‹ Idée historique et rationnelle de la diplomatie ecclésiastiqueChapitre 51 sur 68 · TITRE XXVI · texte numérisé non relu

TITRE XXVI

PAR QUELS DEGRÉS LA DIPLOMATIE DE CONSTANCE DESCENDIT DANS L’ABÎME, ET PAR QUELLE VOIE ELLE EUT PU L’ÉVITER.

I. Le jugement et la déposition d’un pape, c’est la dernière extrémité. II. L'autorité non renforcée par la science. III. Làcheté et culpabilité de la cour pontificale. IV. Le pouvoir coactif du concile sur le pape, proposé dans la quatrième session et confirmé dans la cinquième. V. Aveuglement et félonie de la part des cardinaux. VI. Conséquences ; les cardinaux exclus du concile; VII. leurs réclamations. VIII. Ils sont maintenus, mais foulés aux pieds. IX. Un pape et un hérésiarque cités de concert. X. La suspension de Jean XXIII finalement décidée, XI. Procédure scandaleuse et déposition : la déposition des cardinaux eût été un moindre mal. XII. La sentence en est signifiée à Jean XXIII; ironie et bassesse de Cossa. XIII. La sentence est publiée en session. XIV. Scandales et conséquences tant religieuses que sociales qu’elle produit. XV. Il y avait dans ce parlement parade de liberté mais tyrannie réelle : un seul membre, un italien veut parler, il ne le peut.

I. Si la diplomatie ecclésiastique est la science qui gouverne juridiquement la diffusion du pouvoir du centre à la circonférence, il est certain qu’à l’époque du schisme d'Occident, toute la chrétienté, qui s’agitait alors autour de ce centre, planait dans les régions supérieures de cette science et en touchait le spmmet. Malheureusement Constance, après la fuite de Jean XXIII, laquelle eut lieu dans la seconde session, Constance avec ses théories et ses scandales, avec le procès et la déposition du pape, n'’offrit plus que le spectacle d’une bataille et d’une déroute. Demander quelle autre voie ou légitime ou admis-

sible on eût pu suivre, c’est une question épouvantable à cause de la gravité des principes engagés et de l’urgence des cas. La solution n'en est cependant pas impossible, si l'on considère les faux pas qui entrainèrent les diplomates de Constance dans l’abîme.

II. Le premier faux pas fut, croyons-nous, l’affaiblissement du respect de la science pour l’autorité, et le divorce de l'autorité qui n’empruntait plus ni force ni dignité à la science. Les docteurs gallicans qui dominaient le parlement de Constance avaient de la science, mais une science hardie et téméraire. Les italiens étaient, à la vérité, plus fidèles aux traditions et au bon sens romain; mais il est pénible de ne point rencontrer, parmi tant de prélats et de curiaux romains, un seul homme qui tint tête à Gerson, à D'Ailly, ou au moins à l’impudent Gentien. Ces gardes du corps des papes, cardinaux et prélats, auraient-ils gardé le silence dans une pareille lutte, si la science chez eux eùt marché de pair avec l’autorité, et l’éloquence avec la science? Eux, les colonnes du trône apostolique, ne devaient-ils pas enfoncer les batteries républicaines qui le foudroyaient? Quel plus beau champ pour des prélats romains? Quelle victoire plus glorieuse et plus facile? Et cependant pas un brave ne se leva pour la défense; le champ de bataille fut déserté à la face de la chrétienté, et le Siége romain, au jour de l’adversité, se vit abandonné à ses envahisseurs par ceux-là mêmes qui en avait le plus largement partagé les bénéfices et les honneurs. Il y a de cela deux causes : 1° Les promotions de sujets incapables : peste qui énerve

sourdement l’Eglise en temps de calme, et qui, lorsque la tempête éclate, la laisse sans nautonniers et sans défense. 2° Le formalisme de cette époque, cet art de légiste et d’habitués de palais, consistant à épiloguer sur des syllabes et des textes, et qui n'est rien moins que la science du théologien ou du publiciste, laquelle remonte aux principes et s'inspire de leur lumière, pour dissiper les ténèbres et écarter les vaines chicanes. Cette gente de palais formait au concile un troupeau muet.

III. L'autorité ne se trouva donc pas fortifiée par la science. Dans des temps plus heureux la science avait fait peur aux courtisans et aux hommes rusés; ils l'avaient repoussée des hautes dignités, reléguée au dernier rang, humiliée, et presque exilée de l’entourage du pape. Par suite, le Siége pontifical se trouva détaché de son fondement, privé de ses armes, et livré aux mains des curialistes et des courtisans. Mais si ces derniers, faute de science, ne pouvaient parer les coups funestes lancés par des docteurs audacieux et téméraires, portalent-ils au moins sur le front le courage et la franche simplicité d’une conscience honnête et intègre? Hélas! non; et de là le second faux pas auquel se virent entrainés les prélats italiens. Le docteur Gentien leur reprochait d’avoir fait pape un Cossa, c’est-à-dire la fleur de leur société. Et si la fleur était sì corrompue, que pouvait-on penser des autres? La philippique du docteur gallican était comme une flamme; mais qui jetait seulement une goutte d’eau sur cette flamme? qui pouvait la jeter? Ainsi par degrés l'audace par-

lementaire serrait la corde autour du cou des italiens.

IV. Nous disons par degrés. En effet, ceux qui formaient respectivement la majorité, quatre-vingts prélats environ sans les docteurs, souffrirent, en premier lieu, d’être mis sur la même ligne que les allemands, les français, les anglais, au moyen du vote par nations. Ils ne se turent pas dans le principe, mais les coups de sifflet leur fermaient la bouche et les couvraient de confusion, comme Jean XXIII après sa fuite l’écrivait au roi de France : Stibiladalur, et fiebat eis lanta injuria, quod oportebat ipsos obmutescere et abire confuse. Ce fut toujours l’usage des parlements d’avoir des siffleurs à gage. Mais il y a aussi un Courage parlementaire qui fait dominer le tumulte, ou protester contre les perturbateurs; et ce courage nous ne le rencontrons point à Constance. A la vérité, dans le principe les italiens s’abstinrent de voter, mais les autres nations marchaient sans eux. Et de là encore le pape Jean se plaint que la nation italienne ait été tenue pour rien : Zmo ia natio italica tctaliter fut abjecta, separata et ezclusa, ac si non compareret. Le cardinal Zabarelle, de Florence, avait bien eu le courage, dans la quatrième session, de tronquer, en dépit de l’assemblée, l’article de Gerson, et d’en retrancher les mots qui attribuaient au concile le pouvoir de réformer l’Eglise “ dans son chef et dans ses membres » : în capite et in membris ejus. Mais à quoi bon, puisque l’article passa intégralement dans la cinquième session? Celle-ci. fut vraiment la session terrible, qui ne cesse de remuer

les esprits et les plumes depuis quatre siècles. Elle était présidée par le cardinal d’Albano, Jordan des Ursins; sept cardinaux y assistaient, savoir les cardinaux de Lodi, d’Aquilée, de Saint-Marc, de Challant, de Pise, de Saluces et de Florence. On y définit que » tout le monde est soumis au concile en ce qui concerne la foi, les mœurs, l’extirpation du schisme et la réformation générale de l'Eglise dans son chef et dans ses membres; que quiconque, fut-ce même le pape, refuserait de se soumettre aux décisions du concile, serait contraint à l’obéissance et passible des peines de droit. « |

V. Voilà l’abime ouvert, et le pape y est jeté pour première victime! Et par qui? Par les cardinaux, sur la tête desquels devait crouller l'édifice, la clef de voûte une fois brisée.

VI. Soumettre le pape à la répression, c'était supposer deux personnes distinctes dans le pape et dans le concile, ou au moins dans celui-ci l’unique personnalité qui gouverne, par opposition à la partie réformable et délinquante. Et si, au jugement du concile, le pape est responsable et punissable, à combien plus forte raison ne le sont pas ses assesseurs, son collége de cardinaux? Mais le pape et les cardinaux étant enlevés de leurs siéges et punis, où est donc l’Église Romaine? Sera-t-elle encore la mère et la maîtresse des autres églises? ne sera-t-elle pas plutôt leur fille et leur disciple, exposée à se voir mettre en pénitence? Voilà une série de faux pas ou d'abimes dans lesquels se précipitaient tête baissée les pères de Constance. Dès la même session, les car-

dinaux, par leur faute, furent sur le point d’étre renversés dans le gouffre à la suite du pape. En effet, les cardinaux ayant été indubitablement, par leurs corruptions et leurs ambitions, leurs papes et leurs antipapes, l’origine du schisme, et ayant besoin plus que personne de réforme pour l'avenir, on en concluait naturellement, que, ne pouvant être à la fois juges et parties, ils devaient être exclus du concile en ce qui regarde les réformes.

VII. L’adversité est mère de la sagesse; aussi les cardinaux rentrèrent-ils en eux-mêmes à ce trait que leur lançait le synode. Mais leur défense fut leur condamnation, vu qu'ils se retranchaient précisément dans cette Eglise Romaine dont ils avaient coupé la tête pour la jeter en proie au concile. Voici leur raisonnement : L'Eglise Romaine comprenant le pape et les cardinaux est mère, maitresse et chef du concile; il est donc évident qu'on ne doit pas écouter les vaines clameurs de certaines nations qui disent : Nous convoquerons les cardinaux quand bon nous semblera, mais non quand il s'agira de leur réformation : Unde patet quod vanae voces non sunt audiendae quorumdam populorum loquentium atque dicentium : Nos vocabimus cardinales quando nobis videbitur, sed non quando de corum reformatione agatur. Ces nations étaient les quatre et puis les cinq entre lesquelles se partageait toute l’assemblée. Le syllogisme des cardinaux unis au pape était solide; mais après le fait qui venait de se passer, les nations pouvaient le rétorquer et dire : Vous, messeigneurs les cardinaux, sans le pape, vous n'êtes pas l'Eglise Romaine; donc vous n'êtes

ni les maîtres ni les chefs du concile. Allez donc en paix.

VIII. Mais en revanche, avant de s’en aller en paix, les cardinaux pouvaient se tourner vers César, les évêques et les docteurs des diverses nations, et leur dire : Puisque l'Eglise doit être réformée dans son chef et dans ses membres, et que vous êtes tous ses membres, vous êtes donc tous réformables. Or, d’après ce que vous dites, personne ne peut être à la fois juge et partie en matière de réforme ; abstenez-vous donc de juger et retirez-vous aussi en paix. Impossible aux pères de Constance d’esquiver la pointe d’un pareil argument : pour être logiques, ils devaient donc rengaîner et s’en retourner chez eux. Peut-être le comprirent-ils, au moins laissèrent-ils au concile les cardinaux, dont après tout ils avalent besoin pour accomplir leurs extravagances. Mais les cardinaux y restèrent avec la honte sur le front, sans cesse humiliés et méprisés par les autres membres de l’assemblée, comme le portent quatre manuscrits du Vatican cités par Scheelstrate (ap. MANSI, t. xxVI, p. 629) : Zn magnum contemptum habiti sunt. Pluries conquesti sunt de contemptu. Ils demandèrent qu'on accordàt au moins è la dignité du sacré Collége un vote égal à celui de chacune des quatre nations; et on le leur refusa, en disant qu’ils n’avaient qu’à se ranger dans leurs nations respectives, d’autant plus qu'ils n’ont aucune dignité : Quod fuit recusatum, et dictum quod venirent ad suas nationes, ita quod nullam habent dignitatem (ib.). Ils sont malheureux, mais inexcusables. Ils avaient renversé le pape aux pieds de

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l’aristocratie et de la démocratie du concile : pouvaient-ils demeurer debout ?

IX. Dans la septième session, on cita à comparaitre le pape Jean XXIII et Jérôme de Prague. Quel sujet de méditation, quel scandale pour la chrétienté! Un pape et un hérésiarque accouplés ensemble l .

X. La huitième session ayant été consacrée aux erreurs de Wiclef, on revint à Jean dans la neuvième et la dixième. On l'avait cité, il était donc justiciable; il ne comparaissait pas, donc nécessité de le condamner. Ainsi raisonnaient les légistes de Constance. Cependant les cœurs battaient plus fort que de coutume et les fronts pâlissaient. Pour les pousser en avant, le fameux Gentien, moine bénédictin, docteur et député de l’Université de Paris, se présenta au milieu de l'assemblée, pour lire deux lettres de ses confrères universitaires, dans lesquelles ceux-ci exaltaient la sainte audace de l’empereur et des pères, et les exhortaient à tenir bon jusqu'à la fin pour le bien de l'Eglise. Les formalités fiscales étant remplies et les procédures terminées, le cardinal d'Ostie, président du concile, demanda : — S'il plaisait au concile que le pape Jean fût déclaré suspens et privé de l’administration de la papauté, ainsi que des droits et des émoluments attachés à cette dignité; et qu'il fût défendu aux fidèles de lui rendre désormais aucune obéissance. — Un y/acet universel confirma l'étrange proposition.

XI. En avant, fiscaux, légistes, évêques, cardinaux! en avant, sans boussole, puisqu'il n'y a plus de pape !

Des créatures plus méprisables que Cossa, celles de Tusculum, avaient passé sur le siége de Pierre : elles avaient passé, et le Siége était resté en vénération. Avec un peu de patience et de bonne intelligence de la part des cardinaux et du monde chrétien, on aurait vu passer aussi Balthazar Cossa, « libertin en famille, comme-disait le procès, tyran à Bologne, simoniaque, dissipateur des biens du Saint-Siége et de l’Eglise. » Avec plus de vertu et de constance les cardinaux eussent opposé une digue aux débordements du pape : car un gouvernement ne saurait être mauvais sans de mauvais ministres. Si ceux-ci avaient péché en le choisissant et en coopérant à ses actes, il eût mieux valu faire retomber sur eux la peine avec la culpabilité ; et, au lieu de déplacer le centre, le renforcer en l’entourant d’un nouveau sénat. Quelle que soit la personne, la dignité est divine, la papauté est l’appui divin donné par le Christ à son édifice : les curiaux, la cour, le presbytérium ou le sacré collége ne sont pas le pape. Si donc il fallait frapper un grand coup pour extirper le schisme d'Occident, pourquoi les pères de Constance le frappaient-ils au centre de l’Eglise, plutôt qu'aux parties environnantes qui avaient produit et alimenté le schisme? N'était-ce pas un abaissement plus honteux pour les cardinaux de se voir mis au rang du vulgaire dans le concile, raillés, vilipendés, condamnés au rôle de geôliers et d’accusateurs d’un pape, pour être enfin les exécuteurs de sa suspension et de sa déposition ? Déposés eux-mêmes, ils eussent conservé les mains pures, et l'histoire n’aurait pas à raconter que le Sénat Apos-

tolique, dans la onzième session de l’assemblée de Constance, en présence d’une foule nombreuse, formula et confirma, avec la solenmité d’un concile, à la face du monde catholique, le plus scandaleux procès qu'on pùt faire à un pape; et après l’avoir tenu prisonnier, le déposa et le renia.

XII. Une députation composée de cinq cardinaux, ceux des Ursins, de Chalant, de Cambrai, de Florence et de Saluces, de deux évéques, deux abbés et une longue file de protonotaires, signifia à Jean XXIII, dans sa prison de Radolfzell, l’acte d’accusation, en lui demandant s'il voulait se disculper. Jean refusa de le faire, en disant avec une sublime ironie que LE CONCILE ÉTAIT INFAILLIBLE. Mais cette sublimité ne fut qu'un éclair; la vertu seule est sublime; et Cossa retomba dans sa bassesse par cette lettre où, après avoir célébré les éminentes vertus de Sigismond, il implorait sa clémence et son appui, reconnaissait dans sa déposition une permission de Dieu et un juste châtiment; mais priait l’empereur d’intercéder auprès du concile pour qu'on sauvàt son honneur et qu'on pourvût à son avenir. Louis Tosti, dans sa grave histoire du concile de Constance, fait ici la remarque suivante : » Celui qui descendait du preinier trône de la terre, devait se cacher à la face des hommes, mais ne pas mendier un lambeau de pourpre et une dignité secondaire, qui rendait sa chute plus visible. S'il ne portait plus sur la tête la tiare de Boniface VIII, son front en conservait la trace; il ne devait donc jamais s’abaisser à ce point devant ce successeur des Henri et des Barberousse. Jean alors se montra indigne de la papauté. «

XIII. Dans la douzième session, présidée par le cardinal de Viviers, l’évêque d’Arras publia la sentence de déposition, à laquelle préluda la lecture du passage de l'Evangile où il est dit : « Voici le jugement, maintenant le prince du monde sera expulsé « : Nunc judicium est mundi, nunc PRINCEPS HUJUS MUNDI eficietur foras. L'expulsion de Satan appliquée à un pape! Puis vient le décret qui le représentait presque comme un démon : « Violateur des promesses et des serments faits à Dieu, à l'Eglise, au concile... publiquement simoniaque, dissipateur manifeste... administrateur infidèle... scandalisant l’Eglise, avant comme après son élévation, par ses mœurs déshonnétes et abominables... obstiné et incorrigible dans ses désordres... «

XIV. Ici on est saisi d’horreur, et toute raison canonique et diplomatique se trouble et se confond. Si ces pères eussent d’un seul coup déposé le pape et les prétendants à la papauté, soit purement et simplement pour mettre fin au schisme, soit parce que la papauté leur avait été conférée sous condition, on eüt laissé à la science seule le droit d'apprécier cette sentence. Enveloppée dans les motifs nuageux de la nécessité et du bien public, elle aurait été moins accessible aux discussions académiques et populaires. Mais qu'on élève sur la montagne de Sion un pape pour le montrer au monde couvert de ces plaies hideuses; et que tous ces pères, qui étaient évêques et cardinaux, aillent les mettre à nu en les indiquant du doigt une à une; et qu'on les délaye dans les formalités d’une procédure abjecte et indécente, qu'en-

fin les frères inférieurs, ayant à leur tête « le trèsdévot protecteur et défenseur de l'Eglise, Sigismond, roi des Romains et de Hongrie », comme s’exprimait le décret; que ces frères inférieurs, pour complément du drame, s’intitulant le très-saint synode cecuménique de Constance légitimement réuni dans le Saint- Esprit, viennent, avec la plus grande pompe et au nom de la très-sainte Trinité, précipiter du pinacle leur frère aîné, destiné par Jésus-Christ, non pas à être confirmé ou déposé, mais bien à confirmer et à instruire ses frères : ce sont là des événements inouïs et mexplicables, qui devaient retomber et retombèrent en effet, comme des tisons embrasés et fumants, au milieu de la diplomatie des cours, déjà viciée par les avocats impérialistes; dans les Universités d’Oxfort et de Prague, déjà profondément labourées par les hérésies de Wiclef, de Jean Hus et de Jérôme de Prague; dans l’Université de Paris, d'où était parti le nuage qui avait fait éclater la tempéte à Constance; dans la démocratie presbytérienne, munie désormais du levier avec lequel elle pourra s'insurger contre l’aristocratie des cardinaux et des évêques; et enfin dans la démocratie laïque, qui, à l’école du frère cordelier Jean, apprenait déjà à trancher la tête à toute hiérarchie sociale. Bâle ralluma le brandon lancé par Constance. |

XV. Dans cette nuit si sombre, au milieu de ce naufrage si profond, un seul homme leva la tête, et ce fut un italien. Faire parade de liberté dans les parlements, c'est l’artifice des tyrans couverts du manteau libéral et républicain. Le cardinal de Viviers,

président de l’assemblée, avait bien annoncé en paroles » que le concile accordant pleine et entière liberté à chacun de dire son sentiment, celui qui garderait le silence serait censé consentir » : Cum potestas libera sit per dictum concilium unicuique concessa ad dicendum voluntatem suam; et in casu quo non dixerit, habebitur pro consentiente. Cependant en présence de l’empereur, la hâche à la main, en présence des princes de l’Empire et de la multitude, devant cet appareil effrayant, la faiblesse du silence était plus facile que le courage de la parole. Et on donnait d'avance au silence la valeur du consentement! Il y eut un silence mortel; seulement le cardinal Zabarelle de Florence se leva, un rouleau de papier à la main, et s'apprétait à lire; mais tous s’écrièrent qu'on ne voulait pas l’entendre, si bien qu'il se tut et s’abstint de rien lire : Subseguenter dominus Franciscus cardinalis Florentinus levavil se, et voluit legere schedulam papyream, fuitque dictum per omnes QquoD NON PLACERET; et sic siluit, nihil legendo (ap. MANSI, t. xxvit, p. 715). Si c'était une protestation, et sans doute c'en était une, quoique tardive, pourquoi ne pas la publier aux quatre vents? Pourquoi passe-t-elle comme un éclair qui sillonne à peine la nue et disparaît? Nous le dirons, mais pour le moment inscrivons sur le front du congrès impérial de Constance : LIBERTÉ DE LA PAROLE.

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