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V. Il n’était arrivé à aucun pape de voir son cou

AUDISIO IV. 34

ronnement environné de pompes si. splendides et si bruyantes : pompes qui offusquent l'esprit et amollissent le cœur lorsqu'on n’est pas assez sage pour y prendre garde. Ce n'était plus le temps où de fiers Césars prétendaient bénir la tiare de celui qui pose la couronne sur la téte des empereurs et bénit l’univers. Le successeur des Othon et des Henri se confondait en hommages respectueux et en démonstrations de joie devant Othon Colonna. Mais il fallait reprendre le concile, et là, sous de séduisantes apparences, bouillonnaient les partis qui se sentaient à la veille d'une déconfiture ou d'une victoire. La majorité qui se composait des grands parleurs et des esprits les plus hardis, véritables radicaux ou progressistes du concile, la majorité voulait attirer le pape à reconnaître tout ce qui avait été décrété, principalement les 4° et 5° sessions, pour en venir aussitôt à la réforme du pape et de la cour romaine, et surtout définir les cas et les motifs qui permettraient de réprimer, de corriger et de déposer les papes. Au contraire, les conservateurs ou rétrogrades, méditant une revanche, insinuaient qu'on devait passer l'éponge sur ce qui avait été fait, purger la réunion, reprendre enfin et continuer un nouveau concile dans les formes canoniques. Martin V se posait mébranlable comme un rocher entre les deux partis. Et nous qui, dans le congrès de Constance, avons déjà vu comment, faute de chef et de principes, les cartes se sont brouillées dans les mains d'une diplomatie sans règle; nous allons voir comment elles ont été réordonnées par une tête diplomatique et administrative.

VI. Nous induisons de la suite de ses actes qu’Othon s'était fixé ce principe dans l’esprit : Le pape est le centre de la catholicité; or la catholicité c’est le tout et non une fraction; loin du pape donc tout esprit de parti. En sens inverse : Le schisme ne fut autre chose que l'adhésion des papes à une fraction; donc, pour mettre fin au schisme, il faut que le pape en revienne à concentrer en lui l’universalité.

VII. Telle était la théorie, et pour l’effectuer Othon Colonna faisait encore en lui-même ce raisonnementci : Concentrer des fractions opposées, la nature des choses le défend, aussi bien que la notion de concorde et de paix; cependant les diverses fractions de la chrétienté actuellement - assemblées à Constance disent ou pensent toutes quelque chose de vrai : reprenons donc à chaque parti ce qu'il a de vrai, et au moyen de toutes ces vérités, comme par autant de fils, nous ramènerons les fractions à l'unité.

VIII. Par là Martin V a retrouvé le centre qui lui convenait, le centre catholique, le centre de tous les partis, pour les guérir, non pour les humilier, Congédier ou réprouver tout le concile, n’aurait-ce pas été une cause ou un prétexte de nouveau schisme? Et puis le concile n’avait-il pas fait entre autres de bonnes choses en déposant des antipapes et en condamnant des hérésies? Et les réformes de la cour et des congrégations romaines, après les abus du schisme, n'étaient-elles pas aussi convenables ou nécessaires ? On avait donc fait du bon et on en pouvait faire encore. Donc le parti conservateur qui voulait faire table rase du parti réformateur n’était pas de tout point

juste nì prudent aux yeux d’un conciliateur universel.

IX. Mais d'autre part, ce concile avec ses définitions qui n'étaient rien moins que libres et auxquelles répugnaient beaucoup de consciences, avait mis la corde au cou des papes; et s’il avait écarté des antipapes, il avait aussi jugé, déposé et incarcéré un véritable pape. On criait à la réforme, mais seulement pour émanciper les évêques et lier les mains aux papes dans les cas les plus graves, tels que le choix et le traitement des cardinaux, les réserves en faveur du Siége apostolique, les annates, les collations des bénéfices et les grâces d’expectative, les jugements et les appellations à Rome, les offices et les taxes de la pénitencerie et de la chancellerie, les dispenses, les indulgences, les dimes, etc. Donc le parti réformateur trahissait des vues un peu trop exclusives et désorganisatrices. Donc, concluaient les conservateurs, que le concile ne soit pas approuvé, ni toléré pour l'avenir; les réformateurs au contraire insistaient pour que le pape sanctionnât ce qui était fait et poursuivit l'œuvre.

X. Ainsi manœuvraient les partis, dissimulant leurs animosités et assaillant le nouveau pape sous le masque du zèle et du dévouement. Mille piéges entourent les princes de la terre, mais des piéges doublement dangereux peuvent entourer le tròne des papes, à raison de leur double autorité, de leur double royauté, des faveurs spirituelles et temporelles que leurs mains distribuent, comme aussi à raison de ce manteau de respect pour la suprême puissance des clefs, dans lequel savent se drapper les courtisans

les plus factieux et les plus sinistres. C’est un effet de la providence qu'Othon Colonna eût müûrt dans les cours et au milieu des factions, de manière à en connaître le venin sans le contracter. Versé dans la science des lois qui lui - avait été enseignée à Pérousse, il était homme à.en remontrer à ses conseillers. Au courant de toutes les intrigues qui avaient produit le schisme et joué leur vilain tour à Constance, il savait où porter la main pour les dominer. Doux et gràcieux envers les docteurs, les évéques, l'empereur; pape libre et prince libre, sans être exclusivement n1 guelfe ni gibelin, ne s'exagérant pas son pouvoir, mais résolu de l’accomplir jusqu’au bout, le front serein, il saisit d’une main ferme le timon de l'Eglise et s’assit au concile. XI. La faconde parlementaire se tut d’abord, Gerson ne dit mot en présence d'un sage et d’un pape. Un fait capital c'était la déposition de Jean XXIII, sans laquelle Martin V n'aurait pas été pape : il l'approuva; il approuva, dis-je, non le procès diffamatoire, mais la déposition appuyée sur l’abdication de Jean. Quant à la thèse concernant le droit indéterminé de déposer les papes, thèse débattue dans la quatrième session et définie dans la cinquième, c'était autre chose. Cette thèse présentait deux aspects. D’une part, c'était un fait extraordinaire, un cas de schisme et de naufrage; et sous ce rapport, franseat : un pape auteur et fauteur du schisme se plaçait lui-même en dehors de la loi, en dehors de l’unité et de la chaire de Pierre; le concile ne faisait que déclarer le fait, il ne déposait pas. D'autre part, la suprématie juridique du

concile sur les papes, et le pouvoir ordinaire de les contrôler, de les juger et de les déposer, n’était pas un principe propre à fermer le schisme, mais plutôt à l'étendre : principe par conséquent intolérable. Mais comment éteindre une flamme allumée dans un si grand nombre de têtes et regardée comme salutaire? Le pape devait-il alors la condamner directement? Il eût peut-être ressuscité le schisme, un schisme gallican, allemand, universitaire. Agiter seulement la question, c'était réveiller l'incendie. Conséquemment, un voile pour le moment; il s'agira de trouver une formule qui n’approuve ni ne condamne, ou plutôt une formule qui approuve tout ce qui a été bien fait par le concile, et abandonne le reste aux discussions de la science et à un avenir plus calme et plus propice. La formule, ce fut que Martin V approuvait et ratifiait tout ce qui avait été déterminé et décrété synodalement par le concile dans les matières de foi : determinata et decreta in materiis fidei per concilium conciliariter (Pacius în Vita, 13). Or ce qui avait été conclu en l’absence du pape ne s'était pas fait synodalement. Les erreurs de Wiclef et des Bohémiens étaient un point plus important : il les condamna de nouveau, en suppléant méme tous les manquements qui pourraient se rencontrer dans les condamnations précédentes, szpplentes quoque omnes defectus. Voilà une approbation qui ne rejetait pas expressément les fameuses sessions, mais ne les sanctionnait pas davantage.

XII. Restait la question la plus difficile, celle de la réforme, ainsi formulée par l'Empereur et par la

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