XII. La division avait pénétré dans le clergé et
parmi les métropolitains, et cette division était fomentée par Hincmar, archevêque de Reims, prélat influent par sa science qui en faisait la lumière de son siècle, illustre par sa naissance et sa parenté avec Bernard II, comte de Toulouse, et en grande vénération auprès des rois de France Louis et Charlesle-Chauve. Mais un caractère raide, opiniâtre, inflexible secondait son autorité autant qu'il ternissait l'éclat de ses bonnes qualités. Ardent pour les libertés gallicanes, il déférait de plein droit au métropolitain la déposition de ses suffragants. Il entraînait après lui les conciles; il entraîna le roi Charles. Il déposa, dépouilla, incarcéra l’évêque Rothade. Un pape, un Nicolas était seul capable d’en venir aux prises avec un tel homme. Il prend en main la défense de l’innocent qu’une liberté gallicane avait sacrifié. Appuyé sur la doctrine des siècles, il démontre au docte Hincmar que les causes des évéques sont, de par la constitution divine et la loi universelle, de la compétence exclusive du pontife romain. Il châtie les téméraires qui, en vertu d’une prétendue liberté, osent se soustraire aux décrets pontificaux ; menace de la suspension les juges de Rothade; puis, ayant envoyé des messages au roi Charles et porté sa sentence dans l’affaire de Rothade, il fait replacer ce dernier sur son siége par un légat.
XIV. Or, voici les enseignements et les conclusions qui découlent de ces faits et autres semblables. Photius eût-il réussi à infecter la cour et les égiises d'Orient, si l’ancien apocrisiaire se fût trouvé là? Et les cours d'Occident se fussent-elles souillées comme
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elles l’ont fait, le clergé se fût-il divisé comme on vient de le voir (et nous n’avons levé qu’un coin du voile), s’il y avait eu sur les lieux un vicaire apostolique capable par sa vertu et sa science d’exercer une salutaire influence sur les princes et les évéques? Pour ce qui est des cours de ce temps-là, nous n’oserions rien affirmer. Mais à coup sûr le clergé, au milieu de cette dissolution civile et morale, le clergé aurait eu, dans un homme vraiment apostolique d'esprit et de fait, un appui et un modèle contre la décadence de toute vertu comme de toute discipline ecclésiastique. C'est à quoi tendait l'institution des nonciatures fixes et des vicariats; mais ils ne purent tenir, et les primats devenaient d’autant plus impuissants qu’ils se multipliaient davantage. Les malheurs des temps, les malheurs même du Saint- Siége faisaient d’ailleurs manquer en partie leur but aux légations extraordinaires. De là vient que les cours, le clergé et les peuples se plongèrent dans ce triste état si amèrement déploré par saint Pierre Damien, et en partie réparé tant par lui que par Hildebrand. Et lorsqu'un regard bienveillant de la divine providence appela la civilisation chrétienne à se recomposer et à ressusciter, les nations ainsi que les deux puissances, spirituelle et temporelle, n’eurent pas à inventer, mais à restaurer de fond en comble, au moyen de Nonciatures stables et bien ordonnées, l’ancienne forme des communications entre l'Eglise et l’Empire, laquelle consistait dans les apocrisiaires romains résidant près des cours impériales.