‹ Idée historique et rationnelle de la diplomatie ecclésiastiqueChapitre 55 sur 68 · AT · texte numérisé non relu

AT

nation Allemande : » Le pape futur avec le concile actuel ou les députés de chaque nation devra réformer l'Eglise dans son chef et dans la cour romaine, selon que l'équité et le bon gouvernement de l'Eglise le demandent, et cela avant la dissolution du concile » : Quod futurus summus pontifer, cum hoc sacro concilio vel deputandis per singulas nationes, debeat reformare Ecclesiam in capite et curia romana, secundum aequitatem et bonum regimen Ecclesiae, antequam hoc concilium dissolvatur. Suivaient les dix-huit articles ayant pour but de passer en revue les réserves, les appels, les jugements, les dispenses, et autres droits du Saint- . Siége. Des évêques et de leurs administrations, pas un mot. Et cependant le réformateur Gerson, en 1408, dans le synode de Reims, avait dit des choses peu flatteuses des évéques de ce temps-là. « Il y a beaucoup d’évéques, déclamait le gallican, qui passent leur vie à jouir et à thésauriser, confiant le soin de précher à des théologiens gagés et à des moines ignorants, lesquels, pour de l'argent, débitent des superstitions au lieu de religion; des évêques, qui tyrannisent le clergé, visitent et pressurent les églises par leurs procureurs, abusent des censures et trafiquent des absolutions. « (Gerson, Op. t. 11, p. 542). Et ces évéques et ces docteurs ne voyaient que Rome! Mais Martin V voyait tout, et s'il passait légèrement sur la réforme, c'était pour cause. Les gallicans n’étaient-ils pas déjà assez ardents? Ces évèques électeurs d'Allemagne auralent-ils cessé de se conduire plutôt en princes laïques qu’en prêtres? Le but suprême qui était l'extinction du schisme

n’était-il pas atteint? L’humanité procède lentement, comme une lourde masse, trainant le boulet d'Adam: il ne faut pas l'oublier.

XIII. La réforme des mœurs opérée à Constance fut donc nulle ou presque nulle. Quant à celle de la cour romaine, y compris le souverain pontife, Martin V l’arrêta en deux points : lo Sauvegarder les droits du Saint-Siége sur les biens ecclésiastiques et tous ses autres droits; 2° en tempérer les applications. Sur la question de savoir quels sont les cas où les papes à l’avenir pourraient être corrigés ou déposés, il répondit lestement que « ce point avait été suffisamment discuté «, et trancha ainsi la difficulté. Il approuva qu’un nouveau concile s’ouvrit au bout de cinq ans; mais pour ce qui est d’un concile périodique tous les dix ans, il ne voulut pas y entendre. Le 22 avril 1418 il termina le concile. Sigismond s'ingéniait à le retenir chez lui, et lui offrait telle ville de l'Allemagne qu'il lui plairait, les français de leur côté lui montraient Avignon : Martin V répondit à tous que Rome tombait en ruine à cause de l'absence de ses pontifes, et que le siége comme la demeure des papes c'est le tombeau de Pierre. Cette réponse mettait fin au schisme.

XIV. Ainsi les quarantes années de schisme (1378- 1418) prirent fin dès qu'un pape éminent se montra capable, non de fulminer mais de rapprocher les partis et de les relier ensemble. Tout le monde sait briser ou froisser; mais le triomphe du Christ et de ses successeurs c’est de guérir les blessures. Or que serait-il advenu de l’Occident s’il n’eût possédé dans

son sein ce centre d’unité, visible et permanent? Que serait-il advenu de ces évêques, docteurs et empereurs, toujours si affairés et toujours si désunis à Constance, s'il ne se fût élevé au milieu d’eux un point vivant d'union, un vrai et digne pape? Est-il douteux que l'édifice social de notre Occident, détaché de son centre naturel de gravité, ne se fût disloqué, comme il était arrivé déjà à l'Orient, lequel, n’ayant pas sous les yeux le centre de l'unité catholique, s’en était détaché, comme une comète errante. et perdue dans l’immensité de l’espace?

XV. Et puis ne restait-il pas des étincelles? Bien plus, quoi que fit Martin V pour jeter de l’eau sur les brandons à demi éteints, pour élever les bons, pour tenir bas les sujets mauvais et incapables, vertu tellement capitale chez un pape, que sans elle toutes les autres ne sont rien; malgré tous ses efforts, disje, la réforme ne se faisait pas. Les docteurs de retour dans les universités se mirent à murmurer; du vivant de Martin, l’assemblée de Bâle se montra menagante, et lui mort, elle déposa son successeur Eugène IV pour élire un antipape. Pise en 1511 et Milan en 1512 enchérirent sur Constance et Bâle : véritable comédie; cependant on y déposait un Jules II, la France venant en aide aux cardinaux rebelles. Lé véritable concile de Latran terminé sous Jules IT ne put pas même consommer la réforme et la pacification. Le schisme de quarante ans revenait toujours au-dessus avec ses pernicieuses erreurs et ne s’arrétait plus. Trente fut enfin l'arche de salut dans ce déluge occidental.

XVI. Il y aurait maintenant une étude importante à faire sur les péripéties diplomatiques et politiques de l'Eglise et de la cour romaine, de Constance à Trente. Mais ces péripéties n'étant que les consé- quences naturelles du fait immense que nous venons de considérer sous le rapport juridique et diplomatique, le lecteur a déjà en main les règles qui doivent en diriger l'appréciation. Il nous saura gré de lui avoir mis sous les yeux, dans l'exemple du plus compliqué, du plus vaste débat scientifique, biérarchique, royal et pontifical, les origines et les progrès d'un drame tragique qu'une prévoyante diplomatie eût pu arrêter dans son principe, ou adoucir dans sa catastrophe finale. Nous nous bornerons maintenant à dire, 1° que si toute la chrétienté n’a pas le droit d’élire le pape, elle a cependant le droit d’avoir un pape certain et légitime; c’est peut-être là la raison plausible de l’assemblée mixte de Constance : 2° que dans tout schisme papal, le droit avant tout et toujours prescrit de rechercher quel est entre les prétendants le pape véritable : si on ne le découvre pas ou si l’on ne parvient pas à calmer la chrétienté, il est du devoir des élus de prendre leur retraite dans l'intérêt de la paix universelle; s'ils s’y refusent, il faut bien qu'il y ait en dehors des prétendants un pouvoir qui sauve l'Eglise, non toutefois avec les scandales et les procédés séditieux, formalistes et avocassiers de Constance; 8° qu’enfin, quelle que soit la personne, le mérite et le talent des papes, l'Eglise est réformable et sauve dans ses membres et dans ses pasteurs, si elle reste unie au

pape légitime; la fraction au contraire qui se sépare sciemment du pape est perdue sans ressource. Nous laisserons ces conclusions aux confins extrêmes d'une forêt féconde en scènes dramatiques pour l’histoire, mais pour la jurisprudence publique, comme pour la haute diplomatie, qui a mission de l’appliquer et de l’administrer, la plus sombre et la plus sauvage, conséquemment une des plus dignes d’être proposée comme exemple classique aux études diplomatiques, à raison des difficultés et des enseignements que présentent les faits.

Page 1