‹ Idée historique et rationnelle de la diplomatie ecclésiastiqueChapitre 32 sur 68 · VI. Précisons les : 1° Dépouiller les nonces de · texte numérisé non relu

VI. Précisons les : 1° Dépouiller les nonces de

toute juridiction. 2° Avant de mettre le pied sur le sol de la France, en demander la permission au roi. 8° C’est un arsenal merveilleux que ces libertés gallicanes; le parlement de Paris pouvait y puiser des armes de tnute espèce pour tronquer ou modifier les lettres pontificales. 4° Ces lettres ainsi vérifiées, approuvées ou modifiées, faisaient le tour des parlements de province. 5° Serment de la part du nonce de ne pas s'en écarter d’une ligne, et de demeurer autant et de la manière qu'il plaira à sa Majesté.

VII. Ces cinq points nous offrent le cérémonial gallican traduit du latin de Fébronius. Mais il nous semble, quant à nous, qui si l'étiquette des cours doit être d’une politesse plus exquise et plus délicate que toute autre, celle-ci au contraire effrayerait même le vulgaire. Sans doute, on n'entre pas avec insolence dans là maison d'autrui, mais ces expressions : » la permission du roi », permissione regis, » le bon plaisir du roi », regi placitum, quand il s’agit d'un nonce apostolique et de lettres pontificales; ces expressions dénotent une grossièreté de lan- gage et de sentiment, dont on rougirait entre égaux parmi les personnes bien élevées. Il est d’usage qu’on se fasse annoncer au maître de la maison, mais demander à un ami son placet ou sa permission pour entrer chez lui ou lui écrire, ce serait ridicule. Il serait plus ridicule encore de mettre pour condition expresse que le visiteur prolongera son séjour jusqu'à ce qu'il plaise à l’autre de le congédier. Mais qui ne se sentirait humilié surtout si, à son entrée, on lui faisait prêter serment qu'il ne mettra pas la mai-

son sens dessus dessous? Ne parlons plus de ces tracasseries de parlements et de ces libertés gallicanes ; des formules et des cérémonies pareilles sont plus que suffisantes pour donner une idée des déboires et des entraves sans nombre que les cours se plurent è susciter aux nonces pontificaux, sans que ceux-ci, dépouillés finalement de toute juridiction civile, pussent occasionner à autrui l'ombre seulement d’une inquiétude.

VIII. Que dire ensuite des expulsions plus ou moins violentes et bruyantes auxquelles ils étaient exposés. On n’a rien de pareil à redouter quand on s’appuie sur les bayonnettes; mais à l’égard d’un nonce il semble que tout soit permis. Ecoutez les justes réclamations d’un orateur de l’Assemblée des Etats de Brabant, du 20 juin 1787 : « Voilà donc un Ambassadeur, dit-il, un Archevéque, un Nonce apostolique condamné et exilé sur un rapport. Mais quel est ce rapport, par qui est-il fait, par qui est-il vérifié ? Et sur quel genre de rapport est-il permis de traiter ainsi un Ministre public, revétu de tout ce qui peut rendre respectable le droit des gens? » Un faux rapport, sans aucune forme de procès, sans contrôle aucun : voilà le sujet des plaintes, des mécontentements et des soulèvements contre les nonciatures! Mais cette date de 1787 dit beaucoup : c'est alors qu’éclatait avec plus de fureur en Allemagne et en Autriche, et que s’attaquait à l’Italie ce démon de la discorde qui minait depuis longtemps la bonne entente entre l'Eglise et l'Etat. Ce démon trouvait. incommodes non-seulement les nonces, mais même

le pape. Et malheureusement les princes, méme les bons, ne le soupçonnaient pas! et un sénat italien, parmi les motifs pressants d’abolir la nonciature, comptait la mollesse et la vanité, le désceuvrement et l’élégance des nonces et des abbés romains, frisés et fardés, » toutes choses, disait-on, qui ne s’accordent pas avec la gravité de nos meeurs. «

IX. En deux mots : les conciles de Constance, de Bâle, de Trente, et ensuite les papes successivement, dans les conventions et les concordats, n'avaient cessé, pour être agréables aux souverains, de modifier les nonciatures, et de s’exposer eux-mêmes aux désagréments et aux humiliations qui leur venaient de la part des cours. Ils usèrent pareillement avec les évèques de toute la prudence que réclamaient les circonstances des temps.

X. Sì ceux qui s’érigent en critiques du Saint- Siége eussent une fois réfléchi à la diversité de régime que réclament des temps différents et des circonstances diverses, bien loin de pousser l’intempérance de leurs jugements jusqu’à le taxer de despotisme, ils se seraient vus obligés de l’absoudre. Cette concentration même de pouvoirs qui a cessé, et que maintenant l'on condamne comme excessive, leur aurait apparu comme le remède légal, unique et providentiel alors pour sauver la société chrétienne. Il est nécessaire ici d'embrasser dans un même coup d'œil les temps qui ont précédé et suivi le concile de Trente, lequel est comme le grand trait d'union qui les distingue sans les séparer.

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