‹ Idée historique et rationnelle de la diplomatie ecclésiastiqueChapitre 56 sur 68 · TITRE XXIX · texte numérisé non relu

TITRE XXIX

APOSTOLICITÉ DE LA DIPLOMATIE EN GÉNÉRAL, ET SON CARACTÈRE MORAL DE CONSTANCE A TRENTE.

I. Distinction entre l’élément scientifique de la diplomatie et son élément moral. II. Le cri de réforme ne s’arrête plus. III. Apostolicité de droit et de fait. IV. Vertu apostolique nécessaire aux représentants du Siége Apostolique. V. Si le sacerdoce est une lumière, Rome en est la source. VI. Apostolicité, ses fruits et ses soutiens dans les premiers siècles. VII. Sa décadence et ses soutiens du rxe au xIe siècle. VIII. L'Eglise reste intacte : Grégoire-le-Grand et les prélats. IX. Pierre de touche sacerdotale ; le Vatican jadis école et séminaire de doctes et saints prélats. X. Grégoire les formait, il ne les improvisait pas; vicissitudes du presbytérium romain. XI. L’apostolicité des ministres succomba à l'impérialisme et aux factions. XII. Saint Bernard tonnait, mais l’esprit apostolique cédait le pas aux passions qui aboutissaient à Constance. XIII. Le vaisseau était agité, et une ère nouvelle commençait. XIV. Constance et Bale engendrent la prépondérance des princes et l’indépendance des nations. XY-XVII. Dépression de la.papauté, prétentions des princes et concordats, Léon X et François I; la réforme est encore le vœu de la chrétienté jusqu’à Léon X; le ve concile de Latran proclama la réforme et l’assoupit; Luther s’apprétait. XVIII. Caractère spécial de la diplomatie.

I. Sì aux faits du concile de Constance, que nous venons de rappeler, on joint ceux du concile de Bâle qui suivirent, et que nous avons discutés dans le second livre du Droit public, on aura une règle complète pour apprécier au point de vue catholique les deux courants, l’un hétérodoxe, qui aboutit au schisme de fait et de droit, et l’autre purement licencieux, qui se corrigea à Trente par une véritable et légitime réforme. Suivre dans les xv° et xvi* siècles les écarts et les réconciliations de la diplomatie ecclé-

siastique à l'égard de la théologie, qui en est l’âme et l'esprit, ce serait une étude du plus haut intérét. Et ce serait là l’élément scientifique du gouvernement de l'Eglise et de sa diplomatie; mais nous le laissons pour le moment de côté et nous n’en considérons que l’élément moral.

II. Le cri de Réforme a-t-il jamais plus cessé? et Trente ne fut-il point par excellence le concile des réformes? Or durant les xv* et xvi* siècles tout entiers qu'est-ce qui provoquait ce besoin de réformes? Le schisme de quarante ans n’avait-il pas été l'effet d'abus invétérés? Et ces abus étaient-ils guéris? Cet esprit apostolique, qui est le sel de la terre, et sans la vertu duquel la diplomatie ecclésiastique, peut bien étre habile, séduisante, mais jamais apostolique ; cet esprit avait-il reparu dans les conseils et la diplomatie de l’Eglise, à Rome et près des cours souveraines? Notre principale étude sera de comparer ici, avec l’APOSTOLICITÉ des personnes et des temps, le fruit que les divers régimes ont produit. i

III. L’Apostolicité, avons-nous dit, et que toute la diplomatie romaine prenne bien garde à ce mot. Pourquoi, entre tant d’églises fondées immédiatement par les Apòtres, le titre d’Apostolique est-il resté, sans l'intervention d'aucune loi canonique, au siége de Pierre seul, et pourquoi celui qui l’occupe, quel qu'il soit, est-il appelé par toute l’antiquité Domtnus Apostolicus ? A coup sûr, ce n'est pas seulement parce que le pouvoir se concentre dans ce siége, mais aussi parce que c'est là que doit se conserver et

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briller, pour rayonner en tous sens, la vertu du pouvoir, la lumière et le feu de l’Apostolat. Il y a deux sortes d’Apostolicités : une de droit, sur laquelle se fonde le pouvoir; l’autre de fait, par laquelle le pouvoir s’actualise, en répandant sur les peuples sa lumière, la lumière de la science et de la piété.

IV. Or, que ces deux Apostolicités doivent marcher de front sur le Siége de Rome, et que les plus éminentes vertus apostoliques doivent former la couronne de la suprématie apostolique, ce n’est pas nous qui le disons, mais c’est une leçon que nous recueillons avec respect des préceptes du Sauveur et des décrets mémes du Siége apostolique. Nous y apprenons aussi que, pour le Sénat apostolique, pour les. légats apostoliques, pour quiconque participe au pouvoir apostolique, ou le représente, ou entoure le Siége, toute vertu est insuffisante si elle n'est pas apostolique, au point de faire dire en quelque sorte : Voilà un Apôtre ! |

V. Telle est la constitution hiérarchique du sacerdoce chrétien. Vos estis lux mundi : n“ Vous êtes la lumière du monde »; la lumière est plus vive et plus pure dans ses premières émanations du centre que lorsqu'elle arrive aux extrémités de la circonférence. Si le sacerdoce est une lumière, Rome, le centre de l’unité sacerdotale, est le soleil; et ses premiers astres, ses représentants ou légats, doivent être dignes d'en refléter les splendeurs et de les projeter par tout l'univers. Hiérarchie de pouvoirs, hiérarchie de vertus apostoliques : tel est l'ordre de la Providence,

VI. Mais sì la hiérarchie des pouvoirs est immuable, il n’en est pas de même de la vertu, grâce à la fragilité des vases qui la contiennent. Dieu la soutint par divers moyens; mettons-nous donc à contempler l’Apostolicité dans le cours des siècles. L’apostolat primitif fut un prodige de vertu, et il se maintint à un degré héroïque pendant les trois siècles qui suivirent. L'empire est ensuite appelé au secours de l'Eglise, et chez les Pères l’héroisme de la science égale celui de la foi. Puis à l’époque de la décadence et de la dissolution de l'empire, les magnanimes pontifes Léon et Grégoire, organisateurs puissants, grands saints et grands docteurs, deviennent eux-mêmes les soutiens de l’Egiise et de l'Etat ; et bientôt vous voyez Grégoire II écrire à Léon l’Isaurien : » Tous les Occidentaux ont dirigé leurs regards sur notre humilité, ils nous considèrent comme un Dieu sur la terre «. Dès lors le pontificat romain est le point d'appui de l'Occident, c’est lui qui préside à son organisation comme à sa défense contre les embùches des grecs, et contre les inondations des barbares et des arabes.

VII. Jusqu'ici le Siége Apostolique n’a fait que répandre, par la parole et l’action, les fruits de sa propre vertu. Mais qui le soutint et le diriga pendant la nuit qui se fit, par intervalle, depuis la fin du neuvième siècle jusqu'à l'aurore du onzième, jusqu'à ce Benoît IX, puer ferme decennis, neveu de Benoît VIII et de Jean XIX, tous trois de la famille des comtes de Tusculum, et descendants des Théodora, des Marozie et des AlbéricP Ce fut la foi

des peuples, répond Baronius, dans ses annales, an 1083, n. 6; des peuples, dis-je, plus respectueux envers le Siége qu’envers celui qui l’occupait : Von ipsum sedentem, sed eum cujus vice sederent in primis attendentes. Il était en outre soutenu, ajoutons-nous, par cette vigueur apostolique léguée par tant de bons papes au clergé romain, lequel tolérait les mauvais mais ne les choisissait pas librement. Enfin Dieu, comme remède extraordinaire, employa le bras de l'empire pour élever sur le siége de Rome des papes allemands d’une austère vertu, qui le purgeassent des souillures de la race ‘Tusculane. Mais déjà un Pierre Damien et un Hildebrand avaient vu le jour, et on allait voir surgir une ère de grands et saints pontifes ; et lorsque la vertu apostolique fléchira de nouveau, une Catherine de Sienne sera l'instrument dont Dieu se servira pour la relever.

VIII. On ne peut rien inférer de ces considérations contre la sainteté ni du ministère ni de l'Eglise, mais elles invitent puissamment tous ceux qui partagent le ministère des héritiers de Pierre et de l’apostolat à faire revivre continuellement, dans leurs œuvres, Jésus-Christ, Pierre et l’apostolat. La raison en est donnée par un des papes les plus illustres. Grégoire-le- Grand, en effet, proclamait hautement, non par d’autres, mais par lui-même, à ceux qui l’entouraient, qu’il n’est personne peut-être dont Dieu ait plus à souffrir que de ses prêtres : Vullum puto, fratres charissimi, ab aliis majus praejudicium quam a sacerdotibus tolerat Deus. Et quand donc? » Quand il voit ceux-là mêmes qu'il a appelés à corriger les

autres donner l'exemple de la dépravation; quand nous péchons, nous qui devons réprimer le péché; quand, indifférents au salut des âmes, nous ne cherchons que notre propre intérêt, nous ne désirons que les biens terrestres, nous n'avons d’ardeur que pour la gloire humaine » : Quando eos, quos ad aliorum correctionem posuit, dare de se exempla pravitatis cernit; quando ipsi peccamus, qui compescere peccata debuimus ; quando nulla animarum lucra quaerimus, ad nostra quotidie studia vacamus, terrena concupiscimus, humanam gloriam intenta mente captamus. Après avoir ainsi décrit l’indignité des prélats prévaricateurs, adonnés à la mollesse, à l’oisiveté ou à

la cupidité, il se hâte de leur faire remarquer

combien il est honteux d’abuser de son élévation dans l’Eglise pour se livrer à une plus grande licence : n Parce qu'étant préposés au peuple, nous sommes plus libres de faire ce que nous voulons, nous faisons servir à notre ambition le ministère sacré qui nous a été confié; nous abandonnons la cause de Dieu, pour vaquer aux choses de la terre; et tandis que nous occupons un poste qui exige la sainteté, nous sommes absorbés par une vie mondaine : « E quia eo ipso quo ceteris PRAELATI SUMUS, ad agenda quaelibet MAJOREM LICENTIAM HABEMUS, susceptae benedictionis ministerium vertimus ad ambitionis augmentum; Dei causam relinquimus, ad terrena negotia vacamus; locum sanctitatis accipimus et terrenis actibus implicamur (S. GrEGoR. hom. xvir in Evang. n. 14).

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