‹ Idée historique et rationnelle de la diplomatie ecclésiastiqueChapitre 43 sur 68 · TITRE XXII · texte numérisé non relu

TITRE XXII

LA RÉFORME DE LA COUR ROMAINE ET DE LA CHRÉTIENTÉ, ENTREPRISE PAR LES PAPES A LATRAN.

1. Synthèse de ce qui précède. II. Les faits juridiques de l’Eglise sont les canons et les conciles. III. Quatre conciles romains prouvent la vitalité de la hiérarchie et l’esprit des papes. IV. Dans le premier, Calixte II, en émancipant l’Eglise du joug de l'empire, lui donne la liberté et la force de se réformer elle-même à l’intérieur. V. Dans le second, Innocent II porte la réforme sur les élections, la continence et la simonie. VI. Dans le troisième, Alexandre III s’attache à réformer les conclaves, afin d’exclure les antipapes et les cabales qui pervertissaient la cour romaine: VII. par suite, réforme de l’épiscopat, du clergé, des laiques, et du for ecclésiastique. VIII. Dans le quatrième, Innocent III poursuit la réforme de la simonie, de l’incontinence et de l’avarice, en rappelant le clergé à la dignité sacerdotale. IX. Donc les papes voulaient la réforme et y travaillaient. X. Dono les abus des légats et de la cour romaine ne sont pas leur ceuvre. XI, XII. Contre la phalange des simoniaques une phalange de papes, qui condamnent tous les genres de simonie. XIII. Moyen de réforme: les conciles présidés, non dominés, par les légats. XIV. Les écrivains italiens frappaient les insolences romaines, non les papes. XV. Les vapeurs passaient sur le tombeau de Pierre sans le toucher. XVI. Catastrophe nouvelle et unique, le schisme d’Occident.

I. Les soldats en se rangeant en cohortes et en légions composent les armées ; ainsi les idées et les faits qui les revétent, se réunissant d’abord en grou-

pes particuliers, puis s’augmentant de nouvelles affinités, finissent par former une compagnie ou synthèse générale. Nous en avons l'exemple et la preuve dans les choses dont nous venons de traiter. En effet, les abus des légats romains nous ont apparu comme une cohorte de faits, associés à un fait majeur, la cour romaine ; et la cour romaine nous a offert une somme de faits qui n’étaient pas indépendants des us et abus presque universels. Nous avons donc suivi la nature des choses et le fil naturel du discours, en renouant partie par partie la série de ces faits, et en les imputant, non pas aux institutions ecclésiastiques, mais aux calamités des temps et aux déviations personnelles, dont la Providence, par respect pour le libre arbitre de l’homme, n’est pas tenue de rompre le cours.

IT. Afin donc de formuler nos jugements avec une inflexible équité, nous aurons soin, au milieu de l’incessante variété des choses humaines, 1° de distinguer toujours entre les institutions, et les faits des hommes qui en sont les ministres; puis, 2° pour apprécier sainement les institutions elles-mêmes, nous baserons nos jugements, non sur les abus, mais sur les faits résultant juridiquement de ces institutions. Or les faits juridiques de l'Eglise, ce sont ses décrets, ses lois, ses conciles.

III. Les conciles généraux sont la grande voix et l’acte le plus vital de l’Eglise, formulant ou défendant sa foi, organisant ou restaurant sa discipline. Eh bien! le siècle le plus fécond en conciles, ce fut le siècle de saint Bernard; Rome eut jusquà

quatre conciles œcuméniques, célébrés de 1123 à 1215, dans le palais de Latran. Les désordres étaient donc passagers dans l’Eglise; ils corrompaient les individus, sans altérér la complexion organique et juridique de la société chrétienne ; sa hiérarchie était remplie de vie et d'intelligence. Voyons comment elle s'appliquait à cicatriser ses blessures. Quatre conciles généraux en moins d’un siècle, tenus à Latran, sous le toît même des papes, dans le but de régénérer l'Eglise dans toutes ses parties, voilà ce qui montre bien que les papes n'étaient pas seulement en esprit, mais même physiquement, à la tête de cette grandiose et salutaire renaissance. Les réformes décrétées, sans parler d'autre chose, nous diront comment et combien ils ont coopéré à cette œuvre.

IV. L'émancipation de l’Eglise du joug de l’Empire, idée sublime pour laquelle avait combattu et était mort quarante ans auparavant Hildebrand, telle était la base générale des réformes et le fait culminant du neuvième concile œcuménique, premier d'Occident et premier de Latran. Premier d'Occident, parce que tout l'Occident gémissait sous l'esclavage de ces investitures laïques, en vertu desquelles d’indignes sujets percevaient les fruits des bénéfices, et . scandalisaient les peuples au lieu de les diriger. Premier de Latran, parce que Calixte Il avait hérité de la pensée d’Hildebrand. Henri V, rétabli dans la communion des fidèles, réintégra l'Eglise Romaine dans ses droits et ses possessions, et renonça à la prétention d’instituer les évêques et les abbés; et le pontife accorda que l’empereur pùt investir les

sujets légitimement élus, des droits féodaux ou souverains, par la couronne et le sceptre, non par la miître et la crosse. De cette façon les droits spirituels étaient enfin formulés et distingués des droits temporels; l’antique plaie qui avait suscité tant de discordes entre l'Eglise et l’Empire, et fait couler des flots de sang, se trouvait fermée ; une base juridique était posée à la diplomatie ecclésiastique; et la maitresse racine du plus terrible fléau de l'Eglise, de la simonie bénéficiale, était arrachée. L'Eglise ainsi émancipée du joug de l’Empire en 1213, put après un laps de trois lustres seulement, c'est-à-dire dans le second concile de Latran en 1139, entreprendre avec plus de vigueur sa réforme intérieure.

V. Laissant de côté la condamnation du cardinal Pierre de Léon, ce formidable antipape du nom d’Anaclet II, et celle des erreurs d’Abélard, d’Arnauld de Brescia et de Pierre de Bruis; nous voyons, dans cette seconde assemblée œcuménique de Latran, Innocent Il avec mille évêques pousser à la réforme du clergé sur trois points, savoir : les élections, la continence et la simonie. On requiert dans les ministres l'éclat des vertus et non celui de la naissance. Leur vie doit être le miroir des fidèles; et la gravité, la pureté, la sainteté de leur âme doit briller jusque dans leur extérieur. Les concubinaires sont anathématisés et déposés de tout office et de tout bénéfice. La simonie est déclarée infame et exécrable dès le premier canon. Les décrets d’Innocent et des pères sont des plus énergiques sur tous les points ; et ces décrets étant portés à Rome faisaient voir

clairement qu’on voulait qu'ils fussent appliqués, avant tout et d’une manière exemplaire, à Rome même et à tout ce qui part de Rome.

VI. En réalité, Rome était peut-être la ville qui avait le plus besoin de réformes, grâce aux factions des antipapes, du clergé, du peuple et des grands. Les turbulents et les scélérats y trouvaient dans les séditions un prétexte et une sauvegarde pour mal faire. C’est pourquoi Alexandre III l’an 1176, vingtième de son pontificat, après avoir vaincu quatre antipapes, commença au troisième concile de Latran la réforme par l'élection des papes, attendu que le comble des maux provenait de l'ambition et de la discorde parmi les électeurs. Les maux découlant de cette source inondaient l'Eglise sans rencontrer d’obstacle, puisqu’aucun tribunal n’est au-dessus des cardinaux, pour réprimer leur désaccord et leurs infidélités. En conséquence, le pontife décréta : » qu’à l’avenir les élections des souverains pontifes ne seraient tenues pour canoniques qu'à la condition qu’un sujet réunit sur sa tête les deux tiers des voix; que celui qui les réunirait, serait à l'instant même pape légitime; et que ceux qui lui refuseraient obéissance ou éliraient un autre pape, seraient déclarés schismatiques et excommuniés ». Ce décret avait pour but d’extirper les monstrueuses simonies des antipapes, et de réprimer la tourbe des àmes vénales, ignorantes et perverses, qui encombraient la cour de Rome; cette tourbe qui, survivant aux factions, formaient autour des meilleurs papes une chaine d’iniquités et de prévarications. C’est cette race cupide qui avait fait hair et détester le nom romain.

VII. L'élection et la réforme tant du sacerdoce que de l’épiscopat étaient d'autres points que le concile s’était proposé de régler. » Il était extrêmement révolté de l’énorme abus que faisaient les évêques de l’apostolat : ils parcouraient les diocèses, sous prétexte de visite, pour extorquer de grosses provisions et enlever les meubles précieux des églises, en se faisant escorter d'une suite si pompeuse, qu'un seul repas absorbait les revenus annuels des églises, plutôt pillées que visitées ». En conséquence, l’énergique assemblée stigmatise toute espèce de simonie, d’incontinence et d’avarice. Elle décrète que la gravité des mœurs, une conduite exemplaire et la science acquise donnent seules un légitime accès aux ordres et aux bénéfices ; qu’un seul bénéfice suffit pour vivre, et que leur multiplicité ne fait qu'enflammer les convoitises. La réforme des simples fidèles accompagnait celle du clergé et des tribunaux ecclésiastiques. Les Vaudois, les Patarins et les Cathares, condamnés ; les cinq livres des Décrétales enrichis par le concile et plus encore par Alexandre III : tels furent les fruits du troisième concile de Latran.

VIII. Dans le quatrième, tenu en 1215, les hérésies et les expéditions armées contre les Sarrasins n'empéchèrent point Innocent III de reprendre et de poursuivre la réforme du clergé et du for ecclésiastique, dans des proportions correspondantes au vaste et puissant génie de ce pontife. Vues tout à fait neuves; une entre autres, c’est l'interdiction des pompes dans le culte, et le luxe des prêtres et des évêques décrit et condamné en détail, En sorte que

si les conciles précédents extirpaient de l’Eglise la simonie, l’incontinence, l’avarice, celui-c1 rappelait le clergé à cette élévation d’esprit d'où le sacerdoce, dominant la matière, brille d’un éclat, d’une force et d'une majesté toute divine et propre à son caractère.

IX. Nous ferons maintenant quelques questions à la suite de ce rapide sommaire des quatre conciles qui se sont succédés à Rome. — Ces conciles poursuivaient-ils, en dépit des-orages de tout genre, une pensée constante et commune? Oui, et ce fut la réforme du clergé dans toute son étendue. — Les papes étaient-ils partisans de cette réforme? Bien plus, ils en furent les auteurs et les promoteurs. — Par quel moyen voulurent-ils l’inaugurer et la poursuivre? Par le moyen des conciles. Reprenons les demandes et les réponses, et elles nous fourniront de plus larges conclusions.

X. Premièrement, si la réforme du clergé à tous les degrés et dans toutes les fonctions fut la pensée, l'aspiration et l'œuvre de l'Eglise, sans que rien pùt l'en détourner ni l'arrêter durant cette période si longue et si laborieuse; ce n’est donc pas elle qui engendrait les abus qu’on lui reproche; ces abus étaient produits dans son sein par la prépondérance de l’Empire, par l’alliance féodale de la couronne ou du casque avec la miître, et par ce luxe tant reproché aux légats et à la cour romaine, lequel, hélas! ne s’harmonisait que trop, en sol et par ses conséquences, avec le luxe universel. Non, on ne peut imputer à l'Eglise les fruits quelle répudiait et s’efforçait d’extirper. Reviendraient-ils aux papes ?

XI. Les convoitises du siècle furent le foyer de tous les vices du clergé; de là la simonie qui est l’échange du spirituel contre le temporel : Sudiosa voluntas emendi vel vendendi res spirituales aut spiritualibus adneras. Monstre affreux, qui assujettit le ciel à la terre, et fait descendre Dieu et le sacerdoce dans la fange. Pierre, le premier pape, en foudroya l’auteur, Simon le Magicien, par le plus étonnant des miracles. Dans le cinquième et le sixième siècle, le monstre releva la tête, et il fut frappé par Grégoire-le- Grand, comme le rapporte Gratien, caus. 1, quaest. 1. Du dixième au douzième siècle, il exerça ses ravages avec plus de fureur que jamais. » On tomba alors dans un âge de fer tel, écrit Berardi, que la saine doctrine, la piété, la religion véritable, paraissaient exilées de la terre » : Inciderunt enim homines tunc în obscura tempora et ferrea, quibus et germana doctrina, et sincera pietas ac religio in Deum resque divinas visa fuit ab hominibus exulare. Cependant contre la phalange des simoniaques se dresse une phalange de papes. Entre autres, Grégoire VII, Nicolas II, Alexandre II, Innocent Il, Calixte IT, Alexandre III, et Innocent III, tant par leurs lettres que par leurs conciles, battent en bréche la simonie, et en font le point de mire de la réforme universelle.

XII. Saint Jérôme, témoin des convoitises cléricales et leur plus terrible fléau, avait déjà tracé la véritable notion de la simonie, comme on peut le voir dans le 6° canon, caus. 8. g. 1. Mais elle est formulée plus explicitement par saint Grégoire dans le canon 114, cav. 1, g. 1 : Munus ab obsequio,

munus a manu, munus a lingua. Munus a manu, pecunia est; munus a lingua, favor; munus ab obsequio est subjectio (al. servitus) indebite impensa : » C'est une avance en services obséquieux indus, ou en argent, ou en faveur et protection ». Cette notion, réelle et vraie en soi, fut adoptée aussi par Urbain II, can. 8, caus. 1, g. 3. Si la simonie ainsi définie échappe quelquefois aux sanctions pénales du for humain, elle ne saurait au moins se soustraire à celles du tribunal de Dieu. La défimtion dans ses trois parties condamne, comme infectés de la lèpre simoniaque, les dons matériels, munus a manu; la peste des recommandations et le favoritisme, munus a lingua; et, ce qu'il y a de plus pernicieux, la courtisanerie, munus ab obsequio. Ce triple et funeste trafic écarté, il reste simplement que les charges et les bénéfices soient conférés aux sujets dignes et en cas de concurrence aux plus dignes, eu égard à la capacité, à la probité et à la science. Telle est la loi de Dieu, de l’Eglise et des papes : loi réformatrice et trèscapable à elle seule de renouveler le clergé et la hiérarchie. Elle a été formulée, inculquée par les papes dans les temps les plus difficiles. Les papes ont-ils jamais songé à dispenser de cette loi la cour romaine, les légats pontificaux ou eux-mêmes ? Ce serait un crime d'en douter? Donc le vœu sincère des papes, l'objet de leur zèle le plus ardent fut d’extirper partout, et dans toutes ses ramifications, la lèpre de la simonie.

XIII. Et en effet, si l’époque qui s’est écoulée de Grégoire VII à Innocent III (1073—1216), fut pro-

prement l’époque des conciles romains tant particuliers que généraux ; si dans tous ces conciles furent posées de profondes assises pour la réforme ecclésiastique, et cela par les papes, dans le palais des papes, sous les yeux et au centre de la cour romaine, il faut bien en conclure, 1° qu’outre les efforts et les décrets personnels, ils employèrent pour l’extirpation des abus, chez eux et au dehors, le moyen le plus invincible, savoir, l’action collective de l’Eglise universelle. Il faut en conclure 2° que c’est à tort qu'on reproche aux papes une domination illégitime dans les provinces à cause des légats : les légats, en effet, n'étaient pas des despotes; ils présidaient les conciles et ne les subjugaient pas, seulement en cas de dissentiment ils en référaient aux papes; et les papes eux-mêmes, lorsqu'ils le pouvaient, même dans les temps les plus sombres et les plus orageux, mettaient à contribution la sagesse et l'expérience des évêques, en. les convoquant à une discussion libre. Il faut conclure 8° que, si les réformes désirables n'obtinrent pas leur plein effet, et si l’on put en certains temps renouveler contre la Rome chrétienne la vieille accusation de Jugurtha : Romae omnia venalia; le mal doit être mis au passif de celui qui paie le mieux, et non de la papauté. Non, jamais de la papauté, dont nous trouvons et vénérons les véritables sentiments dans ses actes juridiques, dans les conciles et les décrétales.

XIV. Aussi, pour le dire en passant, c'est à Rome et non aux papes que les écrivains italiens lancaient leurs traits les plus acérés; Pétrarque, entre autres,

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déposant sa mansuétude naturelle, est tout de feu sur ce sujet. Rome est à ses yeux une Babylone impie, avare, qui a mis le comble à la colère de Dieu; c’est une source de douleur, un séjour de colère, sur lequel il appelle le feu du ciel :

Dell’ empia Babilonia ond’è fuggita...

L’avara Babilonia ha colmo il sacco D’ira di Dio...

Fontana di dolore, albergo d’ira...

Fiamma dal ciel su le tue treccie piova...

Ce sont les premiers vers des quatre sonnets, ou pour mieux dire des quatre malédictions qu'il décocha contre Rome, dans les dernières années du séjour des papes à Avignon. Indépendamment des dates, les vers suivants le diraient assez :

Scola d’errori, e tempio d’eresia, Già Roma, or Babilonia falsa e ria :

» Ecole d’erreurs, temple de l’hérésie, Rome jadis, aujourd’hui Babylone criminelle «. Bien plus, c’est à la même époque, c’est-à-dire aux vingt dernières années de ce qu'on appelait alors la captivité de Babylone, qu’on doit rapporter le cri unanime de toute l'Italie, qui se trouvait comme privée de lumière et de vie par l’absence des papes. Mais si Rome sans les papes était devevue telle que la décrit Pétrarque, « un enfer vivant » : di vivi inferno; il faut de toute nécessité chercher ailleurs que dans la papauté les causes responsables des abus romains. Une de ces causes, peut-être la plus puissante et la plus ancienne, est celle que nous avons signalée, à

la suite de saint Jérôme, dans le titre xxv, livre premier, du Droit Public de l’Eglise, savoir la corruption, la mollesse, et la fastueuse indolence, qui de l’empire en décadence s’étaient déversées dans une certaine portion du peuple et du clergé romain. Par suite, si la Ville Sainte ne brilla pas aux yeux du monde comme un or pur et sans scorie, si Bernard porta ses coups plus haut que Jéròme, nous ne savons quelle partie du monde aurait proprement le droit de lui adresser des reproches. Ce qui est certain, c’est que si Rome ne donnait pas toujours le bon exemple, au moins elle ne cessait de promulguer la loi propre à retenir l’univers dans la foi et à le ramener aux bonnes mœurs. Aussi le Dante, ce chantre non suspect, s'écriait-il : » O lumière éternelle du grand homme, à qui notre Seigneur confia les clefs! »

O luce eterna del gran viro, A cui nostro Signor lasciò le chiavi! (Parad. xxIv, 34.)

XV. Voilà la foi du Dante, de Pétrarque, de l’Italie, de toute la chrétienté : foi à l’éternelle lumière et aux clefs éternelles, quel qu’en fût l’héritier, quelle que fût la main qui les administràt : foi qui depuis treize siècles discernait avec un coup d'œil sûr le côté défectueux et naturel de la puissance surnaturelle en soi, qu’elle ne discutait pas, mais vénérait profondément. Et elle la vénérait assise visiblement sur le tombeau de Pierre au Vatican. Jamais les abus, si énormes qu'ils fussent, ne parvenalent à se confondre avec la sainteté de ce siége et de cette tombe, autour desquels s’agitaient les péchés des hommes,

comme glissent les vapeurs sur la face: du soleil. Les langues parfois lançaient le blàme indigne et les imprécations contre Rome; et Rome cependant, grâce au siége et à la foi de Pierre, demeurait, comme le soleil, le centre et la lumière du monde. Au tombeau de Pierre et aux pieds de l’homme qui lui succédait venaient expirer les flots tumultueux. Tel était l'état social de la chrétienté, et par conséquent tels et non moins immuables étaient les rapports spirituels du centre et des ramifications jusqu’au quatorzième siècle; on était licencieux plutôt que libre à l’égard des personnes, mais respectueux pour l'institution divine.

XVI. Qu'arrive-t-1l ensuite ? Une catastrophe inouïe et désastreuse, par laquelle, bien que la foi dans le Christ et dans Pierre’ restàt saine et sauve, nonseulement l'éclat personnel de son successeur s’obscurcit, ce qui s'était déjà vu, mais l'autorité pontificale elle-même fut soumise à l'analyse et au creuset dissolvant de la raison humaine. Alors, le pivôt une fois ébranlé puis arraché, toutes les parties du gouvernement ecclésiastique et civil se détraquèrent. L'histoire a désigné cette catastrophe sous le nom de Schisme d'Occident.

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