cafholicus vigor, et que Julien ne pouvait s'acquitter d’une pareille mission sans une juridiction déléguée par le pape. Toute juridiction d’ailleurs ne consiste pas à porter des jugements, et n’est pas nécessairement si étendue que le délégat ne doive, dans les cas douteux, în quibus putaveris ambigendum, consulter l'autorité supérieure. En outre, de même que l'illustre pontife distinguait entre les cas certains, sur lesquels il n’est pas besoin de consulter, et les cas ambigus, sur lesquels il ne manquerait pas de donner ses instructions; ainsi, avec une prudence toujours digne d’être imitée par ses successeurs, il distinguait entre les causes épiscopales qui doivent être laissées aux évêques, 12 quibuscumque Ecclesus praesulum suorum debent cognitione firmari, et les causes majeures que le Saint-Siége déléguait et recommandait wmaferno jure à l’évêque de Cos. Mais d’où vient que l'esprit si pénétrant de De Marca n'a pas discerné et apprécié comme il le fallait les données si lucides et si sages du plus célèbre d’entre les documents anciens de la diplomatie ecclésiastique? Et ce n’est pas encore tout.
XVII. Léon devait-il requérir le consentement de l'empereur pour cette délégation ? De Marca à ce sujet ne s'exprime pas d'une manière assez complète : » Comme Julien, dit-il, devait séjourner quelque temps
à la cour, et avoir des conférences avec l’empereur, il était nécessaire aussi d'avoir le consentement du prince » : Quum autem et mora trahenda èlli esset in comitatu, et sermones conferendi cum principe, necesse quoque erat ut principis consensus accederet (ibid.). Que l’entrée et la fréquentation du palais ne fussent pas libres sans le consentement de l’empereur, cela va sans dire; mais il est bon d'ajouter qu’à raison de la primauté du Souverain Pontife, ses légations pour le gouvernement universel et spirituel de l'Eglise sont tout à fait libres. Cependant le pape Léon, par un procédé plein de noblesse et d’urbanité, expédia une lettre de recommandation, ou de créance comme on dit maintenant, à Marcien Auguste : » Me confiant pleinement dans la pureté de sa foi, lui dit-il dans la lettre 111 (al. 84), j'ai délégué mes pouvoirs à l’évêque Julien contre les hérétiques de notre temps, et j'ai exigé qu'il demeurût constamment près de vous, pour veiller aux besoins des églises et à la conservation de la paix. Daignez écouter ce qu’il vous suggèrera pour le maintien de l’unité catholique, comme vous m'écouteriez moi-même, afin que Dieu vous confère, outre la couronne royale, la palme sacerdotale » : Nam et de fidei ejus sinceritate confidens, VICEM IPS1 MEAM contra temporis nostri haereticos delegavi atque propter ecclesiarum pacisque custodiam , ut a comitalu vestro non abessel EXEGI; cujus suggestsones pro concordia catholicae unitatis, TAMQUAM MEAS, audire dignemini, placentes Deco, qui vobis, praeter regiam coronam, etiam SACERDOTALEM conferat palmam. La palme sacerdotale que le pape Léon souhaitait à
l'empereur, et. que les autocrates byzantins ou moscovites convertirent depuis en puissance sacerdotale, n’était autre chose qu'une protection pleine d’égards pour le sacerdoce chrétien. Saint Léon lui-même fournit cette explication dans sa lettre à l’impératrice Pulchérie : » Pour tout ce qui intéresse la foi, que vous vous faites gloire de servir, lui écrit-il, jai chargé l'évêque Julien de me remplacer, de telle sorte que, fidèle au respect qui vous est dû, il ne cesse de me représenter auprès de votre piété, étendant sa sollicitude sur tout ce qui concerne le maintien de la foi et de la discipline ecclésiastique , et ayant soin de suggérer è propos ce qui peut étre utile pour le bien de l’Eglise universelle. Si bien que les catholiques, auxquels nous voulons subvenir, auront en lui un protecteur, et vous-méme un témoin de mon dévouement »: Quum in causa fidei, cut GLORIA VESTRA FAMULATUR, vicem ipsi meam eatenus delegarim, ut ab ea quae vobis debetur observantia non recedens, pietati me vestrae praesentare non desinat , erequeng IN CUSTODIA FIDEI ET IN ECCLESIASTICIS DIS- CIPLINIS per omnia solicitudinem, et opportunis suggesfionibus QUOD UNIVERSALI ECCLESIAE Dro8il, INSINUANE : ut in tpso nec catholicis vestrum praesidium, quibus volumus subveniri, nec vobis meum desit obsequium (Ep. 112, al. 85).
, XVIII. Tout est ici résumé en peu de mots. La gloire des empereurs est de servir la foi; les pouvoirs du pontife pour la garde de la foi et de la discipline ecclésiastique sont confiés à Julien; celuici par ses actes rendra bon témoignage de sa solli-
citude, ainsi que du respect mutuel que doivent se manifester les papes et les empereurs dans la personne de leurs représentants; conséquemment dans le représentant pontifical les catholiques auront un rempart, et les empereurs une preuve permanente du dévouement des pontifes. Ce serait mesquin de s’appuyer sur le mot szggestionibus pour faire du délégué un simple conseiller, en s’arrêtant à cette expression et en oubliant tout le reste.